thumb|Expérience de busing aux États-Unis
L'hypothèse du contact stipule qu'une des meilleures façons d’améliorer les relations entre deux groupes en conflit est d’établir un contact entre les deux, tout en respectant certaines conditions. Cette théorie s'inscrit dans le champ de l'étude des préjugés en psychologie sociale. En psychologie sociale, les préjugés sont des attitudes négatives ou des prédispositions à adopter un comportement négatif envers les membres d'un exogroupe, c'est-à-dire un membre d'un autre groupe que le groupe d'appartenance, aussi appelé outgroup en psychologie sociale. Ces attitudes négatives reposent sur une généralisation erronée et rigideBourhis R. Y. (2007) Discrimination et linguicisme au Québec. Centre d'étude ethniques des universités Montréalaises, Université de Montréal, Québec, Canada. Forum sociale Québécois, Montréal, 23-26 août 2007..
L'hypothèse du contact fait partie des stratégies de réduction des préjugés basées sur l'approche intergroupe. Celles-ci reposent sur l'idée générale que les personnes perçoivent et se comportent en favorisant leur groupe d’appartenance par rapport aux autres groupes, ce qu'on appelle en psychologie sociale le biais pro endo-groupe.
Les premières recherches
Dès 1946, Brophy constatait que plus les marins Blancs effectuaient des voyages avec des marins Noirs, moins ils éprouvaient de préjugés négatifs à leur égardBrophy, I. N.(1946). The Luxury of anti-Negro prejudice. Public Opinion Quartely, 9, 456-466. Par la suite Kephart, montra en 1957 que des officiers Blancs ayant travaillé avec des collègues Noirs, rechignaient moins par la suite à voir des Noirs rejoindre la police du district, à faire équipe avec un collègue Noir et à recevoir des ordres d'officiers NoirsKephart, W.M. (1957). Racial factors and urban law enforcement. Philadelphia: University of Pennsylvania Press.. Par la suite, de plus en plus d'études portant sur le contact intergroupe ont été menées. Williams en 1947 effectua une revue des études portant sur les relations de groupe. Il remarqua que les relations intergroupe pouvaient participer à une diminution maximale de préjugés en réunissant quelques conditions : quand les deux groupes partagent le même statut, le même intérêt, la même tâche et quand la situation permettait un contact intime entre les deux groupesWilliams, R.M., Jr. (1947).The reduction of intergroup tensions. New York: Social Science Research Council.. Les chercheurs, notamment Deutsch and Collins en 1951, commençaient à étudier très sérieusement la théorie. Ils menèrent des interviews avec des femmes au foyer au sujet de plusieurs projets d'habitation. Les deux premiers projets séparaient les habitations des familles Noirs de celles des familles Blanches. Les deux autres projets assignaient les habitations aléatoirement et ne les séparaient donc pas sur un critère tel que la couleur de peau. Les résultats des interviews ont montré que les femmes habitant les quartiers mixtes avaient beaucoup plus de contacts positifs avec les voisins Noirs. De plus, elles considéraient leurs voisins Noirs avec plus d'estime et encourageaient plus volontiers les projets d'habitation interraciauxDeutsch? M., and Collins, M. (1951). Interracial housing: A psychological evaluation of a social experiment. Minneapolis: University of Minnesota Press.. Par la suite, l'hypothèse du contact a été développée en grande partie par Gordon Willard Allport dans son livre, "Nature Of Prejudice" (la nature du préjugé)Allport, G. W. (1954) Nature Of Prejudice. Reading, Mass.: Addisson-Wesley.. Celui-ci précisera qu'il est erroné de penser que le simple contact intergroupe suffise à réduire l'hostilité ou bien les tensions qui existeraient entre deux groupes. Il met en évidence des conditions nécessaires pour obtenir la diminution de ces tensions : il faut que la relation s’établisse entre des personnes ayant un statut égal, partageant un but commun, qu'elle permette l'établissement d'une connaissance mutuelle et enfin qu'elle soit soutenue par l'environnement social (comme les politiques sociales) et les institutions officielles.
Allport
En 1954, Gordon Allport, psychologue social diplômé de Harvard, publia "The Nature of prejudice" en français "la nature du préjugé". Ce livre est une référence dans l'étude de l'origine des préjugés et des méthodes mises en place pour leur diminution. Allport fourni une analyse précise de la formation des discriminations integroupe, anticipant certaines découvertes en cognition sociale et dans les attitudes de groupe, mais aussi en proposant des applications politiques influentes visant la suppression de ces discriminations. La majorité des tentatives d’amélioration des relations inter-ethniques menées aux États-Unis ces dernières années, notamment dans les écoles, seraient basées sur les travaux d'AllportBrown, R. (1995) Prejudice, Its Social Psychology. Blackwell, Oxford UK et Cambridge USA. 236-270. La pensée de base de l'hypothèse du contact réside en cette phrase.
« It has sometimes been held that merely by assembling people without regard for race, color, religion, or national origin, we can thereby destroy stereotypes and develop friendly attitudes »Allport, G. W. (1954) Nature Of Prejudice. Reading, Mass. : Addisson-Wesley..
« Il a parfois été jugé que simplement en réunissant des personnes sans distinction de race, de couleur, de religion ou d'origine nationale, nous pouvons détruire les stéréotypes et développer des attitudes amicales ».
