vignette|400px|Vigne aux pieds du château de Coucy-le-Château. vignette|400px|Vigne associative à Clairoix (Oise). Le vignoble de Picardie est une ancienne région viticole française. Il concerne la partie méridionale de la région Hauts-de-France (cette dernière créé en 2016). La région administrative Picardie a existé de 1960 à 2015, regroupant les trois départements de l'Aisne, de l'Oise et de la Somme.

Ce vignoble a été florissant du Moyen Âge jusqu'au milieu du . Après une quasi-disparition au , il se développe à nouveau au début du .

Histoire Antiquité Si l'archéologie a révélé une consommation de vin dès l'époque gallo-romaine en Picardie, notamment avec la découverte de « puits à amphores », elle n'a pas encore permis, de mettre au jour des vestiges démontrant que la culture de la vigne était présente dans la région durant l'Antiquité.

Moyen Âge Haut Moyen Âge, premières traces de la culture de la vigne

La culture de la vigne est attestée, en Picardie, depuis le Haut Moyen Âge : on la trouve citée en 662 dans la charte de fondation de l'abbaye de CorbieDuchaussoy 1926 p. 430. Le vin étant nécessaire au culte c'est l'église catholique, par les monastères notamment, qui s'est faite propagatrice et propagandiste du vin dans les régions septentrionales. Car les moines, ayant du mal à importer le vin nécessaire aux célébrations, se lancèrent dans sa productionLe Bihan 2011 p. 10 : « Ils ne dédaignaient pas non plus le précieux produit de la vigne qui représentait de beaux revenus temporels.»Demangeon 1929 p. 431. La vie monastique à l’époque était loin d’être austère, il fallut même un concile à Trosly-Loire (Aisne) en 909 pour remédier au « dérèglement des mœurs des moines »On conseille d'abord de se vêtir décemment, « sint lumbi vestri præcinc-ti. » (Luc, XII) ; de fuir les images et les discours obscènes, et de conserver une grande sobriété dans le boire et le manger. Puis, on menace des peines éternelles ceux qui ne sauront résister à la tentation, attendu que jamais les voluptueux, ni les efféminés n'entreront dans le ciel, « neque fornicarii, neque adulteri, neque molles, neque masculorum concubitores regnum Dei possi-debunt ». Martin-Marville, C. P. H. (1869) p.22. Au , le vignoble des environs de Corbie semble avoir été importantfile:///G:/CORBIE/histoire%20de%20Corbie/Histoire_de_la_ville_et_[...]Grenier_Pierre-Nicolas_bpt6k97267826.pdf.

Moyen Âge central, apogée du vignoble picard vignette|gauche|170px|Foulage du raisin (bas-relief de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens). Tout au long du Moyen Âge, la culture de la vigne a été largement répandue dans l’Oise. La vigne constituait l'une des composantes du paysage agricole clermontois. Au , sous le règne de Philippe Auguste, le vin de Clermont était l’un des plus appréciés parmi les vins du nord de la Loire. La toponymie en témoigne : le lieu-dit « Le Vignoble » est situé sur la pente est/sud-est du promontoire sur lequel s’est développé la ville de Clermont. L’origine de la culture de la vigne dans ce secteur remonte, semble-t-il, au , sous l'épiscopat de Philippe de Dreux, évêque de Beauvais.. Un bas-relief de la cathédrale d'Amiens, représente le foulage du raisin au également.

Des communautés religieuses de la région possédaient des vignes : le prieuré de Saint Leu d’Esserent, le prieuré de Wariville, les abbayes de Ressons, de Froidmont et de Lannoy, mais aussi le couvent des Trinitaires de Clermont, ainsi que l’église Saint Samson. La toponymie en a gardé la trace comme le lieu-dit « le Clos Saint Samson ». L'un des crus les plus appréciés était celui du « Clos Merlier ». Plusieurs vignes possédées par les Trinitaires furent vendues comme biens nationaux en 1791.

On peut citer parmi les cépages les plus cultivées : le Blanc Meunier, le Blanc doux, le Blanc mielleux, le Franc rouge et le Dammartin. Le Blanc Meunier semble avoir été le cépage le plus répandu dans le vignoble clermontois. Il donnait un vin rouge de bonne réputation, qui se caractérise par une vigne dont la feuille est d’un blanc velouté.

