Le code juridique tibétain remonte au règne du roi Songtsen Gampo au . Pendant les 350 ans qui suivirent la fin de la dynastie Yarlung, les règles juridiques de l'ancien gouvernement central restèrent en vigueur dans plusieurs des petits États qui lui avaient succédé.

Au , l'école sakya du bouddhisme tibétain utilise le code pénal mongol. Au , Changchub Gyaltsen, fondateur et régent de la lignée Phagmodrupa, abolit les lois mongoles en faveur de l’ancien code tibétain, auquel il ajoute dix articles inspirés des préceptes bouddhistes. Le système pénal, qui jusque-là autorisait l'exécution des criminels sans procès, est remplacé par une gradation des peines, dont la peine de mort.

Les années 1560 voient la naissance du royaume Tsang et la rédaction d'un code de loi, le code Tsang, rédigé par le Tsang après 1623. Il restera en usage, sous différentes versions, jusqu'au milieu du .

En 1642, le dalaï-lama est installé à la tête du Tibet par le Mongol Gushi Khan. De nouveaux codes juridiques, largement inspirés du code des Tsang, voient le jour. Ils ne subiront que peu de modifications jusqu'à la fin de l'État lamaïste.

Dans la période de l'empire mandchou, divers châtiments sont introduits par les Mandchous au Tibet (« mort des mille coupures », port de la cangue). Au tournant du , les peines en vigueur vont de l'administration de centaines de coups de fouet à la peine capitale où le condamné, cousu dans un sac de peau ou lesté d'une grosse pierre, est jeté à l'eau.

Au cours de son règne, le dalaï-lama interdit la peine de mort et les châtiments physiques mais, à en croire les témoignages de voyageurs de l'époque, ces interdictions ne sont pas toujours suivies d'effets.

L'établissement du code juridique tibétain ()

Selon Rebecca Redwood French, le code juridique tibétain remonte au règne du roi Songtsen Gampo au Rebecca Redwood French, The golden yoke: the legal cosmology of Buddhist Tibet, Chapter 2, Reading Law Codes as Tibetan History, pp. 41-44..

Ce code édictait trois types de règles : les « quatre lois fondamentales » interdisant le meurtre, le vol, la lubricité et le faux témoignage ; les « dix actes non vertueux » ; les « seize principes moraux ». Les « quatre lois fondamentales » et les « dix actes non vertueux » étaient issus directement du canon bouddhiste tibétain. La liste des délits était fortement ancrée dans la doctrine bouddhiste. La liste des « seize principe moraux » formulés pat Tsongtsen Gampo était encore très connue dans le Tibet du Rebecca Redwood French, op. cit., pp. 41-42..

Pendant les 350 ans qui suivirent la fin de la dynastie Yarlung, les règles juridiques de l'ancien gouvernement central restèrent en vigueur dans plusieurs des petits États qui lui avaient succédéRebecca Redwood French, op. cit., p. 42..

La période sakya ()

Selon Rebecca Redwood French, au , l'école sakya du bouddhisme tibétain, avec l'aide d'adeptes mongols, prend le pouvoir dans une bonne partie du Tibet central, instaurant la première période théocratique tibétaineRebecca Redwood French, op. cit., p. 42 : .

Selon Rebecca Redwood French, qui cite Giuseppe Tucci, les Sakyapa utilisèrent les lois mongoles durant cette période. Le code pénal mongol introduit au Tibet fut, soit le Yassa de Genghis Khan, soit plus probablement ses élaborations et adaptations successives incorporées dans les lois Yuan. Il fut introduit au Tibet par la dynastie Yuan et les sakyapa l'auraient accepté et mis en applicationRebecca Redwood French, , p.42 . Pour autant, selon Tsepon W. D. Shakabpa et Dinesh Lal, quand Sakya Pandita rejoignit en 1247 le camp de Godan à Liangzhou dans l'actuelle province de Gansu, et qu'il constata que les troupes mongoles y exterminaient les Chinois Han en les jetant dans un fleuve, il fut horrifié et donna des instructions religieuses, indiquant notamment que l'acte de tuer un être humain est l'un des pires selon le Dharma du Bouddha Dinesh Lal, Indo-Tibet-China conflict, Gyan Publishing House, 2008, , p. 42. Tsepon W. D. Shakabpa, Tibet: A Political History, p. 63..

