La Bretagne est un vaisseau rapide mixte de 130 canons à trois ponts inspiré du Napoléon, mais conçu par l'ingénieur polytechnicien Jules Marielle (1817-1897) et lancé en 1855. La décision de le motoriser a été prise après la mise sur cale. Il est seul de son type. La machine de comprenait un « appareil évaporatoire » de huit corps de chaudières à cinq fourneaux chacun, et qui permettait de filer () environ avec de bons chauffeurs. Il consommait de charbon par . L'hélice à deux ailes doubles pouvait être remontée afin de ne pas gêner la marche à la voile. La machine était composée de deux cylindres.
Le vaisseau est retiré du service actif de la flotte en 1866 pour servir de caserne, puis de navire-école aux novices et apprentis marins en rade de Brest. Il sera définitivement condamné en 1879 avant d'être démantelé l'année suivante.
Genèse du projet
La construction de la Bretagne a suivi un parcours pour le moins chaotique, puisque ce navire n'est lui-même qu'un remaniement d'un projet de vaisseau déjà remanié de la classe dite « Bretagne », une classe avortée du type Océan « amélioré » avec un maître-bau initialement porté à .
La construction d'un nouveau trois-ponts nommé Terrible devait débuter en 1849 à Brest, mais fut annulée dès 1848 pour cause de réduction de budget. Deux navires, la Bretagne à Brest et le Desaix à Cherbourg, devaient voir leur construction commencée en 1850, et furent finalement commandés le . La piètre performance du Valmy lors de ses essais incita la Marine à revenir aux plans classiques de Sané pour trois-ponts avec un minimum de modifications pour ces navires. Ces modifications, entreprises dans la seconde moitié de l'année 1851 par De Gasté pour la Bretagne et Forquenot pour le Desaix furent limitées à une réduction de du frégatage et à une légère augmentation du maître-bau, mesures justifiée par le fait que les derniers navires de la classe Océan améliorée avaient également subit un élargissement similaire de l'ordre de .Une proposition pour l'incorporation de machines à vapeur de 160 CV portant la vitesse à 4,5 nœuds fut rejetée pour éviter tout compromis avec les plans de Sané. Toute propulsion ne devait être ajoutée que plus tard si jugé nécessaire. La quille de la Bretagne d'alors fut posée le , et celle du Desaix devait suivre le .
Le , le ministère de la Marine suspendit la construction des deux navires et demanda aux arsenaux de fournir des plans pour un rallongement de et l'ajout de machines de 540 CV. Brest proposa un plan en , mais dans le même temps le Napoléon achevait sa brillante campagne d'essais. Le ministère opta alors pour des vaisseaux rapides et annula la construction des deux navires le . Les arsenaux de Brest reçurent l'ordre de préparer des plans en vue de la « conversion » du navire à voile en vaisseau rapide à vapeur sur le modèle du Napoléon en réutilisant un maximum de pièces déjà préparées. La Bretagne était alors aux 3/Les constructions navales de l'époque suivaient un plan de progression standard de 24 étapes. Voir Règlement du sur dossiersmarine.free.fr complète lorsqu'elle fut démantelée et remplacée en bassin par le navire du même nom, considéré alors officiellement comme une simple refonte. Les plans de l'ingénieur Marielle furent approuvés en et la machine à vapeur fut commandée vers la même époque. Le Desaix lui était à peine commencé (un dixième de ) lorsqu'il fut abandonné, et le navire rapide Arcole de 90 canons fut commandé à sa place.
Description générale
Le lancement eut lieu à Brest le , où malgré une température de , une neige abondante et un vent violent, un immense concours de population assista à la mise à l'eau.
La longueur de la carène à la flottaison en charge, en dehors des bordages, est de ; la largeur de , c'est-à-dire de plus que le Napoléon en longueur et de plus en largeur, le tout pour un volume approchant les . Depuis les baux du premier pont, au milieu du vaisseau, jusqu'au-dessous de la quille, on compte un creux de . L'appareil moteur a été construit à l'établissement de la marine impériale d'Indret.
