Les soldats du refus sont la quarantaine de communistes, appelés du contingent, ayant refusé entre et de participer à la guerre d'Algérie cité par https://www.cairn.info/revue-histoire-de-la-justice-2005-1-page-189.htm. Certains ont écrit personnellement au président de la République française, René Coty. Ils ont été emprisonnés en Métropole ou en Algérie, notamment aux bagnes de Lambèse (aujourd'hui Tazoult), de Tinfouchy et de Berrouaghia.
Position du Parti communiste français L'attitude des soldats du refus va à l'encontre des positions officielles du Parti communiste français et de sa préférence pour l'action clandestine dans l'armée. Quand le mouvement de refus atteint son acmé, en 1958, il bénéficie cependant du soutien tardif du parti et des mouvements qui lui sont liés. La presse communiste subit alors des poursuites pour provocation de militaires à la désobéissance. Le bureau politique du PCF du appelle à la solidarité pour la libération des prisonniers tout en rappelant le « principe fondamental selon lequel les communistes vont à l’armée. » Le , à Rouen, le secrétaire général, Maurice Thorez exalte les « jeunes soldats qui refusent noblement, à l’exemple d’Alban Liechti, de porter les armes contre le peuple algérien. » Le parti communiste publie, en , une brochure Des jeunes qui servent l'intérêt de la France préfacée par Jacques Duclos et qui recense les militants emprisonnés. Le Secours populaire français fournit un appui militant, matériel et moral, ainsi que des avocats aux soldats emprisonnés. Le Comité International de la Croix-Rouge enquête sur le manque de soins et les mauvais traitements subis par les prisonniers et apporte son aide aux familles.
Mettant fin au mouvement des soldats du refus, les principes du parti sont réaffirmés, le , par Maurice Thorez, secrétaire général :
Et il rappelle les propos de Lénine :
Alban Liechti
Dans une lettre, Alban Liechti membre des Jeunesses communistes, répond à Thorez : .
Le , le soldat Alban Liechti adresse au Président du Conseil une lettre cosignée par trente appelés à la veille de leur départ en Afrique du Nord. Ils souhaitent « que rien ne soit épargné pour parvenir dans les plus brefs délais au cessez-le-feu. » À titre personnel, Liechti écrit le même jour au président René Coty : Liechti, comme la plupart des soldats du refus, cite la Constitution qui stipule que la France n'emploiera jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple. Il est embarqué pour l’Algérie où il est condamné pour refus d’obéissance à deux ans de prison qu'il passera notamment à la prison de Berrouaghia. Sa décision est débattue au sein des Jeunesses communistes, se souvient Jean Clavel : Alban Liechti est soutenu par le Secours populaire français qui publie dès des articles dans son mensuelTramor Quemeneur dans . Par exemple, le , à Perpignan, le Secours populaire français réunit un meeting de en présence de la mère de Liechti. Près d'un an après la condamnation, Léon Feix s'adresse au Comité central du Parti communiste français. Il évoque Henri Martin, un marin communiste lourdement condamné pour propagande hostile à la guerre d'Indochine : Sa peine purgée, Liechti épouse Yolande Toublanc. Le lendemain, L'Humanité est saisie pour avoir publié des photos du mariage et, comme le dénonce au Sénat le communiste Louis Namy, la rédactrice est inculpée de provocation de militaires à la désobéissance. » Renvoyé en Algérie, Alban Liechti réitère son refus et est incarcéré deux nouvelles années.
Francis Dufour, auteur d'un article « À propos du cas Alban Liechti » paru dans Liberté, et l'anarchiste Louis Lecoin, directeur de ce journal, sont inculpés d'incitation de militaires à la désobéissance et sont acquittés le . Lors du procès, l'avocat fait état du soutien apporté par Albert Camus, André Breton, Jean Cocteau, Bernard Buffet et d'autres.
