Labbaye du lac de Joux, aujourd'hui disparue, était un monastère dépendant de l'ordre des Prémontrés. Elle se situait sur le territoire actuel de la commune de L'Abbaye dans le canton de Vaud. Elle était dédiée à sainte Marie-Madeleine. Dans les documents, le monastère reçut successivement les noms de « Leonna. » (du nom de la Lionne, rivière arrosant le village de L'Abbaye), de « Domus Dei », puis « d'abbaye de Cuarnens ». avant celui d'abbaye du Lac ou d'abbaye du lac de Joux sous lequel nous la connaissons aujourd'hui.
Les origines La date la plus ancienne communément retenue pour la fondation de l'abbaye est 1126. Elle se fonde sur une charte (non datée) de Gérold de Faucigny, évêque de Lausanne, confirmant la fondation de l'abbaye du lac de Joux ; .. L'original de ce texte est perdu mais il figure dans une édition du de Charles-Hyacinthe Hugo.. Par celui-ci, nous apprenons que l'abbaye du lac de Joux est fille de celle de Saint-Martin de Laon, fondée en 1124.
En revanche, dans la bulle de confirmation de l'ordre de Prémontré par le pape Honorius II du . et qui lui est antérieure., l'abbaye du lac de Joux ne figure pas dans la liste des établissements de l'ordre..
La fin de l'épiscopat de Girold (1134) doit être considérée comme date extrême de la fondation de l'abbaye. Cette datation se trouve confirmée par la première mention d'un abbé du lac de Joux dans un acte de 1135Archives cantonales vaudoises, CIV2.. Finalement, la date de fondation de l'abbaye doit être placée dans une fourchette comprise entre 1126 et 1134..
Un second document date de 1141 : il s'agit d'un inventaire des donations faites à l'abbaye du lac de Joux lors de sa fondationInventaire des donations faites à l'abbaye de Joux – ; .. Ce document nous est parvenu par une copie figurant dans une Grosse intitulée « Fondations et droits de l'abbaye du lac de Joux »Archives cantonales vaudoises, Ad7. La Grosse date de 1577..
Il existe enfin un troisième document daté de 1149. Dans celui-ci, Étienne, abbé du Lac de Joux rappelle les bienfaits accordés au jeune monastère ; ; .. À l'instar des deux autres documents cités, l'original est perdu.
En l'honneur du anniversaire de l'arrivée des premiers Prémontrés, l'Association de la fondation de l'Ordre des Prémontrés à L'Abbaye du Lac-de-Joux a été créée. Une fête est organisée à cette occasion du vendredi au dimanche .
Saint Norbert Les deux « vie de saint Norbert »Il existe deux sources de la « vie de saint Norbert ». En 1853 Roger Wilmans découvre à la Bibliothèque royale de Berlin un manuscrit du provenant de l'abbaye St Peter de Brandebourg. Trois ans plus tard, en 1856, ce texte est publié dans les Monumenta Germaniae Historica. Pensant que son manuscrit est antérieur au texte publié par le Bollandiste Daniel Paperbroch dans les Acta Sanctorum en 1645, il nomme sa découverte Vita A et le texte des AA SS : Vita B., relatent le voyage du religieux à Rome pour y obtenir la reconnaissance de son ordre récemment fondé ; .. On en a déduit que Norbert dut alors traverser le Jura et, se trouvant à La Vallée, il aurait demandé à Gosbert (Cospert) de diriger la jeune abbaye dont il avait aidé à la création.. Or ce ne sont là que pures spéculations. En effet, si le voyage de Rome en 1126 est bien mentionné dans les deux textes, l'itinéraire n'en est nulle part précisé. De plus, la Vita B, qui énumère les fondations personnelles de Norbert, ne mentionne pas celle du lac de Joux.. Enfin, dans toutes les sources se rapportant au monastère combier, aucune mention n'est faite à saint Norbert. Or, si sa fondation avait réellement été ne serait-ce que favorisée par le créateur de l'ordre, sa simple mention n'aurait fait que conférer plus de prestige à l'abbaye et aurait donc été utilisé à des fins de propagande. Il convient donc d'oublier le rôle « physique » de saint Norbert dans la fondation de l'abbaye du lac de Joux et partant ne pas l'associer non plus à son voyage à Rome : plusieurs auteurs sont de cet avis....
