de Lusignan, né le à Nicosie et mort le dans la même ville, est roi de Chypre de 1358 à 1369. Il est le fils de et d'Alice d'Ibelin.
Biographie Ses mariages
Jeune, il reçut le titre de comte titulaire de Tripoli, titre totalement dénué de substance car Tripoli (du Liban) était conquis par les Mamelouks depuis près d'un demi-siècle. En 1342, il épousa Echive de Montfort, fille et héritière d'Onfroy de Montfort, connétable de Chypre et seigneur titulaire de Tyr et de Toron. Echive mourut avant 1350 quand Pierre était encore adolescent et le mariage fut sans enfant. En 1353, il épousa Éléonore d'Aragon, fille de l'infant Pierre d'Aragon, comte de Ribagorce, d'Ampuries et de Prades, et de Jeanne de Foix, et sœur d'Alphonse d'Aragon duc de Gandie et prétendant au trône d'Aragon.
Jeanne l'Aleman est longtemps sa maîtresse.
Croisade alexandrine
vignette|upright|Ordre de l’Épée (1347) Son père réfréna son désir de mener une nouvelle croisade et de reprendre Jérusalem, mais dès la mort de ce dernier, Pierre met en place ses projets. L’appel à se croiser lancé conjointement par et le roi de France motive quelques monarques de la chrétienté. Le premier à répondre est , roi du DanemarkJ. B. Christophe, . Le second est de Lusignan« La croisade chypriote contre Alexandrie » - Point de vue islamique plaçant le rôle de au-dessus de celui de dans cette envie croisade - site de ressources islamique en langue française, roi de Chypre. À la mi-, il quitte Gênes et se dirige vers Avignon en passant par la route du front de mer. Il arrive dans la cité des papes le . arrive à Avignon, le mercredi des Cendres. Il est tout auréolé de la gloire d’avoir, quelques mois plus tôt enlevé aux Turcs la place forte de Satalie, en Asie Mineure. Comte de Tripoli, il a été couronné roi de Chypre du vivant de son père , le . Ce dernier l’a préféré à son aîné Gui, prince de Galilée. Le roi Hugues s’est ensuite éteint le .
ayant appris par « que messire Pierre de Lusignan, roi de Chypre et de Jérusalem, devait venir en Avignon et avait passé mer, si dit le roi de France qu’il attendroit sa venue, car moult grand désir avoit de lui voir, pour les biens qu’il en avoit ouï recorder et la guerre qu’il avoit faite aux Sarrasins, car voirement avoit le roi de Chypre pris nouvellement la forte cité de Satalie » Froissard., l’attendit à Avignon avec le Maréchal , dit « Boucicaut », pour prendre la croix.
Deux jours après, le vendredi saint, renouvèle son solennel appel à tous les rois et princes chrétiensLors de ce vendredi , autorise son frère Anglic de Grimoard, Grand Vicaire d’Avignon, à recevoir des fidèles de ses cités et diocèse « les usures, rapines et biens mal acquis, de les relever de l’excommunication et de convertir l’argent en subsides pour la Terre Sainte ». Il le charge de transmettre, sous deux mois, à la Révérende Chambre Apostolique la décime accordée à Jean le Bon pour la croisade. Le , le jour de Pâques, le roi de Chypre quitte Avignon pour aller recruter dans toutes les Cours d’Europe pour le « sainct passage d’oultre-mer » qui a été fixé au .. Il désigne Jean le Bon comme Capitaine général de la croiserie et le cardinal de Périgord comme son légatEn prévision de son départ Jean le Bon nomme alors le Dauphin « Lieutenant Général en toutes les parties de la langue d’Oïl »..
Lors d’un banquet, place le roi Jean à son côté. Comme celui-ci prie le roi de Chypre de s’asseoir près de lui, Pierre de Lusignan lui dit : « Très cher Sire, il ne m’appartient pas de seoir jouxte vous, qui estes le plus noble roy des crestiens, car, au regart de vous, je ne suis qu’ung vostre chevalier ».