La période Phagmodrupa Changchub Gyaltsen (1302–1364), fondateur et régent de la lignée Phagmodrupa, renversa en 1354 la théocratie sakyaRebecca Redwood French, op. cit., p. 42 : . Le premier code rédigé durant la dynastie Phamogru, le Code Phamogru ou Neudong, aborde dans sa , entre autres sujets, le meurtre, le vol, l'adultèreRebecca Redwood French, op. cit., p. 43 : .

Changchub Gyaltsen remplaça la division en treize myriarchies datant des Mongols (de la dynastie Yuan) par des rdzong ou dzong (districts) et abolit les lois mongoles en faveur de l’ancien code tibétain, auquel il ajouta dix articles inspirés des préceptes bouddhistes Dawa Norbu, China's Tibet Policy, RoutledgeCurzon, 2001, p. 57. Victor Chan, TIBET. Le guide du pèlerin, Éditions Olizane, 1998, .. Selon Michael von Brück, il réforma le système pénal qui jusque-là autorisait l'exécution des criminels sans procès, par une justice ayant à sa disposition une gradation des peines, dont la peine de mort Michael von Brück, Tibet, the "hidden country in Exile as Challenge: the Tibetan diaspora, éditeurs : Dagmar Bernstorff, Hubertus von Welck, Orient Blackswan, 2003, , 488 p., p. 22 : .

La période du royaume Tsang

Les années 1560 voient la naissance du royaume Tsang. Un code de loi, le code Tsang, est rédigé par le roi Tsang après 1623. Selon Rebecca Redwood French, il restera en usage, sous différentes versions, jusqu'au milieu du Rebecca Redwood French, op. cit., pp. 43-44..

Le Ganden Phodrang (1642-1959)

En 1642, le dalaï-lama est installé à la tête du Tibet par le Mongol Gushi Khan. C'est le début de la période théocratique du Tibet, laquelle devait durer trois siècles. Selon Rebecca Redwood French, de nouveaux codes juridiques, largement inspirés du code des Tsang, voient le jour. Ils ne subiront que peu de modifications jusqu'à la fin de l'État lamaïsteRebecca Redwood French, op. cit., pp. 45-46 : .

Selon Dawa Norbu, la diffusion du bouddhisme au Tibet devait atténuer la sévérité de ce code, et que la peine de mort et les châtiments cruels furent supprimés par le dalaï-lama Dawa Norbu, Tibet : the road ahead. Rider & Co, 1998, , p. 66..

Selon Sarat Chandra Das, les Kalon et les dzongpon exercent des fonctions judiciaires. Les abbés des monastères de Sera et de Drépung règlent les délits mineurs survenus dans leurs monastères, mais confient les inculpations plus importantes à la Cour du régent et aux Kalon. Les autres monastères ne traitent que les infractions à la loi commune. Quand l'affaire est examinée, le juge fixe le coût du procès qui doit être payé à égalité par les deux parties. Habituellement, les disputes sont gérées par les doyens des villages, mais en général, les procès sont rares, les Tibétains étant d'un naturel paisible, raisonnable, ayant bon cœur, et respectueux des loisSarat Chandra Das, Voyage à Lhassa et au Tibet central, Edition Olizane, , 1994, p. 188. Lors d'un procès, les deux parties constituent des dossiers par écrit lus devant la courSarat Chandra Das, , p. 197.

