Le Cigref, anciennement "club informatique des grandes entreprises françaises", créée en 1970, est une association loi de 1901 sans activité lucrative de grandes entreprises et administrations publiques françaises qui se donnent pour mission de réussir le passage à l'informatique lors de sa création, puis le passage au numérique au siècle suivant. Les statuts du CIGREF s'inspirent de ceux de l'association des grandes entreprises françaises (Agref) comme le précise l'acte de naissance du Cigref Acte de naissance du Cigref, plus tard rebaptisée AFEPEntreprise et Personnel
Histoire Les fondateurs Le Cigref est fondé par cinq sociétés utilisatrices d'informatique, Groupe Drouot, Saint-Gobain-Pont-à-Mousson, Hachette, EDF et Société générale, toutes clientes d'IBM dont elles veulent être mieux considérées.
Son président fondateur, Pierre Lhermitte a représenté les employeurs au Conseil économique et social, dont la section de la production industrielle et de l’énergie a organisé une mission aux États-Unis en 1967, confiée à trois experts, Pierre Lhermitte, Emmanuel Mayolle et Bernard Joseph.
Au retour, le premier rédige un rapport sur les «Conséquences prévisibles du développement de l’automatisation de la gestion des entreprises», adopté en et publié en 1968 dans un succès de librairie titré « Le pari informatique », qui insiste sur "les besoins en réseau de transmissions de données""Quand l’An 2000 a fait trembler l’informatique", Archives Cigref "Informatique et télécommunications, une première confrontation", par Michel Atten, dans la revue Entreprises et histoire en 2002 "LE PARI INFORMATIQUE ", de Pierre Lhermitte, Article de Nicolas Vichney le 10 août 1968 dans Le Monde "Pierre Lhermitte, Président fondateur du CIGREF, est décédé", article le 26 Avril 2017 dans CIO Online .
Il y en charge du plan Calcul et plaide pour plus d'investissement dans la téléinformatique. Après EDF, Pierre Lhermitte fait le constat des problèmes d'informatique à la Société générale et .
Plusieurs acteurs de l'informatique de l'époque évoquent un autre "évènement fondateur" que le livre publié en 1968 par Pierre Lhermitte après son voyage de 1967, "le voyage de 1969 aux États-Unis, organisé par la Délégation à l’informatique"LE RÉSEAU CYCLADES ET INTERNET : QUELLES OPPORTUNITÉS POUR LA FRANCE DES ANNÉES 1970 ?", contribution par Valérie Schafer, Séminaire Haute Technologie du Comité pour l'histoire économique et financière de la France (Cheff), le 14 mars 2007, qui "a mêlé des hommes des milieux informatiques et des télécommunications". Le groupe est allé "rendre visite à l’un des pionniers de la commutation de paquets depuis 1961, investi dans le démarrage du projet Arpanet, le professeur Leonard Kleinrock, auprès duquel Gérard Deloche, un ingénieur français de la CII a passé un an à l’UCLA, de à , suivi d'un autre ingénieur français de la CII, Michel Elie, tous deux animant le Network Working Group au sein du projet Arpanet.
Les Français revenus du voyage de 1969 aux États-Unis engagent des discussions autour de la Délégation à l’informatique, pour savoir s’il faut mettre en place un réseau et quelle forme il doit prendre.
Peu après, dès la création du Cigref en 1970, autre "lieu d’échanges avec des homologues", Pierre Lhermitte prend la présidence du groupe « Téléprocessing » puis en novembre de la même année, fonde aussi le GERCIP (Groupe d'Etude pour un Réseau Commuté Interprofessionnel de Paquets), qui existe indépendamment du CIGREF et dont une partie des membres sont extérieurs au CIGREF (notamment la Banque de France, le CEA et la DATAR).
