Mohammed Ayoub Khan ou Muhammad Ayub Khan (en ourdou : محمد ایوب خان), né le à Haripur et mort le à Rawalpindi, est un militaire et homme d'État pakistanais. Général en chef de l'armée pakistanaise dès 1951, il s'empare du pouvoir et impose une dictature militaire après que, le , le président Iskander Mirza a abrogé la constitution et proclamé la loi martiale. Il a été président de la république islamique du Pakistan du au et est l'un des trois grands dirigeants militaires qu'a connu le pays.
D'origine pachtoune et né dans une famille rurale du district d'Haripur, Muhammad Ayub Khan reçoit une formation militaire puis s'engage au sein de l'armée indienne britannique en 1929 avant de rejoindre l'armée pakistanaise en 1947, lors de la création du pays. Il progresse rapidement dans la hiérarchie militaire, jusqu'à devenir le premier Pakistanais à diriger les forces armées de la jeune nation en 1951. Après avoir été nommé ministre de la Défense en 1954, il est le co-auteur d'un coup d’État contre le gouvernement civil le avec l'aide du président Mirza, qu'il renverse et remplace ensuite rapidement.
Dirigeant le pays pendant dix ans de manière autoritaire, Ayub Khan instaure une nouvelle constitution et entame des réformes économiques et sociales importantes. Il conduit une politique mêlant libéralisme économique, répartition de certaines richesses, réformes séculières et références à l'Islam. D'abord populaire, son pouvoir s'affaiblit progressivement après la deuxième guerre indo-pakistanaise de 1965. Il démissionne le à la suite de vastes mouvements de contestation. Son héritage politique est controversé, étant le premier général pakistanais auteur d'un coup d’État, marquant ainsi le début de conflits récurrents entre pouvoirs civil et militaire dans le pays.
Jeunesse et vie privée
Muhammad Ayub Khan est né le à Rehana, village du district d'Haripur alors situé dans la province de la Frontière-du-Nord-Ouest, dans le Raj britannique... Il appartient à la tribu pachtoune Tarin., installée dans l'Est de la province dans la région dite « Hazara ».. Ayub Khan est le premier enfant de la seconde femme de Mir Dad Khan, un ancien officier d'un régiment de cavalerie de l'armée indienne britannique. De par sa famille, il parle donc couramment le pachto ainsi que le dialecte local hindko, en plus de l'anglais et l'ourdou, les deux langues officielles du Pakistan..
Ayub Khan commence son éducation dans le village du district d'Haripur Sarai Saleh, situé à plus de six kilomètres de son village. Il effectue alors régulièrement les trajets à dos de mulet. Il continue ensuite l'école dans la capitale locale Haripur en s'installant chez sa grand-mère. En 1922, il passe son examen de fin d'étude secondaire puis intègre l'université musulmane d'Aligarh. Après quatre années d'études, il quitte l'Inde avant d'avoir obtenu son bachelor pour intégrer l'Académie royale militaire de Sandhurst en Angleterre.
Ayub Khan est marié à Zaidi Khatoon et a eu quatre fils et deux filles. Le plus âgé, Gohar Ayub Khan, est né en 1937 et devient dans les président de l'Assemblée nationale puis ministre des Affaires étrangères.. Sa fille Nasim se marie en 1955 avec Miangul Aurangzeb, dernier prince héritier de Swat... Son petit-fils Omar Ayub Khan, né en 1970, a été brièvement ministre et député durant les ...
Carrière militaire
Ascension (1928-1949) thumb|left|Ayub Khan (à droite) et Muhammad Ali Jinnah, le fondateur du Pakistan.|alt=Jinnah portant toque d'astrakan et sherwani écoute Ayub Khan en uniforme militaire Muhammad Ayub Khan commence sa carrière militaire au sein de l'armée indienne britannique en étant nommé au rang de sous-lieutenant après sa formation au Royal Military College à Sandhurst. Le , il commence à l'âge de vingt-et-un ans son service militaire obligatoire au sein du premier bataillon du quatorzième régiment du PendjabIndian Army List, décembre 1928.. Le , il est intégré dans ce même bataillon avant de rejoindre le cinquième régiment du Pendjab The London Gazette : no. 33510. , le 28 juin 1929 (consulté le 2 octobre 2016).. Il est ensuite promu au rang de lieutenant le The London Gazette : no. 33613. , le 6 juin 1930 (consulté le 2 octobre 2016). puis au rang de capitaine le The London Gazette : no. 34381. , le 19 mars 1937(consulté le 2 octobre 2016)..
