Raïs Hamidou، de son vrai nom Hamidou Ben Ali (en arabe : حميدو ابن علي), né vers 1773 à Boumerdès ou à Alger , en Algérie, et mort le près du Cabo de Gata, en Espagne, était un barbaresque et corsaire algérien de renom au service de la Régence d'Alger.
Il occupa le rang de raïs (capitaine de navire) et devint l'un des plus célèbres marins de la période barbaresque.
Hamidou se distingua par sa bravoure et ses exploits maritimes, il capture aux cours de son activité des centaines de navires de guerre (frégates) et marchands de nations européennes méditerranéennes (principalement espagnols et portugais), nordiques, américains mais aussi tunisiens.
Sa carrière prit fin lorsqu'il perdit la vie en mer après un affrontement avec la flotte américaine, avant d'engager les hostilités, il dira cette célèbre phrase à un de ses acolytes :
« Si je viens à mourir, jette mon corps à la mer, je ne veux pas que les mécréants aient mon cadavre. ».
Aujourd'hui, Hamidou est une figure emblématique de l'histoire maritime et algérienne.
Son histoire est connue, grâce à l'archiviste français Albert Devoulx, qui a retrouvé des documents importants, dont un précieux Registre des prises ouvert par les autorités de la régence en 1765. Ce qui est bien évidemment faux car les Algériens connaissaient déjà Raïs Hamidou avant que les Français ne le mentionnent.
La chanson et la légende se sont aussi emparées de ce personnage charismatique.
Biographie Jeunesse et origines Hamidou ben Ali naît vers 1770 à Alger. La ville fait alors partie de la régence d'Alger. Elle est gouvernée par un dey, terme traditionnellement traduit par « régent d'Alger ».
Il est d’origine Kabyle d'après des témoignages recueillis sur ses propres officiers après la bataille du Cap Gata.. Il est également décrit comme un par des sources européennes.. Il est sur qu'il n'est ni Turc, ni Kouloughli, ni renégat. Il est un homme de taille moyenne mais robuste, ayant le teint blanc/pale, les yeux bleus et le poil blond.
Dès l’âge d'environ dix ans, il abandonna le métier de tailleur que lui faisait apprendre son père, pour s’engager comme mousse à bord de l’un des navires de la régence. Le navire corsaire est commandé par le Raïs Memmou. Il'y apprend beaucoup sur la navigation et en tire une grande expérience, qui lui permettra de devenir l'un des plus célèbres et plus polyvalent corsaire Algérien, portant un héritage important encore aujourd'hui.
Les débuts dans la carrière Il n’existe pas de document sur l’activité du raïs Hamidou pendant les premières années de ses fonctions de commandant à Alger, on peut supposer qu’il était sous la tutelle d’un corsaire barbaresque plus ancien, et qu’il faisait son apprentissage.. Après avoir réussi l'examen organisé par la taïfa des Raïs (un conseil des capitaines corsairs d'Alger), il fut autorisé à devenir lui-même raïs. Son premier succès est survenu peu de temps après sa nomination, lorsqu'il a réussi à guider son navire d'une défaite apparemment certaine face à un ennemi espagnol beaucoup plus important.
En 1790, après la reconquête d'Oran, Hamidou est nommé chef de la marine oranaise, qui comportait alors et felouques. Le dey lui octroie un chebec de trois mâts armés de , pourvu de et miliciens..
Entre l' et 1796, au retour d'une expédition en Italie, pris dans une tempête, il décide de mouiller à La Calle, ses ancres ripent et son navire, emporté par une tempête, se brise contre les rochers du rivage. Cet événement faillit ruiner les projets et la carrière de Hamidou. La perte d’un navire confié à un raïs était le plus souvent très sévèrement punie. Alors qu'il n’était pas rentré faire son rapport, il est rattrapé et ramené de force à Alger. Mais il sut calmer la colère du dey et bientôt, il disposa d'une frégate construite par l'espagnol Maestro Antonio., charpentier à Alger qui donna une dimension nouvelle à l'activité de Hamidou.
