vignette|Dessin de la position du cheval pendant le rollkur.|alt=Dessin en noir et blanc représentant un cheval le nez dans le poitrail, la tête tordue de façon excessive vers la gauche, l'encolure courbée. Le rollkur ou Roll Kur , officiellement hyperflexion de l'encolure, est une technique controversée de dressage équestre, définie par la fédération équestre internationale (FEI) comme étant la flexion de l'encolure du cheval obtenue par la force. Il consiste à faire travailler l'animal avec l'encolure enroulée et le menton proche du poitrail. Connu dès les années 1970 en saut d'obstacles, le rollkur est médiatisé avec les succès de chevaux de compétition dressés suivant cette méthode, en particulier ceux des Néerlandais comme Totilas, et les montures d'Anky van Grunsven. Réputé pour augmenter l'expressivité et l'engagement des chevaux de compétition, il place aussi ces animaux dans une situation inconfortable. D'après une méta-analyse de 2024, les risques que le rollkur fait peser sur les chevaux l'emportent face aux bénéfices éventuels.
Le rollkur fait l'objet d'un conflit entre les instances équestres néerlandaises et allemandes dès 2005. Il crée de vifs débats dans la communauté équitante les années suivantes, notamment avec la circulation de vidéos témoignant de possibles maltraitances. Il est officiellement banni par la FEI en . Seule la position « bas et rond » (dite « LDR » pour Low, Deep and Round) obtenue sans usage de force reste autorisée. Cette technique est employée par la majorité des cavaliers de dressage de haut niveau, cependant la distinction entre rollkur et LDR n'est pas évidente.
L'opposition au rollkur provient autant du grand public que de vétérinaires ou d'écuyers. Elle a surtout pour base les douleurs que peut ressentir le cheval soumis à cette technique. Si ces opposants estiment qu'il constitue un acte de maltraitance animale, d'autres personnes, en particulier des professionnels du dressage et certains vétérinaires, réfutent toute maltraitance dès lors que le rollkur est demandé sans usage de force et par un cavalier expérimenté.
Terminologie vignette|Rollkur d'une jument par rênes allemandes coulissantes. Le mot « rollkur » provient de la terminologie allemande., il est employé pour la première fois par le Heinz Meyer dans un article du magazine St. Georg analysant les nouvelles méthodes d'entraînement au dressage, en 1992. Il s'agit à l'origine d'un jeu de mots, par analogie avec le nom d'un médicament traitant certains troubles gastro-intestinaux (le patient doit se rouler dans différentes positions pour que le médicament fonctionne tout au long de la paroi de l'estomac). Le mot « rollkur » est repris par des magazines néerlandais et anglais..
« Rollkur » étant difficile à comprendre pour le grand public, la terminologie officielle française proposée par la Fédération équestre internationale (FEI) en 2006 est . Cependant, « rollkur » est toujours beaucoup employé., tout comme l'équivalent anglais du mot « hyperflexion », « ».. L'acronyme « ldr », pour « », a été créé par Sjef Janssen, l'entraîneur de la cavalière néerlandaise Anky van Grunsven. Selon la définition officielle de la FEI, le « ldr » est une forme adoucie du rollkur, une flexion demandée sans force pendant moins de dix minutes.. Cette distinction n'est cependant pas reconnue de tous. Le colonel Christian Carde, écuyer du Cadre noir, assimile très clairement rollkur et « ldr ».. De même, les vétérinaires Uta König von Borstel et Paul McGreevy, sans employer les mots de rollkur ou de « ldr », s'expriment dans un éditorial du Veterinary Journal en définissant toute position imposée au chanfrein d'un cheval sous la verticale comme un acte de maltraitance.. Lorsque le chanfrein du cheval est sous la verticale, ce dernier est dit ..
Définition vignette|Rollkur sur un concours de saut d'obstacles.
