Jean-François de Montillet de Grenaud (1702-1776) fut évêque d'Oloron de 1735 à 1742, puis archevêque d'Auch, primat de Novempopulanie et des Deux Navarres, de 1742 à 1776. Adepte de la Réforme catholique, il s'est érigé en défenseur des Jésuites. Il s'est illustré dans ses controverses à l'encontre des philosophes de son temps, et notamment Voltaire, qu'il considérait comme des ennemis de l’Église.

Biographie Issu d'une famille noble d'ancienne extraction de 1479Régis Valette, Catalogue de la noblesse française, Chapitre- 16-Bugey, Robert Laffont, Paris,2007, p.142 et 256, du Bugey, ancienne province du duché de SavoieLe Bugey et sa noblesse faisaient partie autrefois du duché de Savoie. Ce territoire fut rattaché au royaume de France par le traité de Lyon du ., Jean-François de Montillet de Grenaud est né le à ChampdorThierry Faure-David-Nillet, Histoire d'une commune du Bugey, Champdor (Ain), Éditions A. Bonavitacola, 1999. http://www.ain-bugey-histoire.com/livre-histoire-ain-bugey-thierry-faure-david-nillet-auteur-chateau, situé dans l'actuel département de l'Ain. Il est le fils de Guy de Montillet (1662-1732), baron de Champdor et d'Hippolite de RévolLe mariage est célébré le . Hippolite de Révol est la fille de Pierre, vicomte de Révol, procureur du Parlement de Bresse, et de Charlotte Françoise de Saint-Chamant.. La famille de MontilletArmorial Général de France, Louis Pierre et Antoine Marie d'Hozier de Sérigny. (Vol 5, à 846. 1674). se caractérise par une grande piété : à la génération de son père, on compte six enfants sur huit entrés en religion.

Le jeune Jean-François est orphelin de sa mère à l'âge de . Il est désigné en 1710 comme héritier de son oncle savoisien, Jean Louis de Grenaud, marquis de Rougemont, fils de Joseph de Grenaud et de Catherine de MontilletFamille de Grenaud : armorial et nobiliaire de l'ancien duché de Savoie. Comte Amédée de Foras. Tome III, ., à charge de porter le nom et les armes des Grenaud qui sont écartelées avec celles des MontilletPar testament du , Jean Louis de Grenaud, marquis de Rougemont, fait une substitution des deux tiers de ses biens, dans lesquels est comprise la terre de Rougemont, à la charge pour le substitué de porter le nom et les armes de Grenaud. Jean-François de Montillet de Grenaud lègue la totalité de son héritage à son frère, Pierre Anthelme, fondateur de la branche familiale subsistante.. Il est élevé par son oncle, Joseph de Revol, évêque d'Oloron. Entré au séminaire de Saint-Sulpice le , il suit les cours de théologie à la Sorbonne. Son compagnon d'étude est le futur cardinal de Fleury qui sera désigné comme précepteur, puis ministre de . Il est ordonné prêtre en 1725 et nommé vicaire de Saint-Trivier-sur-Moignans, sous la direction spirituelle de l'abbé Joachim Guillot, curé de la paroisse. Il devient en 1734 l'un des vicaires généraux du diocèse d'Oloron. Il est sacré évêque d'Oloron le , en remplacement de son oncle qui se démet en sa faveur.

Nommé à l'archevêché d'Auch le , en remplacement du cardinal Melchior de Polignac, qui n'avait jamais occupé son siègeJean-Marie Pandellé, Revue de Gascogne, Toulouse, 1937, Jean-François de Montillet prend possession de son diocèse le suivant. Son ministère va durer de 1742 à 1776. Il va considérablement embellir son diocèse. Le palais de l'archevêché à Auch va être achevé sur les plans de Jean-Baptiste Alexandre Le Blond qui en avait commencé la construction à l'instigation de l'archevêque Augustin de Maupeou. Jean-François de Montillet réalisera aussi d'importants travaux dans sa résidence de campagne, le château de Mazères à Barran. Les inventaires après décès montrent dans ces deux résidences un grand train de vie, une véritable organisation de l'espace qui lui permet de recevoir de nombreux invités du diocèse, mais aussi un vrai sens social que l'on devine dans les aménagements pour le personnel (infirmerie, chambres)

La bibliothèque, considérable elle aussi, montre parfaitement ses orientations pastorales.

