thumb|Le martyre de Pierre Truong Van Duong ; de Pierre Vu Van Truat et de Paul Mi.|382x382px Les Martyrs du Vietnam (en vietnamien : Các Thánh Tử đạo Việt Nam), également connus sous le nom de : Martyrs du Tonkin ; Martyrs de l'Annam ; Martyrs de l'Indochine, réunit un groupe de 117 saints catholiques.

Ils ont été canonisés par le pape Jean-Paul II le .

Béatifications et canonisations groupées de martyrs Le culte individuel des martyrs chrétiens est né dès le en Orient et à partir du en Occident. Progressivement, il se répand au-delà des lieux où ces hommes et ces femmes sont morts pour leur foi. Avant le , les béatifications et canonisations groupées sont très rares, excepté la béatification des martyrs d'Otrante par Clément XIV en 1771.

Ce sont Léon XIII mais surtout Pie X qui sont à l'origine des béatifications groupées de martyrs dont celle des martyrs d'Indochine en 1900 et 1906 et, à leur suite, Benoît XV avec celle, par exemple, des martyrs de Prague. Ces béatifications groupées sont souvent significatives de l'Église missionnaire dans le monde. Jean-Paul II perpétue cette mémoire collective des martyrs et il s'attache, lors de ses visites pastorales, à des pays où il se rend, tout en veillant . Dans les années 1980, il innove en célébrant ces béatifications ou canonisations hors de Rome dans les pays de mission que sont l'Ouganda, la Chine, la Corée, le Vietnam ou la Thaïlande..

Contexte historique

Les premiers missionnaires arrivent au Vietnam à la fin du . Ils sont espagnols, portugais et français mais aussi japonais, des communautés chrétiennes japonaises s'étant exilées dans la péninsule pour fuir la persécution. Dans les premières décennies du , le christianisme se répand progressivement. En 1627, une église est ouverte à Hanoï. Le prêtre Alexandre de Rhodes, qui apprend rapidement le vietnamien, y prêche plusieurs fois par jour. Se faisant comprendre de la population, il élargit rapidement son auditoire et une opposition à son apostolat commence à se manifester. Les chrétiens, dont les rites sont mal interprétés, font l'objet d'un certain ostracisme. Cependant le Vietnam ne connaît pas de martyrs. Mais à la suite d'un conflit qui éclate sur la question de la polygamie, un édit royal interdit en 1630 la doctrine chrétienne . Dans les milieux populaires, les nouveaux chrétiens, par obéissance à la discipline catholique, ne gardent qu'une épouse et renvoient les autres dont certaines se plaignent ouvertement. Alertées, les concubines des seigneurs du Sud et du Nord mais aussi leurs eunuques, qui se sentent menacés dans leur raison d'être, reprennent ces griefs à leur compte. Le chrétien est alors perçu comme qui porte atteinte à l'ordre social dont les souverains sont les garants.

Le premier vietnamien à être supplicié pour sa foi est un jeune catéchiste de , fils de paysan, nommé André de Phú Yên, qui est percé de coups de lance et décapité le . Alexandre de Rhodes, qui l'avait baptisé, est arrêté, dans un premier temps condamné à mort puis peu après banni à perpétuité.. Malgré cet impitoyable avertissement, les conversions au christianisme se multiplient. Un clergé autochtone est formé qui n'est pas seulement l'auxiliaire du clergé européen mais qui le remplace lorsque cela s'avère nécessaire. Parallèlement, des postulantes à la vie religieuse du Tonkin se manifestent auprès du premier évêque de la Cochinchine, Pierre de La Motte. Il fonde leur communauté en 1670 en leur donnant le nom d'Amantes de la Croix : cette congrégation, qui a joué un dans le soutien à la christianisation du Vietnam, compte pas moins de qui ont donné leur vie pour la foi catholique.

