Le coup d'État militaire de 2012 au Mali est un évènement majeur de la guerre du Mali ayant débuté le .
Contexte
L'armée malienne est engagée depuis le dans une guerre dans le Nord du pays déclenchée par la rébellion touarègue de 2012, menée par les insurgés touaregs du Mouvement national pour la libération de l'Azawad et les djihadistes d'Ansar Dine. L'armée subit plusieurs revers, elle souffre d'un manque de moyens par rapport aux Touaregs qui bénéficient d'un important matériel et d'armes lourdes récupérées à la suite de la chute de Kadhafi en 2011. Le moral des troupes est au plus bas, les officiers supérieurs sont soupçonnés de népotisme, de favoritisme et de corruption, de détourner l'argent destiné à l'équipement militaire. alors que le salaire d'un soldat de base est de francs CFA () par mois. Fin janvier et début février, des manifestations de femmes de militaires réclament des « munitions pour leurs hommes ».. À un mois d'échéance des élections présidentielles, l'autorité du président de la république Amadou Toumani Touré, qui a annoncé qu'il ne se représenterait pas, est remise en cause.
Déroulement vignette|gauche|Militaires maliens à Bamako en octobre 2012. Les sources s'accordent à dire que le coup d'État n'a pas été préparé à l'avance mais est le fruit d'une escalade d'évènements. Le , Sadio Gassama, ministre de la Défense et des anciens combattants, le colonel-major Ould Meydou et le général Gabriel Poudiougou, chef d'état-major général des armées, se rendent au camp militaire Soundiata-Keïta à Kati pour évoquer l’évolution de la situation au Nord-Mali. Ils sont pris à partie par des militaires mécontents, essuient des jets de pierre, leurs gardes du corps tirent en l'air pour pouvoir s'enfuir..
Les militaires en colère se dirigent alors vers l'armurerie et font mains basses sur armes et munitions. Ils s'emparent des quatre automitrailleuses BRDM-2 et des deux transports de troupe BTR-60 stationnés dans le camp militaire puis partent vers la capitale. À , ils attaquent la Présidence : les bérets rouges, soldats du qui forment la garde d'Amadou Toumani Touré résistent jusque vers où l'enceinte du palais est forcée : les mutins ne peuvent mettre la main sur le Président qui a été exfiltré vers , les bâtiments sont alors pillés et partiellement incendiés.. En fin d’après-midi, une centaine d'hommes investissent le bâtiment de l’Office de la radio-télévision malienne (ORTM) au centre de Bamako. La radio nationale suspend ses programmes..
En soirée, une mutinerie éclate également à Gao, siège du commandement des opérations militaires contre les rebelles du Nord, des officiers loyalistes sont emprisonnés. Les soldats envoyés au Nord se plaignent des « évacuations préventives » des camps militaires présentées par le gouvernement comme « une stratégie de protection » de la population civile.
Les mutins multiplient les arrestations dans la nuit : Adama Sangaré, maire de Bamako, Modibo Sidibé, ancien Premier ministre et candidat à l'élection présidentielle, Jeamille Bittar, président du Conseil économique, social et culturel (CESC) et candidat de l’Union des Mouvements et associations du Mali (Umam), le général Kafougouna Koné, ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales, Abdoul Wahab Berthé, ministre de la fonction publique, Soumeylou Boubèye Maïga, ministre des Affaires étrangères, Sidiki N'fa Konaté, ministre de la communication et porte-parole du gouvernement, Agatham Ag Alhassane, ministre de l’Agriculture, Marafa Traoré, ministre de la Justice, Mohamed El Moctar, ministre du tourisme.. Les prisonniers sont conduits au camp Soundiata Keïta de Kati devenus le siège du putsch.
Le , les mutins, constitués en Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDR ou CNRDRE) font une déclaration le jeudi matin à à la télévision nationale. Le lieutenant Amadou Konaré, porte-parole du comité annonce la suspension de la Constitution et la dissolution des institutions de la République.. Il justifie le coup d’État par .. Il précise que le CNRDR prend .. Amadou Haya Sanogo, chef de la junte, annonce l’instauration d’un couvre-feu à partir du jeudi .
