La libération de la Corse occupée est une opération militaire effectuée du au par les actions conjuguées des patriotes corses, d'une partie des forces italiennes d'occupation et de l'Armée française de la Libération contre les forces armées allemandes durant la Seconde Guerre mondiale. vignette|
Le soutien des alliés (nom de code : ) est dû à l'initiative du général Henri Giraud, alors coprésident du CFLNLe 31 juillet 1943, le Comité français de libération nationale a nommé le général Henri Giraud commandant en chef de toutes les forces françaises combattantes, c'est-à-dire non seulement l'Armée d'Afrique mais aussi les FFL., contre l'avis du général de Gaulle, lui aussi coprésident du CFLN, qui trouvait l'opération risquée et voulait attendre un accord et une aide substantielle des AlliésGénéral Henri Giraud, Alger 1942-1944..
Le , la diffusion de la nouvelle de l'armistice italien déclenche l'insurrection des patriotes en Corse, à l'instigation du Front national de lutte.
Le est proclamé le ralliement de la Résistance corse à la France combattante de De Gaulle. Le Italiens et Allemands combattent à Bastia.
C'est un acte de désobéissance vis-à-vis des états-majors, mais les résistants ne peuvent rester sans secours. À Alger, le général Giraud organise l'opération Vésuve. Le sous-marin Casabianca, qui a dans la clandestinité réussi plusieurs missions de transport d'armes et d'agents de renseignement dans l'île, transporte 109 hommes de la troisième compagnie du 1er choc du commandant Fernand Gambiez. Ils accostent le à 1 h 15, 24 heures avant les contre-torpilleurs français Fantasque et Terrible.
Les opérations ont été faites par une partie de l'Armée française de la LibérationEn particulier l'Armée d'Afrique, réunie à partir du aux FFL de De Gaulle pour former l'Armée française de la Libération., avec la participation des Résistants Corses organisés par le Front national de lutte et la complicité d'une partie des Forces armées italiennes d'occupationPaul Gaujac, L'Armée de la victoire, Lavauzelle, 1984, .Giovanni Magli, Le truppe italiane in Corsica, , Lecce, Tipografia Scuola AUC, 1950..
La Corse devient alors une base d'aviation pour les Alliés, facilitant la libération de l'Italie commencée quelques mois auparavant et devant s'intensifierLe 21 novembre 1943, le général Giraud a lancé le Corps expéditionnaire français en Italie sous le commandement du général Juin, et il mit au point le plan d'offensive par les crêtes qui a permis aux Français d'être les premiers à percer la ligne Gustav et ouvrir la route de Rome.. Cette opération, qui est le premier acte de la libération de la France, met ainsi fin à quasiment une année d'occupation de l'île par les forces de l'Axe.
Contexte historique
La zone libre fut envahie le (opération Anton) par les Allemands et les Italiens à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord le 8. Les Italiens occupèrent alors, à l'exception des départements du Rhône et des Bouches-du-Rhône, l'Est du Rhône ainsi que la Corse, violant l'accord passé avec le maréchal Pétain lors de l'armistice du 24 juin 1940.
Les prémices de cette libération remontent au mois de décembre 1942. À cette époque, les Alliés étaient fermement installés en Afrique du Nord. Le général Giraud choisit donc d'envoyer en Corse une première mission dirigée par le commandant De Saule. Cette action de reconnaissance prit fin en avril 1943. À ce moment, le commandant Paulin Colonna d'Istria débarqua à son tour dans l'île pour unifier la Résistance et préparer le débarquement allié. À partir du , les Corses prirent donc leur destin en main. Et au , toute l'Afrique Française du Nord était libérée après la victoire des Alliés Américains, Anglais et Français, en Tunisie.
Près de soldats des forces armées italiennes occupaient l'île Rainero, R.H. Mussolini e Pétain. Storia dei rapporti tra l’Italia e la Francia di Vichy (10 giugno 1940-8 settembre 1943), page 29.. L'armée de Vichy, bien que plutôt hostile aux Italiens, n'avait pas la possibilité de contester cette occupation sous peine de rompre l'armistice..