Selon la thèse de doctorat en gestion soutenue par Marie-Aline De Roverato Rocquigny à l'université Paris Dauphine en 2015"L’informatique de gestion, entre technique pure et outil de gestion : une perspective historique à travers les discours des responsables informatiques de 1970 à 2000", thèse de doctorat en gestion soutenue par Marie-Aline De Roverato Rocquigny à l'Université Paris Dauphine en 2015 "La demande en réseau de transmission de données et/ou en réseau inter-ordinateurs", par Michel Atten, Pierre Henry et Hubert Zimmermann dans la revue Entreprise et histoire en janvier 2002 , le témoignage de Pierre Henry, proche de Pierre Lhermitte est "éloquent quant aux motivations des impétrants": la nécessité de créer en France un réseau de téléinformatique est "la raison pour laquelle, sous l’impulsion d’un collègue d’EDF –un personnage important à l’époque, Pierre Lhermitte-, plusieurs grandes entreprises se sont associées à EDF-GDF. De grandes compagnies d’assurances, d’importantes sociétés industrielles nous ont rejoints pour constituer un groupe –le CIGREF- afin de réfléchir sur le sujet, et ensuite pour faire pression sur la Direction générale des Télécommunications (DGT), afin d’obtenir la mise en place d’un réseau de transmission de données commun pour tout le monde et non pas des réseaux spécialisés à telle ou telle entreprise".
Selon cette source, "les Télécoms étaient, à cette époque, "plus préoccupées par le renouveau du téléphone que par la mise en place d’un réseau de données", et "il a donc fallu que l’on insiste lourdement pour faire évoluer les choses". Pierre Henry, chercheur à l'EHESS, écrira en 2002 une contribution sur le sujet, avec Hubert Zimmermann, ex-responsable du réseau Cyclades et Michel Atten, ex-ingénieur de la DGT et du Centre national d'études des télécommunications( CNET).
Action pour un réseau de téléinformatique Dans plusieurs secteurs, les assurances (réseau CAPA), les banques (Swift), le service des douanes (projet SOFIA), des professionnels "multiplient les offres de coopération auprès de la DGT", qui n'est pas favorable à ce réseau. Le CIGREF travaille sur "la saisie des données", espérant cependant qu'elle fournisse un réseau public pour leur transport à l'échelle nationale. Au gouvernement, Pierre Messmer devient Premier ministre à l'été 1972 et nomme un directeur de cabinet peu favorable à la téléinformatique, se montrant lui-même réservé: "la mise en place de réseaux électroniques dans l’administration ne porte pas atteinte à la vie privée", déclare-t-il lors de l’inauguration du Sicob de , tout en évoquant des « dispositions juridiques » pour la protéger « M. Messmer : l’informatique assure une meilleure participation et plus de liberté », Le Monde, 25 septembre 1972 .
Dès 1970, le CNET avait lancé une "investigation", en vue d’un réseau pour les données, distinct de celui du téléphone et télex, puis en 1971 un groupe de travail baptisé Hermès, qui conçoit la "commutation par paquets" comme éventuellement à ajouter, mais seulement "en verrue" à la normalité, qui reste pour les PTT la "commutation par circuits""Les débuts du réseau public français de commutation de données par paquets : TRANSPAC", par Guy Pichon, ancien directeur de Transpac, dans les Actes du septième Colloque sur l’Histoire de l’Informatique et des Transmissions, qui a eu lieu à Cesson-Sévigné, les 16-18 novembre 2004. , avec en vue le RCP, qui deviendra Transpac, u
Cependant, les ingénieurs du CNET doutent" de "l’ambition réelle du GERCIP" de créer son propre réseau, selon le témoignage de Philippe Picard, qui sera responsable de la sous-direction Téléinformatique et réseaux spécialisés, créée plus tard à la DGT"Du projet Hermès à Transpac", par Alain Profit et Philippe Picard, dans la revue Entreprise et histoire en janvier 2002 , tout en affectant de ne pas s'y opposer, en évoquant une "conception élargie du monopole". Gilbert Dennery, prédécesseur de Philippe Picard, déclare ainsi en , alors que la demande reste "pressante", que "si un ou plusieurs organismes souhaitent constituer un réseau (de téléinformatique), nous, Administration, n’avons aucune raison de les en empêcher"« Les PTT accepteraient des réseaux privés de téléinformatique », article dans le journal Informatique et gestion, n°28, mai 1971, page 76 , cité dans la thèse de Marie-Aline De Roverato Rocquigny. Dans le même journal, en , alors que le réseau Cyclades vient de démarrer avec le miniordinateur Mitra 15, et que le groupe de travail "Téléprocessing" du CIGREF multiplie les études spécialisées, avec des contributions de Paul Benassouli (groupe Drouot) et Edouard Becker (Air France), un article de François Pasquet, ingénieur à la direction des petits ordinateurs et systèmes de la CII, met en avant "l'utilisation des mini-ordinateurs en téléinformatique"« L’utilisation des mini-ordinateurs en téléinformatique : aspects économique et fonctionnel » article de François Pasquet dans le journal Informatique et gestion de novembre 1972, cité par la thèse de Marie-Aline De Roverato Rocquigny.
