La (vers 1069-943 av. J.-C.), de la Troisième Période intermédiaire, correspond à la période allant de la fin du Nouvel Empire jusqu'à l'avènement de , qui réunifie à ce moment-là le pays pour une courte période. La n'inclut stricto sensu que les rois tanites (du nom de leur capitale) régnant sur le nord du pays. Mais elle peut inclure également de manière plus large les grands prêtres d'Amon régnant depuis Thèbes au sud. D'ailleurs, ces rois tanites et ces grands prêtres font partie de la même famille et forment une sorte de dyarchie.
Histoire
Avènement de la dynastie 150px|vignette|gauche|Représentation de dans le temple de Khonsou à Karnak.
Le règne de , l'un des plus difficiles à analyser, voit la guerre civile déchirer le pays. En effet, sur fond de rivalité économique, le grand prêtre d'Amon Amenhotep, alors en place depuis l'an 9 de , est chassé de son poste par le fils royal de Koush Panéhésy. Amenhotep demande alors l'aide du roi , qui envoie une armée commandée par un général non nommé (probablement Piânkh, bien qu'il puisse s'agir d'Hérihor) qui chasse Panéhésy en Nubie, devenant persona non grata et subissant un damnatio memoriae, et rétablit Amenhotep dans ses fonctions, pour une courte période car il meurt peu après. Ces évènements se situent probablement entre les années 17 et 19 du règne de .
Après cet évènement, une nouvelle ère commence, nommée Ouhem-mésout, soit « renouvellement des naissances ». Des procès contre les pilleurs de tombes sont organisés au début de la nouvelle ère, présidés par des fonctionnaires royaux comme l'intendant et échanson Yenès, le vizir Nebmaâtrênakht et le trésorier et chef des greniers Nebmaâtrênakht. Piânkh semble être l'homme fort de cette période à Thèbes, a minima de l'an 6 à l'an 10 de l'ère Ouhem-mésout, soit de l'an 24 à l'an 28 du règne. Il devient d'ailleurs fils royal de Koush après l'expulsion de Panéhésy puis grand prêtre d'Amon au plus tard en l'an de l'ère Ouhem-mésout. Il organise d'ailleurs une expédition vers l'an 11 de l'ère Ouhem-mésout pour rencontrer Panéhésy, sans que ce dernier ne soit décrit comme un ennemi. Deux noms de femmes importantes ressortent à cette époque, chacun pouvant correspondre à plusieurs homonymes : Nedjemet et Hereret. Le premier nom, Nedjemet, est associé d'une part à la fois fille d'une Hereret, sœur d'un roi, mère d'un roi, épouse d'Hérihor, d'autre part à une femme liée à Piânkh et à son fils Pinedjem sans que le lien exact ne soit clair ; le second nom, Hereret, est associé d'une part - comme indiqué précédemment - à la mère d'un roi et de la première Nedjemet, et d'autre part à l'épouse d'un grand prêtre d'Amon. Piânkh meurt juste après la campagne en Nubie et juste avant la fin du règne de .
Hérihor, dont on a parfois fait le prédécesseur de Piânkh, mais à tort semble-t-il, devient l'homme fort de Thèbes. Il reprend l'ensemble des fonctions de Piânkh, y compris les titres de grand prêtre d'Amon et fils royal de Koush. Hérihor fait d'ailleurs décorer la salle hypostyle du temple de Khonsou à Karnak en représentant , même s'il se présente comme l'égal du roi. Aucun des documents de Hérihor ne mentionne de date ou l'ère Ouhem-mésout, ce qui a fait croire à certains qu'il était grand prêtre d'Amon puis roi sous le règne de .
À la mort discrète de , vers 1069 avant notre ère, Hérihor continue de régner à Thèbes en tant que grand prêtre d'Amon et fils royal de Koush, tandis que Smendès se proclame roi à Tanis. Ainsi, avec la constitution d'un pouvoir militaro-religieux dans le sud du pays et le maintien d'une monarchie affaiblie au nord, c'est la création d'une véritable dyarchie asymétrique (les grands prêtres d'Amon au sud ne se proclameront rois qu'au début de la période).