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le , Ayub Khan est élevé au rang de major The London Gazette : no. 35279. , le 19 septembre 1941 (consulté le 2 octobre 2016).. Il est promu lieutenant-colonel l'année suivante puis rejoint le front birman. En 1945, il est promu colonel, puis commandant en second de son régiment durant la campagne de Birmanie.. Il aurait cependant été temporairement suspendu durant cette campagne pour « lâcheté »..
À la fin de la guerre, il retourne au Raj britannique dans sa région natale, la province de la Frontière-du-Nord-Ouest, où il est promu au rang de brigadier première étoile et sert au Waziristan. Il est alors l'officier musulman le plus gradé de l'armée indienne britannique. Lors de la partition des Indes, Ayub Khan est chargé d'assister le général britannique Thomas Wynford Rees au sein des forces frontalières du Pendjab, une unité militaire créée spécialement pour faire face aux violences communautaires dans la province. Il est plus tard accusé de laxisme face à ces affrontements.. Après la création du Pakistan le , Ayub Khan choisit de rejoindre le nouveau pays. Là encore, il gravit rapidement les échelons : en 1948, il obtient le grade de major-général et sert au Pakistan oriental en étant responsable d'une division entière. Il recevra à ce titre la décoration militaire Hilal-e-Jurat. En 1949, promu adjudant-général, il est affecté au quartier-général de l'armée pakistanaise à Rawalpindi, puis devient la même année vice-commandant-en-chef, c'est-à-dire subordonné au chef de l'armée Douglas Gracey, plus haute fonction militaire du pays..
Chef de l'Armée (1951-1954) thumb|Muhammad Ayub Khan lors de son investiture en tant que chef de l'armée, le .|alt=Ayub Khan en uniforme sort d'une voiture noire en faisant le salut militaire
À l'approche de son retrait, le chef de l'armée pakistanaise Douglas Gracey laisse des recommandations au Premier ministre Liaquat Ali Khan. Parmi les noms proposés pour le remplacer, on trouve notamment Iftikhar Khan, mais ce dernier meurt dans un accident d'avion le .. Muhammed Akbar Khan fait également partie des favoris, étant donné qu'il est l'un des plus âgés.. C'est pourtant Ayub Khan qui est nommé commandant-en-chef le par le Premier ministre. C'est le plus haut poste militaire du pays et il est le premier Pakistanais à l'occuper, mettant fin à la période de transition menée par les officiers britanniques. Il aurait finalement été choisi car il était vu comme le plus loyal au gouvernement civil et le moins ambitieux.
Dans un contexte de guerre froide où le Pakistan hésite entre une alliance avec l'URSS ou les États-Unis, le Premier ministre Liaquat Ali Khan est assassiné le peu après une réunion stratégique qu'il avait tenu avec Ayub Khan et le ministre des Affaires étrangères Zafarullah Khan, à propos de la coopération avec les Américains. Au début de l', Ayub Khan rend visite à l'administration américaine de sa propre initiative, peu avant une rencontre officielle prévue avec le gouvernement civil. Le général aurait fait bonne impression sur le secrétaire d'État John Foster Dulles. Les deux hommes discutent notamment d'une forte alliance stratégique entre leur pays respectif.. Durant cette période, les relations entre le pouvoir civil et le pouvoir militaire se dégradent sérieusement, notamment à la suite de la première guerre indo-pakistanaise au cours de laquelle les généraux pakistanais reprochent le manque de soutien de la part du gouvernement. C'est dans ce contexte que le gouverneur général Malik Ghulam Muhammad propose à Ayub Khan de prendre le pouvoir en renversant le gouvernement. Cependant, le chef militaire refuse mais accepte ensuite l'offre de Ghulam d'entrer en politique...