Le , de Lusignan quitte Avignon et remonte vers l’Europe du Nord pour convaincre d’autres princes chrétiens de Flandre et du Brabant de se joindre à euxJ. B. Christophe, . Il est de retour à Avignon le , accompagné de Jean le Bon. Les deux rois s’installent dans la « noble maison de Saint-Ouen »La noble maison de Saint-Ouen (villa Clipiacum) est le siège de l’Ordre de l’Étoile. Il semblerait donc qu’elle ait eu une succursale à Avignon.. Le roi de Chypre a peu à peu convaincu le roi de France de changer l’objectif de leur « croiserie ». Le port d’Alexandrie est dès lors préféré à Andrinople et le Souverain Pontife, lui-même, donne son aval à la défense des saintes affaires du roi PierreLe port égyptien faisait concurrence à Famagouste, le grand havre chypriote. Porte de l’Orient, l’île de Chypre était un maillon essentiel dans l’économie marchande des flottes européennes. Comme l’a analysé J. C. Hocquet « Chypre grâce à sa position avancée dessinait à son profit la géographie des itinéraires commerciaux dans les eaux de la Méditerranée ». Ses salines, propriétés domaniales des Lusignan, permettaient notamment aux nefs de se lester de sel gros (le sel du Roy), le plus apprécié au Moyen Âge, en échange de sel fin (le sel de la Reine)..
À l’approche de l’hiver, on parle toujours du « saint voyage » quand apprend que son fils Louis, prisonnier sur parole des Anglais à Calais, a fui. Il doit quitter de toute urgence l’Hôtel du Dauphin à Villeneuve-lès-Avignon. Le , le roi de France fait étape dans la ville du Saint-Esprit et regagne les pays de langue d’Oïl.
Le une vague de froid s’abat sur tout le paysLes grandes gelées de détruisent oliviers et vignes. À partir de l’, il y a pénurie générale d’huile d’olive et de vin.. Jean le Bon est surpris par ce froid glacial à Amiens où il a réuni les États Généraux de langue d’OïlLes États d’Oïl avaient été convoqués précisément le . Le roi fait adopter par les trois ordres un impôt permanent de trois francs par feu. C’est une première dans la fiscalité française.. À leur clôture, le roi annonce qu’il allait retourner en Angleterre se constituer prisonnier en lieu et place de son fils LouisJean le Bon quitte Amiens le en compagnie de Jean d’Artois et du Maréchal Boucicaut. Il part de Boulogne pour Douvres où il débarque le avec une cagnotte de pour ses faux-frais. Il arrive le 15 à Londres où serinait sa Cour en répétant que de sa vie il n’avait rencontré prince plus loyal que son « frère Jean de France »..
La défection du roi de France n’empêche point cette « croiserie » d’avoir lieu. Elle n'est que retardée jusqu’en 1365. Cette année-là, le , d’Avignon, écrit au roi de Chypre, pour hâter son départ de Venise vers l’Égypte. Il venait d’embarquer avec ses troupes vers Rhodes et Alexandrie. Aux côtés du roi se trouvent, entre autres, Jean de La Rivière, chancelier du roi de France, Philippe de Mézières, chancelier du roi de ChypreDès l’âge de vingt ans, lors du combat de Smyrne, Philippe de Mézières s’est fait remarquer par sa bravoure. de Lusignan lui a alors demandé de le suivre à Chypre. Il y a été nommé chancelier en 1352 puis ambassadeur en Europe., le vicomte de Turenne, , et Gantonnet d'Abzac, neveu du patriarche de Nicosie. Avec eux, près de huit mille croisés sont prêts à aller combattre les Infidèles à AlexandrieMalgré l’interdiction pontificale de commercer avec Alexandrie, théoriquement en vigueur depuis 1314, les républiques maritimes y font faire régulièrement escale à leurs convois. Les capitaines vénitiens ou génois savent « qu’il y avait beaucoup d’épices qui les attendaient » ainsi que du sel pour lester leurs galées. La sérénissime république de Venise, qui a acheté à le droit de commercer avec l’Égypte, est entrée en conflit dès 1351 – 1352 avec la république de Gênes. Par un traité signé le , les deux républiques se sont partagé la Méditerranée. Le port d’Alexandrie, en dépit du séisme qui a fait totalement effondrer son antique phare en 1349, est un concurrent redoutable pour Famagouste, le grand port chypriote sous protectorat génois..
