Amrit, ou encore Amrith, en arabe : عمريت (Marathos en grec ancien), est un site archéologique phénicien qui se trouve sur la côte, face à l'ancienne cité d'Arouad (ou Arwad), qui occupait une ile et se situait à environ au sud de Tartous en Syrie. Le temple de Melqart disposait d'un bassin alimenté par une source, des nécropoles ont été implantées alentour. Les restes d'un stade remontant à l'époque phénicienne ont également été identifiés.
Découverte et fouilles En 1860 et 1861, l'archéologie Ernest Renan entreprit des fouilles au sein de la cité antique d'Amrit, mettant ainsi au jour un sanctuaire religieux, un village antique et également une nécropole.. Dans les années 1950 , ainsi qu'en 1965, une deuxième et troisième campagnes de fouilles révélèrent l'ensemble de l'aire couverte par le site antique phénicien. De ces mises en lumière, les spécialistes obtinrent une vue d'ensemble et une perspective relativement correctes et purent ainsi établir les plans au sol des vestiges d'Amrit. Les fouilles effectuées en 2003 furent marquées par la découverte d'une galerie et d'un arc monumentaux édifiés par le biais d'une percée à même d'un surplomb rocheux et situés en face de stèles funéraires appartenant à la nécropole royale. Ces vestiges monumentaux syriens sont assignables au .. Plus récemment, en 2005, une quatrième série de fouilles permit de mettre au jour un tombeau que l'on peut attribuer à l'époque hellénistique. Enfin, en 2010, les dernières fouilles, opérées sur le complexe antique urbanistico-religieux sous la direction de Michel Al-Maqdissi, mettent en évidence différents points ayant trait au site d'Amrit, lesquels demeuraient jusqu'alors approximatifs et flous. Notamment, l'analyse du tell, sur lequel repose une partie des vestiges archéologiques, fournit une approche globale et détaillée des différentes étapes de l'histoire du site antique.
Le Tell d'Amrit Le tell est localisé à l'est du sanctuaire appartenant au site d'Amrit. Grossièrement, il se présente sous la forme d'un carré de de côté. Le promontoire artificiel est l'objet d'une analyse stratigraphique poussée au moyen d'une tranchée obtenue par une technique d'excavation circonscrite directement au sein du tell. L'équipe archéologique, sous la houlette de Michel Al-Maqdissi , met en lumière de nombreuses découvertes essentielles à la compréhension de l'histoire et des caractéristiques architecturales du complexe antique d'Amrit. Dans une moindre mesure, le Directeur de l'Archéologie Syrienne nous éclaire également sur l'origine de la forme carrée de la butte artificielle. En faisant appel à une méthodologie par étude comparative, il démontre que cette dernière serait à imputer à une culture de typologie amorite. Il est attesté que le site phénicien n'a jamais subi de développement urbanistique. Les analyses stratigraphiques démontrent également qu'Amrit n'a été l'objet d'aucune sorte de processus d'hellénisation. Dans un second temps, on peut mettre en évidence que le tell, lequel est pourvu de distinctes, recouvre neuf périodes chronologiques différentes. Incidemment, le tell représentant un témoin, voire un échantillon du site d'Amrit, on peut en conclure que ce dernier est gradué de neuf époques s'étalant sur une vaste amplitude chronologique.
Périodes chronologiques du site Factuellement, la mise au jour du tell et l'étude des différentes couches chronologiques permettent d'appréhender une datation approximative de la fondation du complexe antique jusqu'à son abandon : Le début du marque les premières attestations de présence humaine. La deuxième phase chronologique s'échelonne de -2600 à -2500; elle survient au cours du processus dit de deuxième révolution urbaine. Les nombreuses céramiques retrouvées in situ du tell fournissent un indice concret venant étayer ce postulat.. La troisième période chronologique recensée est assignable au début du Cette dernière correspondrait à l'occupation de l'aire du site et de ses alentours, par une dynastie amorite. Les vestiges mis au jour de constructions murales ouvragées au moyen de roches taillées, mais également de tombes s'élevant sous forme de cylindre, témoignent de cette occupation. En outre, la découverte de diverses reliques appartenant à la même époque vient renchérir les édifications architecturales ajourées: des haches caractérisées par leurs ouvertures travaillées au sein de la lame; des céramiques à boire cannelées particularisées par une couche externe façonnée de métal, ou encore des cruches ovales lissées et pourvues d'un aspect brillant. Aux environs de -1500 / -1200, on observe une extension du village d'Amrit. Les nombreux vestiges d'habitats dotés de surface en terre battue, couplés à la présence de poteries autochtones, lesquelles se présentent de manière épurée, lissée et alternant une stylistique figurative à une stylistique de pigmentation. Cette ère chronologique est à attribuer à la prééminence cananéenne au sein de la région dans laquelle Amrit s'inscrit. La cinquième phase a pour occurrence les environs de 1175 av. J.-C. Cette période se matérialise par une strate composée d'éléments charbonneux et relativement mince. D'après Michel Al-Maqdissi , elle serait à mettre en corrélation avec une série d'invasions imputables aux populations méridionales originaires du territoire proche-oriental de l'Amourrou . Factuellement, ces peuples sont très probablement à l'origine de destructions massives de sites phéniciens littoraux, dont celui d'Amrit. La sixième prend place à la conclusion du et au commencement du Celle-ci se distingue par une émancipation géopolitique des comptoirs phéniciens de côte nord-syrienne. Cette modification régionale se concrétise par la présence de maints sites d'extraction pierreuse d'origine calcaire, lesquels possèdent la particularité d'être ajourés . Cette observation illustrerait ainsi un processus dynamique d'édification, d'œuvrement et, par ailleurs de stabilité territoriale. Au cours du Second Âge du fer proche-oriental le site côtier d'Amrit voit s'épanouir une grande activité religieuse, que l'on peut remarquer par le biais de nombreuses ruines d'édifications votives retrouvées in situ du tell et se répartissant également sur l'ensemble du complexe archéologique. Le complexe architectural phénicien devient, à partir de cette époque, un lieu de pèlerinage majeur dont le rayonnement s'étend sur la globalité du littoral Nord-Est méditerranéen. En outre, on peut observer un nouveau dynamisme d'extension du village, quand bien même celui-ci demeure manifestement de typologie proto-urbaine.
