L'insurrection malienne de 2012 (aussi désignée sous le nom de rébellion touarègue ou soulèvement touareg de 2012) ou guerre de l'Azawad est un conflit armé qui, au nord du Mali, oppose l'armée malienne aux rebelles touaregs du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA) et au mouvement salafiste Ansar Dine, alliés à d'autres mouvements islamistes. Elle a été déclenchée le avec l'attaque de camps militaires maliens dans le nord du pays par des combattants du MNLA, et déclenche la guerre du Mali.

Le MNLA revendique l'autodétermination et l'indépendance de l'Azawad qui correspond aux trois régions maliennes de Kidal, Tombouctou et Gao. Le gouvernement malien refuse ces revendications, défendant l'intégrité du territoire malien. Le mouvement Ansar Dine de l'ancien combattant touareg Iyad Ag Ghali défend lui l'instauration d'un État islamique avec l'application de la charia.

Ce conflit s'inscrit dans une série de conflits généralement appelés « conflits touaregs », ou « rébellion touareg », bien que le MNLA démente tout caractère ethnique. La guerre engendre des conséquences néfastes pour les populations de ces régions dont une partie se réfugie dans les pays voisins (Mauritanie, Algérie, Niger et Burkina Faso) ou au sud du Mali, avec d'autres conséquences pour les habitants déjà confrontés à des difficultés alimentaires.

La branche sahélienne d'Al-Qaïda AQMI joue également un rôle important dans l'insurrection malienne, dans le contexte de la guerre du Sahel. Leurs intérêts convergents amènent Ansar Dine à rencontrer ses principaux dirigeants en à Tombouctou. Par la suite, les islamistes parviennent à repousser les rebelles touaregs des principales villes de l'Azawad pour mettre en place la loi islamique.

L'ambition de djihadistes de vouloir poursuivre leur offensive vers le Sud du Mali et notamment la capitale, Bamako, entraîne, dès , l'intervention militaire de la France aux côtés des forces gouvernementales malienne, avec le déclenchement de l'opération Serval, dont l'objectif est non seulement de stopper l'avancée en direction de Bamako des forces islamistes, de sécuriser Bamako, mais aussi de permettre au Mali de recouvrer son intégrité territoriale, par la reconquête du Nord..

Contexte Géographie physique et humaine vignette|droite|Langues du Mali Les Touaregs appartiennent à l'ensemble ethno-linguistique amazigh (Berbères). Leur population générale est difficile à évaluer et serait aux alentours de 1,5 million, dont au Mali, au Niger, en Algérie, le reste au Burkina Faso et en Libye..

Rébellions touaregs et accords passés Ce conflit s'inscrit dans une suite d'insurrections généralement baptisées « rebellions touarègues », qui a opposé certains membres du peuple touareg aux gouvernements du Mali et du Niger.

Depuis 1916, on compte plusieurs conflits principaux : La rébellion touarègue de 1916-1917, au Niger. À partir de 1958, le Mouvement populaire de l'Azawad (MPA), revendique la constitution d'un État touareg. La rébellion touarègue de 1962-1964 au Mali, généralement appelé « première rébellion touareg », qui fut très durement réprimée par l'armée malienne. Frappés également par la sécheresse des années 1970, les Touaregs se réfugient en Algérie et en Libye où dans les camps les jeunes sont entraînés et enrôlés par l'armée. En 1988, le Mouvement populaire de libération de l'Azawad (MPLA) est créé. La rébellion touarègue de 1990-1996 au Mali et au Niger. Elle débuta en 1990, deux ans après la création du Mouvement populaire de libération de l'Azawad. Au Mali, une première période de conflit (octobre-) aboutit à la signature des Accords de Tamanrasset en 1991 et du Pacte national en 1992« Pacte national conclu entre le gouvernement de la République du Mali et les mouvements et fronts unifiés de l'Azawad consacrant le statut particulier du Nord du Mali », Journal officiel de la République du Mali, Secrétariat général du Gouvernement, Koulouba, 1992, mais qui ne marqua pas la fin définitive des hostilités. Des conflits réapparurent en 1994-1995 et la paix fut finalement scellée le à Tombouctou lors de la cérémonie de la Flamme de la Paix, durant laquelle les rebelles touaregs brûlèrent utilisées durant la rébellion. La rébellion touarègue de 2006 au Mali, aboutissant aux accords d'Alger (signés le ). La rébellion touarègue de 2007-2009, au Niger et au Mali.