En 1797, une corvette du dey d'Alger revint au port sans arborer son pavillon ni saluer la mosquée de Sidi Abderrahman, patron de la ville d’Alger. Ceci signifiait la perte de son capitaine. En fait, ce dernier, ayant de nombreux méfaits et de grosses fautes de navigation à se faire pardonner, avait préféré déserter, et alla se réfugier au Maroc. Le pacha désirant récompenser le raïs Hamidou de ses récents succès, le nomma au commandement de ce navireRais Hamidou: Le dernier corsaire barbaresque d'Alger (2007); p. 13.. Le raïs Hamidou est mentionné régulièrement dans le registre des prises, mettant à contribution Génois, Vénitiens, Napolitains et Grecs.
Le ., après quelques jours de croisière, Hamidou fait la rencontre d'un vaisseau de guerre portugais de , avec un chébec de . Conscient de la supériorité militaire de la frégate portugaise, il emploie la ruse. Il hisse un pavillon anglais pour s'approcher des Portugais. La frégate algérienne se tenant correctement, les Portugais se laissent approcher. Ils prennent conscience bien trop tard qu'ils sont face à des corsairs. Les Algériens abordent, dévastent et capturent le navire. sont faits prisonniers.La piraterie barbaresque en Méditerranée: - (2000) ; p. 36. Lire en ligne.
La frégate deviendra une unité de la flotte de la régence sous le nom de La Portugaise. Hamidou obtient un Yatagan d'honneur, et fut reçu en audience solennelle. La frégate portugaise ne fut pas la seule que les Algériens captureront., puisque le de la même année, le Rais Hamidou capture une autre frégate Portugaise de guerre de .. Ce succès valut au Rais la direction de la flottille Algérienne, et une villa à El Biar, offerte par le dey Hussein.
À partir de cette époque, et pendant près de deux années, le nom de Hamidou cesse de figurer sur le registre des prises à cause de problèmes internes dans l'Odjak et de la jalousie du Dey. En 1808, l'un des premiers actes du nouveau Dey, Ali ben Mohamed, fut d’exiler Hamidou dont la célébrité l’offusquait. Hamidou est envoyé en exil à Beyrouth, au Liban ; mais Hadj Ali Dey, arrivé au pouvoir en 1809, s’empresse de le rappeler.
La consécration De retour à Alger, il reçut le commandement d'une division de quatre navires, une frégate de commandée par lui-même, une frégate de commandée par le Raïs Ali Gharnaout, la frégate portugaise de commandée par le Raïs Ahmad Zmirli, un brick de , commandé par le Raïs Mustapha le Maltais. Le dey l’autorisa à aller croiser dans l’océan Atlantique ce que fit le Raïs Hamidou sous le couvert de la nuit. L’escadre algérienne captura trois navires portugais. Les Portugais signeront un traité de paix avec la régence en 1810, en échange d'une lourde indemnité et de la libération de centaines de captifs Les corsaires barbaresques: la fin d'une épopée, 1800-1820 (1999) ; ..
En 1811, une guerre éclate entre la régence d’Alger et celle de Tunis. Le , Hamidou capture un navire anglais contenant des marchandises tunisiennes. Le , avec une flotte de six navires de guerre, et de quatre canonnières, il capture une frégate tunisienne qu’il ramène à Alger après un rude combat contre une flotte de douze navires de guerre tunisiens. Voici ce qui a été consigné dans le registre des prises :
À la suite de cette bataille navale, Hamidou reçut une ovation populaire après que le Pacha l’ai complimenté en audience publique. Hamidou enregistrera un certain nombre d’autres succès entre 1812, et 1815. Il prit part à des attaques contre des navires venant de Grèce, de Sicile, de Suède, de Hollande, du Danemark et d'Espagne. Il s'empara au total durant sa carrière, de plus ..