Une flotte de quelque cent soixante-cinq navires arrive à Alexandrie le et le , l'offensive terrestre est lancée. Le port égyptien est pris le . Les installations portuaires sont consciencieusement pillées durant une semaine. Ce que ne savait pas qui, le , écrit à Marco Cornaro, le doge de la Sérénissime. Dans sa lettre, il se plaint des difficultés qu’éprouvent les croisés pour se rendre de Venise à Chypre ou Rhodes.
a fondé en 1347 l'Ordre de l’Épée, un ordre de chevalerie chargé de reconquérir Jérusalem.
Assassinat
À Rome, il reçoit un appel des barons de l'Arménie, le nommant comme roi et le suppliant de délivrer leur patrie. Il revient dans le royaume de Chypre pour répondre à leur demande d'aide. Son royaume, en son absence, a été secoué par les intrigues et les complots dus en partie à l'infidélité de la reine Aliénor durant ses longues absences en Europe. De plus, son incapacité à galvaniser les seigneurs européens pour lancer une nouvelle croisade le rend instable mentalement. A son retour il décide alors de se venger en faisant des avances aux épouses, filles et autres femmes de l'entourage des seigneurs chypriotes. Il fait aussi emprisonner l'intendant royal pour « n'avoir pas fourni d'huile pour les asperges », emprisonna un autre fonctionnaire qui avait signalé que la femme de Pierre avait des liaisons, et emprisonna également un autre noble qui avait refusé de vendre des chiens au fils de Pierre. Sa réaction lui met à dos sa noblesse. Après avoir libérés certains des prisonniers, 3 chevaliers se rendirent dans la chambre de Pierre et le tue puis mutilent son corps notamment en lui coupant la tête et le pénis. Il est assassiné au palais de La Cava, à Nicosie, par Jean de Gaurelle, Philippe d'Ibelin, descendant de la célèbre famille d'Ibelin de Jérusalem et de Chypre, et Henri de Jubail le , probablement sur ordre de ses propres frères Jean de Lusignan, prince d'Antioche, et Jacques de Lusignan.
Il est enterré dans l'église de Saint-Dominique de Nicosie, le lieu de sépulture traditionnelle des rois de Chypre. Son successeur est son fils .
Descendance De sa seconde épouse, il a : (1357-1382), roi de Chypre et de Jérusalem ; Marie dite Mariette de Lusignan ( 1360 – 1397), une fois fiancée à Milan le avec Charles Visconti (novembre 1359 - août 1403), seigneur et duc de Parme, fils de Bernabò Visconti et Beatrice Regina della Scala, mariée à son cousin germain Jacques de Lusignan (mort av. 1395 ou en 1395/1396/1397), comte titulaire de Tripoli (1382), seul fils et enfant de Jean de Lusignan et de sa deuxième épouse Echive, morte jeune avant 1369. Il est possible qu'elle ait été la fille de la première femme de , Eschive de Montfort, plutôt que celle d'Éléonore.
Ascendance
Notes et références Notes
Références
Bibliographie Jean Froissart, Chroniques, texte et notes de Kervyn de Lettenhove, Bruxelles ( à ), 1868. Jean Froissart, Chroniques, texte et notes de Siméon Luce, Paris ( à ), 1873-1874. Sophie Hardy, Edition critique de la Prise d’Alexandrie de Guillaume de Machaut, Thèse de doctorat en lettres modernes, sous la direction de Bernard Ribemont, Université d'Orléans, , 2011. La Prise d’Alexandrie ou chronique du roi par Guillaume de Machaut, éd. Louis de Mas Latrie, Genève, Fick, 1877. Louis de Mas Latrie, Histoire de l'île de Chypre sous le règne des princes de la maison de Lusignan, : Documents et mémoires servant de preuves à l'histoire de l'île de Chypre sous les Lusignans, Paris, Imprimerie impériale, 1852. Louis de Mas Latrie, Histoire de l'île de Chypre sous le règne des princes de la maison de Lusignan, : Documents et mémoires servant de preuves à l'histoire de l'île de Chypre sous les Lusignans, Paris, Imprimerie impériale, 1855. . Peter W. Edbury, « The murder of King Peter I of Cyprus (1359-1369) », dans Journal of Medieval History, , 1980, .
Annexes
Articles connexes Croisade d'Alexandrie Guillaume de Machaut, La prise d'Alexandrie
Liens externes
La croisade chypriote contre Alexandrie
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