Bas Moyen Âge, la fin de l'âge d'or Le vignoble picard a atteint son maximum d'extension vers la fin du Duchaussoy 1926 p. 433. En 1433, la campagne proche d'Amiens comptait 112 hectares de vignes réparties entre une centaine de familles de vignerons regroupés en corporation en 1468..

On peut toujours voir des représentations de vendangeurs sur la façade de Hôtel de ville de Saint Quentin (début ). L'hôtel de ville de Noyon, construit de 1485 à 1523, présente, dans ses frises et encadrements de fenêtres, de très nombreuses sculptures de grappes de raisinJ. Lefranc (2013) "La vigne ( partie)" Vivre Noyon n° 55, p. 14.. La vigne était alors souvent cultivée sur échalas ou en hautainsDemangeon (1929) p. 432. Selon certains à l'époque, le vin picard « donne la colique et fait danser les chèvres »Fossier 1997 p. 102, car il était parfois aigrelet et souvent pétillant. Sa qualité varie selon les lieux de production et dépendait davantage des micro-climats locaux que du climat de la région en général, celui de la vallée de l'OiseOn appelait ce vin ginglet ou ginglard car en picard le verbe gingler signifie sauter, folâtrer, gigoter. et celui de la vallée du Thérain étaient plus appréciés que ceux de la SommeFossier 1997 p. 103. Il n'y a d'ailleurs aucune raison de penser que la production d'un vin de qualité est impossible en Picardie alors qu’on trouve normal d’en demander à la Champagne voisineLachiver 1982 p. 25. Au Moyen Âge, c'est même le terroir mieux adapté à la vigne qui aurait fait choisir Noyon comme siège épiscopal plutôt que Saint-QuentinM. Lachiver, Vins, vignes et vignerons. Histoire du vignoble français, éditions Fayard, Paris, 1988, , p. 53. Les cépages locaux jusqu'au s'appelaient gouet, noir-franc, moussy, cocquart, maillé, blanc-vert fruleuxGraves, puis gamay, pinot noir et meunier et toujours blanc-vert fruleuxDuchaussoy, Vol. 2 p. 94 et enfin des HPD : baco, seyval, seibel, hybrides de plants américains de première génération après l'arrivée du phylloxeraGalet (2006) p.151..

Époque moderne, déclin de la culture de la vigne vignette|Vendangeurs picards, façade de l'hôtel de ville de Saint-Quentin. Le déclin du vignoble de Clermont se matérialise surtout entre la fin de l’Ancien Régime et les années 1840/1850. Ainsi, en 1789, le vignoble occupait encore 162 hectares, alors qu’en 1836, il ne restait que 55 hectares, avant de disparaître dans les années 1860.

Les jugements sur la qualité des vins du Clermontois semblent variés. Le préfet Cambry, au tout début du , disait « à Clermont, l’on y fait du mauvais vin », alors que quelques années plus tôt, le célèbre botanique Louis Graves affirmait que « le meilleur vin est celui de Clermont ». Et selon certains auteurs, le roi Henri IV était un grand amateur des vins du Clermontois, en particulier la Côte Rôtie de Clermont qu’il avait goûté lors d’un séjour au château de Bulles.

C'est la facilité des transports qui fit reculer progressivement la culture de la vigne en PicardieDuchaussoy 1926 p. 432 entre la fin de la Guerre de Cent Ans et le développement des chemins de fer permettant l'approvisionnement en vins du midi, moins chers et de qualité plus constante.

Époque contemporaine, du déclin au renouveau Vers 1850, sur le territoire de la commune de Noyon, 124 vignerons cultivaient encore Graves, L. (1850) Précis statistique Annuaire de l’Oise. et on comptait 26 tonneliers et 5 marchands de vin. Dans l'Aisne, on comptait de vignes dans l'arrondissement de Laon en 1824 alors qu'en 1905 il n'en restait que qui furent, pour la plus grande part, détruites pendant la Grande GuerreTrochon de Lorière 1931 pp. 31-41. Le coup de grâce fut donné comme partout en Europe par le phylloxera à la fin du et la production viticole française se réorganisa ensuite, dans l'Entre-deux-guerres, en excluant la Picardie à l'exception de 39 communes classées en AOC Champagne dans le sud du département de l'Aisne.