Dans la matinée, plusieurs responsables de la police, dont le commissaire divisionnaire, contrôleur général de la police nationale et des hauts gradés de l’armée sont arrêtés. À , Amadou Konaré annonce à la télévision nationale la fermetures des frontières. Il ordonne aux militaires de cesser les tirs de sommation et appelle la population à rester chez elle en attendant la reprise du travail mardi matin. À Kayes, des soldats mutins arrêtent le gouverneur de la région et le commandant de cercle.. Des scènes de pillages menées par des soldats ont lieu à Bamako. Le CNRDR diffuse à la télévision un nouveau communiqué. Amadou Haya Sanogo demande à la assurant que les dispositions sont prises pour . Il précise qu'un couvre-feu est décrété à partir de ce jour à ..
Dans un communiqué, le parti Yéléma de Moussa Mara, fait part de sa devant le coup d'État et appelle les putschistes à renforcer le dispositif militaire dans le nord du pays et à réaliser l'unité nationale.. Le parti Solidarité africaine pour la démocratie et l'indépendance (Sadi) publie le un communiqué rappelant qu'il demandait la démission du président Amadou Toumani Touré depuis le , et soutenant le coup d'État. Il se propose ..
Selon le géopolitologue Éric N'Guyen, le putsch est porté par la base de l'armée ; tous les officiers supérieurs ont refusé d'y prendre partThierry Garcin, Les Enjeux internationaux, France Culture, 26 mars 2012.
Suites Les frontières sont partiellement rouvertes à partir du , pour permettre l’acheminement des denrées de première nécessité et du carburant. L’espace aérien est ouvert uniquement au transport civil entre et du matin.. Dans une déclaration à la télévision malienne, le capitaine Amadou Sanogo appelle les rebelles touaregs , précisant que ..
Le , le couvre-feu est levé et deux prisonniers politiques sont libérés. Les chefs d’État de la Cédéao réunis à Abidjan décident de suspendre le Mali de l’organisation afin de sanctionner les putschistes. Ils décident également l’envoi d’une délégation composée des présidents ivoirien, béninois, burkinabé, nigérien et libérien. et menacent la junte d'une « action armée » soutenue par la Côte d'Ivoire, le Niger, le Nigeria et le Ghana..
Le , le président Amadou Toumani Touré, dont on était sans nouvelle depuis le coup d’État, a accordé une interview à Radio France internationale dans laquelle il déclare qu’il est en bonne santé et se trouve au Mali. Il soutient le plan de sortie de crise proposé par la Cédéao..
La junte militaire adopte une loi fondamentale pour remplacer la constitution suspendue. Elle est composée de 70 articles et d’un préambule stipulant que le peuple malien . Le texte précise que le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'État est l'organe suprême de la transition et qu’il est composé de 26 membres issus des forces armées et de sécurité et 15 membres issus des forces vives de la nation. Son président assure les fonctions de chef de l’État. À l’issue de la période de transition dont la durée n’est pas définie, aucun membre du CNRDR et du gouvernement nommé par son président ne pourra être candidat aux élections présidentielle et législative...
Amadou Haya Sanogo a nommé par ordonnances les nouveaux responsables des forces armées : le colonel-major Yamoussa Camara est nommé secrétaire général du ministère de la Défense et des Anciens combattants, le colonel Dahirou Dembélé chef d’état-major général des Armées, colonel Ibrahim Fané chef d’état-major de l’armée de terre, colonel Abdoulaye Coulibaly commandant de la militaire de Tombouctou, colonel Moussa Sinko Coulibaly directeur de cabinet du chef de l’État, colonel Sidi Alassane Touré directeur général de la sécurité d’État.
