Henri Duponchel est un décorateur de théâtre, scénographe et metteur en scène français né le à Paris où il est mort le . Directeur général de l'Opéra de Paris, il a également été créateur de costumes et orfèvre.

Biographie Formation Henri Duponchel naît rue des Lombards à Paris de Pierre-Henry Duponchel (vers 1752 - ), quincailler, et de son épouse, née Marie-Geneviève-Victoire Théronenne (morte le ). La famille déménage ensuite rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. Duponchel prend des leçons de dessin auprès de Pierre Guérin (peintre féru de théâtre) qui a également comme élève Eugène DelacroixDion-Tenenbaum 1997, p. 66; Ledru-Rollin & Levesque 1847, p. 543 (date de la mort de sa mère); Whiteley 1998, p. 792 (Guérin).. Duponchel et Delacroix demeurèrent bons amis et, beaucoup plus tard en 1831, Duponchel le recommanda à un diplomate, le comte Charles-Edgar de Mornay (1803-1878)Biographie, sur France Archives., pour l'accompagner en voyage comme dessinateur au Maroc. Duponchel ne connaissait pas personnellement Mornay, mais il était ami avec la maîtresse du comte, l'actrice Mademoiselle Mars. Après son voyage au Maroc, Delacroix composa l'un de ses tableaux les plus fameux, Femmes d'Alger dans leur appartement (1834)Marrinan 2009, pp. 195–196..

Décorateur de théâtre et costumier Certains biographes mentionnent par erreur que Duponchel aurait été élève en architecture à l'École des Beaux-Arts, en le confondant avec Charles-Edmond Duponchel qui a fait des études et des projets pour la délocalisation de l'Opéra de Paris.

Au moment de la mort de son père en 1821, il est décorateur de théâtre.

Plus tard en , Edmond Duponchel a collaboré avec deux architectes reconnus, BotrelJulien-Alphonse Bottrel (vers 1818–1870), élève de Félix Duban (Brault & Du Bois , vol. 3, p. 374). et Crépinet, et il soumet un projet conjoint pour le concours de l'édification du nouvel Opéra de Paris. G. Bourdin écrit un article défavorable dans Le Figaro, soulignant le fait que Duponchel masque ses faiblesses techniques en collaborant avec d'autres architectes plus professionnels. Finalement le projet des trois architectes ne gagne que la deuxième place avec un prix de sur 170 participantsLa participation de Duponchel n'est pas officielle, et il n'est pas mentionné sur les dessins lorsqu'ils sont reproduits par César Daly dans la Revue générale de l'Architecture et des Travaux publics, vol. 19 (1861) dessin 48. Dion-Tenenbaum 1997, p. 66, cite G. Bourdin le 14 février 1861, p. 3 et Jacques 1986, p. 26, parmi d'autres. Le premier concours du nouvel édifice de l'Opéra de Paris (connu plus tard comme le Palais Garnier) est annoncé le 30 décembre 1860 et se termine le 31 janvier 1861. Des projets préliminaires sont demandés (appelés à indiquer . Le concours est ouvert aussi bien aux amateurs qu'aux professionnels (Mead 1991, p. 60). Charles Garnier est finalement choisi après un deuxième concours plus exigeant, plus tard dans l'année (Mead 1991, pp. 76–78)..

Duponchel commence sa carrière comme décorateur. À la fin de l'année 1818, il s'associe avec un jeune architecte du nom de Léonard-Ferdinand Verneuil, mais son rôle exact n'est pas clair. Le beau-père de Verneuil est directeur du théâtre de la Porte-Saint-Martin, ce qui va avoir une grande importance pour l'avenir de Duponchel.

Un Duponchel aurait aussi collaboré avec Camille Piron pour le projet de l'hôtel particulier du baron James de Rothschild, et il est entendu qu'il est au minimum l'auteur du décor néoclassique de la salle de bal et du décor néo-pompéien de la salle de billard. Pierre Cicéri et Lebe-Gigun, peintres de décors de scène à l'Opéra, exécutent les peintures décoratives ; ils vont marquer la carrière future de Duponchel. De même, Duponchel devient un obligé du baron. Toujours associé de Piron, Duponchel réalise en 1821 une décor néo-pompéien pour l'hôtel de l'acteur Talma rue de la Tour-des-Dames. En 1826, il supervise la construction d'un petit hôtel particulier fort élégant dans le style de la Renaissance italienne qui est situé entre le jardin et la cour de l'hôtel de Bourrienne, rue d'HautevilleDion-Tenenbaum 1997, pp. 66–67..

