Ramsès (Amonherkhépeshef II Netjerhéqaïounou), est le cinquième pharaon de la d’Égypte antique vers 1144 à 1136 avant l'ère commune. Il succède à son neveu et précède son fils . Sous son règne, la situation interne et externe de l'empire égyptien continue à se désagréger malgré la réaction du roi pour conserver le contrôle de la politique face à un pouvoir religieux de plus en plus ambitieux, représenté par les grands prêtres d'Amon.
Généalogie
Ramsès est probablement un fils de , nommé Amonherkhépeshef en tant que prince. En effet, le fait qu'il soit représenté dans la liste des enfants royaux de dans le grand temple funéraire du roi à Médinet Habou est cependant un sérieux indice en faveur d'une filiation directe avec le second pharaon de la . Sur ce relief représentant le cortège des fils royaux, le nom de Ramsès Amonherkhépeshef apparaît sous sa forme abrégée encerclée du cartouche royal dans la colonne de hiéroglyphe gravée devant la figure du prince. Cette figure le représente en habit de fête dans un geste d'adoration devant le cartouche de , et doté de la natte de l'enfance qui pend sur le côté de son visage auquel Ramsès fera rajouter lors de son accession au trône un uræus et probablement compléter la légende avec son nom royal. Outre le défilé des princes royaux, Amonherkhépeshef Ramsès est représenté à plusieurs reprises dans le temple de , notamment lors de la procession de la fête de Min, ou encore dans la procession des prisonniers à l'issue du conflit avec les Peuples de la mer, où il accompagne son frère se présentant devant le roi qui assis sur son trône assiste au triomphe de ses armées.
Ramsès a pour mère la reine Iset. Il succède à son neveu . Il a une épouse nommée Noubkheseb, connue uniquement par la mention de leur fille Iset. En plus d'Iset, Ramsès est le père du prince Itamon, qui deviendra roi à la mort de Ramsès sous le nom de , ainsi que des princes Panebenkemet et Amonherkhépeshef.
Règne
vignette|Profil royal, sans doute Ramsès ; peinture anonyme au Musée du Louvre.
De son passé de prince royal, nous connaissons notamment son rôle dans l'armée de où il seconde son frère aîné, en tant que général de la charrerie.
Les circonstances de l'accession au trône de Ramsès restent encore inconnues. dont la momie a révélé qu'il souffrait de la variole a pu mourir brutalement des suites de la maladie occasionnant une crise de succession qui favorisa la montée sur le trône de Ramsès .
Début du règne
Cette situation explique sans doute pourquoi Ramsès ne procède à l'enterrement de qu'en l'an deux de son règne, fait suffisamment inhabituel pour être relevé, les rites de momifications ne durant que soixante-dix jours et la tradition voulant que le nouveau souverain présidant à l'inhumation de son prédécesseur soit le premier acte officiel du règne.
Ces deux premières années sont en tout cas occupées à ramener l'ordre en Égypte, à la suite des nombreux scandales qui ont éclaté lors du règne de son prédécesseur et surtout en raison des incursions de plus en plus régulières de nomades libyens qui attaquaient et pillaient les villes égyptiennes, allant jusqu'à empêcher de poursuivre les travaux du règne, dont le creusement de la tombe royale dans la vallée des Rois, et menaçant gravement la sécurité de la nécropole dynastique. Pour ce qui concerne les affaires de corruption révélées notamment au temple de Khnoum à Éléphantine nous disposons du compte rendu de l'enquête et des minutes du procès qui ont été menés dans la ville dont le texte est conservé sur le papyrus 1887 de Turin.
Ramsès qui devait être probablement l'un des principaux généraux de l'armée sous les règnes de et de , en avait le contrôle et avait donc les moyens de faire rétablir son autorité sur le pays et d'éloigner pour un temps les graves menaces que faisait peser la désagrégation du pouvoir royal face à un pouvoir religieux de plus en plus prégnant.