La coque est renforcée contre les efforts de flexion et de cisaillement horizontal par un réseau de lattes disposées en treillis sur les membrures, système inventé en 1800 par Robert Seppings, inspecteur de marine de la Royal Navy.
L'artillerie de la Bretagne, répartie dans les trois batteries et sur les gaillards, se compose de 130 bouches à feu des plus puissants calibres. En effet, la batterie basse est dotée de canons de 36 livres, et non pas de dits « longs » comme le prévoit pourtant la standardisation des calibres sur les autres trois-ponts. Comme sur le Napoléon, la poupe est arrondie pour une plus grande résistance et est percée de sabords d'arcasse. Le nombre total des sabords du travers, de chasse, de retraite et de hanche s'élève à 180, mais ne sont pas tous munis de canons, bien que ces derniers puissent être déplacés en fonction des besoins. Par exemple, le nombre des sabords du travers étant de 80, si le vaisseau avait à se battre d'un bord unique, comme cela aurait lieu à l'ancre ou embossé contre des forts, il pourrait concentrer sur le point attaqué le feu de 80 canons.
La machine à vapeur fournit une puissance nominale de , et jusqu'à en puissance indiquée ; le diamètre de l'hélice, qui est à quatre branches, est de , mais n'occupe cependant, par la disposition spéciale de ces branches, qu'une largeur très restreinte, de sorte que le puits pratiqué à l'arrière du vaisseau pour le remontage du propulseur a seulement de large. Le générateur se compose de huit corps de chaudières, à six foyers chacun et d'un arbre à connexion directe. Son chargement de combustible est de quatorze jours pour une vitesse de 10 nœuds, et de six jours pour sa plus grande vitesse, qui est de quatorze nœuds. La longueur de l'emplacement occupé dans la cale par tous ces appareils est de . Le vaisseau emporte de charbon, des approvisionnements pour trois mois ainsi qu'un mois d'eau pour , et est pourvu en outre d'un appareil distillatoire. Son autonomie est de 40 jours à la mer.
Le sujet choisi pour la guibre (avant du navire) est la figure de Velléda, représentée la faucille en main, et le front ceint d'une couronne de chêne. À l'arrière du vaisseau, sur le tableau, sont les armes de la Bretagne, soutenues par deux génies, les ailes déployées ; au-dessous, le nom du navire est inscrit sur une banderole contournée. Le navire est peint dans les couleurs austères des marines du , avec les lignes de sabords en blanc, les préceintes en noir et les œuvres vives en rouge cuivre. De même, le style de l'époque s'y remarque aussi par l'absence de herpes et jotteraux qui flanquaient autrefois l'éperon à la proue.
Telle que construite, la Bretagne s'avéra plus lourde que prévu, le déplacement initial étant de pour un tirant d'eau moyen de alors que celui-ci atteignait en fait à l'arrière, un chiffre tout à fait comparable aux plus gros navires de guerre actuels. Par conséquent, la hauteur de la batterie basseLa batterie basse est la série de canons situés le plus près de la mer au-dessus de l'eau n'était plus que de au lieu des anticipés.
Armement
À l'origine Batterie basse : 18 canons de 36 livres; 18 canons-obusiers de 80 livres (calibre et pesant ) Batterie moyenne : 18 canons de 30 livres courts ; 18 canons-obusiers de 80 livres Batterie haute : 38 canons-obusier de 30 livres. Gaillards : 2 canons de 50 livres et 18 caronades de 30 livres. Soit un total de 130 canons à l'origine, capables d'envoyer une bordée de livres, soit plus de .
