Moses Joseph Roth, né le Fiche éditeur. à Brody en Galicie (aujourd'hui en Ukraine) et mort le à Paris, est un écrivain et journaliste austro-hongrois.
Âgé de au début du premier conflit mondial, il participe à l'effort de guerre dans des unités non combattantes, principalement le service de presse des armées impériales. Il publie sa première nouvelle avant même la fin de la guerre et ses premiers romans (d'abord en feuilleton dans des journaux et revues) peu après la chute de l'Empire austro-hongrois, notamment Hôtel Savoy (Hotel Savoy. Ein Roman) en 1924. Il devient journaliste à Vienne puis à Berlin.
Son œuvre porte un regard aigu sur les vestiges de la Mitteleuropaentité géopolitique et multiculturelle cohérente constituée par certains États d'Europe centrale, qui ne survivra pas à l'avènement du , tels les villages du Yiddishland ou l'ordre ancien de la monarchie austro-hongroise. Son roman le plus connu, La Marche de Radetzky (Radetzkymarsch), publié en 1932, évoque le crépuscule d'une famille autrichienne sur trois générations.
Dès leur arrivée au pouvoir, les nazis détruisent les livres de celui qui se définissait comme « patriote et citoyen du monde »Frankfurter Zeitung, , in ..
En 1933, Joseph Roth s'exile à Paris, où, malade, alcoolique et sans argent, il meurt à l'âge de .
Biographie Origines Joseph Roth est né dans un shtetl de Brody en Galicie, aux confins de l'Empire austro-hongrois (actuellement en Ukraine), sous le règne de François-Joseph, dans une famille juive ashkénaze. Brody était alors une ville-frontière avec l'oblast de Volhynie en Russie.
Roth évoque une enfance et une adolescence marquées par des conditions modestes voire précaires. En revanche, les photographies d'époque et les témoignages de ses proches témoignent de conditions de vie bourgeoises sans être opulentes : sa mère avait une bonne, Joseph prenait des cours de violon et fréquentait le lycée. La vision de Roth est en effet marquée par la disparition précoce de son père durant son enfance.
Sa mère Maria Grübel (Myriam) était issue d'une famille de commerçants juifs de Brody. Son grand-père, drapier de son état, était rabbin ; quatre de ses oncles étaient cultivateurs et négociants de houblon, le cinquième était tailleur. Son père, Nahum Roth, issu d'un milieu hassidique orthodoxe, était au moment de son mariage, en 1892, représentant d'un courtier en céréales de la ville hanséatique de Hambourg.
Son père disparaît dans des circonstances demeurées assez imprécises et meurt en Russie. Parmi les nombreuses versions de la disparition de son père, il est documenté que des marchandises stockées à Katowice sous sa responsabilité ayant disparu, probablement détournées, il dut se rendre à Hambourg pour répondre de cette affaire. Sur le trajet de retour, dans le train, il se fait remarquer par un comportement étrange, à tel point qu'il est d'abord interné dans un établissement pour malades mentaux. Il est ensuite remis à sa famille, qui le confie aux soins d'un « rabbin miraculeux » (Wunderrabbis) russo-polonais. Des années plus tard, un de ses oncles, qui lui aurait rendu visite, l'aurait décrit comme « très beau, tout le temps hilare et complètement irresponsable »cf Niels Bokhove : Nieuwe glimp van Nachum Roth. Een ooggetuige herinnert zich de vader van Joseph Roth .. Dans : De Parelduiker 14 (2009), , .
Le statut social de sa mère sera profondément bouleversé par cette disparition, empreint d'un aspect précaire : elle n'était pas reconnue comme veuve, puisque son mari vivait encore. Elle n'était plus véritablement son épouse, puisqu'il était interné. Elle ne pouvait pas divorcer, car cela aurait nécessité une lettre de séparation émanant de son mari, or il aurait fallu pour cela qu'il eût tous ses esprits. De surcroît, dans le judaïsme orthodoxe de Galicie, la démence était considérée comme une malédiction divine qui frappait toute la famille. En conséquence, les perspectives de reconnaissance sociale et de mariage des enfants s'en trouvaient fortement compromises. C'est pourquoi la famille passa sous silence le destin du père, préférant adhérer à la rumeur selon laquelle Nahum Roth se serait pendu.
