Le Philosophe anglais ou Histoire de M. Cleveland, fils naturel de Cromwell, aujourd’hui plus communément appelé Cleveland, est un roman-mémoires de l’abbé Prévost. Il est constitué de sept tomes, les quatre premiers publiés en , les trois derniers en et . Un cinquième tome apocryphe, publié par l'éditeur des quatre premiers et écrit par un inconnu, a également paru en ..

Synthèse Comme d'autres romans de l'abbé Prévost, Cleveland est longtemps resté dans l'ombre de Manon Lescaut, le seul roman qu'on retient généralement de lui, même si on peut observer une inversion de cette tendance. En son temps, il a néanmoins exercé, en dépit de sa longueur, une grande influence, réédité à plus de vingt reprises, et maintes fois traduit. En outre, Prévost a détourné la première conclusion qu’il projetait pour Cleveland, qui faisait mourir Fanny dans le désert, au profit de Manon Lescaut..

Ce roman, qui relate les aventures invraisemblables de Cleveland, bâtard imaginaire d'Oliver Cromwell, ainsi que son histoire d'amour avec Fanny, est présenté comme la traduction du « manuscrit de M. Cleveland » traduit par l’Homme de qualité, un autre personnage de Prévost, auquel le fils de Cleveland aurait confié ses mémoires..

Dans ce roman, qui s’inscrit dans la tradition du roman-mémoires, mais qui trouve ses origines dans la tradition du roman baroque du Grand Siècle et appartient néanmoins au genre typique des Lumières du roman philosophique., Prévost construit des points d’intersection entre la réalité historique et l’univers romanesque en mêle constamment des éléments réels à la narration, comme le père bien réel qu’il donne à son héros imaginaire., même s’il prend de grandes libertés avec la chronologie historique et les réalités géographiques..

La « bâtardise » de Cleveland, ses causes et ses conséquences, abandon, rupture, errance et épreuves, constituent également une donnée de base de la trame romanesque, la distribution des rôles, la manière d’être du personnage de ce roman des origines.. Dans Cleveland, l’élément psychologique joue également un grand rôle, en impliquant le lecteur dans la narration par l’intermédiaire d’une voix individualisée, qui cherche à imiter le naturel, au service d’une « vérité » subjective..

Résumé Cleveland est un très long roman composé de nombreux récits enchâssés qui rendent la narration complexe. Le roman est composé de 15 livres de différentes longueurs.

Livre I Cleveland est élevé par sa mère, Élisabeth Cleveland :

après avoir été la maîtresse de Charles Ier, celle-ci fut repoussée et contrainte de se ranger du côté des ennemis de la Cour, au sommet desquels se trouvait Cromwell. Après avoir été également la maîtresse de ce dernier, elle fut de nouveau dédaignée et se retira de la vie mondaine pour élever le fils qu'elle avait eu avec lui.

Sept ans plus tard, Cromwell s’étant emparé du pouvoir, Élisabeth sollicite son aide pour Cleveland qui rencontre pour la première fois son père. Cromwell refuse catégoriquement tout soutien, craignant le déshonneur de reconnaître un fils illégitime. En revanche, il leur propose de s’installer dans les colonies du Nouveau Monde, afin de les éloigner de la vie anglaise. Élisabeth perçoit la perfidie de cette offre et feint d’accepter. Alors qu’ils repartent, Cleveland et sa mère rencontrent Mme Riding, qui leur raconte l’histoire de Mally Bridge :

elle aussi ancienne maîtresse de Cromwell, elle mit au monde un enfant et subit sa persécution, cause indirecte de son suicide après qu'elle fut abusée par deux gardes, tandis que son fils fut placé par Mme Riding dans une caverne qui lui permit d'échapper aux poursuites du Lord-Protecteur. Plus tard, ce fils nommé Bridge découvrit la vérité sur son ascendance et espéra fléchir son père : il le rencontra mais fut immédiatement envoyé en prison, sans que Mme Riding su ce qu'il devint.

À la fin de ce récit, Cleveland et sa mère décident de s’installer à leur tour dans la caverne de Mme Riding, où Élisabeth meurt quelque temps plus tard. Puis un jour, en explorant les souterrains, Cleveland rencontre le vicomte d'Axminster qui lui fait le récit de sa vie :

élevé en Amérique, il épousa dona Theresa qu'il faillit finir par tuer de retour en Europe, la croyant infidèle à la suite d'une machination ourdie par Cromwell, celui-ci l'ayant enlevée et confiée de force à Aberdeen, un de ses acolytes amoureux d'elle. Après une tentative d'assassinat ratée contre Cromwell, Axminster décida de s'exiler avec sa famille dans une caverne pour échapper à la vengeance du Lord-Protecteur.