Scénographe et décorateur de théâtre

Duponchel travaille dans la scénographie à la Comédie-Française, où en 1827 il collabore en tant que créateur des costumes avec Cicéri comme auteur de la scénographie pour un décor du XVe siècle dans la pièce de Jean-Marie Mély-Janin, Louis XI () Carlson 1972, p. 61.. Aussitôt après, Duponchel rejoint Cicéri à l'Opéra. Le , il invente une nouvelle tradition à l'Opéra en jetant une couronne de roses blanches au tomber de rideau de Marie Taglioni pour sa sixième représentation, et représentation finale, du ballet Le SicilienBallet créé le 23 juillet 1827 ; c'est en effet la première fois que des fleurs sont jetées sur scène à l'Opéra Carlson 1972, pp. 72–73; Guest 2008, pp. 121–122..

Duponchel devient aussi metteur en scène et travaille à presque toutes les représentations de l'Opéra de 1828 à 1849, débutant avec La Muette de Portici d'AuberHuebner 1992.. Il travaille entre autres pour La Juive d'HalévyChouquet 1873, p. 398., Les Huguenots de Meyerbeer (la production coûte la somme énorme de Chouquet 1873, p. 399.), Le Prophète de Meyerbeer, etc. Alphonse Royer le nomme l'. Duponchel fait preuve d'imagination et d'innovation en introduisant notamment la , ce qui n'était pas habituel à l'Opéra, et sa collaboration avec Cicéri pour le Ballet des religieuses mortes de Filippo Taglioni à l'acte III de l'opéra de Meyerbeer, Robert le diable, reçoit les louanges du public en 1831. Marie Taglioni danse alors Héléna, la mère supérieureD'après Brozoska 2003, p. 190, Marie Taglioni a assuré six représentations, puis elle a été remplacée par Louise Fitzjames qui a dansé ensuite ce rôle à 232 reprises. Guest 2008, p. 208, indique que la Taglioni l'a dansé à sept reprises, après quoi son rôle a été repris par Pauline Duvernay. Carlson 1972, p. 75, spécifie que la chorégraphie du ballet est due à Jean Coralli, mais Brozoska et Guest assurent que la chorégraphie est de Filippo Taglioni. Guest, p. 209, mentionne que Coralli aurait plutôt été l'auteur de la chorégraphie du divertissement de l'acte II. Carnegy 2006, pp. 15–16.. Le scénario du ballet est en fait dû à la suggestion de Duponchel qui avait voulu remplacer le lieu du mont Olympe, prévu au départ. Duponchel introduit aussi des innovations techniques, comme un système de trappes à l'anglaise qui permet aux fantômes d'apparaître ou de disparaître subitement. Cette scène devint si célèbre que l'on se la remémora jusqu'à la fin du siècle. Même Meyebeer se plaignit qu'à cause du succès de la mise en scène, sa musique n'était plus qu'à l'arrière-plan Carlson 1972, p. 75.. La presse inventa même le terme de en référence à des mises en scène un tant soit peu excessives Carlson 1972, p. 84.. Duponchel collabora aussi avec Edmond Cavé à l'écriture du livret de La Tentation, ballet-opéra d'Halévy, datant de 1832 Smith (2003), 102 et n. 19.

Directeur de théâtre

Parmi les positions tenues par Duponchel à l'Opéra, il est nommé inspecteur du matériel de la scène (1829–1831), puis directeur de la scène (1831–1835). Après le départ de Louis Véron en 1835, Duponchel se retrouve seul directeur le et co-directeur avec Édouard Monnais à partir du Williams 2003, pp. 429; Lacombe 2003, p. 27.. La période de l'après-Véron est difficile d'un point de vue financier pour l'Opéra car les subventions accordées par l'État tombent de par an à . Duponchel s'associe avec le marquis de Guadalquivir qui l'aide à combler le déficit. Il prend ensuite comme co-directeur Léon Pillet le , mais les deux hommes se querellent et Duponchel démissionne, retournant à son ancienne position de directeur de la scène, en . Le marquis meurt en 1842, ce qui provoque encore des difficultés d'argent, tandis que Pillet met en avant sa maîtresse, la cantatrice Rosine Stoltz, en lui donnant des rôles de premier plan, ce qui crée des dissensions au sein de la compagnie et des remous dans le public. Il est attaqué dans la presse et avec les pertes financières il est obligé de démissionner en . Duponchel rejoint l'administration de l'Opéra dans une co-direction avec Nestor Roqueplan. Duponchel démissionne de l'Opéra en Gerhard 1998, pp. 34–35; Carlson 1972, p. 79 (1841 retour en tant que directeur de la scène)..

