Henri-Michel-Scipion de La Rochelambert (Paris, – château de Thévalles (Mayenne) près de Chémeré-le-Roi (arrondissement de Laval), ), est un militaire, homme politique et industriel français des .
Origine Henri-Michel-Scipion de La Rochelambert est d’une ancienne famille d'Auvergne, établie plus tard dans le comté de Laval. Il est le fils de Gabriel de La Rochelambert.
Biographie Émigré en Hollande avec ses parents, puis rentré sous le Consulat, il n'embrassa la carrière militaire que lors de la Première RestaurationBernard Sonneck, Les Décorés de la Légion d'honneur de la Mayenne, Éditions Régionales de l'Ouest, 2006, volume 1, 1803-1848, .. Militaire Entré au service en comme aide de camp du général Roger de Damas d'Antigny, il rejoint Monsieur (futur Charles X) à Nancy en François Dornic, Grands notables du Premier Empire : Mayenne, Editions du CNRS, 1986, p. 90.. Capitaine de la garde urbaine à cheval de la ville de Lyon (). Il avait reçu, le , de Monsieur, frère du Roi , l'autorisation de porter la décoration du Lys. Il suit l'exil du roi Louis XVIII à Ypres en . Incarcéré quelque temps à Nevers à la fin des Cent-Jours, il entre au régiment de grenadiers à cheval de la Garde royale commandé par le comte de la Rochejacquelein lors de la Seconde Restauration.
Il devint ensuite chef d'escadrons au cuirassiers-Condé avec rang du . La Rochelambert fait partie, sous la Restauration, des gentilshommes honoraires de la chambre.
Mariage Il épouse le , Apollonie de BrugesFille d'Alphonse de Breuges, lieutenant-général des armées royales et aide de camp du dauphin, et d'Henriette, comtesse de Golowkin., née à Berlin, en émigration en 1802, ancienne compagne d'Aurore Dupin (George Sand) au couvent des Filles-Anglaises. Ce mariage le faisait entrer dans les plus brillants milieux de l'aristocratie européenne. Appolonie de Bruges est issue d'une ancienne famille française passée en Prusse, à la suite de la révocation de l'édit de NantesLes Annales politiques et littéraires , article de Frédéric Lolliée, sur les « Trois sœurs de la Rochelambert » (7 août 1904). Voir en ligne.
La comtesse habitait chez sa mère qui était russe, à Saint-Cloud, dans son château de Montretout, que son cousin, le comte Potocki, lui avait vendu. C'est là que naquirent ses trois fillesSouvenirs… par Gustave Clément-Simon. . L'original prénom d'Apollonie se transmit durant trois générations à la fille aînée.
Henri de La Rochelambert figure en 1824 dans la liste des 16 propriétaires mayennais payant plus de 3000 francs de contributions, devant Achille de Trémigon, et Gaspard de Montecler, tous, comme le quatrième Jacques Treton de Vaujuas, d'anciens émigrés. Le couple est alors proche de la Cour de Charles XUne lettre du comte de la Rochelambert à sa mère montrera sur quel pied le jeune ménage était à la cour. : Montretout, 16 juillet 1829. Je voulais avoir l'honneur d'aller vous voir, ma chère maman, mais d'une part beaucoup de lettres à écrire, et de l'autre le tems, et l'obligation de ne pas me montrer beaucoup ici m'ont tenu casanier toute la semaine. Malgré les invitations que le Roi a eu la bonté de m'envoyer, je me suis tenu dans mon coin pour ne pas compromettre l'obligeance du général Villatte à mon égard. Quant à ma femme, elle a assisté à tout, mais à minuit madame la Dauphine lui a dit : « Allons, grosse femme ( La jeune comtesse était enceinte), venez vous-en vous coucher. Je vous emmène, je ne veux pas que vous restiez ici plus longtemps. Elle a beaucoup caressé la petite [Apollonie]. Le Roi en a fait autant et madame la Duchesse de Berry lui a donné des joujoux. Il parait que les fêtes étaient jolies. La petite avait été assister aux répétitions de tout ce qui s'est fait lier, il y a deux jours, et jouer avec Mademoiselle, mais je crois que les jeux n ont pas très bien marché parce que Mademoiselle voulait être la reine et qu'Apollonie fût la dame d'honneur. Il paraît qu'Apollonie a voulu que ce fût tout le contraire et garder pour elle la royauté, de manière que cela, quant à présent, ne va pas très bien..