La DGT avait d'abord réagi par "une solution provisoire, le réseau Caducée, de technologie électromécanique traditionnelle ""Un premier pas vers la télé-informatique de l'avenir", dans Le Monde par POLEN LLORET, le 16 février 1972 , mis en place à Paris en 1971Schafer, Valérie. « Permanences et mutations dans le développement des réseaux de données (années 1960-1990) ». Les ingénieurs des Télécommunications dans la France contemporaine, édité par Pascal Griset, Institut de la gestion publique et du développement économique, 2013, https://doi.org/10.4000/books.igpde.3473. par les PTT après avoir été étudié en 1969 A. Profit, A. Jousset, « Le projet Caducée », l’Écho des Recherches, n° 60, avril 1970, p. 10-18 ; A. Profit, « Caducée », Revue française des Télécommunications, n° 1, octobre 1971, p. 57-61., soudainement soucieuses de téléinformatique"LE RÉSEAU CYCLADES ET INTERNET : QUELLES OPPORTUNITÉS POUR LA FRANCE DES ANNÉES 1970 ?" par VALÉRIE SCHAFER, doctorante à l’Université de Paris IV-Sorbonne (CRHI-IRICE).. En 1972, il a "un seul central, situé à Paris", qui "permet de desservir environ 300 lignes de terminaux et 100 lignes d'ordinateurs", avec le projet" d'installer un autre central à Lyon et, éventuellement, à Lille ou à Marseille". Caducée pourrait servir de "pont" entre des réseaux "privatifs", précisent alors les PTT mais le tarif n'est intéressant que pour des applications de transmission en différé aux heures non ouvrables, par exemple entre agences de province et siège d'une banque. Il précède le réseau "Hermès ", alors prévu "dans six ou sept ans, sous mode numérique "intégrant transport de la voix et des données".
Ensuite, "à mi-chemin" entre Caducée et Hermès, Siemens prépare pour la Bundespost une sorte de "réseau télégraphique électronique" prévu pour 1973 ou 1974, tout en tant impliqué aussi dans la société Datel, créée au début de 1970 en Allemagne pour les petites et moyennes entreprises, avec une participation de 40 % de la même Bundespost, concurrence jugée déloyale par les sociétés allemandes de services en informatique "La bataille des réseaux" par Polen LLoret, le 16 février 1972 dans Le Monde et que l’architecture SNA d’IBM qui n'apparaîtra qu'en 1974
Au CIGREF, les deux premières années ont été "consacrées à l’appréhension de la technique entre examen des matériels, des programmes et leur agencement", mais aussi à des "initiatives pour la création d’un réseau national en commun". Puis débute en "un échange d’expériences entre 7 entreprises sur la saisie des données". Résultat, "aiguillonné par les demandes pressantes des utilisateurs" Louis-Joseph Libois, patron de la DGT finit par annoncer en 1973 la création pour 1976 du réseau espéré, une "annonce précipitée" qui "cherche à couper court aux pressions de groupes d’utilisateurs". La "maquette de faisabilité" est appelée RCP et deviendra Transpac, basé sur la norme X25 avalisée par le CCITT.
Années 2010 Le , à l'occasion de ses 40 ans, le Cigref a réuni ses anciens présidentsanciens présidents autour de son président fondateur, Pierre LhermittePierre Lhermitte, de très nombreuses personnalités et dirigeantsdirigeants.