thumb|upright=1.2|Jérusalem au VI s. sur la carte de MadabaLe pèlerinage de Jérusalem est l'un des principaux pèlerinages juif, chrétien et musulman, qui s'inscrit dans l'Antiquité et draine 80 % du 1,9 million de touristes en Israël en ce début du Noam Shoval, « Tourism Development in Jerusalem 1967-2005 », in D. Bar and E. Meiron (eds.), Planning Jerusalem Revisited. Jerusalem, Yad Itshak BenZvi, 2009, p. 390.

Antiquité La Bible hébraïque / l'Ancien Testament institue l'usage des fêtes de pèlerinages (Shalosh Regalim) pour Pessa'h (fête de la Libération), Chavouot (fête de la Moisson et du don de la Loi) et Soukkot (fête des Cabanes) en se rendant à Jérusalem.

Elles sont pratiquées jusqu'à la chute du Temple de Jérusalem, en 70 de l'ère chrétienne, lors de la prise de la ville par les Romains sur les Juifs de Judée, entraînant la destruction quasi complète de Jérusalem par l'empereur TitusLa « Maison brûlée » (HaBait HaSaruf ) ou « Maison de Katros » (car appartenant alors à la famille Katros), retrouvée après 1967 sous plusieurs mètres de cendres, est un vestige domestique de la destruction de Jérusalem, que le touriste peut visiter au cœur de la vieille ville..

Sources Livre de l'Exode :23:14-17 : Trois fois par année, tu célébreras des fêtes en Mon honneur. (...)

Trois fois par année, tous les mâles se présenteront devant le Seigneur, l'Éternel.

34:18-23 : (...) Trois fois par an, tous les mâles se présenteront devant le Seigneur, l'Éternel, Dieu d'Israël.Livre du Deutéronome :16:16 : Trois fois par année, tous les mâles d'entre vous se présenteront devant l'Éternel, ton Dieu (...)

Tant qu'ils l'ont pu, les Juifs se rendaient à Jérusalem trois fois par an, pour ces jours saints. L'Évangile de Jean (2, 13 et 5,1) fait état des pèlerinages de Jésus à Jérusalem pour la Pâque juive (Pessa'h) et Luc, dans Actes des Apôtres, indique : « Or, il y avait, séjournant à Jérusalem, des Juifs, des hommes pieux venus de toutes les nations qui sont sous le ciel... », à l'occasion du pèlerinage pour la fête de Chavouot (Pentecôte).

Après la destruction du Second Temple et l'exil forcé d'un grand nombre d'entre eux, le pèlerinage cesse de facto d'être une obligation, et ne se tient plus à une échelle nationale. Durant les offices synagogaux, les passages relatifs à la fête observée sont lus à haute voix dans un Sefer Torah sur la bima (« autel »), et en marquent le point crucial.

L’usage chrétien de se rendre en pèlerinage sur les lieux mêmes de la vie terrestre du Christ remonte à Méliton de Sardes qui se rend en Palestine durant la deuxième moitié du (vers 160) et dont le voyage a pour but spécifique la recherche sur le canon des Écritures saintes.

Bien que les Juifs soient interdits de séjour dans leur ville, une communauté juive se réinstalle dans la ville dès le .

Pèlerinage chrétien

Époque byzantine Hélène, la mère de l'empereur Constantin, visite Jérusalem de 325 à 327 pour y identifier les lieux saints et les restes de la Vraie Croix. L'église du Saint-Sépulcre est érigée. Différents aménagements lancent la christianisation de Jérusalem et son pèlerinage chrétienVoir Maurice Halbwachs, La topographie légendaire des Évangiles en Terre Sainte, PUF, 1941 et L'invention de la Sainte Croix selon la Légende dorée..

En 333, le pèlerin de Bordeaux témoigne que, chaque année, les Juifs se rendent en pèlerinage sur le mont du Temple pour s'y lamenter. Il ajoute notamment que l'eau de la fontaine de Siloé s'arrête de couler durant le Shabbath.