Smendès, successeur de vignette|gauche|Vase canope au nom de Smendès.
ou (Smendès) est donc le fondateur de la dynastie tanite. Mantéthon lui attribue vingt-six ans de règne ; bien qu'aucun document portant son nom ne soit daté, cette durée est probable car des documents thébains utilisant son comput d'années de règne indiquent pour la date la plus haute l'an 25 (voir la stèle du bannissement). Si son origine est inconnue, son nom indique qu'il devait venir de Mendès, en Basse-Égypte. Son épouse, Tentamon, semble être liée à la famille royale ramesside, ce qui permettrait de légitimer la prise de pouvoir de Smendès à la mort de .
Smendès semble être le fondateur de Tanis. En effet, le Rapport d'Ounamon, rédigé probablement au début de la et rapportant des faits s'étant déroulés en l'an 5 de Smendès, fait de lui le fondateur de la cité avec son épouse Tentamon, qui a dû jouer un rôle important pour être ainsi mentionnée dans le document. De plus, la tombe NRT de la nécropole royale de Tanis semble antérieure à celle de , ce qui pourrait faire d'elle la tombe initiale du souverain avant que le roi , ne se l'approprie deux siècles plus tard. Enfin, deux vases canopes du roi ont été trouvés, dont la provenance est inconnue mais qui proviennent probablement de Tanis. Le seul texte d'importance du règne est une stèle provenant de Gebelein et portant sur l'exploitation de carrières locales. Elle montre le roi dans son palais de Memphis, alors encore capitale administrative. Un petit relief montrant le roi a été gravé à Karnak-Nord, sur la porte dite de , et un vase votif portant son cartouche a été déposé au temple d'Osiris à Abydos.
Hérihor, roi de Thèbes vignette|Hérihor dans le Livre des morts de Nedjemet (papyrus BM 10541).
Hérihor est déjà grand prêtre d'Amon à la fin du règne de . Il continue d'occuper ce poste après la mort de , au moins jusqu'à l'an 6 de Smendès. En effet, les cercueils de et de portent les procès-verbaux de réenterrement au nom du vizir, général et grand prêtre d'Amon Hérihor de l'an 6 d'un roi non nommé, que la chronologie ne permet d'attribuer qu'à Smendès. En ce même an 6, devient grand prêtre d'Amon, tandis qu'Hérihor devient roi. Il n'a pourtant pas de nom de Nesout-bity, se contentant d'entourer d'un cartouche son titre de premier prophète d'Amon. Il n'utilise pas non plus de comput de ses années de règne, se contentant d'utiliser celui de Smendès. Son règne semble finir en l'an 15 du règne de Smendès, ou un peu avant, car est à ce moment-là roi de Thèbes.
L'activité d'Hérihor se concentre sur la restauration des monuments, dont celle du dromos en face du du temple d'Amon de Karnak, et de la salle hypostyle du même temple. Hérihor est également le commanditaire d'une nouvelle barque pour les processions solennelles d'Amon, évènement qu'il fait représenter sur les parois de la cour du temple de Khonsou, sur lesquelles il se présente en tant que roi. Le voyage entrepris par Ounamon, tel qu'il le décrit dans son rapport, est d'ailleurs destiné à importer du bois de cèdre du Liban à Byblos. Mais le roi lui demande de rapporter ce bois deux fois, les pirates Sikala de la côte palestinienne l'attaquent en chemin, montrant ainsi clairement la perte totale de domination de la région par les Égyptiens.
, roi de Thèbes vignette|gauche|Pectoral au nom de Pinedjem – Musée du Louvre.
est le fils du grand prêtre d'Amon Piânkh qui a exercé à la fin du règne de . Il épouse , fille royale dont la mère se nomme Tentamon et dont le royal père doit être Smendès . Avec cette dernière, ils auront plusieurs enfants dont le généralissime et grand prêtre d'Amon Menkhéperrê, la divine adoratrice d'Amon Maâtkarê, le roi et la grande épouse royale Moutnedjemet et peut-être le grand prêtre d'Amon Masaharta ou bien Djedkhonsouefânkh, deux fils du roi et grands prêtres d'Amon dont on ne connaît pas la mère. Pinedjem a également pour épouse une certaine , qui pourrait être la mère de l'un de ces deux grands prêtres. a également une fratrie puissante : ses frères Héqamaât, Héqaâa et Ânkhefenmout sont respectivement deuxième prophète d'Amon, prêtre-sem du Ramesséum et intendant du domaine d'Amon.
