Alfred Latour, né le à Paris et mort le à EygalièresActe de naissance à Paris , n° 2194, vue 15/31, avec mentions marginales du mariage à Saint-Étienne en 1917 et du décès à Eygalières en 1964., est un peintre, graveur, affichiste et graphiste français.
Jamais affilié à une école ou un mouvement artistique et observant les avant-gardes de son époque avec une certaine méfiance, il n'en revendiquait pas moins un modernisme épris de simplification formelle poussée parfois jusqu'aux limites de l'abstraction et d'une palette lyrique aux accents par moments presque fauves.
Il a exécuté des centaines d’huiles, aquarelles et dessins, et de nombreux livres illustrés, affiches, vignettes et dessins de tissus toujours édités par l'Abbaye de Fontenay.
Ses œuvres se trouvent dans les musées de France (Paris, Lyon, Marseille, Arles, Martigues) et du Royaume-Uni (British Museum, Victoria & Albert Museum), à la Bibliothèque royale de Hollande et chez de nombreux collectionneurs privés.
Créée en , elle est basée à Lausanne en Suisse et présidée par le neveu du peintre Claude Latour, la Fondation Alfred Latour s'est donné pour mission de mieux faire connaître son œuvre.
Biographie Fils d'un compositeur typographe à l'Imprimerie nationale et l'aîné d'une fratrie de quatre, Alfred Latour naît le à Paris, dans un quartier populaire du arrondissement. Dès l'enfance, sa passion pour le dessin le prédestine, malgré quelques réticences parentales, à une carrière artistique.
Sa formation sera plurielle. Il commence par suivre les cours du soir de la rue d'Aligre, fait un bref passage à l'École nationale supérieure des Beaux-arts dont l'enseignement le rebute très vite par son académisme, fréquente assidûment les Musées nationaux où il dessine beaucoup et prend des notes, avant d'être admis en 1908 à l'École des Arts Décoratifs comme boursier de la Ville de Paris. Il y reçoit de solides bases classiques. La vente de ses premières toiles lui permet d'aller découvrir le Midi. C'est la révélation et cet enchantement durera toute sa vie.
Mais le jeune Latour est appelé sous les drapeaux à Grandville en Normandie. Le service militaire lui fait, pendant ses permissions, découvrir les côtes normandes et bretonnes dont il fait de nombreux dessins et pochades.
En 1913, il s'installe sur l'île Saint-Louis qui est encore une sorte de village au cœur de Paris. Il vit de la vente de ses toiles et dessins (scènes de rue et vues parisiennes), mais aussi de la décoration d'objets (assiettes, boîtes, lampes...) et de décors de théâtre. Il expose pour la première fois au Salon d'automne de ParisBiographie sur le site de la Fondation Alfred Latour..
Puis il se met à la gravure sur bois où son sens du métier, son habileté manuelle et son goût pour la rigueur et la minutie font très vite merveille. Le peintre symboliste Emile Bernard, son presque voisin sur l'île, lui confie l'interprétation gravée de ses dessins pour Les Amours de Ronsard et Les Fleurs du Mal de Baudelaire publiés en 1914 et 1916 par Vollard.
En , la guerre est déclarée, Latour est mobilisé. Le , il est grièvement blessé en Picardie. C'est à l'hôpital de Rouen qu'il rencontre la jeune infirmière auxiliaire Madeleine Cosnard qui deviendra sa femme en 1917 et lui donnera deux fils : Jacques et Jean. De ces années de guerre durant lesquelles il est affecté à divers régiments, il rapporte une liasse de dessins et croquis de silhouettes et attitudes de ses camarades, de paysages entrevus et de régions traversées.