Les résistants corses organisés par cantons par le Front national de libération de la Corse en liaison avec Alger préparèrent la libération par la réception des armes parachutées par les alliés ou débarquées par des sous marins.
Les résistants corses furent durement réprimée par l'OVRA, la police politique fasciste italienne, et par les chemises noires.
31 patriotes ont été tués sur le sol corse dont 9 venus d"Alger en mission. D'autres furent arrêtés et déportés en Italie. Trois patriotes furent exécutés le à Bastia par le tribunal de guerre fascisteFernand Gambiez, Libération de la Corse, Hachette Littérature, ..
Après le débarquement allié en Italie, l'Italie signa un armistice le , alors que Benito Mussolini avait été arrêté le et que le roi Victor-Emmanuel III avait repris le pouvoir. L'Italie passa dès lors dans le camp des Alliés. Le général Magli commandant les des troupes d'occupation italiennes en Corse ordonna à ses troupes de considérer les Allemands comme des ennemis.
Les Allemands occupaient principalement le Sud de l'île et tentaient de désarmer les unités italiennes. La Corse relevait d'une importance stratégique, servant de base aérienne et maritime pour les opérations de l'Axe en Méditerranée, notamment pour évacuer leurs troupes d'Europe du Sud. La Sardaigne fut évacuée à l'été 1943 par les Allemands en raison des bombardements alliés incessants sur l'île. Dès lors, les Français libres pouvaient concentrer leurs efforts sur la libération de la Corse.
Le soir du , les radios alliées annoncent un armistice entre l'Italie et les Anglo-Américains. Il est tenu secret depuis sa signature à Cassibile, en Sicile, cinq jours plus tôt, l'Italie craignant avec raison que cette annonce n'accélère le flux des troupes allemandes qui pénètrent sur son territoire depuis août.
En Corse, que les Italiens occupent depuis le , un ordre d'insurrection est lancé à la population. Il est signé par le comité départemental du Front national, mouvement de résistance initié par les communistes en 1941. Sa décision n'est pas improvisée. Le Comité départemental du Front national en corse, qui a réussi à unifier la résistance régionale dans le courant de 1943, sait pouvoir disposer d'environ 12 000 hommes armés prêts à combattre sans attendre un débarquement. Un combat dirigé contre les Allemands puisque l'Italie a capitulé.
Le un appel à l'insurrection armée a été lancé par le Front national, cet appel est suivi à Ajaccio et Bastia et du 9 au , les patriotes insurgés se livrent à des actions de guérilla contre des dépôts allemands d'armes, de carburant, de munitions (à Champlan, à Quenza).
Ordre de bataille
France FFI de 10 000 à 15 000 résistants armés, organisés par le comité départemental du Front national de lutte et commandés par Paulin Colonna d'Istria Armée régulière : environ dirigés par le général Henry Martin, commandant interarmées et interalliés en Corse : de choc : chef de bataillon Fernand Gambiez Unités de la marocaine de montagne ( DMM) : général Louchet : régiment de tirailleurs marocains ( RTM) : colonel Jean Jacques de Butler Deux escadrons du régiment de spahis marocains ( RSM) : de chars légers (capitaine Leroux) et de reconnaissance (capitaine d'Almont) groupe du d'artillerie de montagne : chef d'escadron Duvoisin groupe de tabors marocains ( GTM) : colonel Boyer de Latour Navires de guerre : croiseur Jeanne d'Arc, contre-torpilleur Le Fantasque, contre-torpilleur Le Terrible, torpilleur Alcyon, torpilleur Fortuné, torpilleur Tempête, sous-marin Casabianca
Italie Une partie (divisions Friuli et Cremona des généraux de Lorenzis et Pedrotti) des des troupes d'occupation du général Giovanni Magli. Ces unités furent mises directement sous les ordres du général Louchet, commandant la DMM, par le commandement italien.
