La résistance caractérise, en psychologie sociale, l'aptitude qu'ont les êtres humains à affronter toute situation qui leur paraît illégitime. Elle désigne la possibilité que chacun a de se soumettre. Il s'agit d'un phénomène universel que chacun, quels que soient sa culture, ses groupes d'appartenance, son âge, son genre, sa position hiérarchique ou autre est capable de mettre en place.
Néanmoins, si toute situation peut voir émerger des cas de résistance, celle-ci peut prendre différentes formes : être plus ou moins discrète, plus ou moins organisée, engager une personne isolée ou bien un groupe etc. Il existe autant de résistances possibles que d'individus confrontés à un contexte particulier. La résistance peut être analysée comme pratique sociale et comme concept. La notion de résistance ne se restreint pas qu'au monde politique, mais s'étend à toutes les sphères de la société.« Résister, c’est ainsi mettre en pratique une forme d’opposition au pouvoir en place, au pouvoir dominant ou hégémonique. »Meudec, Marie (2017) "Résistance", in Anthropen.org, Paris, Éditions des archives contemporaines.
De plus, bien qu'une résistance soit toujours possible, il existe une série de facteurs qui, non seulement la favorisent plus ou moins, mais orientent la forme qu'elle revêt. Effectivement, les caractéristiques propres au contexte influencent grandement le fait que l'action de résistance soit menée collectivement ou à titre individuel.
La résistance n'est pas toujours vue d'un bon œil. Les résistants ne sont effectivement pas jugés en fonction de ce qu'ils font mais en fonction de ce que leur acte implique chez celui qui le perçoit.
Divers cas historiques de résistance mettent en évidence le rôle joué par ces différents facteurs. L'hétérogénéité de ces exemples illustre bien le caractère universel et intemporel de la résistance.
Définition
« Résister » provient du verbe latin qui signifie « se tenir devant », « empêcher », « s'opposer à quelqu'un ou quelque chose »Bernard Auzanneau et Yves Avril, Dictionnaire latin de poche, Librairie Générale Française, Paris, 2000, 412..
La résistance est, en psychologie sociale, le processus de remise en question de la position subordonnée qu'un individu ou un groupe occupe dans un système social, ainsi que l’action qui en découle.. Cet acte, qu’il soit verbal, cognitif ou physique, s’accompagne nécessairement de l’existence d’une opposition..
Historique
La réflexion sur l’autorité librement consentie par des sujets libres et le pouvoir contraint par la force naît dans la Grèce antique. Ainsi, dans le théâtre de Sophocle, Antigone souligne déjà la responsabilité individuelle qui incombe à chacun de juger soi-même de la légitimité des lois auxquelles les hommes décident d'obéir.
Néanmoins, si ces idées se développent jusqu'au Moyen Âge dans les réflexions des théoriciens, dans la pratique, tout le monde se garde d’exhorter les peuples à la réflexion et la révolte en vue de ne pas perturber l’ordre social en place.
Cependant, les guerres de Religion permettront de dissocier les concepts de pouvoir divin de celui du monarque, rendant nécessaire la réflexion sur l’autorité légitime.
Quelques siècles plus tard, enfin, au moment de la Révolution française, une législation officielle, celle des droits de l’homme, instaure la primauté des droits du citoyen et de ses libertés, dont celui de résister à un pouvoir arbitraire.
En parallèle au développement de la pensée sur l’autorité, l’arbitraire et la résistance, évolue un débat sur les formes admissibles pour cette potentielle résistance. Là où certains penseurs du tiennent à conférer un cadre légal à la résistance, pour ainsi la limiter à la passivité, d’autres la conçoivent comme un outil illimité pouvant recourir à la violence.
L'utilisation du terme « résistance » reste d'ailleurs longtemps limité à la période de la Seconde Guerre mondiale, au point que les recherches sur les mouvements de résistance ne débutent qu'avec le recul réflexif sur ce conflit, vers les années 1960. À cette époque, la perspective adoptée associe encore l’idée de résistance à celle de dominants et dominés.
L’intérêt pour les mécanismes de domination est remis en question une vingtaine d’années plus tard grâce, entre autres, à Michel Foucault, pour qui le pouvoir ne peut être absolu et détenu uniquement par l’État centralisateur. Dès lors, les phénomènes de résistance deviennent primordiaux dans l’histoire des sociétés. La résistance fait désormais partie intégrante de la construction de l’autorité.
Le phénomène de résistance apparaît déjà être au carrefour d'une multitude de disciplines, en somme, toutes les disciplines qui s'interrogent sur le comportement humain. Ainsi, pour comprendre la résistance, comme pour comprendre les humains en société, il faut se référer à la psychologie, à la sociologie, à l'anthropologie, à l'histoire ou encore à la philosophie.
Contexte scientifique et termes connexes
Une grande partie de la littérature sur l'autorité se borne à étudier l'obéissance. Ce n'est pas étonnant si l'on tient compte de ce que, depuis l’œuvre influente de Stanley Milgram sur ce sujet, les chercheurs s'affairent à mieux cerner la question et tentent de reproduire ses résultats en variant les contextes et les populations.
Néanmoins, comme le soulignent Stephen Reicher et ses collègues, et malgré l'intérêt évident de ces recherches, cet accent mis massivement sur le respect de l'autorité a pour conséquence d'occulter la réaction opposée et tout aussi digne d'intérêt, à savoir la résistance, et porte à croire que l'obéissance est un corollaire inévitable de l'autorité. Effectivement, à l'hypothèse bien connue de la banalité du mal, il pourrait être utile d'adjoindre celle du caractère ordinaire du bien..
