Aux Provinces-Unies et aux Pays-Bas, le est une société de musique réunissant des musiciens amateurs sous la direction d'un musicien de profession. De telles sociétés existaient aussi dans les pays de langue allemande. Le présent article ne traite que des sociétés de musique des Provinces-Unies et des Pays-BasRasch, en ligne..

Le (société de musique) Terminologie employée pour désigner la société de musique Dans l'histoire de la musique, peu de termes ont des significations aussi différentes que . Le terme a aussi été utilisé pour désigner une collaboration entre des musiciens professionnels, des cours de musique, des concerts publics ordinaires et une association de concerts. Ainsi, les musiciens s'étant associés à Anders, en 1697, appelaient leur groupe . En 1770, le musicien amstellodamois P. Louis appelait ses cours de musique (« collège de musique »). Le d'Enkhuizen de 1788 était, selon toute vraisemblance, une association de concerts privés.

À l'époque de la République, à côté du terme collège de musique (souvent écrit comme ) et de noms équivalents tels que et collège des musiciens, on employait régulièrement le terme concert (à ne pas comprendre dans le sens moderne du terme), et moins souvent d'autres indications comme , association, , Les membres d'une société de musique étaient appelés .

Bref historique Introduction L'interaction musicale sous l'aspect du jeu d'ensemble que l'on identifie à la société de musique constitue l'une des formes les plus typiques et les plus remarquables de la vie musicale de la République. Une société de musique peut être définie comme une forme organisée et / ou institutionnalisée d'interaction musicale d'amateurs, principalement axée sur la satisfaction de ses propres besoins musicaux.

Même si, parfois, des exécutions de morceaux devant un public eurent lieu, l'objectif principal d'une société de musique n'était pas de monter des concerts publics ; il s'agit là d'un développement ultérieur. Dans ces sociétés, le respect de la pratique musicale prévalait : D'ailleurs, la société d'Utrecht avait même comme devise (latine) : (la muse aime le silence profond)Wennekens, ..

Les premières sociétés de musique de la République existaient déjà avant la fin du , anticipant les nombreuses sociétés actives dans divers domaines des arts et des sciences, constituées à partir de la seconde moitié du . Une société de musique s'était constituée à Arnhem en 1591, à Amsterdam dès 1597, à Deventer à partir de 1623, à Utrecht en 1631 et à Nimègue en 1632Wennekens, ..

Le contexte historique : les sociétés de musique en tant que phénomène européen Des sociétés du même type existaient aussi ailleurs, comme dans les pays de langue allemande où, au cours du , en particulier dans les villes protestantes, toutes sortes de compagnies musicales étaient, à des degrés divers, liées à l'administration locale ou aux autorités soit universitaires, soit ecclésiastiques.

En tant que phénomène culturel, la société de musique avait sans doute été inspirée par l' de la Renaissance italienne. Cette académie avait été créée par des intellectuels aristocratiques de Florence dans le but de philosopher sur la littérature, le théâtre et la musique. Bientôt, le phénomène se répandit à travers l'Italie. Certaines académies, s'étant spécialisées dans la musique, commencèrent à donner des concerts. Les nombreuses académies anglaises et continentales européennes qui avaient suivi ce modèle se développèrent en des écoles plutôt qu'en des compagnies d'amateurs. Du , ou cercle de musique, fondé à Worms en 1561, les principes étaient en fait les mêmes que ceux des sociétés de musique établies ultérieurement. Les membres rédigèrent un règlement et choisirent parmi eux un président qui devait, entre autres choses, fournir du pain, du vin et un repas simple. Leur musique devait servir à la louange de Dieu, au divertissement de la jeunesse et à honorer des invités. Les instruments accompagnaient le chant. Le de sainte Cécile, fondé à Hasselt (dans le Limbourg belge actuel) en 1585, prêtait le son de ses voix et de ses instruments aux cérémonies religieuses. En 1588, des marchands et des nobles anglais se réunissaient quotidiennement pour chanter des madrigaux italiens sur des paroles anglaises. La première société suisse fut constituée en 1613 à Zurich. Les membres jouèrent dans leurs maisons privées jusqu'au moment où, en 1689, le conseil municipal mit une salle de musique à la disposition de la société. Ils y chantaient des œuvres profanes et sacrées, mais ils y jouaient aussi des instruments. Le début et la fin de chaque concert étaient marqués par le chant d'un psaume. Depuis, toutes les sociétés fondées en Suisse suivaient ce principe. Prague devait avoir connu une société semblable en 1616. La première société de musique en France fut fondée à Troyes en 1647 ; elle s'occupait principalement de la musique instrumentaleBarents-Vermeer, -242..

Le déclin des sociétés de musique Surtout au cours du , toutes sortes d'associations, précurseurs de la vie associative moderne, prirent un grand élan et des aspects grandioses, alors qu'étrangement, les sociétés de musique perdirent de leur attrait ; ce sont, en effet, les associations de concerts — des institutions répondant mieux aux exigences du temps — qui prirent la relève. Quelques sociétés de musique survécurent à l'occupation française en se transformant en associations de concerts, car les amateurs des orchestres ne pouvaient plus répondre aux exigences du public saturé du , toujours en quête de nouvelles sensationsBarents-Vermeer, ..

Sociétés de musique municipales et sociétés de musique privées On peut distinguer toute une panoplie de sociétés de musique, allant de la société de musique municipale officielle et entièrement institutionnalisée jusqu'à la société de musique de nature privée, informelle et opérant hors de toute structure.