Allemagne Entre et : Generalleutnant Frido von Senger und Etterlin : Panzergrenadier Division : Generalleutnant Sturmbrigade « Reichsführer-SS » : SS-Obersturmbannführer
Déroulement de l'opération thumb|left|Stèle érigée à l'occasion du de la libération de la Corse en 1993, sur la plage de Solaro (plaine orientale). Après l'annonce de l'armistice, le 8 septembre, le général Magli reçoit le commandant français libre Colonna d'Istria pour se mettre d'accord sur des plans opérationnels communs 8 SETTEMBRE 1943 - CORSICA VII CdAGen. Giovanni Magli, consulté le 22 octobre 2012.. Le Comité de libération occupe la préfecture d'Ajaccio et contraint le préfet de Vichy à signer le ralliement de la Corse au Comité français de la libération nationale, le CFLN.
À Bastia, les Italiens ouvrent le feu contre des avions et des navires allemands. Le , se déroule la bataille navale de Pietracorbara, dans le port de Bastia, le destroyer Aliseo, sous le commandement du capitaine , avec la corvette Cormorano, réussit dans une action héroïque à couler sept navires allemands, en endommageant trois autres Seekrieg 1943, September, consulté le 22 octobre 2012. Carlo Fecia di Cossato, sur regiamarinaitaliana.it. Consulté le 22 octobre 2012..
Lors de l'insurrection, le , avec le comité d'arrondissement du Front national, Simon Vinciguerra prend le contrôle de la sous-préfecture de Bastia, avant que les Allemands n'occupent la ville en lieu et place des Italiens.
Le village de Levie Alta Rocca se lève face aux soldats de la division SS Reichsführer. Dès le , les résistants corses et les soldats italiens attaquent les troupes allemandes qui avaient commencé leur mouvement en direction du sud. Pendant plus de dix jours, ces derniers mènent une lutte sans merci. Malgré les contre-attaques, l'exécution de deux résistants et l'ultimatum allemand menaçant de raser le village, les insulaires se maintiennent sur le terrain au prix de dix morts et plus de dix blessés avant l'arrivée des Forces françaises libres. Grâce aux habiles dispositions prises, au calme de ses chefs et au courage de tous, les Allemands rebroussent chemin, laissant plus de 200 morts, environ 400 blessés, 20 prisonniers, plus de 30 véhicules blindés, des armes, des munitions et des vivresLes Grands Combattants Volontaires, consulté le 24 avril 2012.. Cet acte lui vaut d'être honoré par l'attribution de la croix de guerre avec palme et une citation à l'ordre de l'armée.
À partir du 11, le général Giraud, ayant nommé le général Henry Martin commandant interarmées et interalliés avec pour mission de libérer la Corse, envoie de son propre chef 109 hommes du bataillon parachutiste de choc sous les ordres de Gambiez à bord du sous-marin Casabianca commandé par le capitaine de frégate Jean L'Herminier. Le Casabianca arrive à 1 h le 13 aux abords d'Ajaccio et débarque de nuit les soldats dans le port.
Dès le lendemain, dans la nuit du 13 au 14, et jusqu'à la fin septembre, l'acheminement massif de matériels et de troupes entre Alger et Ajaccio, reposant sur plusieurs milliers de goumiers et tirailleurs marocains, est effectué par la de croiseurs légers, avec et , commandée par le capitaine de vaisseau Perzo, avec la contribution occasionnelle des croiseurs Jeanne d'Arc et Montcalm et des torpilleurs Alcyon et Tempête. Le colonel Deleuze délégué de l'état-major du corps d'armée débarque aussi dans la nuit. Le général Giraud en informe le CFLN qui lui reproche le noyautage de l'île par les communistes du mouvement Front national. Le général Giraud paiera de la perte de la coprésidence du CFLN le fait d'avoir mené cette opération de sa seule initiative, sans en avoir informé au préalable le CFLN dont il faisait partie, bien que celui-ci le félicite pour sa réussite et lui laisse les mains libres pour terminer l'opération.