Un déclin inexorable jusqu'à la fin du En 1918 il ne restait que quelques dizaines d'hectares de vigne en Picardie. Après une légère reprise jusqu'aux années cinquante on assista à une quasi-disparition de la vigne dans la seconde moitié du vingtième siècle. Dans le département de l’Oise il y avait encore 23 communes viticoles en 1958, mais en 1988 seulement à Rieux dans le canton de LiancourtGalet 2006 p. 151.

Le renouveau au début du

Juste avant la fin du et au début du s'annonça un renouveau des activités vitivinicoles en Picardie : outre l'extension de l'AOC Champagne à une quarantième commune dans l'Aisne en 2009, on assista à la multiplication des vignobles communaux, associatifs et particuliers.

On trouve notamment de petits vignobles dans l'Aisne : à Coucy-le-Château, Septmonts, Acy ; dans l'Oise : à Gerberoy, Gouvieux, Clairoix, Montataire,Noyon le vignoble noyonnais, Vignemont. D'autres sont en projet comme à Saint-Leu-d'Esserent. A Thibivillers A Remy

Depuis la nouvelle réglementation de 2016 plusieurs projets professionnels sont en cours de réalisation : à Saint-Quentin (Aisne) un projet de de chardonnay répartis sur plusieurs sites dont ont été plantés au printemps 2020.

En 2017, à Terramesnil (Somme), de vigne ont été plantés pour la production de vins tranquilles blanc (cépage chardonnay) et rouge (cépage pinot noir). La « Cour de Bérénice », est à ce jour le premier domaine viticole du département de la Somme..

En 2019, plantation d'un vignoble à Ailly-sur-Noye (Somme) dont la première vendange se déroula en . Le « Vignoble des Vœux » de six hectares est planté en cépages chardonnay et pinot noirLe Courrier picard, mardi 16 août 2022 p. 12. La vinification est réalisée sur place en méthode traditionnelle avec un élevage de 15 mois en bouteille .

En 2021, 3 hectares de cépages blancs hybrides sont plantées à Corcy dans l'Aisne. C'est la création du Vignoble Saint Paul qui a sorti son 1er millésime en 2024. Un chai est aménagé et les vins sont vinifiés sur place.

En , un chai de de vinification est créé à Dompierre-Becquincourt (Somme) pour la fabrication de vins blancs tranquilles de cépage chardonnay. Le raisin provient de 130 exploitation réparties sur le territoir des Hauts-de-France.

Un projet de plantation de deux hectares de vigne (cépage cabernet sauvignon, pour un vin blanc) selon les critères de l'agriculture biologique est rendu public en à Montepilloy (Oise), la première vendange est prévue pour 2025.

Aspect économique Si la production et la commercialisation du vin local a presque disparu il y a plus d'un siècle, la Picardie continue de participer indirectement à la prospérité de la vitiviniculture française en produisant le sucre de betterave nécessaire à la chaptalisation. En effet la région Hauts-de-France a produit de sucre en 2019-2020 sur les produites en France..

La viti-viniculture en Picardie est majoritairement dite de plaisanceLe Bihan 2011 p. 8 ou de loisir et se développe en parallèle de la production viticole à but commercial encore embryonnaire en 2020. Cette viticulture de loisir a essentiellement une vocation pédagogique, culturelle, touristique, historique et patrimoniale.

Surfaces 37 communes de l'Aisne font partie de l'aire d'appellation du champagne ( déclarés en production en 2024 sous cette AOP) ; de l'Aisne ainsi que 43 de l'Oise font partie de l'aire de production de l'IGP île-de-france (créée en 2020 ; aucun déclarant sous cette IGP en Picardie) ; de son côté, le vignoble de la Somme ne bénéficie ni d'une AOP ni d'une IGP, l'intégral de la production viticole commercialisée se fait comme vin sans indication géographique (VSIG).

+ Superficies déclarées des vignes produisant du vin, en hectares Années Aisne (02) Oise (60) Somme (80) total 2020. – 3 2021. – 5 2022. 0 4 2023. 2 22 2024. 1 33

Toponymie Des centaines de noms de lieux-dits et de voiries y font également référence dans de très nombreuses communes autrefois viticoles, par exemple : dans la Somme :