Industriel À l'instigation de Jacques Triger, Pierre-Adolphe Pelletreau, négociant demeurant à Vilette dans la Nièvre, et Henri de La Rochelambert, constituent le , devant Me Delamotte, notaire à Paris, une société pour la création et l'exploitation d'une papeterie dite de Sainte-Appolonie, sur le barrage de la Porte-Neuve, du nom de de La Rochelambert.
Révolution de Juillet 1830 La chute de Charles X rend Henri de La Rochelambert à la vie privée. Son épouse, dévouée à la famille royale, voulut suivre les exilés, et quitta Paris, sans esprit de retour, donnant, ordre de vendre son château de Montretout et ses autres biens. Sa fille crut devoir la suivre provisoirement.
L'Allemagne Avec ses trois enfants et ses gens, elle prit un passeport pour l'Allemagne, le . Apollonie de Bruges était née à Berlin en 1803. Elle y retrouva, en 1830, les compagnes de son enfance et conquit rapidement des amitiés plus hautes. La vicomtesse de Bruges et sa fille prirent dans la société prussienne une situation exceptionnelle.
Henri de La Rochelambert se retire complètement de la vie publique en 1830 : lieutenant-colonel du cuirassiers-Condé, à la veille de passer colonel, il brisa son épée, et se fit placer en disponibilité. Le comte de La Rochelambert alla se fixer en Allemagne comme le baron François-Auguste Fauveau de Frénilly et la marquise de Laage. La famille de La Rochelambert fréquenta la famille royale de Prusse où les jeunes ménages étaient fort unis, et connut les jeunes Otto von Bismarck et Edwin von Manteuffel. Les trois filles, élevées, en partie, à l'étranger, au pays d'origine de leur mère, acquirent tôt l'esprit des cours et l'usage d'une société cosmopolite. Sur les listes d'invitations, comme dans les propos du soir de la meilleure compagnie de Berlin, tenaient belle place les trois sœurs La Rochelambert.
Lors de la naissance de leur fils Marie Auguste Aymé, né à Berlin, le Acte transcrit le 26 octobre 1834 à Cheméré., le parrain est le prince Guillaume de Prusse, le futur empereur Guillaume IerMichel Denis, Les royalistes de la Mayenne. Henri de La Rochelambert passait lui-même les hivers à Berlin, puis séjournait à Paris, au printemps et en automne, et ne devait donc résider dans son château de Thévalles qu'en été.
En 1837, Ida von Boxberg rencontre la famille d'Henri de La Rochelambert (1789-1863) et se lie d'amitié avec son épouse la marquise Apollonie de La Rochelambert. En 1839, celle-ci engage Ida comme gouvernante pour ses trois filles, Apollonie (1825-1904), Clotilde (1829-1884) et Staouélie (1832-1911). Ida von Boxberg accompagne donc la famille de La Rochelambert partout en France, et habite avec eux dans les diverses résidences de la famille : à Paris, au château de la Rochelambert près de Saint-Paulien (Haute-Loire), au château de Thévalles à Chémeré-le-Roi (Mayenne) et au château de Saint-Priest-de-Gimel (Corrèze). Même après le mariage de la fille cadette en 1853 et pendant la guerre franco-prussienne, elle reste en bons termes avec la famille de La Rochelambert, et continue de vivre et de poursuivre son travail à leurs cotés.
La politique Présent à Thévalles la plupart du temps, il fait figure dans les années 1830 de carliste intransigeant : c'est sur son nom que se regroupent les opposants au régime dans certaines consultations électorales. En 1842, encore, il était maire de Chemeré, le comité légitimiste de Paris suggère en mai sa candidature aux royalistes de Château-Gontier qui semblent dans l'incapacité de se déterminer eux-même ; il fait état de l'accord de l'intéressé et l'appui assuré du centre-gauche de Paul Boudet. Mais finalement, les choses se passent différemment avec la candidature de Pierre René Martinet, et il doit se contenter en décembre d'une candidature au Conseil général de la Mayenne, où il est élu aux élections cantonales de 1842 dans la Mayenne pour le canton de Meslay-du-Maine, en battant le sortant Constant Le BailleulCe dernier ne manque pas de rappeler qu'en 1830, La Rochelambert faisait tous ses efforts pout organiser la Chouannerie..