Dans l'ouvrage de référence Equitation science, Paul D. McGreevy et Andrew N. McLean définissent le « » ou « rollkur » comme étant .. Le colonel Christian Carde définit pour sa part le rollkur comme « l'hyperflexion de l'encolure, celle-ci étant enroulée en force ». Il s'agit d'une flexion poussée à l'extrême, le nez du cheval pouvant toucher son poitrail. Le chanfrein du cheval est nettement sous la verticale pendant un rollkur, alors que la position d'un cheval de dressage rassemblé est en principe aussi proche que possible de la verticale.. Le cheval peut adopter naturellement une telle position en liberté, mais pendant peu de temps et très rarement lors de changements d'allures. Il ne s'agit pas pour lui d'une position « naturelle ». Le rollkur est typique d'une volonté humaine d'obtenir cette position dans des conditions anormales pour le cheval..
Le rollkur est demandé essentiellement en équitation de dressage., il y est communément répandu jusqu'au niveau olympique. Le rollkur est aussi employé pour l'entraînement en saut d'obstacles, en équitation western, voire en attelage. Cependant, la controverse n'atteint pas le saut d'obstacles, où l'obtention d'une position de rollkur à l'aide d'enrênements est toujours autorisée.
Le mouvement peut être demandé aux trois allures. Il y a d'importantes différences de sévérité dans le moyen de l'obtenir et le temps durant lequel il est maintenu. Le cheval peut être contraint au rollkur par un enrênement serré., en particulier par des rênes allemandes. Certains cavaliers fixent leurs mains voire tirent sur leurs rênes jusqu'à ce que le cheval cède sa mâchoire vers l'arrière en réponse à la pression exercée sur le mors et la muserolle, ce qui correspond à une obtention de la cession de mâchoire « en force ». Le rollkur est controversé, tant en matière de bien-être animal qu'en ce qui concerne sa place au sein de l'équitation de dressage, certains le considérant comme un « faux rassembler ». Bien que les effets du rollkur soient désormais largement documentés, les publications scientifiques ont manqué pendant de nombreuses années et n'ont que très peu d'influence sur la pratique.. Le rollkur est symptomatique des conflits qui agitent le milieu du dressage, particulièrement de celui qui oppose les partisans d'une équitation classique à ceux d'une équitation de compétition plus moderne. De nombreux cavaliers et certains scientifiques le condamnent, mais d'autres estiment que condamner le rollkur revient à interdire toute demande d'une flexion de la nuque chez le cheval.
Intérêts du rollkur De très nombreuses études sont consacrées au rollkur. D'après une recension de la littérature effectuée en 2015, 26 % des publications de recherche indiquent un effet positif pour le cheval du point de vue sportif, 23 % concluant à un effet négatif. Les 46 % restants signalent des effets insignifiants ou contradictoires. Une méta-analyse publiée en 2024 conclue que la majorité des études (65 %) échouent à démontrer un bénéfice du rollkur pour le cheval, les études concluant à des bienfaits étant donc minoritaires.
L’entraînement en rollkur est réputé pour augmenter « l'expressivité » du cheval de dressage. Il rendrait l'animal plus souple et mieux rassemblé., favorisant l'engagement des membres postérieurs, ainsi que leur activité et leur puissance. Une étude conclut que les chevaux sont plus attentifs aux ordres de leur cavalier et plus mobiles s'ils sont montés en position de rollkur, leur flexibilité et leur engagement augmentant.. La chercheuse Christine Aurich estime que la position derrière la verticale (dite « ldr ») a des effets bénéfiques en termes de gymnastique pour le cheval.. Les défenseurs du rollkur font également valoir que le jeune cheval adopte naturellement cette position pour porter plus facilement son cavalier, ce qui lui permettrait de renforcer la musculature de son dos.
Problèmes posés par le rollkur
vignette|gauche|Cavalier de dressage allemand montant son cheval sous la verticale : les plis à la jonction tête-encolure sont bien visibles.|alt=Un cavalier sur un cheval marron dont la tête est repliée. Les risques que le rollkur pose pour le cheval l'emportent sur les bénéfices éventuels.