Le Sanctuaire d'Amrit Comme nous l'avons remarqué précédemment, le participe d'un essor explicite du potentiel votif du site phénicien. C'est au sein de cette période que le temple d'Amrit est édifié. Le culte de Melqart à Amrit
vignette|gauche|Statue représentant le dieu Melqart/Héraclès, datant du , exposé dans un musée chypriote.
Il est attesté que l'imposant sanctuaire est dédié au dieu Melkart . De nombreuses sculptures de petite taille et divers artéfacts religieux mis au jour in situ d'une favissæ vient créditer et matérialiser cette thèse. Melqart se présente telle une divinité de culture phénicienne, dont les attributions sont essentiellement de type céleste. On s'accorde également à le définir comme étant le dieu protégeant la communauté d'Amrit et, plus généralement, le peuple phénicien et son implantation au sein de la région du littoral méditerranéen. Il est par ailleurs notable que la divinité phénicienne est soumise à un processus d'assimilation par la civilisation grecque, apparaissant sous les traits de la figure panthéonique hellène, Héraclès.. En dépit de cette synthèse théomorphique, au cours du , lequel est notamment l'objet de la conquête du Proche-Orient par Alexandre le Grand et également la mise en place de la dynastie des Séleucides, le culte voué à Melqart sur le site antique d'Amrit est relativement préservé. En outre, le temple qui lui est dédié ne subit aucun remaniement architectural. En revanche, on peut observer une sorte de régression de l'activité cultuelle relative au dieu Melkart, que l'on peut assigner à la fin de la première moitié du Il serait très probable que ladite baisse d'activité soit la conséquence de la destruction partielle du sanctuaire.
Description du sanctuaire S'il on fait abstraction de l'apparente ruine de l'édifice religieux, laquelle est à octroyer à une importante résurgence sismique survenue aux alentours de -150 av. J.-C., ce dernier se présente remarquablement bien préservé et se pourvoit d'une excellente intégrité architecturale en regard des autres différents temples phéniciens mis au jour.. Néanmoins, la reconstitution du complexe cultuel s'élabore essentiellement par extrapolation et sa restauration, compte tenu de sa typologie architecturale originale, demeure contraignante. Les hypothèses et conjectures émises auparavant par la Mission Archéologique Syrienne induiraient à penser que la vie religieuse liée au temple aurait régressé à cette même époque du milieu du L'expertise sismologique permettant d'établir le schéma d'effondrement des différents éléments constituant le sanctuaire vient corroborer ces primes conjectures. De facto, on peut remarquer que les blocs formant le haut des portiques, du portail monumentale et ceux structurant le naos central, gisent disséminés sur l'ensemble de l'aire circonscrite au temple de Melkart, voire au-delà. Le bâtiment religieux phénicien est pourvu d'une importante creusée en terrassement à ablutions, située au centre de ce dernier. La monumentale cuvette hydraulique se présente sous une forme carrée, excavée à même la roche. La face septentrionale de celle-ci, dotée d'une large saillie, vient directement se jouxter avec le val de la rivière courant sur le site antique, la Nahr Amrit. Il est très probable que les pratiquants vouant un culte au dieu Melkart, s’octroieraient un rite de purification par l'eau, in situ de l'excavation rocheuse, et ce à la suite des louanges et dédicaces religieux.
vignette|Sanctuaire de Melqart; on peut observer au centre, au second plan, les ruines du naos.
La construction cultuelle est agrémentée de trois portiques encadrant une cour intérieure. Chacune des trois colonnade se superpose à une sorte de petit gradin à un seul degré recouvrant de large environ. En outre, ces dernières sont munies d'un entablement venant s'y juxtaposer. Les colonnes constituant les portiques comportent des fûts de type quadrangulaire , agrémentés d'une double corniche traditionnelle sculptée et peinte . On peut observer une sorte de vestibule monumental sis en façade du temple, lequel fait office d'accès à la cour intérieure. Au centre du temenos , se tient un genre de cella de taille imposante et pourvue de de hauteur; celle-ci côtoie le bassin à ablution susmentionné. À l'instar de ce dernier, la cella est notablement dépourvue de façade nord la faisant également s'épanouir au-devant du lit du cours d'eau Nahr Amrit. À titre de comparaison, les temples achéménides, tels que celui localisé à Byblos et également celui appartenant au site antique de Sidon, possèdent de réelles similitudes avec le sanctuaire d'Amrit, notamment au regard de la conception des portiques, du vestibule d'entrée de l'enceinte et du monumental ouvrage de terrassement destiné aux ablutions purificatrices. À l'instar des deux temples cités ci-dessus, le complexe votif est essentiellement constitué de blocs de pierre calcaire de couleur ocre clair . De même, la mise en œuvre architecturale globale et la stylistique dont il est pourvu apparaissent relativement épurées.