Le septième congrès du Secours populaire français consacre une large part à la campagne pour la libération des soldats emprisonnés et évoque aussi « le sort inhumain réservé aux objecteurs de conscience. »
Prévenu de provocation de militaires à la désobéissance, Étienne Fajon, directeur de L'Humanité, est jugé en pour un article de ce journal où il exprime son admiration pour Alban Liechti. Il proteste de son innocence : « Si je croyais que l'ensemble des soldats puissent suivre l'exemple d'Alban Liechti, et que ce soit le chemin de la paix, je n'aurais pas hésité à l'écrire..., mais je ne le crois pas, et, de ce fait, je ne l'ai pas écrit. » Son défenseur, soutient que si le parti communiste voulait réellement inciter les jeunes gens à ne pas partir pour l'Algérie, ce ne seraient pas trente étudiants qui auraient été condamnés pour insoumission, mais plusieurs milliers.
Grâce à une campagne de soutien des Jeunesses communistes, Liechti termine sa captivité en métropole. Il est renvoyé poursuivre son service militaire en Algérie où, placé systématiquement en avant-garde des patrouilles, il refuse de charger son arme. Il est démobilisé en , six ans après son incorporation.
Il continue régulièrement à apporter un témoignage critique sur les Soldats du refus. Il cosigne, en 2000, l'Appel des douze « pour la reconnaissance par l’État français de la torture »Guerre d'Algérie. L'Appel du 31 octobre 2000, L'Humanité, 18 mars 2002..
Il meurt en .
Pierre Guyot vignette|"Jeunes de France, un jeune soldat vous parle" (septembre 1958)
Pierre Guyot est le fils de Raymond Guyot. Celui-ci, dès les années 1920, est chargé par le Parti communiste de l'action antimilitariste. En 1929, insoumis à une période de réserve militaire, il entre dans la clandestinité. Arrêté en 1932, il purge une peine d’un an dans la prison militaire du Cherche-Midi. Raymond Guyot devient membre du bureau politique et député puis sénateur du Parti communiste français. Au comité central du , il appelle à soutenir l’action du communiste Henri Maillot qui a déserté en emportant un camion d'armes et a rejoint le maquis. En , il diffuse auprès des cadres fédéraux le mot d’ordre « refus de porter les armes contre le peuple algérien ». Il supervise, à partir de 1958, les Soldats du refus qu'il a été un des premiers à soutenir. Au Sénat, le , Raymond Guyot expose au Ministre des armées que des soldats frappés de sanction mais non condamnés sont affectés à une unité du Sud algérien dont le régime « disciplinaire, alimentaire et médical serait d'une sévérité inadmissible. » Il demande d'éventuelles sanctions et obtient que deux commissions enquêtent sur place, ce qui aboutira à l'amélioration des conditions de détention..
Pierre Guyot est condamné à deux ans de prison. Après sa libération en 1960, il effectue ses deux ans de service militaire, mais non en Algérie. Comme son père, il soutient ensuite le retrait du soutien du PCF aux réfractaires..
Serge Magnien Serge Magnien est le premier secrétaire national de l'Union des étudiants communistes de France (UEC) et fils de Marius Magnien, chef du service de politique étrangère au journal L'Humanité. Il est incorporé dans l'armée en . Le , il est à l'initiative d'une pétition, adressée au Président de la République René Coty, pour un cessez-le-feu et l'ouverture de négociations en Algérie : il recueille la signature de 177 soldats de son unité. Arrêté pour cette action, et condamné à deux mois de prison militaire, il est envoyé d'office dans une unité opérationnelle en Algérie. Il adresse alors, à titre personnel, une seconde lettre au Président de la République, ce qui lui vaut d'être à nouveau arrêté et condamné, par le tribunal militaire d'Alger, à deux ans de prison. Clarté, le journal de l'Union des étudiants communistes publie un numéro spécial sur son cas en . Pendant son incarcération à Fresnes, il se marie devant deux cents personnes dont le couple Thorez et son témoin, Jacques Duclos. Selon Marc Giovaninetti, il récuse la qualification de « soldat du refus ». Interviewé en 2008, il déclare : « On n’était pas du tout pour l’indépendance de l’Algérie. »
Michel Ré Militant des Jeunesses communistes, il est envoyé en Algérie le . Témoin de l’action psychologique, de la torture et du napalm utilisés par l’armée française, il écrit au président de la République son refus de participer à cette guerre. Il confirme son refus en Algérie en rentrant de permission. Des sévices physiques et des humiliations lui sont imposées dans diverses prisons : Le , le tribunal militaire de Constantine le condamne à deux ans de prison qu'il effectue à la prison civile de Constantine, au bagne de Lambèse, en compagnie des soldats du refus Jacques Alexandre et Francis Renda, et en Métropole.