Il confirme le vizir Néferrenpet dans sa charge et lui confie les affaires thébaines dont la sécurité des ouvriers et artisans qui sont chargés du creusement de la tombe royale dans la vallée des Rois. Il leur intime l'ordre de ne pas sortir des murs du village tant que le danger n'est pas éloigné et les fait dûment escorter par la police royale sur le site de leur travail. Ces ouvriers de la tombe œuvrent à la fois dans la vallée des Reines, où le roi fait creuser la tombe de sa mère la grande épouse royale de , la reine IsisIl s'agit de la tombe QV51Pour une étude de cette tombe on consultera J. Monnet in BIFAO 63, L'identification de la reine Isis de la tombe de la vallée des Reines, ., et dans la vallée des Rois où il commande une sépulture pour son fils aîné, le prince Amonherkhépeshef.
Politique étrangère
À l'extérieur la situation internationale n'est guère favorable au maintien des possessions égyptiennes au Moyen-Orient. Le Pays de Canaan échappe peu à peu au contrôle de Pharaon et la situation internationale, bien que stabilisée après les troubles qui avaient marqué le début de la dynastie, ne serait jamais plus la même. Certains empires autrefois alliés avaient disparu, de nombreuses riches cités commerciales avaient été pillées voire rasées, tandis que de nouveaux empires autrefois contenus par le royaume du Mittani puis le , voyaient leur puissance croître. Ils se disputeraient bientôt les richesses de la Syrie, du Liban puis de toute la région. L'Égypte ne pouvait alors y opposer une résistance efficace et n'avait plus les moyens d'une diplomatie qui lui aurait permis de jouer encore un rôle prépondérant ou quelque influence décisive. Les liens avec les principales cités qui formaient de véritables petits royaumes est cependant maintenu comme l'atteste la découverte à Megiddo d'une base de statue en bronze de Ramsès . Ramsès parvient encore à organiser une expédition dans le Sinaï où il est le dernier ramesside à être attesté. La couronne dispose toujours de moyens pour financer ses projets, son programme de règne.
Au sud la Nubie reste sous le contrôle du fils royal de Koush, Siésis. Depuis Aniba, la capitale de la région, il garde le contrôle d'une vaste zone égyptianisée au nord du Soudan mais n'a probablement pas pu empêcher le sud de la région de reprendre une certaine autonomie.
Les relations entre cette région, conquise et administrée par l'armée, et la couronne sont en revanche attestées pendant cette période grâce au tombeau de Pennout, chef du service des carrières de Ouaouat et surintendant du temple d'Horus de Miam. Ce lieutenant du vice-roi de Koush, s'est fait aménager une tombe richement décorée dans la capitale nubienne et y a fait figurer sur une stèle une lettre personnelle de Ramsès qui le remercie d'avoir instauré à son bénéfice le culte d'une statue dans le temple d'Horus. Le texte de cette stèle indique par ailleurs que les institutions royales étaient maintenues. On y apprend notamment que le spéos de Néfertari en Abou Simbel, abritant le culte d'Hathor d'Ibshek, continuait à bénéficier des revenus de propriétés de la grande épouse royale, propriétés situées en Nubie égyptienne. Le roi lui-même y possédait des propriétés dont le revenu lui appartenait. Pour remercier Pennout de cette efficace administration, Ramsès lui fait parvenir deux vases en argent en témoignage de sa reconnaissance, fait notoire que Pennout ne manque pas de préciser sur la stèle de son tombeauPour l'inscription hiéroglyphique et une représentation du tableau figurant le roi devant les dignitaires voir le relevé de cette stèle effectué par Karl Richard LepsiusPour une traduction de l'inscription de cette stèle on consultera .
Programme architectural
vignette|Buste mutilé de Ramsès conservé au Musée des Beaux-Arts de Lyon.