L'analyse du Dr Uta König von Borstel conclut plutôt que les jeunes chevaux se placent en rollkur (avec leur chanfrein sous la verticale) sous la contrainte, pour échapper à la pression de leur mors et de leur muserolle.. Le chercheur suédois Lars Roepstorff dément l’intérêt d'un rollkur obtenu de force avec des rênes allemandes dans l'apprentissage du rassembler, le poids du cheval étant transféré sur la partie antérieure de son corps alors qu'il devrait l'être sur les hanches pendant un véritable rassembler. Plusieurs vétérinaires estiment que les chevaux soumis de manière chronique au rollkur développent des problèmes de santé. Gerhard Heuschmann explique grâce à ses analyses et ses études dans son ouvrage Dressage moderne, un jeu de massacre ?, que l'obtention forcée du rollkur entraîne de sérieuses lésions du ligament de la nuque et des premières vertèbres cervicales., ainsi qu'une dégradation du mécanisme de locomotion dans son ensemble, l'encolure du cheval communiquant avec les autres parties de son corps.. Combiné à la « compression » du cheval de dressage, le rollkur est soupçonné d'entraîner une dissymétrie des bipèdes diagonaux au trot et au galop. Le chef des services vétérinaires de la FEI Leo Jeffcott a identifié pendant la réunion du printemps 2006 les problèmes auxquels peut être confronté un cheval forcé en position de rollkur. :
Compression des tissus mous du pharynx et du larynx, qui peut affecter la respiration. Une étude du vétérinaire Ulf-Michael Stumpe par endoscopie a donné des résultats « alarmants ». Certains vaisseaux sanguins fins du niveau de la gorge éclatent sous la pression.. La respiration et la circulation sanguine du cheval sont affectés dans toutes les positions de la tête et de l'encolure qui s'éloignent de sa position naturelle, mais celle du rollkur est la plus invalidante.. La respiration des chevaux en rollkur devient bruyante ; Limitation du champ visuel. Pour continuer à voir devant lui, le cheval tire ses yeux vers l'avant, ce qui provoque des douleurs. Cette restriction de la vue pourrait être la principale source de stress en rollkur, poussant les chevaux à remuer la tête pour y échapper. ; Vertèbres tendues à long terme ; Utilisation d'une muserolle serrée pour renforcer l'effet, et empêcher le cheval d'ouvrir la bouche pour échapper à la pression du mors sur sa dentition. Afin de l'éviter, la muserolle suédoise est particulièrement appropriée. ; Dommages aux tissus nerveux de la colonne vertébrale supérieure ; Dégénérescence du disque intervertébral dans les vertèbres cervicales. Comme chez l'être humain, une extension de l'encolure en rétrécit la taille, tandis qu'une flexion l'augmente. ; Inflammations dans l'encolure et les ganaches. Gabriele Pochhammer (St. Georg) note que certains chevaux en rollkur peuvent présenter des bosses à la base de l'encolure et des bourrelets à la jointure tête-encolure, au niveau des ganaches.
À force de subir la traction des rênes pour lui placer le chanfrein sous la verticale et la bouche près du poitrail, le cheval dressé en rollkur en vient à adopter cette position même si son cavalier ne le souhaite pas, par impuissance apprise..
Question du bien-être animal vignette|Rollkur obtenu avec des rênes allemandes attachées à la sangle, pendant la détente d'un concours de saut d'obstacles.
D'après la méta-analyse de 2024, les trois quarts (75 %) des études consacrées au rollkur concluent à un effet négatif sur le bien-être du cheval, et ce, quel que soit son niveau de dressage, son expérience, ou la manière dont le rollkur est demandé. Fin 2015, 88 % d'entre elles concluaient que le rollkur est préjudiciable au bien-être du cheval, une seule (soit 1,8 %) estimant que le cheval soumis au rollkur est moins stressé après la fin de la séance.