Le pouvoir qu’une personne peut exercer sur autrui résulte de la combinaison des « forces d’obéissance et de résistance » mises en jeu par celui sur lequel tente de s’exercer le pouvoir en question. Il faut toutefois considérer ici le pouvoir dans ses acceptions multiples, incluant ainsi le pouvoir de légitimité que l'on aurait plutôt tendance actuellement à appeler de l’autorité..
La citation suivante de Jean-Jacques Rousseau, dans son œuvre Du contrat social., met en évidence la complexité de l’agencement entre pouvoir et légitimité : .
Pour une plus grande clarté du sujet, il est utile d'essayer de définir les termes « autorité » et « pouvoir » dans la relation, ainsi que la notion d'« obéissance ».
Le pouvoir signifie avant tout la faculté d'agir, que ce soit sur des choses ou des personnes. Ce pouvoir ne devient effectif qu'à partir du moment où les individus s'y soumettent.. La relation de pouvoir implique donc une relation asymétrique caractérisée par la contrainte ou la force..
L'autorité a deux acceptions, selon Marie-Anne Vandroy-Fraigneau. D'une part, celle de Max Weber, pour qui « autorité » signifie « le devoir d'obéir », ne se distingue alors pas de la domination. D'autre part, celle d'Hannah Arendt, pour qui elle signifie plutôt « la capacité à s'imposer », se distingue de la domination parce qu'elle ne s'impose ni par la persuasion ni par la contrainte. Cela signifie que la relation d'autorité est une relation asymétrique où les deux parties reconnaissent que l'une est supérieure à l'autre.
Malgré les tentatives de distinction entre ces notions, ces dernières sont souvent imbriquées l'une dans l'autre.
En psychologie sociale, la définition d'autorité suivante semble être appropriée : . Comme le dit Rey : du point de vue
L'obéissance est l'action de se soumettre. Elle peut avoir deux causes : soit une personne obéit parce qu'elle y est contrainte, forcée, qu'elle ne peut y échapper, elle est le résultat d'une relation de pouvoir ; soit elle choisit librement d'obéir à une instance parce que cela lui semble légitime et est le résultat d'une relation d'autorité.
Formes
En fonction des auteurs, il existe de nombreuses typologies des formes de résistance. C'est ce qui sera mis en évidence à travers cette section afin de montrer la diversité des situations. Il importe, dans une compréhension plus globale du phénomène, de ne pas se limiter à une vision classique de la résistance et de considérer les dimensions ordinaires ou quotidiennes de la résistance, par exemple. Ainsi, on élargit les perspectives qui conçoivent la résistance comme des moments de crises, des pratiques transgressives exceptionnelles, comme lors des émeutes ou des soulèvements.
Selon Maher. qui étudie la résistance dans des camps de la mort nazis, il existe globalement deux formes de résistance. La première est organisée et durable, la seconde non organisée, informelle.
Néanmoins, d'autres classifications sont envisageables. Un premier critère de distinction des résistances peut résider dans ce qu'elles nécessitent une mobilisation, une action conjointe et flagrante, ou qu'elles consistent en actions discrètes mais efficaces, ce que Scott, ayant étudié des résistances paysannes, appelle les « armes du faible »: ralentir le travail, s'évader ou encore saboter. Le choix de ces formes dépend en partie du contexte. S'il est facile de s'organiser et de choisir un moyen d'action dans un contexte démocratique, les formes de résistance quotidienne, les fameuses armes du faible, seront préférées dans un contexte répressif parce qu'elles passent plus facilement inaperçues et font courir moins de risque de répression violente. Les auteurs soulignent, toutefois, que cette résistance au jour le jour est souvent le point de départ de quelque chose de plus organisé.
Une autre distinction intéressante réside dans la différence entre résistance publique et résistance privée. La résistance publique a la particularité qu’elle peut être soumise au contrôle d’un « supérieur ». Cet auteur précise d’ailleurs que l’obéissance privée, précisément l’opposé de la résistance privée, est inférieure à l’obéissance publique mais que celles-ci augmentent de manière conjointe de telle sorte qu'elles augmentent dans les mêmes circonstances, avec une obéissance publique toujours plus forte que l'obéissance privée.
Au-delà de ces caractéristiques éparses propres aux différentes résistances, certains auteurs ont conçu des typologies plus approfondies. Hollander et Einwohner, par exemple, proposent une typologie regroupant sept formes de résistance (cf. tableau ci-dessous). Celles-ci dépendent : du but des acteurs : leur volonté de rendre l’acte de résistance visible ou non (ce qui rejoint fortement ce que disait Scott en parlant d’une action flagrante ou d’action discrète) ; de l’intention des acteurs : elle peut être soit une intention consciente de résister, soit un comportement de résistance que l'on pourrait déduire des intentions, ou encore de résistance à un degré infraliminaire (c'est-à-dire dans laquelle les intentions ne sont pas cruciales pour déterminer si un acte est bel et bien de la résistance) ; de la reconnaissance de la résistance par la cible, à savoir ceux qui sont visés par l’acte de résistance ; de la reconnaissance de la résistance par les observateurs, soit les spectateurs au moment de l’acte de résistance : le public, les médias ou les chercheurs.
+ Les types de résistance L'acte est-il intentionnellement conçu comme un acte de résistance par ses auteurs ? L'acte est-il reconnu comme une menace/un acte de résistance par la cible ? L'acte est-il reconnu comme une menace/un acte de résistance par les observateurs ? Exemples 1. Résistance déclarée oui oui oui Mobilisation collective, mouvements sociaux 2. Résistance secrète oui non oui Mutinerie, ragots, râleries, repli sur soi 3. Résistance involontaire non oui oui Rêverie au travail 4. Résistance selon la cible non oui non Un individu abusif qui interprète les réactions de son conjoint comme de la résistance 5. Résistance selon une source extérieure non non oui