La colonne itinéraire de Maël-Carhaix est une borne leugaire romaine de la fin du ou du début du , installée au-devant du transept Sud de l'église Saint-Pierre, à Maël-Carhaix (Côtes-d'Armor), en France. La pierre présentait lors de sa découverte au une inscription latine déjà très effacée, et pratiquement illisible aujourd'hui.
Avec la borne milliaire de Kerscao, elle est l'une des inscriptions sur lesquelles se basent les hypothèses localisant les toponymes antiques de Vorganium et Vorgium, mentionnées respectivement dans la Géographie de Ptolémée (II, 8, 5 : « Aux antiques coordonnées 17*40 et 50°10, en direction du Gabaeum promontorium (le Kabaion de Pythéas, le cap des Osismiens Gäbaeum de Strabon), que Numa Broc localise hypothétiquement à la pointe du Raz ou à la pointe de Saint-Mathieu (« Images de la France dans l'Antiquité : du texte à la carte », dans Géographie historique et culturelle de l'Europe, sous la dir. de Jean-Robert Pitte, Paris, 1995, p. 112). Pour Ptolémée, voir par exemple dans une édition numérique en grec de Ptolémée (Nobbe 1843), ou dans une traduction anglaise (Stevenson 1932). » – : « Le littoral Nord à partir du fleuve appelé Sequana est occupé… en dernier lieu, jusqu'au Cap Gobaion, par les Osismi dont la capitale est Vorganium ») et dans la Table de Peutinger (I, 2, o). Ces localisations hésitantes, de même que pour plusieurs autres stations de la Viae Osismiorum (la voie osismienne), font l'objet de vifs débats depuis le Cf. Merlat 1955, « Encore... », p. 181 ; Louis Pape, La civitas des Osismes à l'époque gallo-romaine, Paris, Klincksieck, 1978, part. p. 31-36 (Institut armoricain de recherches historiques de Rennes, 26) ; CAG-29 , p. 119-121..
Description
La borne est en granite à reflet roux, de forme cylindrique légèrement galbée et irrégulière, avec une base cubiqueCf. Merlat 1957, p. 178.. Elle fait 2,47 m de haut avec 0,62 m de largeur (pour la base ou pour le fût ?)Cf. Bizien-Jaglin Galliou Kerébel 2002, p. 188 (P. Galliou)..
Le cylindre donne l'impression d'avoir été légèrement « raboté » sur deux ou trois de ses faces.
Localisation et déplacements
Selon Seymour de RicciCf. Ricci 1897, p. 250., la pierre a été trouvée à moins de trois kilomètres de son emplacement actuel, au lieu-dit C'hra, « la côte » en breton. Le hameau est localisé aux coordonnées suivantes (anciennement écrit Graff). Elle était probablement dressée au bord de la voie romaine qui passe non loin du bourg et qui mène de Carhaix-Plouguer vers l'EstCf. Merlat 1955, « Encore... », p. 198 n. 59., jusqu'à Corseul (Bizeul, Galliou 2002), Erquy (Ricci), Aleth (Mottay et Kerviler, Pape 1978) ou Saint-Servant (Merlat et Pape 1956).
D'après les témoignages recueillis par Robert Mowat, elle a été déplacée plusieurs fois. D'abord, très anciennement, devant l'angle du cimetière, au carrefour des routes de Carhaix et de Rostrenen, elle est en 1869Cf. Le Men 1875, p. 90. adossée au mur de soutènement du cimetière, sur le côté Est qui borde la place publique. Depuis cette date, elle a été à nouveau déplacée sur le gazon entourant l'église, au-devant du transept Sud. Le périmètre de l'ancien cimetière n'étant pas visible sur place, il n'est pas possible d’être plus précis.
La photographie publiée en 2002 dans la Carte archéologique de la Gaule pourrait indiquer que le socle de la borne a été modifié, et qu'elle a subi une rotation, à une date récenteCf. CAG-22, Fig. 161..
Une deuxième borne
Le fragment d'une autre borne, fabriquée dans un granite analogue, mais anépigraphe, a aussi été signalé à l'entrée du bourg de Maël-Carhaix au Cf. Merlat et Pape 1956, p. 9-15 et 31. Voir aussi CIL XVII-2, 413 ; ad CIL XIII, 9013 ; Merlat 1957, p. 178-179 et n. 24 ; Ricci 1897, p. 250.. En 1897, celui-ci avait été débité dans sa longueur et faisait de long pour de diamètre. Sa moitié postérieure était engagée dans un terrassement. En 1957, il servait de linteau à la porte d'entrée d'une ruine située à de l'église et restaurée depuis.
