Au Moyen Âge, la route commerciale de la Volga reliait l’Europe du Nord et le nord-ouest de la Russie à la mer Caspienne par la Volga. Les Rous’ utilisaient cette route pour leur commerce avec les pays musulmans sur les rives méridionales de la Caspienne, se rendant parfois aussi loin que Bagdad. Cette route fut progressivement remplacée par celle du Dniepr mieux connue sous le nom de route commerciale des Varègues aux Grecs et perdit son importance au .

Les premières décennies

thumb|upright=2|Carte montrant les principales routes commerciales varègues : la Volga (en rouge) et la “route des Varègues aux Grecs (en violet). Les autres routes utilisées du au sont en orange.

La route commerciale de la Volga fut tracée par des Varègues (Vikings suédois) qui peuplèrent le nord-ouest de la Russie au début du . Environ neuf kilomètres au sud de l’embouchure du lac Ladoga, ils fondèrent un poste appelé (Grand/Velikiy) Ladoga (en vieux norrois : Aldeigjuborg)Brøndsted (1965), .. Des fouilles archéologiques ont démontré l’existence d’une activité commerciale sur la route de la Volga dès la fin du . C’est dans cette région de l’actuelle Russie, plus précisément à Timerevo dans le district d’Iaroslav, que l’on a découvert les plus anciennes et les plus riches accumulations de pièces de monnaie. Un lot de pièces découvert à Petergof, près de Saint-Pétersbourg contenait vingt pièces portant des inscriptions en arabe, en turc runique (probablement khazar), en grec et en vieux norrois, ces dernières constituant la moitié du lot. Elles incluaient des dirhams sassanides, arabes et arabo-sassanides, ces derniers datant de 804-805Noonan (1987-1991), .. Se basant sur une analyse des pièces de monnaie arabe trouvées en Europe de l’Est, Valentin Yanin a pu prouver que le plus ancien système monétaire des débuts de la Russie se basait sur l’ancien système de dirhams frappés en AfriqueДенежно-весовые системы русского средневековья: домонгольский период, 1956..

Les échanges

À partir d’ Aldeigjuborg, les Rous’ pouvaient remonter le cours de la Volkhov jusqu’à Novgorod et de là vers le lac Ilmen et la rivière Lovat. Grâce à un portage (volok), ils atteignaient ensuite la source de la Volga.

Les marchands transportaient leurs marchandises (fourrures, glaives, miel et esclaves) à travers les territoires des tribus finnoises et permes vers le territoire des Bulgares. De là, ils continuaient sur la Volga vers le khaganat khazar où la capitale, Atil, constituait un entrepôt important sur les bords de la mer Caspienne. D’Atil, les marchands rous’ traversaient la mer avant d’emprunter les routes caravanières conduisant à Bagdad.

Vers 885-886, ibn Khordadbeh, géographe et chef des services de renseignements des califes abbasides, écrivait au sujet des marchands rous’ qui se rendaient du nord de l’Europe vers Bagdad :

Dans le récit de Khordadbeh, les Rous’ sont décrits comme étant « des sortes de Saqaliba », terme généralement employé pour décrire les Slaves. Les tenants de l’école anti-normanisteLes historiens normanistes affirment la prépondérance de l’élément scandinave (ou normand) dans les débuts de la Rous’ kiévienne. Cette thèse a été avancée par des savants allemands du et soutenue par certains historiens russes du . Les historiens anti-normanistes affirment la prépondérance de l’élément slave. Elle fut soutenue en particulier par les historiens soviétiques. La querelle se poursuit; toutefois, les recherches les plus récentes tendent à réconcilier les deux thèses. Voir Kondratieva (1996), et Heller (1997) .) ont interprété ce passage comme signifiant que les Rous' étaient slaves plutôt que scandinaves. Pour les tenants de la thèse normaniste, le mot Saqaliba était souvent employé pour décrire toutes les populations aux cheveux blonds et à la peau pâle de l'Europe du Nord-Est, de l'Est et du Centre de telle sorte que le terme employé par ibn Khordadbeh ici porte à confusion.