Le jour même de sa mort, survenue à Saint-Sulpice le , il demande au cardinal de La Roche Aymon, qui était venu lui rendre visite, d'être remplacé par Éléonor-Léon Leclerc de Juigné, évêque de Chalons, qui passait pour un prélat d'une grande piétéJuigné a, en définitive, renoncé au siège d'archevêque d'Auch.. Il est inhumé le dans la crypte de l'église Saint-Sulpice, à ParisSon nom est inscrit dans la crypte funéraire de l'église Saint-Sulpice, parmi celui des prélats inhumés sous l'ancien régime. Les tombeaux des évêques ont été profanés par les révolutionnaires.

L'archidiocèse de Novempopulanie et des deux Navarres Le siège de l'archidiocèse est situé à Auch. Les diocèses et leurs évêques placés sous la juridiction spirituelle de Montillet, archevêque d'Auch, primat de Novempopulanie et des deux Navarres sontLe titre de primat reste prestigieux au .L'archevêché d'Auch offre aussi à son titulaire le titre purement honorifique de conseiller du roi en tous ses conseils. :

Aire-sur-Adour - François de Serret de Gaujac (1735-1757). Playcard de Raigecourt (1758-1783). Bayonne - Christophe de Beaumont du Repaire (1741-1745). Guillaume VI d'Arche (1745-1774). Bazas - Edme Mongin (1724-1746). Jean-Baptiste Amédée de Grégoire de Saint-Sauveur (1746-1792). Saint-Bertrand de Comminges - Antoine de Lastic (1740-1763). Charles Antoine Gabriel d'Osmond de Médavy (1763-1785). Couserans - Jean-François de Machéco de Prémeaux (1726-1752). Joseph de Saint-André de Marnays de Vercel (1752-1779). Dax - Louis-Marie de Suarez d'Aulan (1737-1771). Charles-Auguste Le Quien de La Neufville (1772-1791). Lectoure - Paul-Robert Hertault de Beaufort (1721-1745). Claude-François de Narbonne-Pelet (1745-1760). Pierre (VII) Chapelle de Jumilhac de Cubjac (1760-1772). Emmanuel-Louis de Cugnac (1772-1790). Lescar - Hardouin de Chalon de Maisonnoble (1730-1762). Marc-Antoine de Noé (1763-1790). Oloron - François de Revol (1742-1783), cousin et successeur de J-F de Montillet. Tarbes - Pierre de Beaupoil de Saint-Aulaire (1741-1751). Pierre de La Romagère (1751-1769). Michel-François de Couët du Vivier de Lorry (1769-1782).

Les années de sacerdoce Au cours d'un long conflit qui opposa Jean-François de Montillet à l'intendant d'Auch, Antoine Mégret d'Étigny ce dernier devait reconnaître dans un message adressé au secrétaire d'État Saint-Florentin en 1759 :

En effet, la vie sacerdotale de Jean-François de Montillet fut exemplaire, particulièrement au siècle des Lumières durant lequel les mœurs des princes de l'Église étaient souvent l'objet de la critique des philosophes.

L'archevêque d'Auch tient sa permanence au Palais épiscopal d'AuchL'archevêché d'Auch comporte deux résidences : l'archevêque reçoit les assemblées ecclésiastiques au château de Mazères, résidence de campagne de l'archevêché, situé à environ quinze kilomètres, dans la commune de Barran (Gers). La propriété de Mazères produisait des vins réputés dans la région. Montillet a contribué à la rénovation de cet important château d'origine médiévale et y recevait les prélats de Novempopulanie et des deux Navarres. (Ce monument est actuellement propriété privée et ne se visite pas) ; l'ancien palais épiscopal d'Auch, rénové pour Montillet entre 1750 et 1770, sur le projet initial de l'architecte du roi, Jean-Baptiste Alexandre Le Blond, est actuellement occupé par la préfecture du Gers. Il est classé monument historique depuis 1930. et se met à la disposition du clergé et des paroissiens de la cathédrale. Il multiplie les visites paroissiales. Il publie en 1770 une Instruction pastorale sur l'état sacerdotal qui est la synthèse de ses mandements antérieurs consacrés au bon niveau moral du clergé de Novempopulanie et des deux Navarres relevant de son diocèse. Cet ouvrage prône la morale et l'ascétisme du clergé. Il affirme avec force que, pour animer toute sa vie sacerdotale, le prêtre doit avant tout être un homme de prière. Le prélat tient à recevoir individuellement chaque prêtre du diocèse. Il veille au recrutement du séminaire où les clercs doivent subir une formation nécessaire avant leur ordination. Il exprime sa volonté formelle que les prêtres entrent dans la vie sacerdotale par vocation et non .