Ebal de Grandson En revanche la rencontre de Norbert de Xanten avec Barthélemy de Grandson (de Jur, de Joux), évêque de Laon dès 1113 se révèle décisive. Celui-ci est le frère d'Ebal de Grandson, fils de Falcon (Conon, Foulques) de Grandson et d'Adèle de Roucy. Le jeune Norbert, en rupture avec son chapitre canonial de Xanten lui est confié en 1119 par le pape Calixte II. Norbert trouve en Barthélemy un soutien qui lui permet la fondation de la congrégation de Prémontré, du nom d'un village éponyme proche de Laon. L'évêque de Laon ne cessera dès lors de favoriser l'ordre, bien après que Norbert ait renoncé à sa direction en 1124..
Sa parenté avec Ebal, le plus gros donateur de la nouvelle entité, a sans conteste favorisé la fondation de l'abbaye en ces lieux. Le connaît une profonde réforme des courants monastiques. L'aire des relations familiales favorise l'implantation d'établissements religieux dans le Jura.. Pour les seigneurs locaux, il est alors de bon aloi de soutenir tel ou tel établissement dont ils deviennent les protecteurs et les avoués. Pour Ebal, qui contrôle déjà le passage des Clées, sur la route de Jougne et celui de Pontarlier sur la Via Francigena, la région du Mollendruz et de la pointe nord-ouest du lac de Joux demeurent très mal surveillées et pratiquement inhabitées. L'établissement va lui permettre d'occuper indirectement le territoire et d'en assurer le contrôle, car à part l'existence d'un couvent de quelques ermites au Lieu-Poncet dépendant de Saint-Claude, La Vallée demeure à cette époque vide d'habitants. : c'est donc un désert, propice à leurs vœux de travail, de solitude et de méditation, qui est offert aux chanoines.
On peut penser également qu'Ebal ait voulu ainsi créer une rivale à l'abbaye clunisienne de Romainmôtier avec laquelle il était en délicatesse ; Abbatiale de Romainmôtier : les méfaits des Grandson.
Girold de Faucigny, évêque de Lausanne évoqué ci-dessus, avait lui aussi intérêt à ce nouvel établissement.. Il lui permettait de fixer les limites de son diocèse qui demeuraient encore floues dans ces régions : on voit donc ici poindre le conflit entre l'abbaye du Lac et celle de Saint-Claude.
Dans le document de 1149 dont il a été question ci-dessus, l'abbé Étienne rappelle les présents accordés à l'abbaye. Il s'agit de droits et territoires à Cuarnens, de possessions autour du lac de Joux, jusqu'au village de Mont-la-Ville. Il a l'intérêt de présenter, outre Ebal de Grandson reconnu comme seul fondateur, d'autres contributeurs comme Rodolphe et Milon de Cuarnens, Guillaume et Liétolde de Corbières. En étudiant attentivement cet acte, on remarque qu'il ne s'agit pas d'une somme de donations faites au cours des ans, mais bien d'un ensemble de donations faite en une seule fois.. Si les Corbières et les Cuarnens sont les vassaux des Grandson, ils sont aussi leurs parents. On peut en déduire qu'un ensemble de personnes ait fait une donation groupée sous la houlette d'Ebal de Grandson, lui-même encouragé par son frère Barthélemy aux fins d'établir une abbaye leur permettant de contrôler un vaste territoire.
Abbayes filles Au , selon le mot de Glaber, l'Europe se couvre d'un blanc manteau d'églises. L'actuelle Suisse romande n'échappe pas à la règle et l'abbaye du lac de Joux va donner naissance à plusieurs établissements, dont certains subsistent encore aujourd'hui.