La Grande Guerre terminée, il retrouve l'île Saint-Louis où, pendant dix ans, il se voue exclusivement à la gravure sur bois et aux arts graphiques. Il se fait remarquer, expose régulièrement au Salon d'Automne, au Petit-Palais, où il est primé à plusieurs reprises : en 1921, 1923, 1924 et 1927 et voit ses œuvres entrer dans des collections importantes. En , Otto H. Kahn (1867-1934), financier et grand collectionneur acquiert plusieurs œuvres gravées de A. Latour pour les offrir à des musées américains, notamment le Musée d'art français de New York. En 1925, c'est Jules Bache (1861-1944), banquier américain, homme d'affaires et amateur d'art propriétaire d'une magnifique collection (Rembrandt, Dürer, Velasquez...) qui achète six œuvres gravées de Latour qu'il offre à la Public Library de New York. L'année suivante, le Conservateur du département des estampes de la New York Public Library écrit à Latour pour lui dire qu'il a organisé une grande exposition sur L'art du graveur sur bois à travers quatre siècles d'histoire. Documents famille Latour (disponible à consulter, contacter la Fondation)..
Il reçoit le Grand Prix de la section du livre à l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs de 1925 et crée pour la fonderie Deberny et Peignot des vignettes graphiques et typographiques aux motifs mobiles et combinables à l'infini qui connaissent un succès durable.
En 1927, il s'installe à Montparnasse, le rendez-vous des peintres, des musiciens et des écrivains d'alors, dont beaucoup sont des exilés. Il se rapproche des professionnels du « beau livre » et signe les illustrations, ornements et reliures de plus de trente ouvrages. Plusieurs ouvrages illustrés par Latour, parmi lesquels Le Voyage d'Urien d'André Gide (Ed. Stols), étaient réunis dans la Collection de livres rares de Louis Koopman, savant, chef d'entreprise, amateur d'art et bibliophile épris de littérature française. Cette collection se trouve aujourd'hui à la Bibliothèque nationale de Hollande. Ce qui lui permet de nouer des relations amicales notamment avec Paul Valéry, André Gide ou l'historien d'art Henri Focillon. Henri Focillon, qui en 1920 avait fait illustrer par A. Latour son livre L'Île oubliée, écrit en 1933 dans le 29 de Estampes en couleurs gravées sur bois (Arts et Métiers Graphiques) : et qui lui valent plusieurs distinctions et expositions en France et à l'étranger aux côtés notamment de Bonnard, Chagall, Degas, Dufy, Picasso, ou Rouault. Son esthétique moderniste et son style sobre et raffiné attirent aussi l'attention de la Maison Bianchini-Férier, fabricants de soieries à Lyon qui lui commande des dessins de tissus.
Puis c'est la photographie qui lui permet de révéler une autre facette de ses talents. Il devient correspondant d'une agence internationale de reportage photographique à Paris - l'agence Meurisse. Il photographie des scènes de rues, des stands forains, des pêcheurs des bords de Seine et d' autres morceaux de vie. En 1927, Laure Albin Guillot, photographe du Tout-Paris des arts et des lettres, fait figurer A. Latour avec d'autres personnalités : Paul Colin, Julien Green, Kisling, Louis Lumière, Robert Mallet-Stevens ou Darius Milhaud, dans une exposition intitulée « Portraits d'Hommes » à Paris. Au milieu des années 30, il réalise un beau reportage en Normandie sur les premiers congés payés.
En 1932, il rompt avec la vie parisienne et ses mondanités qui l'ennuient et achète une ancienne bergerie à Eygalières dans les Alpilles. C'est là qu'il abandonne la pratique de la gravure pour se lancer dans l'aquarelle. En 1932, alors que Latour expose à la galerie-librairie La Tortue à Paris, la revue Les Échos d'Art publie un article élogieux : .
En 1934 commence une collaboration de trente ans avec la maison de vins NicolasDevenu au début des années 1920 le dynamique patron de la Maison des Vins Nicolas, Étienne Nicolas avait lancé sa luxueuse brochure publicitaire en 1928. Jusqu'en 1940, c'est le célèbre graphiste et affichiste Cassandre qui en avait assuré la typographie et la mise en page. Latour lui succède dans ce rôle jusqu'à la fin de sa vie. pour qui il signe des travaux de publicité, des affiches et son luxueux et annuel Catalogue des Grands Vins fins Nicolas qu'ont déjà illustré Dufy, Van Dongen ou Bernard Buffet. Mais quand les Établissements Draeger, la très renommée imprimerie qui les réalisent, lui proposent le poste de directeur artistique à Paris, il décline l'offre. est sa réponse.