Dès le commence donc l'ère des persécutions, parfois entrecoupée de périodes plus calmes dues à un empereur bienveillant ou à des intérêts commerciaux ou politiques. Ainsi, par exemple, sous le règne de Gia Long (1788-1820) qui tolère le christianisme, l'Église est préservée des persécutions mais ses trois successeurs se livrent, à partir de 1824, aux pires exactions possibles à l'encontre des chrétiens. Ces persécutions n'ont plus lieu entre 1858 et 1885 sous la période française, reprennent en 1885 lors de l'insurrection contre le protectorat français et s'arrêtent à nouveau jusqu'au départ de la France en 1954 et la division du Vietnam en deux parties.. gauche|vignette|Carte de la péninsule indochinoise (1764) Au Vietnam entre le , entre et catholiques ont été tués pour leur foi et des milliers torturés, emprisonnés ou exilés. Cette persécution a duré , soit douze années de plus que dans l'Empire romain. Selon les statistiques de l'époque, il apparaît que ont été publiés contre les chrétiens par les seigneurs Trinh et Nguyen, infligés sous la dynastie Tây Sơn entre 1771 et 1802, infligés sous le règne des empereurs Minh Mạng, Thiệu Trị et Tự Đức entre 1820 et 1883 et infligés lors du mouvement Van Than (appelé aussi révolte des lettrés) de 1885 à 1886.. Après les premières interventions européennes sur la situation de la chrétienté vietnamienne au milieu du , les accusations portées contre les chrétiens s'amplifient . Pourtant .

Ces martyrs de la Foi .

Quatre séries de béatifications Au , dans cette foule de héros connus et inconnus, 117 personnes exécutées pour leur foi ont été choisies et élevées.. Ces martyrs sont en grande majorité des Vietnamiens, au nombre de 96 (37 prêtres - dont 11 dominicains - 1 séminariste, 16 catéchistes, 42 laïcs) mais aussi des Espagnols, au nombre de 11 (6 évêques, 5 prêtres dominicains) et des Français, au nombre de 10 (2 évêques, 8 prêtres des Missions étrangères de Paris.).

Parmi ces 117 martyrs, une seule femme : Agnès Lê Thi Than.

Béatifications du Léon XIII, premier pape à recourir aux béatifications groupées pour les martyrs des terres de mission, a décidé en 1900 d'élever un premier groupe de martyrs du Tonkin et de la Cochinchine. Dans son décret sur le doute du , il rappelle aux cardinaux chargés d'instruire la cause ..

Cette première liste comprend sept membres des Missions étrangères de Paris : un évêque du Tonkin, Pierre Dumoulin-Borie, le pro-vicaire général de Cochinchine, François-Isidore Gagelin et cinq prêtres (Joseph Marchand, François Jaccard, Jean-Charles Cornay, Jean-Louis Bonnard et Augustin Schoeffler). Y figurent aussi trois Espagnols, tous dominicains : les évêques Dominique Henares et Clément Ignace Delgado Cebrian et le prêtre Joseph Fernandez.. Les sont vietnamiens, qu'il s'agisse de membres du clergé local, tels Emmanuel Nguyen Van Trieu, exécuté à la fin du et Pierre Lê Tuy, exécuté dans le deuxième quart du ou de simples laïcs tels Simon Hoa et Paul Duong.

Béatifications du Le successeur de Léon XIII, Pie X, a poursuivi son dessein en 1906 en béatifiant ensemble huit dominicains dont les causes ont été portées par deux vicariats apostoliques distincts. La plupart sont espagnols comme les évêques Jérôme Hermosilla, Valentin Berrio Ochoa et Pierre Almató exécutés le même jour ou les prêtres François-Gil de Frederich et Mathieu Alonso de Leciniana.. Mais certains sont vietnamiens, qui adhéraient à la règle de l'Ordre, tel le catéchiste Joseph Nguyen Duy Khang, disciple de l'évêque Hermosilla, qu'il suivit dans le martyre..

Béatifications du Trois ans plus tard, Pie X a prononcé la béatification d'un troisième groupe de martyrs. Au nombre de vingt, ces martyrs sont de trois nationalités. Pie X complète sa précédente série de béatifications avec deux autres dominicains l'un espagnol, le prêtre Hyacinthe Castañeda et l'autre vietnamien, le prêtre Vincent Lê Quang Liêm. Sont aussi élevés trois missionnaires français, engagés dans les Missions étrangères de Paris : l'évêque Étienne-Théodore Cuenot et les prêtres Théophane Vénard et Pierre-François Néron. Ce groupe comprend la seule femme des canonisés par Jean-Paul II : une mère de famille nombreuse, torturée et exécutée pour avoir caché un prêtre. Elle comprend aussi des prêtres et laïcs vietnamiens, tels le prêtre Pierre Doan Cong Quy. et le laïc Emmanuel Lê Van Phung exécutés le même jour.

