Mary Temple Grandin, souvent simplement nommée Temple Grandin, née le à Boston, est une professeure de zootechnie et de sciences animales à l'université d'État du Colorado, docteure et spécialiste de renommée internationale dans cette même discipline. Elle monte en 1980 une entreprise d'ingénierie et de conseils sur les conditions d'élevage des animaux de rente, qui fait d'elle une experte en conception d'équipements pour le bétail. En 2012, près de la moitié des abattoirs à bovins d'Amérique du Nord sont équipés du matériel qu'elle a conçu ; depuis les années 1980 jusqu'en 2016, elle a collaboré à environ de recherche.

Temple Grandin a été diagnostiquée avec des « dommages cérébraux » à l'âge de deux ans, et n'a pas parlé avant l'âge de trois ans et demi. Une intervention précoce lui a permis de progresser et de suivre sa scolarité jusqu'en doctorat, puis de vivre de son métier. Elle est également connue pour être la première personne autiste à avoir témoigné de son expérience de vie dans des autobiographies, Ma vie d'autiste en 1986 et Penser en images en 1995. Elle fait régulièrement appel à des techniques de scanographie, qui ont révélé le fonctionnement et la structure particulière de son cerveau spécialisé dans la pensée visuelle, une recherche publiée dans l'ouvrage Dans le cerveau des autistes, en 2013.

Elle s'implique pour la défense du bien-être animal, plaidant pour une meilleure prise en compte de la souffrance animale pendant l'élevage et l'abattage, s'opposant en particulier à l'élevage en batterie. Elle milite pour les droits des personnes autistes et souhaite la reconnaissance de l'autisme en tant que handicap, plutôt que maladie mentale. Dans L'Interprète des animaux, elle rapproche la perception animale de celle des autistes, notamment en termes de sensibilité à l'environnement. En se basant sur son expérience personnelle et l'observation des bovins, elle invente la machine à câlin, un appareil destiné à calmer les personnes hypersensibles.

Devenue très médiatique, Temple Grandin est une des personnes autistes les plus célèbres au monde. Oliver Sacks a contribué à la faire connaître grâce à son ouvrage Un anthropologue sur Mars, reprenant une phrase qu'elle avait utilisée pour décrire sa sensation de décalage en tant qu'autiste vivant parmi des personnes non autistes. Elle a popularisé l'expression (« Différent(e), pas inférieur(e) ! ») pour souligner les qualités des autistes. L'actrice Claire Danes l'incarne dans un téléfilm semi-biographique produit par HBO, sorti en 2010. Elle a été récompensée de très nombreuses fois pour son double investissement en faveur des animaux et de la connaissance de l'autisme, lui valant d'être qualifiée de .

Biographie

Parents et fratrie Fille de Richard McCurdy Grandin. et de son épouse Anna Eustacia Purves., Temple Grandin est l'aînée des quatre enfants du couple. Mary Temple est prénommée en hommage à sa grand-mère maternelle , Mary Temple Bradley .. Son père, surnommé Dick, est un ancien militaire devenu agent immobilier. Sa mère, dont le prénom usuel est Eustacia, est écrivaine, actrice et chanteuse. Née en , elle est la fille de John Coleman Purves, l'un des coinventeurs du pilote automatique.

Temple a une sœur, née en , et deux frères : Lee Robert, né sept ans plus tard, et Bruce. Ses deux grands-pères (paternel et maternel) sont décrits comme « extrêmement intelligents », mais déficients socialement. Par ailleurs, elle pense que son père avait un syndrome d'Asperger, ce qui d'après elle expliquerait ses tendances obsessionnelles et routinières. Elle note également des tendances autistiques chez son grand-père maternel, et la présence d'ingénieurs, d'artistes et de musiciens parmi sa famille. Elle décrit sa sœur comme étant dyslexique, mais brillante dans l'art de la décoration intérieure.

Enfance vignette|The Lone Ranger, l'une des séries télévisées que Temple Grandin aimait regarder étant enfant.|alt=Un homme masqué et un cheval en noir et blanc. Mary Temple Grandin naît le à Boston dans le Massachusetts. D'après son autobiographie, sa mère constate dès les premiers mois qu'elle est différente des autres enfants, l'estimant . À l'âge de six mois, elle n'aime pas être prise dans les bras, observe longuement des objets, et semble à la fois sourde et hypersensible aux bruits. Elle ne regarde pas les gens dans les yeux, ne rit et ne sourit pas, et montre de la persévération, c'est-à-dire l'impossibilité d'interrompre une activité qu'elle a entamée, même si elle en a envie, ce qui énerve les adultes qui s'occupent d'elle. Elle reste non-verbale jusqu'à trois ans et demi, et témoigne qu'elle comprenait ce qui lui était dit, mais ne trouvait pas de moyen de communiquer autrement qu'en criant ou en battant des mains . Elle aime ressentir des pressions, par exemple en s'enroulant dans une couverture ou en se plaçant sous un coussin de canapé, mais elle est paniquée par les pressions qu'elle ne peut contrôler, telles que le port de vêtements inconfortables et les câlins. Elle a l'habitude de tourner sur elle-même (ou de faire tourner des objets) pendant des heures. Son hypersensibilité aux bruits n'est généralement pas comprise des adultes. Lors de ses goûters d'anniversaire, le bruit des autres enfants entraîne des réactions violentes de sa part, comme le jet d'objets à travers la pièce. Elle est également hypersensible au toucher et aux odeurs, détestant les vêtements qui irritent sa peau et les parfums forts. Elle commence très tôt à créer et modifier des objets variés, allant des avions en papier aux peintures, en passant par les cartes à jouer. Elle montre des intérêts obsessionnels pour certains sujets, tels que des objets mécaniques ou les élections américaines, dont elle parle énormément et à propos desquels elle pose de très nombreuses questions, toujours les mêmes, à son entourage.

