Charles Sorel, né entre 1582 et 1602 à Paris, où il est mort le , est un homme de lettres et historien français.
Biographie Charles Sorel est issu d'une famille de magistrats vraisemblablement d'origine champenoise. Son grand-père était magistrat dans une ville de Picardie. Après avoir peut-être servi dans les troupes de la Ligue, son père s'est établi à Paris, où il a acheté une étude de Procureur du Parlement, et épousé une sœur de Charles Bernard, lecteur de Louis XIII et premier historiographe de France, dont il a eu deux enfants : Charles et Françoise.. Charles Sorel fait ses études dans un collège parisien, peut-être le collège de LisieuxIl n'y en a pas de preuve, mais Sorel précise, à partir de 1626, que le collège décrit dans Francion est le collège de Lisieux. De nombreux chercheurs en ont inféré qu'il y avait probablement fait ses études..
Son père l'aurait poussé à entreprendre des études de droit mais ses premiers écrits semblent indiquer une volonté de s'introduire à la CourL'Épithalame sur l'heureux mariage du Très Chrétien Roi de France Louis (1616) et les Vertus du Roy (1623). On dispose d'assez peu d'informations biographiques mais Émile Roy affirme sans le prouver qu'il est secrétaire ou « domestique » du comte de Cramail en 1621Olivier Roux a remis en cause cette affirmation non démontrée dans La "Fonction d'écrivain" dans l'œuvre de Charles Sorel., avant de s'attacher au comte de Marcilly en 1622 puis au comte de Barradas, auquel il dédie L'Orphise de Chrysante. Il participe en 1623 à la composition du livret du Ballet des Bacchanales aux côtés de Théophile de Viau, Boisrobert, Saint-Amant et Du Vivier. Il fréquente donc les milieux libertins.
Polygraphe, il alterne œuvres de fiction et œuvres d'érudition. Il affiche dès 1628 une ambition d'historien avec la publication de l'Avertissement sur l'histoire de la monarchie française qui dénonce les légendes et les mythes qui farcissent les histoires de France aux siècles précédents. Il professe la volonté d'écrire une nouvelle histoire qui allie véracité et qualité du style. Ce vaste projet ne sera jamais réalisé, mais Sorel rachète en 1636 à son oncle maternel Charles Bernard la charge de premier historiographe de FranceArch. nat., MC/ET/XLI/97, 2 août 1636 : Vente par Charles Bernard, conseiller du roi en ses conseils d'État et privé, lecteur ordinaire de Sa Majesté, et historiographe de France, à Charles Sorel, avocat en Parlement, de son office d'historiographe de France, moyennant 12 000 liv.. Il continuera d'écrire tout au long de sa vie des traités historiques et des pièces de circonstance mais sans aucun apport notable.
La suppression des charges d'historiographe en 1663 par Colbert l'oblige à vendre la maison familiale et à se retirer chez un de ses neveux, Simon de Riencourt, auteur d'un Abrégé chronologique de l'Histoire de France en 1665. Il y meurt en 1674 en bon chrétien, ayant apparemment renié les idées libertines de sa jeunesse.
Œuvre romanesque L'ensemble de son œuvre romanesque comique et satirique a été publiée anonymement ou sous des pseudonymes. Sorel souhaitait en effet donner de lui-même une image d'érudit qui se combinait mal avec la reconnaissance auctoriale de tels ouvrages. Cependant il laisse à l'intérieur d'autres œuvres les indices permettant d'identifier les œuvres qui lui tiennent le plus à cœurVoir la biobibliographie publiée dans l'édition de L'Histoire comique de Francion par Fausta Garavini chez folio classique ainsi que celle qui est présentée dans cette page..
En 1621, il publie L'Histoire de Cléagénor et de Doristée puis, en 1622, Le Palais d'Angélie, recueil d'histoires dans la tradition du Décaméron. Il reprend en 1623 le principe de l'écriture de nouvelles avec la publication des Nouvelles françaises. Ce recueil de cinq nouvelles assez longuesQui seront complétées par deux nouvelles supplémentaires en 1645 sous le titre Nouvelles choisies. s'inscrit dans la lignée des Nouvelles exemplaires de Cervantes. Elles constituent une étape importante dans l'évolution du genre dans la mesure où elles s'éloignent à la fois de la longueur démesurée des romans et de la très grande brièveté des fabliaux médiévaux, tout en racontant des histoires sérieuses et non simplement amusantesVoir Roger Guichemerre, introduction à la nouvelle La sœur jalouse dans Dom Carlos et autres nouvelles du , folio classique.. vignette|redresse|gauche|Édition de 1858 de la Vraie Histoire comique de Francion. En 1623, il publie de son œuvre romanesque la plus connue et la plus reconnue : L'Histoire comique de Francion, publiée d'abord en sept livres, revue et allongée en onze livres en 1626, puis en douze livres en 1633. Cette œuvre constitue l'une des premières histoires comiques à la française et restera l'un des chefs-d'œuvre du genre. Sorel y tourne en ridicule les romans héroïques et propose une satire parfois vive de la société de son temps.
Le Francion met en place une réflexion sur l'écriture romanesque, qui sera reprise et développée, en 1627, dans Le Berger extravagant, sous-titré Anti-Roman en 1633. Il s'agit d'un roman burlesque, où le fils d'un marchand parisien, l'esprit perturbé par la lecture excessive de bergeries inspirées de L'Astrée, se choisit une maîtresse peu avenante, et devient le pasteur d'une douzaine de moutons sur les bords de la Seine. Sorel s’y livre à une satire efficace, proche de la farce, du roman pastoral.