Contexte politique L'année 2012 marque la fin du second mandat du président de la république Amadou Toumani Touré. Les élections présidentielle (dont le premier tour est couplé avec un référendum sur la révision de la constitution) et législatives doivent se dérouler cette année.

Forces en présence MNLA thumb|« Drapeau de l'Azawad » reconnu par les insurgés.

Le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) est un groupe politique et militaire indépendantiste créé le par la fusion du Mouvement national de l'Azawad (MNA), constitué de jeunes intellectuels et de militants politiques, avec les guérilleros de l'ex-Alliance Touareg Niger-Mali (ATNM) d’Ibrahim Ag Bahanga, leader des rébellions touaregs de 2006 à 2009, décédé dans un accident de voiture le . Des Touaregs qui ont fui le Mali après les rébellions des années 1990 et s’étaient engagés dans l’armée libyenne sous le régime de Mouammar Kadhafi et qui ont regagné le Mali à sa chute ont rejoint le MNLA. Le , le MNLA communique la liste des sept membres de son comité exécutif, dirigé par le secrétaire général Bilal Ag Cherif. Mohamed Ag Najem est chef d'état-major et Hamma Ag Sidi Mohamed est le porte-parole officiel du MNLA..

Mossa Ag Attaher, chargé de communication du MNLA déclare que l’objectif est de sur le territoire de l’Azawad qui correspond à trois régions administratives maliennes, celles de Tombouctou, de Gao et de Kidal. Le , Dans une interview à Jeune Afrique, Mahmoud Ag Aghaly, président du bureau politique du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA) déclare que ..

Dans une interview au journal algérien El Watan, Mossa Ag Atter, chargé de la communication au bureau politique du MNLA, affirme que . Il indique également que ..

Le MNLA a installé son quartier général dans les collines autour de Zakake, au nord de Kidal. il revendique un millier d'hommes. Le MNLA est équipé de fusils d'assaut, des missiles sol-sol et sol-air, des lance-roquettes multiples BM-21 et des mortiers récupérés en Libye..

Mouvements islamiques Le , l’Agence France-Presse annonce que selon plusieurs sources concordantes, . Des combattants d’Aqmi de la cellule dirigée par Abdelkrim Taleb, accusée , sont actifs au sein d’Ansar dine.. Le mouvement islamique appelle à l'application de la charia au Mali.. Le , le MNLA publie un communiqué précisant , prenant ainsi ses distances avec le mouvement Ansar Dine..

Chérif Ousmane Madani Haïdara, prédicateur malien a tenu à faire la distinction entre son association homonyme Ançar Eddine basée à Bamako qui prône la tolérance et refuse la charia et le mouvement intégriste d’Iyad Ag Ghali.. Ansar Dine est allié avec d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Des responsables du groupe terroriste pratiquant les enlèvements d’Occidentaux ont été invités par Iyad ag Ghali à Gao. Deux autres mouvements intégristes sont présents dans le nord du Mali. Le Mouvement pour l'Unicité et le Jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), un groupe dissident d’AQMI, a revendiqué l’enlèvement des diplomates algériens au consulat de Gao.. Le mouvement islamique nigérian Boko Haram est également présent à Gao avec une centaine de combattants.