Le Voyage d'Égérie est un des plus anciens guides de pèlerinage en Terre sainte, et un des seuls écrits de la main d'une femme, en 380, qui nous soit parvenu de cette époque. En même temps, du point de vue de sa description de la liturgie de Jérusalem, c'est un des plus complets. Égérie affirme notamment qu'« on ne jeûne ici absolument aucun samedi de toute l'année », ce qui - avec le propos de l'anonyme de Bordeaux - indique qu'il y a encore au un « enchâssement des traditions juive, romaine et chrétienne ».

Au , Jérôme de Stridon se retire à Bethléem où il traduit la Bible en latin ; il indique que l’« on accourt [à Jérusalem] de toutes les parties de l’univers ; la cité est remplie de toutes les races d’hommes ». En 438, l'impératrice byzantine Eudocie permet que des Juifs puissent à nouveau vivre - un temps - à Jérusalem et en 451, le patriarcat de Jérusalem est créé.

On possède comparativement plus de guides de pèlerinage en latin qu'en grec ou en arménien. Il existe une traduction française de ces guides (de P. Maraval), mais l'ouvrage d'étude et de référence est de J. D. Wilkinson, Jerusalem Pilgrims before the Crusades, Jérusalem, 1977.

Moyen Âge Des guides chrétiens de pèlerinage sont diffusés ; ainsi au , celui de l'archidiacre Theodosius (Abrégé de Jérusalem) orientera durablement la perception chrétienneMichaël Jasmin, « Chapitre VI. La Jérusalem terrestre des chrétiens (324-638) », dans : Michaël Jasmin éd., Histoire de Jérusalem. Paris cedex 14, Presses universitaires de France, , 2018, p. 73-80. URL : https://www.cairn.info/--9782130797968-page-73.htm.

Guide du pèlerinage vignette|Carte des lieux saints chrétiens de Jérusalem (vers 680) Dans les premiers siècles des pèlerinages, quand le pèlerin veut aller en Terre sainte, il doit obtenir le consentement de ses proches et la permission de son évêque ; on s’enquiert de sa vie et de ses mœurs, on examine si un vain désir de voir les contrées éloignées ne l’entraîne pas vers les lieux saints. Cette enquête est plus rigoureuse lorsqu’il s’agit d’un religieux ; on veut éviter que le pèlerinage ne soit un prétexte pour rentrer dans la « vie du monde ». Quand toutes ces informations sont prises, le pèlerin reçoit de la main de l’évêque, à la messe paroissiale, le bourdon et la panetière.

Le pèlerin reçoit aussi la bénédiction ; une sorte de passeport adressé à tous les monastères, aux prêtres, aux fidèles, leur recommandant le pèlerin, qui doit partir sans retard, sous peine d’être traité de relaps et de parjure envers Dieu ; l’évêque seul qui a lié peut délier dans des cas rares et d’une extrême gravité.

Au jour indiqué pour le départ, les parents, les amis, les âmes pieuses, accompagnent le pèlerin à une certaine distance de la ville ; là, il reçoit la bénédiction et se met en marche. Durant sa route, le pèlerin est exempt de tout péage ; il trouve l’hospitalité dans les châteaux sur sa route, et c'est une sorte de félonie de la lui refuser ; il doit être traité comme le chapelain et manger à sa table, à moins que, par humilité, il n’aime mieux l’isolement et la retraite. Dans les villes, il s’adresse à l’évêque, qui l’accueille, et dans les couvents, au prieur ou à l’abbé. On lit dans les Devoirs de Chevaliers, l’obligation, pour tous les hommes qui portent les armes, de défendre le pèlerin, assimilé aux enfants et aux veuves ; s’il tombe malade, les hospices lui sont ouverts, ainsi que l’infirmerie des monastères ; on prend soin de lui comme d’un être privilégié.

Lorsque le pèlerin s’embarque, les prix de son passage sont extrêmement modiques, et les statuts de certaines villes, telles que Marseille, par exemple, le dispensent de toute rétribution quand il monte sur les navires de la cité. Il en est de même à son retour. Arrivé à sa ville natale, on le reçoit processionnellement ; il dépose sur l’autel de la paroisse la palme de Jéricho. Les pèlerins de Jérusalem sont ainsi appelés « Paumiers » en raison de la coutume de rapporter cette palme.

Toutes les classes de la société fournissent des pèlerins : princes, prélats, chevaliers, prêtres, nobles et vilains. L’espoir de se sanctifier par le pèlerinage est général.