Sociétés de musique municipales

Des citoyens furent à l'origine des sociétés de musique municipales, mais c'étaient apparemment les autorités de la ville qui attachaient une certaine importance à encourager et à continuer la pratique musicale entre amateurs des milieux aisés. Elles mettaient à la disposition des sociétés des salles pour des répétitions et des représentations éventuelles (souvent avec « feu et lumière ») ; très souvent, elles accordaient à leurs sociétés de musique un soutien annuel en espèces, et elles payaient ou forçaient l'organiste ou d'autres musiciens au service de la ville pour qu'ils coopérassent. Une ville ne se souciait évidemment que d'une seule société.

En général, les sociétés de musique de la ville connaissaient le droit d'entrée, la cotisation (annuelle) et le droit de sortie pour les membres (également appelés les « messieurs » - en néerlandais). On se réunissait hebdomadairement ou mensuellement au cours de la saison allant, à peu près, d'octobre à mai ; il était obligatoire d'assister aux réunions. Bien que, d'une part, une discipline stricte fût requise lors de la séance musicale ordinaire (ni fumer, ni boire, ni parler), d'autre part, il y avait aussi des réunions à caractère plus festif comme le dîner annuel (souvent à la fête de sainte Cécile, le , ou à peu près). De nombreuses sociétés de musique municipales punissaient les absences, les retards, le fait de traîner trop longtemps ou la mauvaise conduite d'amendes servant, selon toute vraisemblance, davantage à amasser des fonds qu'à inciter les membres à un comportement exemplaire.

Au , les sociétés comptaient généralement entre six et vingt membres, alors qu'au , ils en avaient entre dix et trente. Parfois, le nombre de membres fut limité par un règlement. Habituellement, les membres étaient issus de la couche supérieure de la société, en particulier des familles de régents et de la noblesse locale ; en outre, il y avait des prédicateurs, des avocats, des professeurs, des instituteurs. Vers 1600 existait à Amsterdam une société de musique privée dirigée par Sweelinck et composée, entre autres, de marchands et de banquiers. À Hoorn, la société comptait parmi ses membres des professeurs, un ministre, un notaire, un chirurgien et un voilier. Et à Zutphen, les membres étaient un intendant, un ministre, le proviseur et autres enseignants de l'école latineBarents-Vermeer, .. Il s'agissait rarement de gens issus des milieux d'artisans. La direction reposait entre les mains d'un ou de deux dirigeants, dont les titres variaient : à Utrecht, on les appelait « doyen » (), à Arnhem, « préteur » (). Il pouvait y avoir un secrétaire, qui conservait les minutes des réunions des membres ou du conseil, ainsi que, parfois, un trésorier. Même si la plupart des membres étaient, en général, des amateurs, les sociétés se trouvaient dans presque tous les cas sous la direction musicale d'un musicien professionnel, souvent l'organiste local au service de la ville. Le directeur musical était responsable du répertoire, s'occupait de la bibliothèque, étudiait les compositions, agissait dans de nombreux cas en tant que continuiste au clavecin ou à l'orgue, accordait les instruments Parfois, l'ensemble fut soutenu par des violonistes et des musiciens professionnels jouant des instruments que l'on trouvait peu entre les mains d'amateurs (tels que l'alto, le cor ou le hautbois).

Comme la société de musique municipale d'Utrecht existe toujours et comme celle d'Arnhem, constituée en 1591Barents-Vermeer, ., continua à exister jusqu'au , il n'est pas étonnant que leurs archives aient été conservées et qu'ils soient, dès lors, accessibles aux chercheurs. De ce fait, l'évolution de ces institutions peut être suivie du début jusqu'à la fin, presque sans interruption. Si de nombreuses sociétés de musique, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la République, ne purent se maintenir au , celles d'Utrecht et d'Arnhem demeureront opérationnelles jusqu'au , sans aucun doute grâce au soutien des autorités municipales. Comme d'autres villes, Utrecht ne connaissait pas de politique culturelle systématique jusqu'au . Les organisations ne recevaient de l'aide que lorsqu'elles en faisaient la demande et dans le cas où les administrateurs auraient été d'avis que la ville pouvait en bénéficier. Ce fut le cas des sociétés de musique qui devaient agrémenter les cérémonies officielles, toujours rehaussées par des représentations musicales. Mais la ville d'Utrecht ne disposait pas d'un ensemble musical à l'intérieur des murs, à l'exception — jusqu'en 1674 — des musiciens de la ville, qui étaient au nombre de six. La société de musique d'Utrecht pouvait parfois former un grand ensemble de musiciens professionnels et d'amateurs compétents, dont la ville pouvait se vanter auprès d'autres villes. Cette occasion se présenta, entre autres, lors de l'inauguration de l'Université en 1636, les jubilés universitaires de 1736 et de 1786, et à l'occasion de l'installation de Guillaume IV et de celle de Guillaume V comme stathouder (respectivement en 1747 et en 1766)Barents-Vermeer, ..

Sociétés de musique privées À part les sociétés fonctionnant sous les auspices des autorités municipales, on connaissait aussi des sociétés privées formelles ou informelles. Dans le cas du dernier type, les réunions avaient lieu chez l'un des membres, parfois à tour de rôle. Le plus souvent, ces sociétés de musique n'établirent jamais une réglementation mais plutôt des accords entre les membres. Une différence importante entre une société de musique municipale et une société de musique informelle était le degré de continuité de la société. Une société de musique patronnée par la ville pouvait continuer à fonctionner de façon ininterrompue pendant des siècles. Une société informelle, cependant, était entièrement dépendante de l'intérêt et des moyens des personnes concernées. La durée de vie moyenne d'une telle société se situait plutôt dans l'ordre de grandeur de quelques années.