À la suite de ce récit, Cleveland emménage dans la grotte d'Axminster qui devient son précepteur. Il tombe très vite amoureux de sa fille, Fanny, mais ne parvient pas à lui avouer ses sentiments. Quelque temps plus tard, Dona Theresa meurt et Mme Riding propose à Axminster de partir avec Cleveland pour la France, où se trouverait le roi Charles II. Axminster hésite et accepte finalement; après avoir convaincu Mme Riding de partir avec eux. Ils se préparent ainsi tous trois à prendre la mer pour traverser la Manche.

Livre II Lors de la traversée, une violente tempête éclate et Cleveland sauve Fanny. Le groupe parvient finalement à rejoindre Rouen. En ville, Cleveland est extorqué par un marchand et découvre les mœurs hypocrites de la haute société française. Il décline un rendez-vous de Mme Lallin, une veuve charmée de sa personne, par égard pour Fanny à qui cela semble déplaire. Mais poussé par Omerson, un Anglais ami de Mme Lallin, il accepte d'aller lui rendre visite. En arrivant chez Mme Lallin, ils surprennent tous deux une conversation révélant un complot entre son frère — Lallin — et Cromwell, visant à éliminer les Anglais hostiles au Lord-Protecteur. Omerson et Cleveland s’enfuient, mais Mme Lallin, désapprouvant les projets de son frère, décide de se ranger dans leur camp et les rappelle en leur dévoilant l’étendue du complot. Les Anglais de Rouen sont prévenus, la nouvelle se répand dans la ville et Lallin prend la fuite après avoir accusé sa sœur de trahison et s'en être physiquement pris à elle. Cleveland, Axminster et Fanny partent ensuite pour Bayonne, où réside Charles II. Ils le retrouvent et Axminster lui prête allégeance, tandis que Cleveland rencontre pour la première fois son grand-père, fervent royaliste et partisan de longue date de Charles II. Très vite, le roi demande à Axminster de partir en Amérique, mais le grand-père de Cleveland s’oppose à ce que son petit-fils l’accompagne et répand sur-le-champ l'idée que Cleveland restera en France, ce qui provoque une tension entre celui-ci et son précepteur. Des rumeurs accusent en outre Cleveland d’avoir caché une proposition de mariage de Mme Lallin, disposée à l'épouser, mais il les dément et se réconcilie avec Axminster grâce à l’aide de Mme Riding. Sur le coup de l'émotion, il avoue même à Fanny son amour, qui l'aime également en retour. Le mariage est immédiatement prévu pour le lendemain, et le roi adoube Cleveland pour compenser son manque de fortune.

Livre III Lorsque le grand-père de Cleveland apprend le futur mariage de son petit-fils, il supplie le roi de le retarder pour trouver un lieu et un temps plus appropriés. En réalité, son objectif est beaucoup plus égoïste : il désire rompre ce mariage pour conserver près de lui son petit-fils, dernier reste de sa famille, et l'empêcher de partir en Amérique avec Axminster et Fanny. Le roi et tous ses partisans vont alors à Rouen, où doit se célébrer le mariage, mais le grand-père de Cleveland apprend sur place l'inclination toujours vive de Mme Lallin pour son petit-fils : il ment à celui-ci et contrefait dans son dos un document pour le contraindre à l'épouser ainsi que pour le brouiller avec Axminster. Cela fonctionne : ce dernier part avec sa fille et Mme Riding sans prévenir Cleveland qui se retrouve isolé dans un appartement de Mme Lallin. Après avoir découvert la supercherie, il s'en prend à son grand-père et à celle-ci à qui il demande de partir libre. Prise d'un repentir sincère, Mme Lallin lui propose de l'accompagner en Amérique, ce que Cleveland finit par accepter, comprenant bien qu'il ne pourra pas aller loin tout seul. Ils partent donc de nuit pour Londres, d'où ils embarquent pour la Jamaïque. Pendant la traversée, Cleveland se lie d'amitié avec le capitaine, John Will, qui tombe amoureux de Mme Lallin. Croyant voir en elle l'amante de Cleveland, il décide de trahir son nouvel ami après avoir essuyé des refus à la suite d'avances grossières : pour se défaire du protagoniste et se retrouver seul avec Mme Lallin, il le livre au nom du Lord-Protecteur à un bateau anglais qui les croise. Mais Cleveland découvre pendant sa captivité que le capitaine de ce nouveau navire se trouve être Bridge, le fils de Mally Bridge et de Cromwell. Bridge continue le récit de sa vie que le roman a déjà commencé dans le LIVRE I :