Les premières sous la direction de Duponchel en tant que directeur de l'Opéra sont les suivantesCette information est tirée de l'ouvrage de Pitou 1990, pp. 1428-1431.: Première direction ( – ) Les Huguenots de Meyerbeer, grand opéra en 5 actes () La Fille du Danube d'Adam, ballet-pantomime en 2 actes () La Esmeralda de Louise Bertin, grand opéra en 4 actes () Stradella de Niedermeyer, grand opéra en 5 actes () Guido et Ginevra d'Halévy, grand opéra en 5 actes () Benvenuto Cellini de Berlioz, opéra en 2 actes () Le Lac des fées d'Auber, grand opéra en 5 actes () Les Martyrs de Donizetti, grand opéra en 4 actes () La Favorite de Donzetti, grand opéra en 4 actes () Le Freyschutz de Weber, opéra romantique en 3 actes adapté par Berlioz ()La première en allemand de l'opéra de Weber a été jouée le 18 juin 1821 à Berlin. Le livret a été traduit pour l'Opéra de Paris en français par Émilien Pacini et Hector Berlioz. Berlioz a composé des récitatifs pour remplacer le dialogue parlé et a arrangé certaines partitions de Weber pour le ballet-divertissement, incluant des extraits de sa musique de Preciosa et de son opéra Obéron. Berlioz a également orchestré le morceau de piano de Weber Invitation à la danse (Holoman 1992, p. 435). Cette production est connue comme étant plus fidèle à l'originale que la précédente adaptation française de Thomas Sauvage et Castil-Blaze, sous le nom de Robin des Bois, qui a rencontré un grand succès dans toute la France. Cet opéra a également été joué en allemand au Théâtre-Italien en 1829. Cf Walsh 1981, pp. 58-59, 215. Giselle d'Adam, ballet fantastique ballet en 2 actes () Seconde direction ( - ) Jérusalem de Verdi, grand opéra en 4 actes () Le Prophète de Meyerbeer, grand opéra en 5 actes ()

Il co-dirigea durant quelques années le théâtre du Vaudeville avec Dormeuil.

Orfèvre

Le , après sa démission en tant que directeur de l'Opéra, Duponchel signe un contrat avec l'orfèvre et lapidaire, Jean-Valentin Morel. Duponchel apporte ainsi des fonds importants et redonne du dynamisme à cette entreprise. L'apport de capital est dû à la vente de ses lettres patentes (privilège) en tant que directeur de l'Opéra à Léon Pillet d'un montant de . S'étant rendu à Londres en 1825, 1836 et 1838, il était convaincu que l'orfèvrerie en France pouvait avoir le même élan qu'en Angleterre. La nouvelle boutique installée au 39 rue Neuve-Saint-Augustin et intitulée Morel & Cie, rencontre un grand succès. Morel reçoit une médaille d'art à l'Exposition de 1844Dion-Tenenbaum 1997, pp. 68-69..

Cependant à la fin de l'année 1846, des dissensions surgissent entre les deux associés, et aboutissent à un procès intenté par Duponchel qui provoque la dissolution du partenariat, et lui donne l'entière propriété de l'entreprise et de la marchandise. Morel est interdit d'exercer à Paris et déménage ses affaires à Londres où il s'associe avec le fils de Fossin, JulesDion-Tenenbaum 1997, pp. 69-70. Master Jewelers at christies.com. Entre-temps Duponchel retrouve son poste de directeur à l'Opéra, qu'il conserve jusqu'au , sans abandonner l'orfèvrerie avec d'autres associés, comme il est mentionné à l'Exposition de 1849Dion-Tenenbaum 1997, pp. 70-71. L'Illustration (4 août 1849) à propos des objets de métal précieux que Duponchel expose cette année-là: .