Les historiens modernes sont également en désaccord sur l'interprétation à donner au fait que les Rous’ utilisaient des interprètes Saqlab. Les tenants de la thèse anti-normanistes y voient la preuve que les Rous’ et leurs interprètes partageaient une même langue slave. Toutefois, le slavon était à cette époque une langue parlée partout en Europe de l’Estarticle « Rus »,Encyclopaedia of Islam..

Nous possédons également une description des communautés rous’ vivant le long de la Volga grâce à la plume du géographe perse ibn Rustah :

En 921-922, ibn Fadlan participait à une mission diplomatique partie de Bagdad se rendant chez les Bulgares de la Volga. Il nous a laissé ses impressions des Rous’ de cette région qui faisaient le trafic des fourrures et des esclaves. Johannes Brønsted voit dans les commentaires de ibn Fadlan une indication que ces Rous’ avaient conservé leurs coutumes scandinaves quant à leurs armes, leurs punitions, les funérailles en bateaux et les sacrifices religieuxBrønsted (1965), ..

Le récit d’ibn Fadlan contient une description détaillée des prières et sacrifices utilisés pour s’assurer du succès dans leur commerce.

Les Rous’ cependant céderont à l’influence étrangère en matière de costume des chefs défunts et surchargeront leurs femmes de bijoux.

Déclin

thumb|upright=1.3|Les Rous’ négociant avec les Khazars. Toile de Sergueï Ivanov, 1913.

La route commerciale de la Volga perdit son importance au dû au déclin des mines d’argent du califat abbasside au profit de la route des Varègues aux Grecs qui utilisaient le Dniepr vers la mer Noire et ConstantinopleBrønsted (1965), .. La saga islandaise Yngvars saga víðförla rapporte une expédition suédoise dans la mer Caspienne vers 1041 conduite par Ingvar-au-long-cours (Ingvar Vittfarne en norvégien) qui suivit la Volga vers le pays des Sarrazins (Serkland). L’expédition ne réussit pas; ce fut la dernière tentative de rouvrir la route entre la Baltique et la Caspienne par les VarèguesLogan (1992), ; Brønsted (1965), ..

La route de la Volga était toutefois appelée à jouer un rôle de première importance dans le commerce intérieur de la Horde d’Or et, plus tard, entre le grand-duché de Moscou et les khanats tatares. Certains marchands russes s’aventurèrent encore plus loin et Afanasy Nikitin, après avoir remonté la Volga de Tver jusqu’à Astrakhan en 1466, traversa la mer Caspienne et finit par arriver en Perse et en Inde. Ce commerce international ne diminuera qu’après la chute des khanats de Kazan (1552) et d’Astrakhan (1556), lorsque la Volga dans son ensemble sera sous contrôle russe. Mais le fleuve conservera son importance pour le commerce interne de la Russie de même qu’entre la Russie et la Perse.

Ces voies seront aménagées pour le transport fluvial moderne au 20è siècle pour former ce que l'on nomme système des Cinq-Mers ou officiellement le réseau unifié de voies navigables de grande profondeur en Russie d'Europe.

Note

Références

Bibliographie Brøndsted, Johannes. The Vikings, London. Penguin Books, 1965. . Golden, P.B. "Rus." Encyclopaedia of Islam. Eds.: P. Bearman, Th. Bianquis, C.E. Bosworth, E. van Donzel and W.P. Heinrichs. Brill, 2006. [Brill Online] http://referenceworks.brillonline.com/browse/encyclopaedia-of-islam-3. Heller. Histoire de la Russie et de son empire. Paris, Plon, 1997 et Flammarion 1999. . Kondratieva. La Russie ancienne. Paris, Presses universitaires de France, 1996, coll. Que sais-je?. . Logan, Donald F. The Vikings in History, Routledge, 2nd ed. 1992. Noonan, Thomas Schaub "When Did Rus/Rus' Merchants First Visit Khazaria and Baghdad?" Archivum Eurasiae Medii Aevi 7, 1987-1991, .

Articles connexes

Catégorie:Route commerciale Catégorie:Varègues Catégorie:Rus' de Kiev Catégorie:Économie au haut Moyen Âge