Le palais BourbonOn écrit « palais Bourbon » (avec une minuscule) quand on parle du lieu, et « Palais-Bourbon » (avec un trait d'union et double majuscule) lorsqu’on désigne par métonymie l’institution de la République qu'est l’Assemblée nationale. Mais ce n'était pas l'avis de Jean Girodet, qui stipule dans Pièges et difficultés de la langue française (Bordas, 1988), , à propos du mot palais, qu'il faut deux majuscules et un trait d'union en toutes circonstances : « Avec deux majuscules et sans trait d'union : Le Grand Palais, le Petit Palais (édifices parisiens) ; — Avec deux majuscules et un trait d'union : Le Palais-Bourbon, le Palais-Royal (édifices parisiens). » est le bâtiment qui abrite depuis 1879 l'Assemblée nationale française, situé sur le quai d'Orsay dans le de Paris, dans l’enfilade du pont de la Concorde et de la place de la Concorde. L'hôtel du ministre des Affaires étrangères est mitoyen, mais les deux ensembles architecturaux ne communiquent pas. Il est gardé par le d'infanterie de la Garde républicaine.
Ce site est desservi par les stations de métro Assemblée nationale, Concorde et Invalides.
Histoire Palais des ducs de Bourbon Aménagement d'une demeure princière Le palais Bourbon a été édifié sur commande de Louise-Françoise de Bourbon, Mademoiselle de Nantes, fille légitimée de et de Madame de Montespan, pour servir de résidence. La duchesse de Bourbon était l'épouse de , prince de Condé.
Le palais Bourbon et l'hôtel de Lassay (résidence actuelle du président de l'Assemblée nationale), furent édifiés simultanément, de 1722 à 1728, sur des terrains acquis par la duchesse de Bourbon en 1720 et dont elle céda une partie à son amant, le marquis de Lassay. Quatre architectes se succédèrent : Giardini, Pierre Cailleteau dit Lassurance, tous deux prématurément décédés, puis Jean Aubert et qui termina les travaux en 1728. Le même parti architectural, dit « à l'italienne » caractérisait les deux bâtiments : construction de plain-pied entre cour et jardin. Le Palais achevé en 1728, qui rappelait par son style le Grand Trianon, fut considéré au comme « le plus grand ornement de la ville après les maisons royales ».
Après la mort de la duchesse, le palais fut acquis par , qui le céda en 1764 au prince de Condé. Celui-ci confia à Le Carpentier puis à Bélisard de vastes travaux d'agrandissement : la cour d'honneur fut entourée de bâtiments prolongés à l'ouest jusqu'à l'hôtel de Lassay qui avait été racheté en 1768 aux héritiers du marquis.
Les Petits Appartements adossés aux remises et écuries furent construits en 1771 et 1772 pour Louise-Adélaïde, l'une des filles du prince de Condé. De ceux-ci, d'Oberkirch, après la visite qu'elle fit en 1784, a écrit : « C'est un bijou, M. le Prince de Condé en a fait le plus joli colifichet du monde ». Le palais a alors la forme d’un vaste palais dans le style du Grand Trianon à Versailles et proche de l'hôtel de Lassay, construit simultanément et auquel il va bientôt être rattaché par une galerie.
Le palais demeura la propriété des princes de Condé, ducs de Bourbon jusqu'à la Révolution française. Sous la Restauration, le prince de Condé voulut récupérer son bien, reprit possession de l'hôtel de Lassay, mais fut obligé de louer le Palais transformé en hémicycle à la Chambre des députés « par un bail de trois ans ». L’État devint définitivement propriétaire du palais Bourbon en 1827 et de l'hôtel de Lassay en 1843.
Un bien national ayant émigré après le , le palais Bourbon fut confisqué en 1791 et déclaré bien national. Il abrita quelques mois une prison (« Maison de la Révolution »)Morgane Bertrand, « Saint-Germain : le faubourg déserté », , in « Votre quartier sous la Révolution », Le Nouvel Obs - Paris - Île-de-France, , semaine du 5 au 11 avril 2007, . puis, en 1794, la future École polytechnique avant d’être affecté au Conseil des Cinq-Cents par décret du .