Ayant publié une circulaire des Jeunesses communistes de France (UJCF) soutenant Michel Ré, Marcel Tassy est inculpé pour « provocation de militaires à la désobéissance ».
Michel Ré termine ensuite son service militaire sans participer aux combats. Curieusement, l'armée lui décerne un certificat de bonne conduite attestant « qu'il a constamment servi avec honneur et fidélité. » Il reste néanmoins privé de ses droits civiques. Il sera amnistié en 1968 mais jamais réhabilité.
Jean Clavel Mobilisé en 1957, sa lettre au président de la République publiée par L'Humanité lui vaut quatre mois de cellule régimentaire pour « tentative de démoralisation de l’armée ». Les communistes de son entreprise se mobilisent pour lui. Le Secours populaire français le soutient par des tracts, des pétitions et des cartes postales adressées au ministre des armées. Le tribunal militaire de Lyon le condamne pour refus d'obéissance à trois mois de prison alors qu'il vient d'en subir sept. Il est transféré de prison en prison, notamment, par décision ministérielle, à la Section spéciale militaire d’Albertville où il est isolé au cachot pendant six mois et demi, sans lit, sans chauffage, sans lumière et évidemment sans lecture. Il rejoint quatre camarades réfractaires, Voltaire Develay, Lucien Fontenel, Marc (dit Yvan) Sagnier et Paul Lefebvre, au bagne algérien de Tinfouchy d'où un courrier clandestin alertera, grâce au Secours populaire français, sur les conditions de vie dans la section spéciale et déclenchera une commission militaire d'enquête.
Marc Sagnier
Né le à Nîmeshttps://deces.matchid.io/search?advanced=true&ln=Sagnier&fn=Marc&dd=1995, Marc André Sagnier (dit Yvan), habite Aigues-Mortes qui est un des contre la guerre. Aîné d'une famille de huit ans, il grandit avec son père Fernand (employé des chemins de fer, militant communiste et ancien résistant) dans un modeste logement près de la gare. Connu pour sa jovialité, il y est un des animateurs du cercle de la jeunesse communiste. Devenu tailleur de pierre, travaillant dans l'entretien des monuments historiques à Nîmes, il milite en soirée.
Le , âgé de 20 ans, il est appelé à effectuer son service militaire. Mobilisé à Avignon, il annonce en mai son refus de porter les armes. Il justifie cette décision individuelle dans une lettre datée du et adressée au président René Coty ; il la confirme le 16 suivant. Son père et ses camarades de lutte lui apportent spontanément leur soutien.
Le , il est cependant embarqué de force, et repêché après s'être jeté à l'eau. Il est emprisonné à Tébessa, puis Aïn Sefra, avant d'être envoyé à la section spéciale du bagne de Tinfouchy le . Pendant près d'un an, il est emprisonné sous de dures conditions, et sans jamais être jugé. Il correspond avec sa famille et persiste dans sa démarche, malgré les tentatives de le fléchir. Il demande plusieurs livres, comme Et l'acier fut trempé ou La Condition humaine. Sa santé se dégradant, il reçoit des colis de vivres et des médicaments de la part du médecin Jean Bastide, également engagé dans le combat anticolonialiste.