En 1640, il publie sous son nom un roman allégorique, La Solitude ou l'Amour philosophique de Cléomède, qui comprend une adaptation fictionnelle de La Science universelle, mais aussi un récit historique qui suggère de façon ambiguë que les Sorel sont d'origine illustre. Il reviendra au genre de la nouvelle en 1642 avec La Maison des jeux. Enfin, sa dernière tentative dans le domaine de la fiction sera le Polyandre, roman comique en 1648. Ce roman tente de proposer une peinture de la société parisienne à travers quelques personnages très typés. Il restera inachevé.
Ouvrages érudits Outre quelques écrits à prétention historique, Sorel a produit divers ouvrages érudits.
La Science universelle Cette entreprise est probablement celle à laquelle Sorel a consacré le plus de travail et qui lui tenait le plus à cœur, comme en témoigne notamment le chapitre qu'il lui consacre dans La Bibliothèque française ainsi que les multiples éditions qu'il en a fait faire. L'ouvrage commence par la publication en 1634 de La science des choses corporelles, un volume sans nom d'auteur, mais dont le verso de la page de titre porte « Carolo Sorello, novae encyclopaediae assertori dignissimo » (« À Charles Sorel, très digne libérateur de la nouvelle encyclopédie »), dédicace qui rend manifeste la vocation encyclopédique de l'ouvrage.
Sorel, toutefois, qui connaît bien les encyclopédies des siècles précédents et qui leur consacrera une large section dans le quatrième volume de La Science universelle, se défend dans son avant-propos d'avoir voulu compiler à leur manière un abrégé des sciences. Il se moque particulièrement des ouvrages en latin qui ne font que répéter ce qu'ont dit les auteurs anciens — une critique qui revient encore dans La Bibliothèque française, où il déplore que certains n'aient eu « fiance jusques icy qu'en ce qui est écrit en latin, ou en ce qui est traduit du latin » (). Pour lui, « il importe de séparer ce qu'il nomme « la véritable science » et « le vrai savoir » de toutes les impostures, celles de la doxa comme celles de la naïve crédulité». Son entreprise est marquée par le désir de soumettre les savoirs « au crible de la raison moderne — celle de Francis Bacon et de son souci de l'expérience, 2006, quatrième de couverture ». Bref, Sorel veut .
Il critique les « escholes » où l'on n'apprend rien que « deux ou trois langages qui n'ont plus cours avec quelques antiquitez inutiles », et où « la plupart s'employent plutôt à charger leur mémoire qu'à fortifier leur jugement ». Au contraire de ces pratiques, il faut tendre à s'assimiler le véritable savoir, car Pour cela, il faut réaliser « une parfaite Encyclopédie, ou un cercle & enchaisnement de toutes les Sciences et de tous les Arts », car « Quiconque possédera la science universelle […] pourra parler et écrire sur le champ de quelque sujet que ce soit […] ce sera lui l'homme parfait ».
Le volume II, intitulé De l'Être et des Propriétés des Choses Corporelles, paraît en 1637. Il est suivi en 1641 par De l'Usage, & de la Melioration et Perfection ou Imitation des choses Corporelles & des choses Spirituelles. Ces trois premiers volumes sont réédités avec un quatrième en 1644, intitulé De l'Usage des Idées, ou de l'origine des Sciences & des Arts, & de leur Enchainement. Du Langage, de l'Écriture, & des Chiffres. L'ensemble des quatre volumes, publié sous le titre général La Science universelle, connaîtra trois éditions jusqu'en 1667, selon Sorel., et une quatrième en 1668.
Malheureusement, la démarche de Sorel est entachée de naïveté et de sérieuses lacunes au point de vue scientifique. Particulièrement préoccupé de la liaison des sciences et des arts, il cherche à ordonner les connaissances de façon parfaitement logique, persuadé que tout s'enchaîne à partir d'un principe premier. Il s'en explique ainsi :
Cette recherche des principes premiers amène l'auteur à se demander ce que sont les caractéristiques de la « vraye Eau », du « vray Feu », de la « vraye terre ». Ailleurs, il s'efforce de démontrer que « Tous les corps simples sont blancs, y compris la Terre ». Cette quête l'amène aussi à soutenir que l'air n'est qu'une « humidité étendue qui s'épaissit après en eau ».
Écrivant un siècle après la parution de l'ouvrage majeur de Copernic — dont la thèse héliocentrique sera confirmée par les observations de Galilée —, Sorel préfère toutefois s'en tenir à la position de l'Église et rejette catégoriquement l'opinion « des astronomes et des philosophes qui publiant une vieille opinion renouvelée ont voulu nous persuader que le soleil est immobile et que c'est la Terre qui tourne ». De même, il désigne comme « des philosophes vulgaires » ceux qui attribuent les marées à l'action de la lune.
Jugement de la postérité Dans son Roman bourgeois, Furetière dénoncera l'ambition savante de Sorel, caricaturé sous le nom de « Charoselles », comme une forme de vain pédantisme. La Science universelle est cependant un ouvrage précieux pour ce qu'il montre de l'état de la doxa et de la lente progression de l'esprit des Lumières au milieu du .. Il constitue aussi un jalon dans le développement des encyclopédies, le discours suivi adopté par Sorel étant à l'extrême opposé de l'organisation alphabétique qui s'imposera par la suite, notamment dans le Grand Dictionnaire historique de Moreri, dont le premier volume parait en 1674.
Si l'ambition de Sorel semble aujourd'hui dérisoire, elle était encore parfaitement recevable à l'époque où cet ouvrage a été rédigé :
Ouvrages bibliographiques