Enfant, Temple Grandin n'est pas spécialement timide. Elle a des contacts réguliers avec d'autres enfants, et aime regarder des séries à la télévision, notamment Les Aventures de Superman et The Lone Ranger. Ses autres loisirs se partagent entre la construction d'objets (tel un cerf-volant en forme d'oiseau qu'elle accroche à l'arrière de son vélo), le jeu à l'extérieur, et le jeu de plateau. Elle dit avoir détesté les activités traditionnelles des filles, telles que jouer à la poupée. Elle insiste sur le rôle joué par son environnement culturel et familial, dans les États-Unis des années 1950 et 1960. Temple Grandin témoigne avoir rencontré de nombreux professeurs qui la croyaient « retardée », et ont estimé qu'elle n'accomplirait rien dans sa vie.

Premiers examens vignette|gauche|L'hôpital pour enfants de Boston, où Temple Grandin a passé ses premiers examens.|alt=Devanture d'un hôpital Il existe de légères variantes dans le récit du premier examen médical de Temple Grandin.

Selon l'écrivain-journaliste Adam Feinstein, Temple Grandin lui aurait déclaré lors d'une interview qu'en 1949, alors qu'elle était âgée de deux ans et demi, un neuropédiatre de Boston, Bronwyn Cruthers, lui aurait diagnostiqué des , avant qu'à l'âge de cinq ans, un , Henry Wurmer, ne la diagnostique avec autisme.

D'après sa biographe Annette Wood, Temple Grandin aurait été diagnostiquée avec « schizophrénie infantile » à l'hiver 1951.

Dans ses autobiographies, Temple Grandin relate qu'à trois ans ., incapable de parler, elle aurait été examinée par Bronson Crothers, alors directeur du service de neurologie de l'hôpital pour enfants de Boston .. Ce neuropédiatre l'aurait soumise à une électroencéphalographie afin de s'assurer qu'elle ne souffre pas d'absence épileptique, puis à des tests audiométriques afin de vérifier qu'elle ne soit pas atteinte de surdité, enfin à un test d'évaluation de l'autisme infantile .. Crothers aurait conclu l'examen de Grandin en déclarant à sa mère : (). Temple Grandin précise que l'électroencéphalogramme et les audiogrammes sont « normaux ».

D'après les souvenirs de sa mère Anna Eustacia Purves, Grandin aurait été examinée par un certain Bronson Caruthers, responsable de la clinique d'orientation Judge Baker de Boston, et son équipe. D'autre part, ce serait une assistante de Caruthers, le docteur Meyer, qui aurait déclaré .

D'après Temple Grandin, six mois plus tard, alors âgée de trois ans et demi, elle commence à verbaliser par des . Elle est alors réexaminée par Crothers. Le neuropédiatre se montre confiant dans sa capacité d'apprentissage du langage : (), déclare-t-il à sa mère. Il diagnostique cependant des (). D'après Steve Silberman, ce diagnostic était fréquemment posé aux enfants autistes à cette époque, où l'autisme restait largement méconnu.

Intervention individuelle précoce

Le comportement de Temple Grandin a rapidement entraîné des disputes parentales. Son père souhaite la confier à un établissement pour malades mentaux, mais sa mère s'oppose fortement à cette idée, et recommande une éducation individuelle spécialisée, adaptée à son cas précis. Grâce à ses ressources financières, elle prend des précautions afin que Temple ne soit pas placée dans une institution. Le Crothers l'envoie chez une orthophoniste, qui lui apprend à articuler convenablement grâce à une intervention intensive, de l'ordre de trois rendez-vous par semaine. Elle suit vingt heures hebdomadaires de thérapie du langage. Elle témoigne des efforts de sa mère afin que les interventions s'effectuent à domicile : celle-ci embauche une gouvernante dès que Temple atteint deux ans et demi, spécifiquement pour s'occuper d'elle. D'après Temple, cette femme applique une méthode assez proche des actuelles thérapies cognitivo-comportementales, en lui interdisant de manifester ses stéréotypies et en lui apprenant les règles sociales, notamment la politesse. Eustacia paie également des écoles privées pour s'assurer que les besoins particuliers de sa fille soient pris en compte. Temple Grandin est reconnaissante à sa mère d'avoir permis cette intervention précoce : Elle estime également qu'être née à une époque de forte méconnaissance de l'autisme et en l'absence de théories psychologiques est une chance : .

À 5 ans, Temple a, selon sa mère, les compétences suffisantes pour entrer dans une école privée pour les jeunes enfants, aux règles très strictes. Elle la prend en charge pour l’apprentissage de la lecture. D'après sa biographe Annette Wood, il est remarquable qu'elle soit parvenue à apprendre suffisamment la vie en société pour fréquenter l'école élémentaire. Sa mère n'a jamais considéré la manifestation publique de comportements excessifs (colères) et de stéréotypies autistiques comme acceptables, et lui a appris les règles sociales dans une stricte discipline, dans le but de lui éviter l'institutionnalisation. Regarder la télévision est considéré comme une récompense (par exemple après avoir fait ses devoirs de classe) et un privilège, le temps que Temple y passe est strictement contrôlé. D'après Temple, sa mère a également veillé à ce qu'elle ait des contacts sociaux réguliers, qu'elle fasse des sorties, et a valorisé ses activités et ses progrès de manière à lui donner une bonne estime d'elle-même.

Adolescence

droite|vignette|Le travail à ferrer les bovins, comme ce modèle portable, inspire à Temple Grandin sa machine à câlin.|alt=Travail à ferrer les bovins.