Conquêtes et croisades vignette|Plan de localisation à Jérusalem par Johannes van Cootwijck dans Itinerarium Hierosolymitanum et Syriacum (1619) La conquête de la Palestine par les Perses à partir de 614, où Schahr-Barâz vainc les Byzantins, ralentit le flot des pèlerins. Les Perses sassanides (614-629) s'emparent de Jérusalem. De nombreuses églises de la ville sont détruitesONU, Vieille ville de Jérusalem et ses remparts : La glorification chrétienne de Jérusalem se poursuivit jusqu'en 614, année durant laquelle les Perses envahirent la ville, massacrèrent ses habitants et détruisirent beaucoup de ses églises et de ses monastères., une partie de la population chrétienne est massacrée ou s'exile, la ville se dépeuple. Les Juifs sont chassés ou persécutésDictionnaire encyclopédique du judaïsme, « Les Juifs dans le monde antique et médiéval », « Babylonie »..

La ville est reprise par les Byzantins en 629 sous Héraclius et la relique de la Vraie Croix retourne triomphalement à Jérusalem en 630.

Jérusalem est conquise par les Arabes entre 635 et 638. Les musulmans y érigent une première mosquée sur le mont du Temple, soit à l'emplacement de l'ancien Temple d'Hérode, là où se situe l'actuelle mosquée al-Aqsa. Peu de temps après, est construite une synagogue près de l'emplacement de l'ancien Temple de Jérusalem.

En 661, Muʿawiya se fait proclamer calife à Jérusalem, devenant ainsi le premier calife omeyyade.

Les Arabes érigent ensuite sur l'ancienne esplanade du Temple le dôme du Rocher, sous Abd Al-Malik (687-691). Puis Al-Walid construit une mosquée sur l'emplacement de l'actuelle mosquée al-Aqsa (vers 705-715). Hâroun ar-Rachîd garantit à Charlemagne la protection des lieux saints, ce qui permet le développement du pèlerinage.

En 1009, le calife Al-Hakim détruit l'église du Saint-Sépulcre construite sous Constantin. Cependant, les pèlerinages chrétiens continuent, bien qu'ils ne soient plus protégés par l'autorité contre les pillards occasionnels.

En 1054, par exemple, Lutbert, de Cambrai, part pour la Terre sainte, suivi de plus de 3 000 pèlerins des provinces de Picardie et de Flandre. Quelques années plus tard, 7 000 chrétiens parmi lesquels on compte l’archevêque de Mayence, les évêques de Ratisbonne, de Bamberg, d’Utrecht partent ensemble des bords du Rhin pour se rendre en Palestine. Le grand pèlerinage allemand de 1064-1065 voit affluer entre et pèlerins"plus 7 milibus" selon Marianus Scotus dans ses Chronica § 1086, p. 558-559 . Les Annales altahenses maiores disent , cf .

Vers la fin du , plusieurs chefs musulmans attaquent et conquièrent, tour à tour, Jérusalem.

Entre 1073 et 1078, c’est au tour des Turcs de s'emparer de Jérusalem. À partir de 1078, les Seldjoukides refusent pendant les deux décennies suivantes - contrairement à leurs prédécesseurs - le passage des pèlerins chrétiens à Jérusalem. En réaction, le pape Urbain II lance la première croisade, en 1095, ayant pour but de « délivrer » le Saint-Sépulcre, tombé aux mains des « Infidèles ». En 1099, la prise de la ville sainte par les croisés entraîne le massacre de la population. Les Juifs qui avaient participé à la défense de la ville se réfugient dans la synagogue qui est incendiée. La ville devient la capitale du royaume de Jérusalem aussi appelé « royaume franc de Jérusalem ». Désormais, les musulmans et les Juifs sont interdits d'établissement à Jérusalem tant que dure la domination des croisés sur la villeÉlie Barnavi (dir.), Histoire universelle des Juifs, Paris, Hachette, 1992, .

Entre 1095 et 1270, on compte en général huit croisades durant lesquelles les chrétiens occidentaux tentent de « gagner leur salut ». En effet, on ne distingue pas alors clairement le pèlerinage de la croisade mais les historiens contemporains considèrent que ces expéditions pèlerines sont plutôt guerrières. vignette|Rue du chemin de Jésus vers la crucifixion.