Alfred Latour qui a toujours observé les avant-gardes et les mouvements artistiques à distance, rejoint en 1935-1936 l'Union des Artistes Modernes. Ce mouvement d'architectes et de décorateurs a été fondé en 1929 par Robert Mallet-Stevens en réaction contre l'académisme ambiant et contre la hiérarchie entre arts dits majeurs et arts considérés mineurs. On y trouve Le Corbusier, Pierre Jeanneret, Charlotte Perriand, Sonia Delaunay, Man Ray, Fernand Léger, Joan Miró ou Walter Gropius.
Au pavillon de l'UAM à l'Exposition internationale « Arts et Techniques dans la Vie moderne » de 1937 à Paris, Latour est présent dans les trois sections Livres d'art et Illustrations, Arts graphiques et Publicité.
Mais la Seconde Guerre mondiale éclate. À 52 ans, révolté par l'armistice signé avec l'Allemagne qu'il considère comme une capitulation déshonorante, Latour va rejoindre son fils Jacques dans la Résistance. Dans le cadre des actions menées par le S.O.E (Special Operation Executive, le Service secret britannique automne créé en à l'initiative de Winston Churchill), Jacques Latour est chargé d'organiser les liaisons aériennes et les opérations de parachutages d'un réseau placé sous l'autorité du commandant Buckmaster à Londres. Jacques Latour sera promu capitaine du renseignement sur sol français. En France, c'est Peter Churchill qui est le responsable de la zone sud. En apparence, Alfred Latour mène à Eygalières la vie d'un peintre sans histoire. Il se remet à la peinture à l'huile qu'il n'avait plus touchée depuis vingt ans. Mais en 1944, son fils est déporté à Dachau. Jacques Latour deviendra après la Libération conservateur des musées d'Arles. Prévenu à temps, Alfred Latour, lui, se cache à Lyon dans un hôpital tenu par des religieux. De cette retraite forcée, il fait un temps de réflexion, de méditation et de foi.
En 1946, il achète, toujours à Eygalières, une maison perchée sur un piton rocheux. Il y aménage deux ateliers : l'atelier de peinture, son domaine très privé, et l'atelier de dessin réservé aux travaux graphiques. Tels ceux de typographie, d'ornements et de mise en page qu'il continue de réaliser pour les Vins NicolasLatour participe aux Rencontres internationales de Lure (Alpes de Haute-Provence) qui, fondées par Maximilien Vox, regroupent chaque année typographes, imprimeurs, dessinateurs, éditeurs et publicitaires de France et d'ailleurs. Il est aussi membre de l'ATypl, association typographique internationale créée en 1951 à Lausanne, Suisse, par Charles Peignot et qui tient congrès tous les ans dans une grande capitale., mais aussi cette nouvelle collaboration qu'il entame avec son ami le « soyeux » lyonnais et propriétaire de l'Abbaye de Fontenay Pierre Aynard, pour qui il crée des tissus destinés à la haute couture et des tapisseries murales en tirage limité. En 1950, sept « Toiles de Fontenay » sont éditées en tirage limité d'après des cartons de Latour. Avec la collaboration de l'imprimeur Brunet Lecomte, Latour exposera ses toiles imprimées pour la décoration du mur - Édition des Toiles de Fontenay - au Salon d'Automne de 1950 à Paris.
Côté peinture, Latour suit de loin ce qui se passe à Paris et s'irrite de voir le rôle croissant qu'y joue le marché de l'art. Au point de remballer un jour, à la dernière minute, ses tableaux prêts à être exposés à la Galerie de France. et laisser vendre ses œuvres ?