La mère vécut repliée, élevant son fils et s'occupant de l'entretien de la maison du grand-père drapier jusqu'à la mort de celui-ci en 1907.
À partir de 1901 (soit à sept ans), Joseph Roth fréquente l'école du baron de Hirsch à Brody. Ces écoles étaient des établissements publics fondés par le magnat et philanthrope juif Maurice de Hirsch (proche de l'archiduc Rodolphe). À la différence des écoles juives traditionnelles, elles ne dispensait pas d'enseignement axé autour des traditions et de la religion. Au-delà de l'hébreu et de la Torah, on y enseignait aussi l'allemand, le polonais et des matières pratiques. La langue d'enseignement était l'allemand. Joseph Roth grandit ainsi protégé et pas exactement au sein de la communauté juive.
Les relations entre mère et fils semblent avoir été difficiles après la mort du grand-père. En 1922, la mère tomba malade, probablement d'un cancer du col de l'utérus, et fut opérée à Lemberg, où son fils la vit une dernière fois avant sa mort.
Ce père absent hantera sa vie durant l'écrivain et, sous une forme figurée, la perte de la patrie, à savoir la monarchie autrichienne, traverse comme un fil rouge l'œuvre de Roth.
Joseph Roth a fait de ses origines le sujet mystérieux et objet de mutations fulgurantes : il se dira fils illégitime d'un officier autrichien, d'un comte polonais, d'un fabricant de munitions viennois. Roth affirmera également être né à Szwaby, un autre quartier de Brody. Effectivement, la maison nataleLa maison natale de Roth a été détruite lors de la guerre soviéto-ukrainienne de 1919/1920 de Roth était proche de la gare de Brody et du quartier de « Szwaby », surnommée « Schwabendorf » puisqu'y vivait la communauté souabe contrairement à la majorité juive de Brody.
Jeunesse à Brody thumb|Le collège de Brody où étudia Joseph Roth. De 1905 à 1913, Joseph Roth fréquente le lycée Kronprinz-Rudolf-Gymnasium à Brody. On ne sait pas très bien si les frais scolaires, 15 florins par semestre (somme considérable à l'époque), étaient payés par son tuteur et oncle Siegmund Grübel, ou provenaient d'une bourse.
J. Roth était bon élève : en tant qu'unique élève juif de sa promotion, il obtint au baccalauréat la mention sub auspiciis imperatoris. Sur ses camarades de lycée, il fait l'effet de quelqu'un de réservé, voire arrogant ; une impression qu'il laisse derrière lui aussi plus tard sur ses camarades d'étude à l'université de Vienne. C'est à cette période qu'apparaissent ses premiers travaux d'écrivain : des poèmes.
Études à Lemberg et Vienne
Après son baccalauréat en , Roth s'établit à Lemberg (Lviv, Ukraine actuelle), où il s'inscrit à l'université. Il trouve à se loger chez son oncle Siegmund Grübel, mais il semble qu'entre le sobre commerçant et le poète débutant, les relations soient bientôt devenues tendues. Il trouve une amie maternelle pour plusieurs années en la personne de Hélène von Szajnoda-Schenk, âgée à l'époque de cinquante-neuf ans. Une dame infirme mais spirituelle, très vivante et d'une grande culture, qui avait loué un appartement dans la maison de l'oncle. Il se lie aussi d'amitié avec ses cousines Resia et Paula.
De façon générale, l'atmosphère de Lemberg était marquée par des tensions qui s'aggravaient, non seulement entre nationalités (à l'université, il y avait à l'époque des luttes entre les étudiants polonais et ruthènes), mais aussi au sein de la jeunesse, les discussions étaient agitées entre le hassidisme, la Haskala (issue des Lumières) et le mouvement sioniste qui devenait de plus en plus puissant. La dernière année à Brody est pour Roth la dernière année où l'allemand est la langue d'enseignement ; à l'université de Lemberg, depuis 1871, le polonais est la langue d'enseignement. Roth a manifestement trouvé sa patrie littéraire dans la littérature allemande, et c'est peut-être une des raisons pour lesquelles il quitte Lemberg et s'inscrit à l'université de Vienne pour le semestre de l'été 1914. On ne sait pas dans quelle mesure Roth a effectivement étudié à Lemberg. Il a en tous cas séjourné épisodiquement à Vienne dès l'automne 1913, où il participe au onzième congrès sioniste du 2 au .