Rueyres et Bellegarde Le prieuré de Rueyres était une dépendance directe de la maison mère. Du on connaît quatorze actes se rapportant à l'abbaye du lac de Joux dont six concernent ou mentionnent cet établissement.. Un fait intéressant est la mention de religieuses prémontrées y résidant ce qui en ferait la seule communauté prémontrée féminine de la région, avec celle de Posat près de Farvagny.. Parmi les auteurs, une confusion règne sur le nombre d'établissements portant le nom de RueyresIl ne s'agit dans aucun cas de la commune actuelle de Rueyres dans le Gros-de-Vaud, mais bien d'un lieu-dit en Lavaux.. Ceux-ci peinent à se mettre d'accord : leur nombre en varie de cas en cas et on ne sait s'il s'agit d'une communauté d'hommes ou de femmes ; ils nous proposent : Un monastère d'hommes à Bellawarda (Bellegarde) et un établissement de Norbertines à Rueyres en Lavaux.. Un seul monastère féminin à Rueyres.. Deux établissements appelés tous les deux Rueyres : le premier à Bellawarda dans le Jorat, le second serait un couvent de Prémontrées près de Saint-Saphorin (Lavaux) ; .. Deux monastères distincts (Bellawarda et Rueyres) mais sans précision de genre.. Un seul monastère du nom de Rueyres ; ..
La confusion tire son origine trois actes de 1140. Dans le premier Guy de Maligny, évêque de Lausanne donne à l'abbaye du lac de Joux une terre du nom de Bellawarda avec les droits y attenant, sise dans le Jorat, afin d'y bâtir un monastère ; ; .. La même année, on apprend par un second document qu'il existe une communauté de sœurs à RueyresDonation d'Ardutius de Faucigny, évêque de Genève, aux sœurs de Rueyres de la moitié d'un cens qu'il possédait à Chexbres – ; ; .. En 1140 toujoursConfirmation de la fondation de l'abbaye du lac de Joux et de ses possessions par Guy, évêque de Lausanne – ; ., un troisième document mentionne deux Rueyres et une terre dans le Jorat mais sans la nommer : on suppose qu'il s'agit de la terre de Bellegarde précédemment donnée par l'évêque Guy. En 1209 c'est un monastère d'hommes qui y est attesté.. Ces mentions successives ont donc fait supposer à certains qu'il existait deux communautés distinctes dont l'une se trouvait à Bellegarde, puisque l'évêque de Lausanne avait donné cette terre pour y construire une abbaye. Enfin, une bulle du du pape Alexandre III exclut l'existence d'un monastère à BellegardeBulle de confirmation des possessions et privilèges de l'abbaye du lac de Joux – ; ; .
Cette « terre du Jorat » est certainement Bellegarde, et tout porte à croire que l'établissement projeté n'y vit jamais le jour, d'autant que le nom de Bellegarde disparaît dès lors des documents.
Humilimont L'abbaye d'Humilimont est fondée entre 1136 et 1141 sur la commune de Marsens par les seigneurs éponymes, comtes de Gruyère. Au début, elle abritait un monastère double, puis la communauté féminine fut déplacée à Posat en 1140. L'abbaye fut supprimée en 1580 afin de favoriser l'installation des jésuites à Fribourg.
Bellelay
L'abbaye est fondée en 1141 par Siginand prévôt du chapitre de l'abbaye de Moutier-Grandval. Aujourd'hui, les bâtiments (du ) abritent un hôpital psychiatrique.
Fontaine-André
L'abbaye est fondée en 1143 par Richard, abbé du lac de Joux. L’ordre des Prémontrés quitte l’abbaye en 1543. Depuis 1954, l'abbaye a retrouvé une vocation religieuse puisqu'elle appartient aux Frères des Écoles chrétiennes.
Gottstatt
L'abbaye est fondée en 1255 au lieu-dit Stadowe, sur un méandre de la Thièle. À l'origine elle devait être une fille de l'abbaye de Weissenau (Souabe). La tentative ayant échoué, elle est fondée par des colons venus de Bellelay. Elle passe sous la coupe de l'abbaye du lac de Joux en 1279.
Conflits inter-monastiques Au cours de la fin du et le début du , l'abbaye va se trouver par deux fois en conflit avec d'autres établissements monastiques. Le premier accrochage l'oppose aux religieux du Lieu, le second aux bénédictins de Saint-Claude. Ces rivalités vont rapidement dépasser le cadre local, puisque l'arbitrage du premier différend est confié à l'évêque de Lausanne et à l'archevêque de Tarentaise, le second aux archevêques de Vienne et de Tarentaise. Les deux affaires ne sont donc pas que de simples querelles de clocher. La documentation qui leur est associée révèle en outre l'existence de la « communauté du Lieu », inconnue dans les textes antérieurs et démontre surtout l'absence de toute délimitation territoriale et juridique dans cette région ; ; ..
Avec le couvent du Lieu