Palais de la chambre basse Aménagement du siège de la chambre basse vignette|La galerie des fêtes ornée de peintures de François-Joseph Heim.
Les travaux d'aménagement d'une salle des séances durèrent jusque 1798. Les Cinq-Cents ne s'y installèrent que le . Le palais Bourbon fut dès lors affecté à la chambre basse du parlement sous les différents régimes : Conseil des Cinq-Cents, Corps législatif, Chambre des députés, Assemblée nationale.
En 1800, l'architecte Bernard Poyet est chargé de repenser la façade nord du palais, côté Seine. Il s'inspire des travaux en cours de l'église de la Madeleine pour réaliser une façade néo-classique avec une colonnade.
Un hémicycle est alors aménagé par les architectes Jacques-Pierre Gisors et Étienne-Chérubin Leconte : de cette première salle des séances il ne reste aujourd’hui que le « perchoirDessiné par le peintre Jacques-Louis David, ce fauteuil est connu pour être le siège le plus inconfortable de l'hémicycle mais a l'avantage de pivoter sur lui-même. Il n'est pas plus haut que son dernier rang, symbolisant le fait que le président de l'Assemblée n'est pas au-dessus des autres députés, et "reste un député comme les autres". Le président dispose, comme ses collègues, d'un boîtier pour voter sur son pupitre, mais il est d'usage qu'il ne s'en serve que sur les textes importants. Multifonction, ce boîtier possède des boutons supplémentaires pour prévenir les services de la séance à l'avance ou couper le micro des députés aux interventions trop longues. Terme péjoratif selon Alain Rey, son origine reste floue et il est devenu peut-être populaire à la suite de la publication en 1850 d'un ouvrage satirique, L'Assemblée nationale comique, qui affirme que le député Mortimer Ternaux « est beau à la tribune comme le cacatoès sur son perchoir ». . » et la « tribune ». En 1809, l'hôtel de Lassay et le palais sont reliés par une galerie en bois transformée en galerie des fêtes en 1848Le jour de l'ouverture de la session, le président de l'Assemblée nationale traverse cérémonieusement cette galerie entre une double haie de tambours de la Garde républicaine pour rejoindre l'hémicycle.. À la Restauration, le palais ainsi que l’hôtel de Lassay sont officiellement restitués au prince de Condé, mais celui-ci est forcé de louer par un « bail de trois ans » le palais à la Chambre des députés, avant que l'État n'en devienne définitivement propriétaire en 1827.
C'est entre 1827 et 1832 que le palais prend, dans son organisation intérieure, sa physionomie actuelle sous la direction de l'architecte Jules de Joly. Ces travaux comprennent alors : l'édification d'un nouvel hémicycle (conservé jusqu’à nos jours, quoiqu'ayant subi plusieurs modifications pour supporter les variations du nombre de députés au gré des différentes constitutions), l'avancement de la façade sud (côté cour) qui a permis de créer trois salons et l’édification de la bibliothèque, accolée à l'aile Est et décorée par le peintre Eugène Delacroix. Du bâtiment originel subsistent dans l'hémicycle un certain nombre d'éléments : notamment le fauteuil du président de la chambre (dessiné par Jacques-Louis David pour le frère de l’empereur, Lucien Bonaparte)Béatrice Houchard, « Le cœur de la démocratie bat encore dans l’Hémicycle », Le Figaro, 2 août 2011, p. 4. et le bas relief L’Histoire et la renommée, par François-Frédéric Lemot.
