La guitare électrique est un instrument de musique électromécanique dérivé de la guitare acoustique, qui produit des sons grâce à des cordes vibrantes métalliques, des capteurs électromagnétiques, un amplificateur électronique et un haut-parleur spécialement construits..

Les musiciens français appellent micros les transducteurs de guitare électrique et ampli un ensemble qui comprend l'amplificateur et un haut-parleur monté généralement dans une caisse ouverte (baffle). Le musicien peut modifier le son par des potentiomètres sur l'instrument ou sur l'ampli et au moyen d'accessoires comme des pédales d'effets.

La lutherie d'une guitare électrique est un art radicalement différent de celui d'un instrument à cordes acoustique : il n'est pas nécessaire de transformer efficacement la vibration des cordes en onde sonore. Bien que le corps ne soit pas une caisse de résonance, il peut participer à la sonorité finale. Il peut être en matériau plein (), ou creux comme celui d'une guitare acoustique (). Les cordes doivent être fabriquées en matériau magnétique (acier), mais elles peuvent être plus fines et moins tendues que pour un instrument acoustique. La lutherie de guitare électrique a développé des formes originales voire excentriques pour cet instrument électromécanique. La fabrication du ou des capteurs est un élément important dans la qualité du son, comme le sont plus encore les pédales d'effets, l'amplificateur et son haut-parleur.

La guitare électrique est surtout utilisée dans des genres musicaux apparus à l'époque de son invention ou après ; ses larges possibilités sonores ont eu une influence significative sur ces courants musicaux. Elle est un emblème du rock et un composant fréquent des orchestres de blues, rhythm and blues et de jazz, ainsi que des groupes pop et ensembles de musique de variétés.

Histoire

L'invention de la guitare électrique a suivi de près celle de l'amplificateur électronique. Un brevet de capteur électromagnétique fut déposé en 1909 et accordé en 1911. Prévu pour le piano, il pouvait aussi bien s'appliquer à tout instrument à cordes en acier. Stromberg et Voisinet proposèrent, sans grand succès, la première guitare électrique en 1928 David K. Bradford, www.19thcenturyguitar.com, 2009..

Selon André Duchossoir, la première guitare électrique était un modèle acoustique muni d'un capteur électrostatique, réalisé par Lloyd Loar, alors luthier chez Gibson Guitar CorporationAndré Duchossoir, Gibson Electrics, Mediapress ., Loar quitta la firme Gibson en 1924, poursuivit le développement des instruments à cordes acoustiques et électriques, et en breveta un avec un capteur électromagnétique, comme les guitares électriques actuelles, en 1934U.S. Patent 2,020,557, du 14 mai 1934..

Les premiers musiciens à utiliser les guitares électriques travaillaient, soit dans de grandes formations, soit dans des orchestres de danse. L'amplification du son de la guitare leur permettait de sortir du rôle d'accompagnement rythmique, tenu à la guitare, au banjo ou à la mandoline, selon les genres musicaux, pour participer à l'orchestre à égalité avec les anches et les cuivres. On ajoutait un capteur et un amplificateur à des guitares qui conservaient leur lutherie acoustique. En 1936, Gibson lance l'ES-150, avec un capteur électromagnétique. Adopté par Charlie Christian, l'instrument, vendu (environ trois mois de salaire d'ouvrier à l'époque) complet avec son amplificateur, est le premier qui ait connu un succès commercial (504 exemplaires expédiés).

Paul Tutmarc (Audiovox) et Rickenbacker ont conçu et vendu dès les années 1930 des guitares électriques à corps plein, dites « », par opposition à la guitare « » dont le corps présente une cavitéHistoryLink.org Essay 7479 .. À partir de 1950, le prédomine, avec les modèles Fender Telecaster, suivie en 1954 par la guitare électrique la plus répandue et copiée depuis lors : la Stratocaster, réalisations du luthier et électronicien Leo Fender, et la Gibson Les Paul conçue par le guitariste et inventeur Les Paul. Cette évolution suit le développement de la sonorisation, qui permet à de petites formations d'obtenir un niveau sonore comparable à celui des grands orchestres. La guitare , moins susceptible que les électro-acoustiques et les aux sifflements de l'effet Larsen, convient mieux aux styles musicaux à niveaux sonores élevés.

L'apparition des guitares électriques « » reflète aussi la demande des musiciens, qui se sont rapidement aperçus que du point de vue du timbre, c'est un instrument différent de la guitare acoustique. Le son se prolonge plus longtemps (), les cordes peuvent être peu tendues, permettant plus d'effets de cordes poussées (), le musicien peut modifier la sonorité par sélection des capteurs, par des boutons de réglage de tonalité et de volume, sur la guitare, ou le réglage de l'amplificateur (sensibilité, ). Dans le courant des années 1960, l'exploration du timbre et de ses modifications se développe avec l'invention des pédales d'effet.

Inventée aux États-Unis, la guitare électrique s'est diffusée tout autour de la planète, sa fabrication aussi. La facture instrumentale italienne, déjà développée dans les années 1950, s'est emparée de ce nouvel instrument, citons Eko, Davoli, Crucianelli, Meazzi, Galanti. En Allemagne, où étaient stationnés de nombreux soldats américains, de beaux instruments ont été produits ; Höfner, Hoyer… Citons aussi Hagström en Suède, Ibanez au Japon...

En France les premiers luthiers de guitare électrique furent en 1956 les frères Jacobacci suivis en 1978 par Christophe Leduc, en 1980 par Patrice Vigier, et en 1982 par Lâg. De très nombreux artisans s'y installeront ensuite, contribuant à donner une renommée internationale à la lutherie française, citons Franck Cheval, Patrice Blanc, Maurice Dupont, Frédéric Pons et Alexandre Littee. Des luthiers français firent d'intéressantes innovations, comme la table flottante (Leduc), le manche 90/10 (90 % bois, 10 % carbone) ou le vibrato avec roulements à aiguilles (Vigier).