Les conditions de l'hypothèse du contact
L'intitulé "hypothèse du contact" est légèrement trompeur car pour parvenir à une diminution des préjugés qu'un membre d'un groupe exprimerait à l'égard d'un membre d'un autre groupe, il faut bien plus qu'un simple contact furtif. En effet, Allport a mis en évidence quelques conditions indispensables à l’émergence de l'effet de contact intergroupe. Les 4 conditions principales sont : Le soutien social et institutionnel Le potentiel de connaissance Des statuts égaux La coopération
Le soutien social et institutionnel
Allport postule qu'il existe de puissantes interventions sociales qui peuvent permettre de réduire l'intensité des préjugés et contrer ses effets négatifs Brown, R. (1995) Prejudice, Its Social Psychology. Blackwell, Oxford UK et Cambridge USA. 236-270.. La première condition à l'obtention de l'effet escompté est qu'il devrait exister un cadre social et institutionnel proposant des mesures faisant la promotion pour plus de contact. C'est-à-dire que les autorités — proviseurs d'écoles, politiciens chargés de légiférer, les juges chargés de la surveillance de l'administration — doivent être en accord avec les politiques d’intégration. Ceci est important pour trois raisons :
Les personnes ayant autorité sont habilitées à sanctionner (et récompenser) des actions qui empêchent (ou encouragent) l'accomplissement de l’objectif poursuivi. Elles disposent donc de réels moyens permettant une application des mesures de contact mise en place par des politiques sociales. En obligeant les personnes à se comporter de manière moins préjudiciable cela va surement les mener à intégrer ces comportements comme répondant de leur propre attitude. La troisième raison pour laquelle il est important de promouvoir le soutien institutionnel pour des mesures de contact est que cela aide à créer un nouveau climat social dans lequel plus de normes de tolérance peuvent émerger.
Russel souhaitait montrer comment les normes sociales de discrimination peuvent être un facteur déterminant des contacts intergroupesRussell, M. J. (1961). Study of a South African inter-racial Neighbourhood. In T. F. Pettigrew. Pendant la période politique de l'apartheid en Afrique du Sud, elle a mené des recherches dans un voisinage mixte où vivent 50 % de blancs, 20 % de noirs et 30 % d’indiens. Mais peu d’effets positifs de contact ont émergé. Le contexte social plus large a éteint les effets qui peuvent être obtenus dans ce genre de situation. Russel montra ainsi que la société a le pouvoir de faciliter ou de mettre des obstacles aux contacts intergroupe.
Le potentiel de connaissance
Ce terme a été choisi par Cook pour designer la fréquence, la durée et la proximité du contact. Selon lui, pour être efficace, le contact doit proposer un haut potentiel de connaissance, c'est-à-dire être relativement fréquent, durer longtemps, et sous tendre une relative proximité. Ces conditions permettraient de développer une relation satisfaisante entre les membres des groupes concernés. Il y a trois raisons pour lesquelles ces critères relationnels doivent être présents : Dans un premier temps, le développement d'une relation interpersonnelle relativement intime sera connotée positivement et donc recherchée par la suite. De plus, les sentiments positifs développés dans cette relation dépasseront la relation interpersonnelle pour s'étendre à l'entièreté du groupe. La deuxième raison de l'importance des critères relationnels est que ces sentiments positifs et la relation se développant, ceci permettra d'obtenir de nouvelles informations sur l'exogroupe. Selon certains théoriciens cette relation permettrait de découvrir des similarités auparavant inconnues entre l'exogroupe et le groupe d'appartenance. Poursuivant cette logique et selon l'hypothèse de similarité-attraction en psychologie sociale, qui stipule que nous sommes attiré par ce qui nous est familier (voir attirance interpersonnelle), la découverte de similarités entre les deux groupes entrainerait une plus grande affectionStephan, W.G. & Stephan, C.W (1984)The role of ignorance in intergroup relations. In N. Miller and M.B. Brewer (eds), Groups in contact: The psychology of Desegregation. New York: Academic Press. . Cette idée est cependant contestée, en effet, la troisième raison pour laquelle le haut potentiel de connaissance dans le contact est important est qu'il permet d'infirmer les stéréotypes négatifs que nous pourrions avoir à l’égard d'un groupe. Ceci est possible encore une fois grâce aux informations récoltées mais certains auteurs ne soutiennent pas l'idée que cela mène à percevoir plus de similarité entre les groupes, mais seulement à la révision de stéréotypesHewstone, M. & Brown, R.J. (1986) Contact is not enough: an intergroup perspective on the contact hypothesis. In M. Hewstone and R. Brown (eds), Contact and conflict in intergroup Encounters, Oxford: Basil Blackwell.
Des statuts égaux
De nombreux préjugés exprimés à l'égard d'un exogroupe comprennent des croyances en leur infériorité quant à la réalisation de certaines tâches. Si le contact a lieu dans une situation où les statuts entre les membres de l'endogroupe et de l'exogroupe ne sont pas égaux, alors les stéréotypes existants seront renforcés au lieu d'être affaiblis. Ce pourrait être pour cette raison, par exemple, que les préjugés envers les Noirs dans les États du Sud des États-Unis montrent tant de résistance aux changements. En effet, beaucoup de Blancs sont en contact avec des Noirs mais bien souvent ces derniers tiennent une position servile comme nurse, cuisinier, portier… Alors que si des membres appartenant à des groupes différents se retrouvent à devoir travailler ensemble, en ayant un statut égal, comme des camarades de classes ou bien des coéquipiers dans une usine, alors la croyance en des capacités inférieures est difficile à maintenir devant l'évidence que tout le monde réalise les mêmes tâches.