De 1848 à 1851, l'assemblée de la Deuxième République, comportant 900 constituants puis 750 députés, s'installe dans la « salle de carton », un bâtiment provisoire rectangulaire construit dans la cour d'honneur.. Ses dimensions permettent d'accueillir une assemblée exceptionnellement nombreuse, mais ses travées étroites, sa mauvaise acoustique et les difficultés de circulation compliquent le déroulement des séances et des scrutins : les bulletins de vote circulent parfois par rangées avant d'être déposés dans l'urne, ce qui favorise le vote pour des représentants absentsAurélien Laparro, Quand les députés ne votaient pas eux-mêmes, 1876-1958 : entre absents, présents, boîtiers et votes de groupe, Paris, Hémisphères éditions, 2025, .. Cette salle est envahie durant la manifestation du 15 mai 1848. Le coup d'État du 2 décembre 1851 entraîne la réduction du nombre de députés à 261 dans le Corps législatif du Second Empire, et donc leur retour dans l'hémicycle et la destruction de la salle de carton
Le bâtiment n'a pas subi de modifications majeures depuis lors, seulement des rajouts : redevenu une propriété de l’État en 1843, l’hôtel de Lassay est alors alloué au président de la chambre basse et relié au palais par une grande salle des fêtes. au , les combles ont été aménagés pour gagner de nouveaux espaces de travail, tandis qu'une usine électrique, des parcs de stationnement souterrains et une régie audiovisuelle ont été installés. la mise en place d’une « cité Assemblée nationale » qui couvre aujourd’hui une surface au sol de pour près de , elle comprend, outre le palais Bourbon, trois immeubles réservés aux bureaux des députés et de leurs collaborateurs (l'immeuble Chaban-Delmas, bâtiment de huit étages et cinq niveaux en sous-sol relié au palais par un passage souterrain et construit en 1974, au 101 rue de l'Université, un autre boulevard Saint-Germain, acquis en 1986, et un dernier, acheté en 2002, rue Aristide-Briand). Ces immeubles abritent les bureaux-chambres de la majeure partie des députés, une grande salle de conférence, des salles de réunions, un restaurant La bannière tricolore est montée derrière le « perchoir » sur une hampe d'or à fer de lance (militaire) fixée au mur, en contrebas du bas-relief La France répandant son influence sur les Sciences, les Arts, le Commerce et l’Agriculture, œuvre de Jean-Baptiste Roman. Le premier drapeau à être installé était bordé d'une frange dorée et ornée en sa bande blanche centrale d'une marque spécifique : les lettres RF (acronyme de République française) entourées d'une couronne de feuilles de chêne et de laurier. Le , le président de l'Assemblée, Jean-Louis Debré, fait installer un drapeau européen dans l'hémicycle pour la première fois dans l'histoire parlementaire française. Son successeur, Bernard Accoyer, le fait installer sur la même hampe que le drapeau français, c'est-à-dire à une hauteur équivalente par rapport à l'étendard national. Bernard Accoyer avait pourtant déclaré au lendemain de son élection que le drapeau national devait prévaloir. Sa présence est dénoncée en 2017 par les députés de La France insoumise. Leur amendement visant à obtenir son retrait est repoussé. Quelques jours plus tard, la France devient le à reconnaître le drapeau européen en se joignant à la déclaration dans une lettre adressée par le président français Emmanuel Macron au président du Conseil européen Donald Tusk.
L’hémicycle
vignette|Rue de l'Université inondée devant l'entrée de la Chambre des députés. L’hémicycle est surélevé, à l’inverse du palais : ainsi, pendant la crue de la Seine de 1910, la salle n’est pas inondée et les députés continuent à siéger. Il est bordé côté cour d'honneur par les salons Pujol (décoré en trompe-l'œil, ses peintures teintées en grisaille représentent les capitulaires de Charlemagne, la loi salique et Louis-Philippe prêtant serment à la Charte constitutionnelle du 14 août 1830), Delacroix et Casimir-Périer.
L’hémicycle comporte des sièges de velours rouge. 64 sièges sont décorés d'une plaque commémorative d'un parlementaire illustre ayant siégé à cette place. En , les députées élus en 1945 Marie-Claude Vaillant-Couturier, Marie-Madeleine Dienesch et Rachel Lempereur sont les premières femmes à avoir cet honneur initialement réservé aux morts pour la France, puis, depuis 1994, les anciens présidents de la République, Premiers ministres et présidents du Conseil).
Les Assemblées y ayant siégé