Historique de la découverte
Ce monument était localement nommé , «grande-pierre», lors des premières étudesCf. Mowat 1874, p. 2..
Inscription thumb|Détail de l'inscription où l'on peut déchiffrer les lettres AR.
Transcriptions du texte thumb|Les lectures de Bizeul et de Le Men, tel que publiées dans le CIL XIII (p. 679) en 1907. thumb|Les lectures de Mowat et de Ricci, tel que publiées dans le CIL XIII. thumb|Relevé en 1874, par Robert Mowat, et contesté depuis. Entre crochets les lettres douteuses, et en minuscule les développements hypothétiques.
D'après Louis Bizeul (c. 1854Cf. Copie manuscrite de l'inscription par Bizeul, conservée dans les fiches de Léon Renier à la bibliothèque Mazarine.)
III IMP CAE EV AR CPF OSV OTE V LEVG(as) VI
D'après Robert Mowat (1874 )
CAES(ari) OPAR(thico)II PMC [II] E.V[OR]G(io) (leugae) VI.
D'après René-François Le Men (1875 )
IMP CAESAR SEPTIMIO SEVERO PPARPONT MATRIBVN POTESTATE[A] VORG LEVG VI[IOVI]
D'après Seymour de Ricci (1897)
PAR[T] [cR] [PONT MA] PP [IIN] OTES A VORG LEVG VI
Restitutions hypothétiques D'après René-François Le Men (1875 )
Imperatori Caesari ..... Septimio Severo pio (felici augusto) ..... parthico ..... ..... pontifici maximo ..... tribunicia potestate... a Vorgio leugae sex.
D'après Seymour de Ricci relisant Le Men (1897)
Imp(eratori) Caesar[i L(ucio)] Septimio Severo p[io Pertinaci] Part[hico]........... Pont(ifici) Ma[x(imo)] P(atri) P(atriae) [co(n)s(uli)] quartum (?) Tribun(icia) potes(tate)..... A Vorg(io) (?) Leug(ae) sex
D'après Louis Pape (1978), « on ignore si l'inscription a jamais porté le nom de Septime Sévère ; il pourrait s'agir de Caracalla [donc] ce n'est qu'avec prudence que l'on peut avancer : »
Imp(eratori) Caesar[i L(ucio)] Septimio Severo p[io Pert(inaci) Aug(usto) Arab(ico) Adiab(enico)] Par[th(ico) max(imo) Brit(annico) max(imo)], pont(ifici) ma[x(imo)], p(atri) p(atriae), tribun(icia) potest(ate) [..., imp(eratori)..., co(n)s(uli)..., proco(n)s(uli)...] a Vorg(io) leug(ae) VI.
Traductions hypothétiques thumb|Face nord de la colonne. Selon la restitution de Seymour de Ricci
À l'empereur César Lucius Septimius Severus, pieux, obstiné, vainqueur des parthes, grand pontife, père de la Patrie, consul pour la (?), détenteur de la puissance tribunitienne pour la ? fois, 6 lieues depuis Vorgium (?)
Selon la restitution de Louis Pape (1978)
À l'empereur César Lucius Septimius Severus, pieux, obstiné, Auguste, grand vainqueur des parthes arabes et des parthes adiabènes, grand vainqueur des britanniques, grand pontife, père de la Patrie, détenteur de la puissance tribunitienne pour la ? fois, acclamé imperator pour la ? fois, fait consul pour la ? fois, fait proconsul pour la ? fois, 6 lieues depuis Vorgium
Interprétations
La titulature indiquée sur l'inscription étant déjà très douteuse à l'époque de sa première édition, la borne est généralement datée de l'époque de Septime Sévère sans plus de précisions. Mais Louis Pape rappelle qu'étant sans certitude à propos du nom de Septime Sévère, l'inscription pourrait aussi dater de Caracalla, soit de 211 à 217.
Dans le premier cas, couramment admisCf. Ricci 1897, p. 249, revues avec plus de précisions par Pape 1978, p. 244., elle pourrait dater soit de 195 (consul pour la en 194 ; et restituer Arabicus Adiabenicus Parthicus), soit d'après 198 (alors il faut restituer Particus maximus à la place de Britannicus Maximus), soit d'après 202 (consul pour la ).
Notes et références
Annexes Bibliographie
Carte archéologique Catherine Bizien-Jaglin, Patrick Galliou et Hervé Kerébel, Côtes-d'Armor, Paris, Académie des inscriptions et belles-lettres, etc., 2002, p. 188 et Fig. 161 (137 : Maël-Carhaix par P. Galliou) (Carte archéologique de la Gaule, 22) (en ligne) [= CAG-22, p. 188].