Ministre de la Défense (1954-1958) Le , Ayub Khan devient ministre de la Défense tout en conservant son poste de chef de l'armée. Il a été nommé au sein du gouvernement dirigé par Muhammad Ali Bogra grâce au soutien du gouverneur général Malik Ghulam Muhammad. Pendant cette période, le rôle politique d'Ayub Khan augmente considérablement alors qu'il va connaître cinq Premiers ministres différents en quatre ans. Ayub Khan commenta plus tard que ses deux principaux objectifs au sein du gouvernement étaient de « protéger l'armée des interférences politiciennes » et d'unir le Pakistan occidental en une seule province. Ce second objectif est vu comme un moyen de lutter contre l'influence du Pakistan oriental. Ayub Khan va également contribuer au rapprochement de son pays avec les États-Unis, notamment en négociant l'adhésion au pacte de Bagdad et à l'Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est.
Paradoxalement, Ayub Khan aurait été dans sa jeunesse favorable à la séparation des pouvoirs militaires et civils. Cependant, l'exercice du pouvoir va modifier ses convictions alors qu'il considère les hommes politiques qu'il côtoie comme inefficaces. Il qualifie notamment dans son journal les différents chefs de gouvernement avec lesquels il a travaillé en tant que ministre de la Défense d'« imbéciles », « impétueux » ou manquant de « compétence et de courage ». Il entre notamment en conflit avec le Premier ministre Feroz Khan Noon concernant la logistique de l'armée et l'extension de sa fonction militaire., accordé deux fois par le président Mirza entre 1954 et 1958. Ayub Khan se rapproche alors de l'ex-militaire Iskander Mirza, qui succède à Ghulam au poste de gouverneur général puis devient président de la république, poste nouvellement créé par la Constitution de 1956. Pour le chercheur Christophe Jaffrelot, les deux hommes vont s'associer « pour déloger les civils du pouvoir »..
Président de la République
Coup d’État vignette|Ayub Khan accompagné du haut fonctionnaire Shaikh Nazrul Bakar et sa femme, en 1958.|alt=Ayub Khan en uniforme blanc entouré de trois hommes en tenue de soirée et d'une femme de profil en sari
Dans la nuit du , le président de la République Iskander Mirza renverse le gouvernement de Feroz Khan Noon, annonce la mise en place de la loi martiale et abroge la Constitution de 1956, avec le soutien du chef de l'armée Ayub Khan. Ce dernier est alors nommé « administrateur-en-chef de la loi martiale ». Pour ce faire, le chef militaire a en effet bénéficié du soutien de sa hiérarchie, et notamment des responsables régionaux. Cependant, les deux hommes entrent très rapidement en conflit à propos du partage du pouvoir. Le président Mirza tente de conserver la réalité des décisions mais Ayub Khan bénéficiant de l'appui de l'armée, le rapport de force s'inverse rapidement. Le , Mirza nomme Ayub Khan Premier ministre et tente d'établir un nouveau leadership militaire qui lui soit plus favorable. Toutefois, les généraux restent loyaux envers leur chef et, dès le , Mirza est arrêté par l'armée et Ayub Khan le remplace le lendemain au poste de président de la République..
Ce coup d’État en deux temps se produit sans la moindre violence et Ayub Khan bénéficie du soutien de l'armée, d'une partie de l'administration et même de la population, épuisée par l'instabilité politique et la corruption. On observe une certaine continuité du pouvoir entre les deux hommes, Ayub Khan conservant la même loi martiale ainsi que le gouvernement de son prédécesseur, qui exclut les hommes politiques et est composé pour moitié de militaires et moitié de civils. Le coup marque enfin l'avènement de l'armée pakistanaise, après des années de développement intensif pour faire face aux confrontations avec l'Inde.. Dans le but affiché de lutter contre la corruption, le nouveau pouvoir inculpe ou limoge ministres, députés, près de et interdit les partis politiques..