Le , pour la première fois, des partisans du putsch affrontent violemment les opposants réunis en meeting à la bourse du travail de Bamako, les jets de pierre font plusieurs blessés graves et l'armée intervient. Les manifestations à la bourse du travail sont interdites, les militaires arrêtent 26 leaders anti-putschistes, 6 sont retenus en détention au camp de Kati, les autres sont relâchés..
Au même moment, une manifestation des partisans de la junte sur le tarmac de l’aéroport de Bamako empêche l’avion transportant les délégations des chefs d’État de la Cédéao d’atterrir. Les présidents Alassane Ouattara, Boni Yayi, Blaise Compaoré, Ellen Johnson Sirleaf et Mahamadou Issoufou se retrouvent à Abidjan pour une réunion de crise.. La Cédéao lance un ultimatum à la junte, leur demandant de rétablir l’ordre constitutionnel dans un délai de 72 heures. À défaut, la Cédéao prendra des sanctions diplomatiques et financières contre la junte : interdiction de voyager et un gel des avoirs dans la région pour les membres de la junte mais aussi fermeture des frontières, la fermeture de l'accès aux ports des pays côtiers de la zone et un gel des comptes du Mali à la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO).. Le lendemain, Amadou Haya Sanogo présente des excuses à la Cédéao pour ..
Les journalistes maliens et étrangers sont eux aussi l'objet de contraintes, cinq d'entre eux sont arrêtés le plusieurs heures à Kati. Un reporter de Radio France, Omar Ouahmane, est molesté et menacé de mort, son matériel détruit par les militaires.
Le , alors que le MNLA et Ansar Dine ont pris la ville de Kidal, et que l'armée évacuent les localités d'Ansongo et de Bourem pour se regrouper et renforcer ses positions à Gao, Amadou Haya Sanogo, déclare que ..
Un meeting organisé par le Mouvement populaire du (MP 22) a rassemblé au stade du 26 mars un millier de personnes pour soutenir le CNRDR aux cris de . Une Alliance des démocrates patriotes pour la sortie des crises s'est créée et rassemble des partis politiques (Convention nationale pour une Afrique solidaire, le Front africain pour le développement, Yéléma, Parti pour l'action civique et patriotique, Parti citoyen pour le renouveau) et des associations. Il a présenté au chef de la junte un programme de sortie de crise qui prévoit une transition d'un an ..
Le MNLA s'empare de la ville de Gao et de celle de Sango sur la frontière du Nigerhttp://www.temoust.org/mali-l-armee-loyale-delogee-de-gao,15708.
vignette|Manifestation en avril 2012 contre les arrestations menées par la junte. Le , le capitaine Amadou Haya Sanogo annonce qu'il rétablit la Constitution de la république du Mali du et les institutions, et promet des "consultations avec les forces vives du pays" dans le cadre d'une "transition"Mali : la junte rétablit la Constitution, Le Figaro, 1 avril 2012.. Le , la Cédéao décide de la mise en place immédiate de sa force d’attente et un embargo total considérant que la junte n’avait pas remis en place comme demandé l’ordre constitutionnel. Amadou Haya Sanogo prend acte de cette décision et déclare que.. Le CNRDRE annonce la tenue à partir du d’une conférence nationale sur l’avenir du Mali à laquelle sont conviés tous les partis politiques et la société civile et annonce des poursuites judiciaires contre Amadou Toumani Touré pour ..
Le , les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine réunis à Addis-Abeba (Éthiopie) prennent des sanctions (interdiction de voyager et gel des actifs) contre , , ainsi que les .. Le , le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté une déclaration réitérant son appel en faveur du rétablissement immédiat de l'ordre constitutionnel et du gouvernement démocratiquement élu et demandant à la junte d’assurer la sécurité de toutes les personnalités maliennes et la libération de celles qui sont détenues... La junte annonce le report de la convention nationale qu’elle avait convoqué à partir du . Les partis politiques et la société civile opposé au coup d’État ont annoncé leur refus d’y participer..