La Rochelambert soutient désormais la monarchie de Juillet, jusqu'à sa chute, en veillant à ne compromettre avec ses anciens amis ni sa personne ni ses opinions politiques de ce moment. Ce ralliement de 1832 coïncide avec la réouverture du théâtre du château, fermé depuis 1790, pour Michel Denis, c'est la fin d'un deuil. Pour ce dernier, on pourrait expliquer ce retournement politique par l'ambition déçue : au siège de député manqué en vient peut-être s'ajouter le souvenir de la pairie refusée en 1816. Il y ajoute aussi l'indépendance d'esprit, mais surtout le réalisme par rapport à un régime en place durable, il agit en politique comme dans le domaine économique en s'adaptant au monde moderne. Il lâche Henri d'Artois, et ne lui rendra jamais sa confiance, en se ralliant au Second Empire. Seule la marquise et sa fille aînée restent fidèles au légitimisme.
La Rochelambert conserve son siège au Conseil général de la Mayenne jusqu'en 1848. Il échoue aux élections législatives de 1848 dans la Mayenne et aux élections cantonales de 1848 dans la Mayenne.
L'industrie La Rochelambert est le premier grand propriétaire foncier à avoir apprécié les activités industrielles. Alors que d'autres se contentent d'espérer des gains financiers de l'acquisition d'actions variées, lui se fait le promoteur et l'organisateur d'importantes usines auxquelles il donne toute son activité et sa constante sollicitude. Il crée la papeterie de Sainte-Apollonie, la société des fours à chaux de la Mayenne, et surtout la Société La Rochelambert et Compagnie, qui se donne pour but l'exploitation des Mines de charbon de La Bazouge-de-Chemeré.
, il entreprit l'exploitation des mines de La Bazouge-de-Chemeré, et réussit à la mener à bien.
Michel Denis indique qu'il est intéressant de relever que ses associésLe général Marie-Théodore de Rumigny, le notaire lavallois Joseph Meslay, le médecin lavallois Théophile Hubert et son frère Charles, architecte sont membres de la société minière fondée en 1834 ; l'associé le plus actif du marquis est Jules-Olivier Leclerc, qui devient même sous-directeur général des mines en 1848. Il est permis de penser pour Michel Denis que son influence a été grande. sont presque tous des orléanistes militants, ce qui semble indiquer pour lui que dans ce pays le progrès industriel, si modeste soit-il, passe tout de même par le libéralisme. Il en devint le directeur général le Faute dit-il d'avoir trouvé un directeur issu des écoles des mines de Saint-Étienne ou de Paris et possédant suffisamment d'expérience.... Réorganisée en 1834, la société comptait également comme actionnaire André Guillet de Préaux, maire de Saint-Denis-du-Maine, et un des plus importants contribuables du département de la Mayenne.
Lors de la fusion des sociétés minières de la Mayenne en 1850, sous l'impulsion de Jules Leclerc d'Osmonville avec lequel il s'entendait parfaitement, il devint le second actionnaire de la nouvelle Compagnie générale des mines de la Mayenne et de la Sarthe, et reçut la présidence du conseil d'administration.
Henri de La Rochelambert est l'un des rares aristocrates de Mayenne à investir dans l'industrie, avec l'argent de ses 50 métairies. Quand il voulut se présenter aux élections législatives de 1852 dans la Mayenne, on le lui déconseilla.. L'élection n'était plus au suffrage censitaire, mais au suffrage universel, et il était en effet à la fois mal vu par ses pairs, pas non plus aimé par les paysansSa société était accusée de vendre son charbon trop cher aux chaufourniers et de contribuer au coût élevé de la chaux, alors très utilisée comme amendement. et encore moins par les mineurs, puisqu'il a participé à la répression d'une grève. C'est son ami Jules Leclerc d'Osmonville qui se présente.