Le programme architectural de Ramsès se veut ambitieux. Il déclare avoir rempli toute la terre de grands monuments à son nom. Les vestiges de ce programme architectural sont peu nombreux et nous réduisent à l'heure actuelle à estimer les déclarations du roi comme de pieuses intentions qu'il n'eut pas le loisir de réaliser au cours de son règne. Pourtant les traces de son intervention sont bien attestées depuis le delta du Nil jusqu'en Nubie.
On trouve ainsi son cartouche sur des monuments de Tanis et à Bubastis. Dans le grand temple de Bastet a été mise au jour une statue le représentant, assis en majesté, coiffé du némès sur lequel une couronne aujourd'hui disparue devait être fixée. À Héliopolis il reprend et achève probablement l'édifice commencé par son prédécesseur au nord du grand temple d'Atoum.
À Memphis il fait construire un grand pylône à l'est de l'Hout-ka-Ptah, le temple principal de la ville. Des corniches et architraves en granite, parfois de tailles colossales, représentent les seuls vestiges de ce monument qui dominait la partie orientale du téménos de Ptah, dieu des artisans et seigneur des jubilés. Derrière ce grand pylône, Ramsès a élevé une cour bordée de colonnades sur au moins ses deux côtés latéraux. Le granite a été largement employé dans cet édifice qui devait majestueusement introduire au sanctuaire de la divinité. Disséminés sur le site plusieurs débris de statues inscrites à son nom ont été mis au jour. Leur état ne permet pas de déterminer s'il s'agit d'œuvre du règne ou bien comme d'autres exemples bien connus de cette période de monuments réinscrits au bénéfice du souverain régnant. Au Sérapéum il fait creuser et aménager une nouvelle tombe et y procède à l'enterrement de l'Apis intronisé en l'an 26 du règne de son père .
En Haute-Égypte on trouve son intervention à Coptos à Thèbes. Dans la grande ville du sud, qui reste la capitale religieuse de l'empire et le site de la nécropole dynastique, outre son intervention à Médinet Habou, il fait inscrire son cartouche sur divers monuments. À Louxor il fait ajouter son cartouche aux colonnes de la partie du temple érigée sous le règne d'. Au temple d'Amon de Karnak il fait graver sa titulature sur les grands obélisques de , remplaçant celle déjà rajoutée de , et poursuit les travaux de décoration du temple de Khonsou interrompus depuis le règne de son frère. Dans le temple de Mout il fait ériger une stèle comportant un hymne dédié à la déesse.
De Karnak proviennent également deux statues du roi trouvées dans la cour de la cachette par Georges Legrain en 1904. L'une d'elles usurpée de représente le roi coiffé du némès et vêtu du pagne royal, la shendjit, tenant devant lui une statue du dieu Amon posé sur un piédestalVoir la statue dans la liste des statues trouvées dans la cachette de Karnak sur le site de l'IFAO. La seconde d'aspect plus triomphal représente le roi debout dans l'attitude de la marche vêtu de la shendjit et coiffé d'une perruque ronde sur laquelle est fixée la couronne atef. Son bras droit replié sur le torse tient dans la main une hache de guerre tandis que de la main gauche il tient par les cheveux un prisonnier libyen, prostré, les bras ligotés derrière le dos, tandis que le lion apprivoisé du roi passe entre ses jambesVoir sur le même site le groupe statuaire. Le dos de cet ensemble statuaire est soutenu par un pilier dorsal gravé avec la titulature du roi, au sommet duquel est sculpté en ronde bosse un faucon divin qui étend ses ailes d'un geste protecteur vers la couronne atef de Ramsès. Cette statue originale de Ramsès représente un résumé tridimensionnel des grandes scènes de batailles figurées sur les murs des temples. Elle a certainement été commandée après l'action victorieuse du roi contre les pillards libyens qui sévissaient dans toute la Haute-Égypte. Elle est conservée et exposée au Musée de Louxor.
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