La fin de Hamidou ben Ali vignette|Le Meshuda, encerclé lors de la bataille du cap Gata par une escadre américaine (1815)
Hamidou écume la mer à bord du Mashouda, frégate de construite à Alger par un architecte espagnol lui servant de navire-amiral depuis 1802. Avec sa flottille, il revenait dans la mer Méditerranée venant de l'Atlantique. Les circonstances font, qu'au même moment, l’escadre de Stephen Decatur venait elle aussi de l'Atlantique en Méditerranée, demander raison au dey Omar des insultes faites au pavillon américain. L'escadre, qui comptait dix navires, tombe sur Hamidou, le , non loin du cap de Gata. Hamidou réalise trop tard qu'il s'agit d'une escadre américaine. Il tente d'abord de prendre la fuite en direction du port franc de Cartagena. Mais rapidement, Hamidou se trouve engagé et il fait front. Hamidou ordonne à un de ses officiers : Mahdi Boukhalfa, « Raïs Hamidou, le 17 juin 1815 : Quand je serai mort tu me feras jeter à la mer » dans Huffpost Algeria, 2015. Hamidou manœuvre, et une lutte s’engage entre le Mashouda et le Constellation. Les Américains tirèrent deux bordées. Les conséquences sont dévastatrices, Hamidou est tué sur son banc de quart et le navire est en partie détruit.La piraterie barbaresque en Méditerranée: XVI- (2000); .. Roland Courtinat, La piraterie barbaresque en Méditerranée : XVI-, 2003, p. 36Article Constellation sur le site « Naval History and Heritage Command », 2004..
Conformément à ses instructions, le corps du raïs fut jeté à la mer. Des embarcations vinrent prendre possession du navire vaincu. En montant à bord, le chef du détachement demanda le commandant : , rapporte Albert Devoux sur la fin tragique du raïs.
Dégradation des relations franco-algériennes En 1798, les relations s’envenimèrent entre la Régence d'Alger et la France, à cause des dettesPierre Montagnon, La conquête de l'Algérie, Pygmalion, 1986, . que cette dernière faisait traîner (redevances de la Compagnie d’Afrique impayées). Cela entraîna inévitablement des tensions entre les deux pays, comme cela se reproduira plus tard pour d’autres dettes (voir les raisons de l’invasion de l’Algérie par la France en 1830)Lettre du 19 décembre 1827 du dey Hussein au grand Vizir (archives du gouvernement turc) citée par Jeannine Verdès-Leroux, article Coup d'éventail (1827), in L'Algérie et la France, Robert Laffont 2009, .Henri Nérac, « La Régence turque », La Nouvelle Revue d'histoire, 4H, printemps-été 2012, 54-56..
Hommages Raïs Hamidou est une commune algérienne. La Raïs Hamidou est une corvette de la Marine nationale algérienne.
Littérature Le raïs Hamidou a très tôt sa place dans la littérature populaire orale d'Alger, comme d'autres raïs avant lui. Henri-Delmas de Grammont signale combien la ferveur populaire s'allumait facilement pour ces aventuriers dont les prises faisaient vivre les habitants de la régence directement ou indirectement.
Albert Devoulx recueille chansons et histoires à son sujet, et en mentionne quelques-unes dans son ouvrage. L'esclavage est pleinement assumé, comme en témoigne la suivante :
Notes et références Références
Sources
+ lire en ligne, Dubos Frères, 1859 Albert Devoulx est Conservateur des Archives arabes du Service de l’Enregistrementet des Domaines, à Alger, Membre de la Société historique Algérienne, et Correspondant de la Société Académique du Var
Voir aussi Bibliographie Paul Desprès, Raïs Hamidou : Le dernier corsaire barbaresque d'Alger, Harmattan, (roman historique) H. D. de Grammont, Histoire d'Alger sous la domination turque'', Paris 1887
Articles connexes Régence d'Alger Corso (piraterie) Bataille du cap Gata (1815)
Liens externes
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