Corpus Corpus Inscriptionum Latinarum . Miliaria Imperii Romani, Pars secunda, Miliaria provinciarum Narbonensis Galliarum Germaniarum, éd. par Gerold Walser, Berlin, New York, Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften, 1986, inscr. n° 412 p. 152 (en ligne ; carte interactive) [= CIL XVII-2, 412]. Corpus Inscriptionum Latinarum . Inscriptiones Trium Galliarum et Germaniarum Latinae. Partis secundae. Fasciculus II. Miliaria Galliarum et Germaniarum, éd. par Theodor Mommsen, Otto Hirschfeld, Alfred von Domaszewski, Berlin, Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften, 1907, inscr. n° 9013, p. 679 (en ligne) [= CIL XIII, 9013].
Éditions de l'inscription Louis Pape, La civitas des Osismes à l'époque gallo-romaine [Thèse de doctorat : Lettres : Rennes 2 : 1976], Paris, Klincksieck, 1978, p. 33, 244 et A-19 (Institut armoricain de recherches historiques de Rennes, 26) . Pierre Merlat, « Informations : Circonscriptions des Antiquités historiques. V Circonscription », dans Gallia, 15-2, Paris, 1957, p. 178-179 (Maël-Carhaix et une deuxième inscription anépigraphe, linteau d'une ruine) (en ligne). Pierre Merlat et Louis Pape, « Bornes milliaires osismiennes », dans Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, 36, Rennes, 1956, p. 3-40, part. p. 9-15, 31 et Fig. I-1. Seymour de Ricci, « Répertoire épigraphique de la Bretagne occidentale, et en particulier du département des Côtes-du-Nord », dans Société d'émulation des Côtes-du-Nord. Bulletins et mémoires, 35, Saint-Brieuc, 1897, p. 248-250 (Milliaire de Maël-Carhaix) et l'article complet p. 233-284. René-François Le Men, « L'emplacement de Vorganium. Découverte de Vorgium (Carhaix) [] », dans Revue archéologique, Paris, 1875, p. 78-94, part. p. 90 (lecture de l'inscription) (en ligne). Robert Mowat, « La station de Vorgium déterminée au moyen de l'inscription itinéraire inédite de Mael-Carhaix (Côtes-du-Nord) », dans Revue archéologique, Paris, , p. 1-8 et Pl. I (en ligne) ; « Procès-verbaux du congrès de Quimper (). [Intervention du Commandant Mowat] », dans Bulletin archéologique de l'Association bretonne, Saint-Brieuc, R. Prud'homme, 1874, part. p. 62-64 (en ligne).
Études du contexte historique de la borne Pierre Merlat, « Encore Vorganium et Vorgium », dans Annales de Bretagne, 62-1, Rennes, 1955, p. 181-201 (en ligne).
Autres études se référant à la borne Philippe Guigon et Gildas Bernier, « Un milliaire d'Aurélien réutilisé en sarcophage à Molac (Morbihan) », dans Revue archéologique de l'ouest, 3, Rennes, 1986, p. 135-144, part. la bibliogr. à jour (en ligne). Albert Champigneulle, « Le problème de Ségora », dans Annales de Bretagne, 70-1, Rennes, 1963, p. 69-104, part. p. 102-103 (en ligne). Pierre Merlat, « Considérations générales sur l'établissement d'une carte du réseau routier en Armorique ancienne et observations particulières sur une carte des voies romaines de la Cité des Vénètes », dans Annales de Bretagne, 62-2, Rennes, 1955, p. 300-332 (en ligne).
Guide patrimonial Marie Linden, Anita Six et Anne-Elisabeth Revel-Mouroz, Le patrimoine des communes des Côtes-d'Armor, Charenton-le-Pont, Flohic éd., 1998 (Le patrimoine des communes de France, 22) (extrait en ligne).
Articles connexes
Borne milliaire Voie romaine • Voies romaines en Gaule Liste des bornes milliaires de France protégées aux monuments historiques • Liste des monuments historiques des Côtes-d'Armor Liste des noms latins des villes françaises
Liens externes Le texte latin (lecture de Louis Bizeul) de = CIL 13, 09013 = CAG-22, p 188 = AE 1956, +00001 = AE 1957, +00211 sur Epigraphik-Datenbank Clauss/Slaby. Image sur Mégalithes du Monde (de bonne qualité) Image sur Street View
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