Armement en 1869
Batterie basse : 2 canons rayés de Batterie moyenne : 16 canons de 30 , 4 canons rayés de mod. 1864, 8 canons rayés de modifiés 1860 ou 1862, 2 canons rayés de se chargeant par la bouche, 2 canons de Sur le pont : 2 canons de en bronze
Carrière Complétée deux ans après son homologue britannique le , auquel elle ravit le titre de plus puissant navire du mondeBien que celui-ci comportât une bouche à feu supplémentaire, la Bretagne le surpassait tant par ses dimensions et son déplacement que par sa vitesse et le poids de sa bordée, la Bretagne arriva néanmoins trop tard pour servir pendant la guerre de Crimée qui était virtuellement finie après la prise de Kinbourn en . Affectée en à Toulon comme bâtiment amiral de l'escadre de la Méditerranée, elle se rendit néanmoins en mer Noire pour participer aux derniers mois de la guerre, laquelle se terminera définitivement en juillet, où elle servit entre autres à rapatrier le corps expéditionnaire français. Le vaisseau est ensuite intégré à l'escadre d'évolution de Toulon, et croise entre la Sardaigne et l'Espagne.
La Bretagne servit à la réception de la reine Victoria par Napoléon III en rade de Cherbourg le , en qualité de navire amiral La flotte anglaise à Cherbourg. Napoléon III tenait à montrer aux Britanniques que ses récentes transformations de la base navale de Cherbourg ne devaient pas constituer une menace pour le Royaume-Uni. Pour ce faire, l'Empereur avait donc invité la reine britannique, le prince Albert ainsi que de nombreuses personnalités de marque anglaises à venir inspecter les travaux accomplis comme gage de confiance. La visite eut l'effet inverse de celui escompté. Outre les maladresses de l'hôte français telles que l'inauguration d'une statue équestre de , l'agacement des Anglais fut exacerbé par l'impression de supériorité de la Marine française, et la délégation rentra à Londres fort irritée Napoleon III Receiving Queen Victoria at Cherbourg, 5 août 1858. À la suite du départ précipité de cette dernière, la Bretagne gagna Brest avec à son bord le couple impérial qui poursuivait son voyage officiel.
Par la suite, le vaisseau multiplie les croisières vers l'Italie qui connaît alors sa deuxième guerre d'indépendance, pour y transporter des troupes. Plus tard, en mission devant les côtes du Maroc, la Bretagne canonne les forts de la rivière Tétouan, où elle reçoit un boulet dans la coque. Elle retraverse la Méditerranée en 1860 avant de repartir pour la rade de Naples où elle assiste au service funèbre du prince Jérôme Napoléon.
En , elle appareille pour Gaète et l'embouchure du Garigliano sous les ordres du vice-amiral Adelbert Lebarbier de Tinan, pour s'opposer à l'attaque sarde contre les napolitains. L'année suivante sera passée en Méditerranée occidentale à évacuer les troupes françaises déployées en Syrie, avant de repartir pour Toulon.
En 1865, le vaisseau est transformé en caserne pour novices et apprentis marins, à la suite de quoi la machine est débarquée. La Bretagne sera rayé des listes de la flotte en 1866 pour servir d'école aux novices et apprentis marins en rade de Brest. Le navire subit une modification de son artillerie en 1869 afin de l'adapter à son nouvel usage. La corvette Galathée de 30 canons lui sert d'annexe, après avoir été celle du Borda. Il est définitivement rayé fin 1879, puis échange son nom et son matériel avec le Ville de Bordeaux le , avant d'être remorqué à Landévennec avant démolition.
Hervé Burel, paysan léonard qui fut marin à bord du Bretagne lorsque celui-ci servait de navire-école en rade de Brest, décrit ainsi la vie à bord : « Bafoués, injuriés, maltraités de toutes les manières par les instructeurs, punis de toutes les façons pour la moindre chose : voilà la condition du matelot sur ce vaisseau-école. (...) On nous fait crier trois fois "Vive le commandant de Quillebecq !" (...). Certains d'entre nous n'étaient pas très heureux de crier que vive ce commandant qui (...) pendant six mois nous avait laissé humilier et punir ! (...) Adieu bagne flottant ! » Hervé Burel (traduction de Nelly Blanchard), "Histor eur famill eus Breïs-Izel" ("Histoire d’une famille de Basse-Bretagne"), Morlaix, Skol Vreizh/CRBC, 2011, 615 p..
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Références
Source
Voir aussi
Articles connexes
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