Béatifications du 28 avril 1951 Pie XII était très attaché à la cause des martyrs. Sur les 164 bienheureux qu'il a proclamés au long de son pontificat, 125 sont des martyrs. Après avoir condamné en 1949 le caractère athée de la doctrine communiste et interdit aux catholiques de participer à des organisations communistes, Pie XII complète les séries de béatifications de ses deux prédécesseurs en . Cinq mois plus tard les évêques du Viet Nâm publient une lettre pastorale reprenant les termes du décret du Saint-Siège.. Pie XII ajoute à la liste des béatifiés du Viet Nâm. Dans son discours du aux pèlerins vietnamiens, espagnols et français venus en foule à Rome, il explique que ces 25 martyrs sont des , des de saint Dominique avec, à leur tête, deux évêques dominicains espagnols Joseph Marie Diaz Sanjurjo et Melchior Garcia Sampedro Suarez, des prêtres et des tertiaires de l'Ordre des Prêcheurs natifs du Viet Nâm et des laïcs , attestant leur filiation spirituelle..

Représentativité Les béatifiés ont fait le sacrifice de leur vie entre 1745, un an après le supplice du protomartyr du Viet Nâm, le catéchiste André de Phú Yên, béatifié par Jean-Paul II en 2000, et 1862, année où fut signé par l'empereur, en juillet, le traité d'amnistie partielle. Pour autant, des massacres de chrétiens ont eu lieu par la suite, notamment en 1885-1886. Au siècle suivant, les persécutions légales ont repris en 1954 dans le Nord-Viet Nâm.

Sur la période considérée, deux martyrs ont versé leur sang sous le règne de Trinh Doanh (1740-1767), deux sous le règne de Trinh Sam (1767-1782) et deux sous le règne de Canh Thinh (1782-1802) au . Au siècle suivant, la persécution générale des chrétiens commence véritablement avec le premier édit de 1833, année où François-Isidore Gagelin se livre de lui-même au mandarin du Binh Dinh, espérant ainsi mais en vain préserver sa communauté chrétienne. Les catholiques sont sommés de fouler la croix et d'apostasier. La répression est très forte et 58 des martyrs exécutés le sont sous le règne de Minh Mạng (1820-1841). Un répit relatif a lieu sous le règne de Thiệu Trị (1841-1847) avec trois martyrs. Les édits de Minh Mang n'ont pas été pour autant abrogés. Après avoir donné à l'avènement de son règne une amnistie générale dont les chrétiens ont bénéficié, Tự Đức (1847-1883) publie un an après un nouvel édit de persécution concernant les seuls missionnaires étrangers, passibles de mort, puis un nouveau décret en 1851, beaucoup plus sévère, qui est appliqué aux Vietnamiens. Cette période sanglante donne lieu à la béatification de .

La diversité des modes de mise à mort de ces 117 martyrs témoigne de la cruauté des bourreaux et du courage héroïque des suppliciés : selon le site du Vatican 75 d'entre eux sont condamnés à la décapitation, 22 à l'étranglement, 6 à être brûlés vifs, 5 à l'écartèlement. Neuf sont morts en prison des suites des tortures ou des punitions corporelles qui leur avaient été infligées, ce qui est le cas de la seule martyre retenue pour la béatification, frappée à coups de verge pour n'avoir pas voulu fouler la croix. Le sort le plus cruel est réservé en 1835 au missionnaire français Joseph Marchand, condamné à subir le supplice des cent plaies avant d'être décapité..

Le Saint-Siège a sélectionné parmi la des martyrs du Viet Nâm ceux dont la vie a pu être reconstituée et dont le martyre a été constaté. Et parmi eux, elle a choisi comme chef du groupe le prêtre André Dũng-Lạc, en raison du culte qui lui est voué dans son pays et de la constance de sa foi tout au long de sa vie. Les prêtres et les laïcs sont représentés presque à égalité. Les 59 laïcs, vietnamiens, étaient des gens du peuple, en général pères de famille, exerçant divers métiers comme ceux de pêcheur, de guérisseur traditionnel ou encore de soldat. De toute condition et de tout âge, ils représentent, avec la mère de famille, Agnès Lê Thi Than, tous ceux qui ont ..