L'archevêque organise des conférences ecclésiastiques. Chaque année, il décide des sujets à traiter et demande aux prêtres du diocèse d'y apporter tous leurs soins. Les conférences ont lieu chaque mois, sauf en hiver. Les prêtres qui manquent trois réunions consécutives sans raison valable sont sanctionnés. Il va pallier l'absence de catéchisme : en quelques mois, il rédige le catéchisme du diocèse d'Auch. Dès 1745, les enfants étaient en mesure de réciter le catéchisme en entier.

Chaque année, Montillet fait prêcher des missions dans les paroisses du diocèse, pendant l'Avent ou le Carême. Il recrute lui-même les prédicateurs les plus expérimentés et les instruit personnellement. Il fait, à ces occasions, imprimer des recueils de cantiques populaires en français et en gascon.

La Réforme catholique Les détails relevés dans la vie pastorale du diocèse d'Auch nous indiquent combien Montillet est influencé par la Réforme catholique. Ce mouvement, par réaction à l'essor du protestantisme, remonte au et a prospéré au avec le cardinal de Bérulle. Il fut l'initiateur de l'école française de spiritualité qui a marqué le clergé français, et en particulier les prêtres passés par le séminaire de Saint-Sulpice, à Paris. Il semble bien que, dans les campagnes, les disciplines de la Réforme Catholique se soient longtemps maintenues au J. Castex, Enquête sur la vie religieuse et la vie intellectuelle dans les Pyrénées Centrales au siècle des Lumières- Thèse de 3° cycle, Nice, 1979, tome I, ..

Les Indulgences de 1748

Attaché à la pratique des Indulgences, l'archevêque obtient du pape l'indulgence plénière à l'heure de la mort pour tous ses diocésains et pendant toute la durée de son épiscopatMandement du - Auch - Duprat 1748. In quarto - 17 pages.. Peu de diocèses, même dans les évêchés traditionnels, sollicitèrent une telle faveur au .

Le rituel de 1750

Jean-François de Montillet va développer l'édition de livres liturgiques. Son œuvre ne s'éloigne pas de la liturgie romaine. Toutefois, sous l'influence de Louis Legrand, théologien de Saint-Sulpice, il procède à l'introduction d'hymnes parisiens. Son Rituel à l'Usage de la Province Ecclésiastique d'Auch, publié à Paris chez Jean-Baptiste Coignard, imprimeur du roi, en 1751, obtient un succès régionalLes rituels sont des livres liturgiques qui donnent aux prêtres la façon d'administrer les sacrements : baptême, mariage, extrême onction, mais aussi beaucoup d'autres rites. Parmi ceux-ci : visite des malades, funérailles, bénédictions, exorcismes, processions… (Conférence d'Annick Minvielle Pau 1996. CNRS).. Il est introduit dans tous les diocèses relevant de l'archidiocèse de Novempopulanie et des Deux-Navarres, à son initiative.

Dans la préface de ce grand livre in folio, destiné à être supporté par un lutrin dans le chœur des églises, à l'usage des prêtres officiants, Jean-François de Montillet précise que . En s'adressant aux , il écrit: .

Le Rituel du Diocèse d'Auch de Montillet adopté par tous les évêques de l'archidiocèse de Novempopulanie et des Deux-Navarres, resta en usage jusqu'à la Révolution françaiseLes Rituels français. Conférence donnée en 1996 à Pau (Pyrénées-Atlantiques) par Annick Minvielle, universitaire et chercheur au CNRS: Le rituel de M. de Montillet eut beaucoup de succès : tous les évêques de la Métroplole régionale l'adoptèrent immédiatement ...Il resta en usage jusqu'à la Révolution. On peut consulter ce rituel de 1751 à la Bibliothèque Nationale (Cote: 4°B56) ainsi qu'au Centre national de pastorale liturgique, 4 rue Vavin, 75006 Paris. (Communication du texte de la conférence de Pau d'Annick Minvielle en date du )..

Le catéchisme et le bréviaire de 1753