La période de l'empire mandchou

Selon Charles Alfred Bell, les Mandchous ont notamment introduit au Tibet le châtiment de l’implantation de tiges de bambous sous les ongles Charles Alfred Bell, Portrait of a Dalai Lama: the Life and Times of the Great Thirteenth, Publisher: Wisdom Publications (MA), January 1987, (first published as Portrait of the Dalai Lama: London: Collins, 1946), p. 62 : .. Jamyang Norbu signale le fait que, le , à Lhassa, 17 Tibétains furent exécutés par les bourreaux du corps expéditionnaire mandchou. Treize furent décapités et deux hauts lamas furent lentement étranglés jusqu’à la mort. Les prisonniers principaux, deux ministres du Kashag, Ngabo et Lumpa, furent mis à mort par une forme d'exécution chinoise appelée lingchi, traduite parfois par « mort languissante » ou « mort des mille coupures », qui prévoit que la personne condamnée ait le corps méthodiquement découpé en de petites portions avec un couteau sur une période prolongée dans le temps – pouvant s’étendre même sur un jour complet – jusqu'à ce qu’elle meure enfin. Cette forme d'exécution fut utilisée en Chine entre l’an 900 et son abolition officielle qui intervint en 1905. Une étude récente mentionne toutefois des exécutions par lingchi au Tibet oriental, dans le Kham, jusqu’en 1910, perpétrées par l'administration de Zhao Erfeng. thumb|Criminel portant une cangue circulaire à Shigatse (Tibet central), en 1938/1939 (photo de l'explorateur Ernst Schäfer). La poétesse tibétaine Woeser, dans un entretien récent qui, selon Jamyang Norbu, réfute la propagande officielle chinoise sur le « servage féodal barbare » (immanquablement « prouvé » par des expositions d'instruments de torture utilisés prétendument au Tibet comme les cages, les manilles, le pilori du cou, les pierres, et les couteaux utilisés pour enlever les globes oculaires), a déclaré que les « instruments de la torture les plus brutaux provenaient de la Chine intérieure – les émissaires impériaux de la dynastie Qing les ayant apportés au Tibet » Jamyang Norbu, FROM DARKNESS TO DAWN, 17 mai 2009 : .

Selon William Woodville Rockhill la cangue, un châtiment chinois était adopté dans l'ensemble du Tibet. Les criminels qui la portaient étaient aussi lourdement enchaînésWilliam Woodville Rockhill, in Sarat Chandra Das, , p. 316. Selon Jamyang Norbu, une des contributions chinoises fut le mu jia (木枷), appelé la cangue. Cette méthode est similaire au pilori en Occident, à la différence que le bord de la cangue n'était pas fixé à une base, et devait être porté par le prisonnier. Au Tibet, ce système appelé gya-go ou « la porte chinoise », était largement utilisé par l'administration chinoise mandchoue. La cangue, en plus d'être une forme restriction efficace, était aussi une des formes les plus pénibles de punition à cause de son poids. La méthode tibétaine traditionnelle pour restreindre des prisonniers utilisait les fers aux jambes (kang-chak).

Selon le site de Jean Dif, le moine bouddhiste japonais Ekai Kawaguchi, qui s'illustra par un périple de trois ans au Tibet au tournant du , rapporte dans ses mémoires les supplices alors en vigueur au Tibet : l'empilement de bonnets de pierre sur la tête jusqu'à éjection des globes oculaires; l'administration de 300 à 700 coups de fouet tailladant les chairs du dos; l'amputation des mains pour les voleurs récidivistes, pendus au préalable par les mains; l'énucléation; le nez fendu et les oreilles coupées en cas d'adultère de l'épouse, châtiment éventuellement dispensé par le mari lui-même; l'exil; la condamnation à mort, le condamné étant cousu dans un sac de peau ou lesté d'une grosse pierre puis jeté à l'eau. Kawagushi note que les mendiants aveugles et privés de mains ne manquent pas à Lhassa Les trois ans au Tibet de Kawagushi, résumé de Jean Dif..