Lutherie Une guitare électrique comporte le plus souvent six cordes (mi, la, ré, sol, si, mi) en métal magnétique, dont trois , les basses (mi, la, ré), sont filées, c'est-à-dire gainées par un enroulement de fil métallique qui les alourdit sans les rendre plus rigides. Les accordages sont ceux qui se pratiquent pour la guitare acoustique.

Il existe aussi des versions électriques des variantes plus rares de la guitare, et rien n'empêche d'innover en la matière. La liberté que donne le système de production électronique du son permet toutes les expérimentations. Il suffit, pour que l'instrument soit une guitare électrique, qu'il se joue comme une guitare acoustique.

Corps On classe souvent les guitares électriques par type de corps : les guitares à corps plein dites « », très populaires dans le rock et la pop, sont celles qui se différencient le plus des instruments acoustiques, et offrent la plus grande variété de formes et de sonorités. On peut citer parmi les modèles les plus représentatifs Gibson SG et Les Paul, Fender Telecaster et Stratocaster ; les guitares demi-caisses ou quart de caisse dites ou , avec ou sans poutre centrale, sont généralement identifiées au jazz et au blues. La Gibson ES-335 ou les Gretsch sont les exemples les plus connus ; les guitares à caisse dites « » ont un caractère acoustique marqué, qui tend à réduire la durée du son moins prolongé (), et à accentuer l'attaque. Plus susceptibles à l'effet Larsen, elles se combinent mal aux niveaux sonores élevés et aux déplacements sur scène. Elles sont utilisées surtout en jazz. La Gibson ES-175 et la Gretsch 6120 sont des exemples très connus.

On peut classer ces guitares par le type de leur table, qui peut être bombée (), sculptée (), plate (), massive, laminée () et mise en forme à chaud.

La guitare électrique est très variée de forme et de technique de construction, car si les essences de bois, leur qualité, la masse de la guitare, le type d'assemblage du manche (collé / vissé / traversant), la lutherie (section et matériau des frettes, forme et matériaux du chevalet) choisis influent sur le son, aucune nécessité acoustique ne contraint la forme du corpsPar exemple .. Les formes classiques ont été reprises, d'autres sont apparues, mais on trouve une multitude de guitares originales, notamment dans le (Gibson Flying V et Explorer par exemple).

Le sillet, le chevalet, le cordier Les cordes pincées à vides résonnent entre le sillet et le chevalet. Ils doivent être en matériau solide pour résister aux contraintes en tous sens et dur pour éviter d'amortir les vibrations. Les anciens luthiers utilisaient de l'ivoire ou de l'os, remplacés aujourd'hui par de la matière plastique. Le sillet est une barre perpendiculaire aux cordes en tête du manche, près des mécaniques. Il maintient les cordes en place dans des encoches. Le chevalet est fixé sur le corps de la guitare, vers le milieu de la table d'harmonie pour les instruments acoustiques. Le cordier est le dispositif de fixation des cordes du côté opposé aux mécaniques.

Beaucoup de guitares combinent le chevalet et le cordier. Certaines guitares utilisant des cordes à fort tirant les séparent, comme sur un violon. Le cordier est alors fixé au flanc de la caisse opposé au manche, et le chevalet en forme de pont peut être simplement placé au milieu du corps, obligeant à veiller à son réglage. Il faut que la corde à vide ait la bonne longueur, et le chevalet n'est pas exactement perpendiculaire aux cordes.

Certains chevalets de guitare électrique permettent de régler les cordes selon deux axes : l'axe parallèle aux cordes : les vis de réglage de l'harmonique qui tiennent les pontets permettent de faire en sorte que la corde sonne juste, quelle que soit la case où les doigts l'arrêtent. C'est le réglage de la compensation. l'axe perpendiculaire au corps de la guitare : les vis de pontet permettent de positionner la corde à la hauteur convenable. C'est le réglage de l'action : trop basses, elles frisent en vibrant contre les frettes, produisant un son parasite, trop hautes, elles sont plus difficiles à fretter, et la tension accrue nécessaire pour les appuyer sur la frette porte préjudice à la justesse.

Les guitares acoustiques doivent extraire une puissance mécanique suffisante, ce qui oblige à employer des cordes relativement lourdes et tendues. Les guitares électriques peuvent utiliser, pour faciliter le jeu, des cordes à très faible tirant. Dans ce cas, les chevalets permettent de régler la justesse de chaque corde de façon indépendante afin que l'instrument sonne juste sur toute l'étendue du manche. Il faut reprendre ce réglage quand on change de modèle de cordes.

Les guitares électriques utilisent parfois un cordier à tambour ou une combinaison de cordier et de chevalet articulée. Un levier fait pivoter le dispositif, qu'on appelle vibrato, créant un bend simultané pour toutes les cordes. Certains dispositifs font aussi varier la hauteur des cordes au-dessus des capteurs. Le Floyd Rose est un type de chevalet qui résout le problème du désaccordage rapide dû à l'usage du vibrato.

La compensation La compensation consiste à ajuster la longueur de la corde vibrante de telle manière que l'instrument sonne juste sur l'intégralité de sa tessiture..

Théoriquement, la distance entre le chevalet et la frette doit être la même qu'entre la douzième frette et le sillet. Ainsi, la longueur de la corde étant divisée par deux, le douzième demi-ton correspond à l'octave. En réalité, lorsqu'on pince une corde métallique sur le manche à la douzième case, avec ces distances strictement égales, la fréquence fondamentale du son résultant n'est pas exactement le double de celle de la corde à vide, pour plusieurs raisons.