Forces armées maliennes au début du conflit L'armée malienne a installé son quartier général à Gao. Le général Gabriel Poudiougou, chef d'État-major général des armées, installé à Bamako coordonne la lutte contre la rébellion et rejoint Gao juste après le début des combats. Fidèle du président Amadou Toumani Touré, il connaît bien la région de Kidal pour y avoir été en poste. Les généraux Kalifa Keïta, chef d'état-major de l'armée de terre, et Wali Sissoko, adjoint au chef d'état-major de l'armée de l'air sont sur place à Gao, ainsi que les colonels-majors El Hadj Ag Gamou, Touareg de la tribu Imghad qui a été commandant de la région militaire de Gao et Mohamed Ould Meidou, arabe du Tilemsi, ancien commandant de la région militaire de Mopti.

Un millier d'hommes déployés fin décembre sont sous leurs ordres. Ils ont le soutien de milices arabes et touarègues ralliées aux autorités maliennes. L'armée est équipée de 4x4, de blindés de reconnaissance de type BRDM, de véhicules de transport de troupes de fabrication sud-africaine (RG-31 Nyala) et de blindés légers ainsi que de deux hélicoptères de combat Mil Mi-24, entretenus et pilotés, pour certains, par des Ukrainiens, et d'avions de reconnaissance. Les États-Unis fournissent un léger soutien logistique aux forces armées et à la population civile. Certains militaires maliens touaregs ont déserté et ont rejoint le MNLA, comme le lieutenant-colonel Mbarek Ag Akly, le colonel Iba Ag Moussa ou le colonel Hassan Ag Mehdi, haut fonctionnaire au ministère malien de la Défense.

Problématiques d'alliance des organisations MNLA et Ansar Dine Le , après trois semaines de négociations à Gao, le MNLA annonce sa fusion avec le groupe islamiste Ansar Dine. Les deux mouvements annoncent être parvenus à un accord pour déclarer l'Azawad État indépendant. Ils doivent par ailleurs constituer une armée commune chargée de sécuriser le territoire pour le peuple de l'Azawad . L'éventuelle soumission des peuples de l'Azawad à l'application de la charia sera incertaine, et si oui dans quels termes juridiques, politiques et sociaux, dans le cadre d'un État déclaré islamique désormais, et non plus laïc. À Gao et Tombouctou, le au soir de la signature, l'accord a été accueilli par des tirs en l'air. Ainsi MNLA et Ansar Dine souhaiteraient mettre leurs forces en commun pour former le Conseil transitoire de l'État islamique de l'AzawadRFI, 27 mai 2012 au matin. , selon le protocole d'accord entre le mouvement indépendantiste et le groupe islamique..

Cependant, le , le MNLA exprime son désaccord, le document final ayant été modifié après la signature. Le différend porte notamment sur l'ajout à l'insu du MNLA de l'application de la « charia » dans le nouvel Azawad.. Le , les consultations entre des responsables du MNLA et ceux d'Ansar Dine auraient reprisRFI, 2 juin 2012 au matin, après une rupture concernant les problématiques de la charia revendiquée par Ansar Dine dans le texte de l'accord du , considéré le par le bureau politique et le bureau exécutif du MNLA, comme étant trop radical et contraire à ses valeurs, car il y serait question d'État islamique entièrement fondé sur le Coran, et sur la sunnaRFI, . Des dirigeants du MNLA redoutent dès lors de voir partir des combattants, notamment les plus jeunes, vers Ansar Dine, plus riche et plus fort. Piégé dans les contradictions de ces problématiques, le mouvement indépendantiste semblerait prêt à prendre ce risque, pour se présenter auprès de la communauté internationale comme un partenaire crédible dans la lutte contre les terroristes islamistes notamment AQMI, et ce malgré une éventuelle diminution du nombre de ses combattants, et donc de ses capacités armées effectives, indispensables à ces objectifs de reconnaissance mondiale, pour un Azawad libre, indépendant et laïc.