est attesté en Haute-Égypte, d'El Hibeh, où se trouve une forteresse, à Séhel. Il a fait restaurer le secteur du palais royal dans le temple funéraire de à Médinet Habou, où il résidait probablement lorsqu'il séjournait à Thèbes. Il fait restaurer à Médinet Habou les momies royales du Nouvel Empire pour les réinhumer dans certaines tombes, comme celle de et celle d'. Un changement culturel important concerne le culte d'Amon du petit temple de Djémé datant de la , s'orientant vers un culte funéraire d'une forme primordiale d'Amon dont ce petit temple serait le tombeau. réorganise les voies processionnelles à Karnak et fait installer des sphinx à tête de bélier en avant des temples d'Amon et de Khonsou. Son épouse préside quant à elle des changements dans le temple de Mout et fait installer des statues de Sekhmet probablement prises au temple funéraire d'.
Au plus tard en l'an 15 de Smendès, son fils Masaharta est nommé grand prêtre d'Amon. Il fait construire une porte au nord de la cour du pylône du temple d'Amon de Karnak. Puis le second fils de Smendès, Djedkhonsouefânkh, lui succède sur une très courte période de temps, et enfin son troisième fils Menkhéperrê, qui restera en place pendant près de cinq décennies. Des troubles ont lieu vers la fin du règne de Smendès, soit au début du pontificat de Menkhéperrê, menant à l'expulsion de rebelles vers les oasis au début du règne d'Amenemnesout.
Amenemnesout vignette|Dessin de deux embouts d'arc portant chacun les cartouches de (à gauche) et Amenemnesout (à droite).
On ne sait pratiquement rien du règne d'Amenemnesout. Il n'est connu que par quatre documents, dont ceux de la tombe de . Son positionnement chronologique fait également débat, car Mantéthon, qui lui accorde quatre ans de règne, le place après , alors que la stèle d'Ânkhefensekhmet indiquerait, selon l'interprétation la plus admise, que le règne est à placer avant , même si cette interprétation n'est pas certaine. Malgré tout, les éléments contemporains de cette période ne laissent pas de place pour un règne entre et Amenemopet. Si Amenemnesout est bien situé entre Smendès et , alors il est probablement un fils de Smendès, ce qui ferait de lui un oncle de . Il est en tout cas un roi tanite, car seuls les rois de Basse-Égypte sont cités par Manéthon, malgré l'épithète souverain de Thèbes que porte Amenemnesout, marquant plutôt l'influence du culte d'Amon à cette période, ce que son nom de Sa-Rê, Amenemnesout, montre aussi.
Pendant son court règne, Thèbes émerge d'une période de troubles politiques comme l'atteste la stèle du bannissement qui indique des troubles en l'an 25 de Smendès et l'exil des rebelles dans les oasis entre les ans 1 et 3.
vignette|gauche|Masque funéraire en or de découvert sur sa momie à Tanis par Pierre Montet en 1940.
(ou Pasebakhaienniout ) est le roi le plus connu de la dynastie, bien qu'il reste malgré tout assez obscur. Il est le fils du roi de Thèbes et de la reine , elle-même fille de Smendès. était donc lié aux deux familles principales du pays : les rois du nord et les rois-prêtres du sud. Il a deux épouses : sa sœur Moutnedjemet et une certaine Ouiay. Si ses parents sont connus, ses descendants beaucoup moins : seul un fils, nommé Ânkhefenmout et enterré avec lui à Tanis, et une fille, nommée Isetemkheb et née de son union avec Ouiay, sont connus avec certitude. Cette Isetemkheb épouse d'ailleurs son oncle Menkhéperrê, frère de , leurs descendants formant la dynastie des grands prêtres d'Amon. Son successeur Amenemopet est probablement son fils mais ceci n'est pas certain. Monté relativement jeune sur le trône, le roi a régné au moins 49 ans, ce qui est proche des quarante-six années rapportées par Mantéthon.