À Vienne, Roth prend une petite chambre dans la Leopoldstadt ; au semestre suivant, il s'installe avec sa mère, qui face aux désordres de la guerre qui venait d'éclater, a fui vers Vienne, dans un petit appartement du (14/16 rue Wallenstein). Roth et sa mère, chez qui vint aussi s'installer la tante Rebecca (Riebke), vivent à cette époque dans une situation très misérable : Roth était sans revenus, sa mère percevait la maigre aide aux réfugiés et, pendant l'occupation russe de la Galicie, il ne pouvait bien sûr que rarement arriver des subsides de l'oncle Siegmund.
Roth semble pourtant optimiste et se lance avec enthousiasme dans l'étude de la germanistique. Il fait grand cas de la réussite aux examens et de l'acquisition des connaissances grâce aux professeurs. Par la suite, à vrai dire, il porta un jugement négatif sur les études et ses camarades d'université — comme tant de jeunes écrivains qui, à l'université, recherchaient la poésie et trouvaient la germanistique. Walther Brecht constitue une exception, titulaire de la chaire de la Nouvelle littérature allemande. Heinz Kindermann, l'assistant de Brecht, devint sans doute une sorte de rival. Dans les premiers récits parus en 1916, dont L'Étudiant privilégié (Der Vorzugsschüler), Kindermann est le modèle du personnage principal Anton Wanzl, un caractère dépeint avec quelque haine et quelque expérienceQue Kindermann fut le modèle d'Anton Wanzl est affirmé par Józef Wittlin dans ses souvenirs de Joseph Roth (Gedächnisbuch, ).
Bientôt la situation matérielle des Roth s'améliore. Des bourses et quelques places de précepteur (notamment chez la comtesse Trautmannsdorff) permettent à Joseph de s'acheter de bons costumes. Les témoins de l'époque le décrivent avec pli au pantalon, canne et monocle, l'image même du dandy viennois.
Première Guerre mondiale La Première Guerre mondiale et la décomposition de l’Autriche-Hongrie qui s’ensuit se transforme pour Roth en expérience cauchemardesque. Contrairement à de nombreux autres qui, lorsque la guerre éclata, furent saisis d’un enthousiasme national dont ils ne connurent jamais d’équivalent par la suite, Roth défend d’abord une position pacifiste et réagit avec une sorte de désespoir épouvanté. Pourtant, le temps passant, il lui apparaît — à lui qui avait été classé inapte à la guerre — que sa propre attitude est humiliante et pénible :
Le , Roth se présente au service militaire et débute le sa formation en tant que Volontaire-Un-An (Einjährig-Freiwilliger) dans l’armée impériale et royale (KuK). Lui et son ami Józef Wittlin optent pour le bataillon de chasseurs à pied, dont l’école de formation en un an se trouvait dans le de Vienne (originellement, il était prévu d’étudier pendant le temps libre). C’est pendant la période de formation que meurt l’Empereur François-Joseph, le . Roth suit, en tant que membre de la chaîne de soldats, tout le parcours du cortège d’enterrement :
La mort de l’empereur de apparaît à plusieurs reprises dans l’œuvre de Roth comme une métaphore centrale du déclin de l’Empire des Habsbourg et de la perte de la terre natale et de la patrie, notamment dans les romans La Marche de Radetzky et La Crypte des capucins.
Au lieu de pouvoir servir dans le de chasseurs à pied avec ses amis, Roth est bientôt transféré vers la Galicie, à la de troupes d’infanterie. En 1917, et manifestement jusqu’à la fin de la guerre, il est affecté au service de presse au local de Lemberg.
Selon les dires de Roth, il aurait été officier, et aurait été fait prisonnier par les Russes ; en fait, il ne semble pas avoir fait partie des unités combattantes.