Louis-Arsène Delaunay est un comédien français, né le à Paris et mort le à VersaillesActe de décès (avec date et lieu de naissance) à Versailles, n° 832, vue 141/207.Nécrologie, Le Figaro, 23 septembre 1903 . Il a été professeur au Conservatoire de Paris et sociétaire de la Comédie-Française de 1850 à 1887Base documentaire La Grange sur le site de la Comédie-Française..

Biographie Fils d’un marchand de vin, Delaunay entra d’abord comme employé chez un marchand drapier mais, passionné pour le théâtre depuis l’enfance, il y resta peu de temps. Sur le conseil de Monval, régisseur du Gymnase, il alla voir le célèbre Provost, qui, après l’avoir entendu, le fit admettre dans sa classe au Conservatoire en 1844. Tout en continuant ses études, Delaunay obtint de jouer au Gymnase, en , un rôle dans une pièce d’Arvers, les Deux Césars. Il y passa inaperçu, la pièce tomba, et au mois d’août il obtint un accessit de comédie au Conservatoire. Delaunay se mit alors à jouer dans des théâtres de la banlieue. L’acteur Bocage, qui l’entendit par hasard à Montmartre, lui proposa d’entrer à l’Odéon, dont il venait d’être nommé directeur. Bien que les appointements qu’il lui offrait fussent dérisoires, Delaunay s’empressa d’accepter.

Théophile Gautier écrivait alors : « Un jeune homme inconnu, nommé Delaunay, s’est révélé subitement le jeune premier le plus accompli de Paris. Il a du feu, de la candeur, une voix nette et mordante, toutes les qualités de l’emploi. » Ces qualités lui valurent d’être engagé, comme pensionnaire à la Comédie-Française, où il débuta, à vingt-deux ans, le . Il fut très applaudi dans l’École des maris, l’École des femmes, surtout dans Dorante du Menteur et le Chevalier du Distrait et, dès le , il était nommé sociétaire.

Depuis cette époque, pendant trente-six ans, Delaunay tint avec un éclat persistant l’emploi des jeunes premiers à la Comédie-Française, à laquelle il resta fidèlement attaché, malgré les offres brillantes qui lui furent faites à diverses reprises pour jouer ailleurs. Sociétaire modèle et comédien hors ligne, il reprit, outre les pièces du vieux répertoire des rôles dans des pièces du nouveau répertoire, où il se fit vivement applaudir, notamment : l’Honneur et l’argent, le Gendre de monsieur Poirier, Hernani, Marion Delorme, le Demi-Monde, le Marquis de Villemer, Don Juan d’Autriche, Mademoiselle de Belle-Isle, etc.

Ses créations furent très nombreuses. Il faut citer d’abord ses rôles de Fortunio dans Le Chandelier et de Valentin dans Il ne faut jurer de rien, d’Alfred de Musset. Il y excella et contribua puissamment, avec Louise Rosalie Allan-Despréaux, à révéler Alfred de Musset comme auteur dramatique. Parmi les autres pièces qu’il a créées, il faut citer : l’Aventurière, d’Augier (1848) ; Ulysse, de Ponsard (1852) ; le Cœur et la dot, de Mallefille, (1852) ; la Joie fait peur, par Delphine de Girardin (1851) ; la Fiammina, de Mario Uchard (1857) ; la Considération, de Doucet (1860) ; le Fils de Giboyer, d’Augier (1862) ; Jean Baudry, de Vacquerie (1863) ; Maitre Guérin, d’Augier (1861) ; le Lion amoureux, de Ponsard (1866) ; le Fils, de Vacquerie (1866) ; Paul Forestier, d’Augier (1868) ; les Faux ménages, de Pailleron (1869) ; Jean de Thommeray d’Augier et Sandeau (1873) ; le Sphinx, de Feuillet (1877) ; Daniel Hochat, de Sardou (1880) ; le Monde où l’on s’ennuie, de Pailleron (1881) ; , de Simone Arnaud (1883) ; etc.

En 1886, il créa le rôle de Racine dans l’à-propos, intitulé 1802, écrit par Renan au sujet de l’anniversaire de Victor Hugo. Bien que son talent n’eût pas faibli, Delaunay, après avoir passé trente-huit ans à la Comédie-Française, se détermina à quitter le théâtre, le . Lors de sa représentation d’adieux, le Le Figaro, ., il reparut dans le Menteur, le Misanthrope, le Chandelier, où il fut l’objet d’une ovation enthousiaste. Avant de quitter le public, il s’avança vers la rampe et prononça un petit discours d’adieu au milieu de l’émotion générale.

Après avoir quitté le théâtre, il continua au Conservatoire le cours qu’il faisait depuis . En , il fut mis à la retraite pour ces dernières fonctions. Il vivait paisible, s’occupant de son jardin et de ses fleurs dans sa maison de la rue des Missionnaires à Versailles lorsqu’il succomba aux suites d’une crise de diabète. Il fut inhumé au cimetière de Montmartre.

Jules Ferry, alors président du conseil, l’avait nommé chevalier de la Légion d’honneur, par décret du Voir base Léonore dans liens externes. Dans ses Souvenirs, Delaunay a raconté qu’il allait quitter la Comédie-Française et donnait déjà sa série de représentations d’adieux lorsque :

Famille

Il est le père de l'acteur du Français Louis Delaunay et le beau-père de l'artiste lyrique de l'Opéra-Comique Rose Delaunay .

Jugements Joignant à un physique agréable un mélange de tendresse et d’étourderie, une flamme, une ardeur de jeunesse qui charmaient et qu’il conserva tant qu’il parut au théâtre, Sarcey a dit de lui : « Aucun comédien de ce temps n’approche de M. Delaunay pour l’art exquis de la diction. C’est un plaisir délicieux que d’entendre la musique de celle voix jeune et caressante voltiger tantôt sur l’alexandrin sobre, tantôt sur la prose cadencée de Marivaux et d’Alfred de Musset. »

Adolphe Brisson a dit : « Le plaisir qu’on avait à l’écouter suffisait en dehors de toute autre considération, à justifier sa gloire. Delaunay semblait créé et mis au monde pour jouer les amoureux ; il y était incomparable, et, en quelque sorte, unique. Il possédait deux dons qui souvent s’excluent : il avait la flamme et la gaieté. De quelle ardeur il chargeait l’apostrophe de Perdican, au second acte de On ne badine pas avec l’amour ! La colère grondait dans sa voix, brillait dans ses yeux. Mais il conservait au personnage son caractère. Il n’en faisait point un farouche misanthrope, un Hamlet sombre et dissimulé. L’explosion passée, Perdican redevenait un pimpant cavalier, sentimental, il est vrai, mais heureux de vivre, ravi de coqueter avec sa cousine, et totalement dénué de pédanterie. II incarnait admirablement Fortunio. Il soupirait et ne pleurait pas aux genoux de Jacqueline : il laissait au rôle son sourire. Fortunio ne s’appelle pas Werther. C’est un petit clerc rêveur, passionné et malicieux. Delaunay l’illuminait, il éclairait ce théâtre de l’éclat de sa vivacité juvénile et du charme de sa voix. Nous le verrons toujours dans le premier acte de Il ne faut jurer de rien, dans ce duo où sautille et scintille la gaminerie de Musset. Il l’enlevait avec un entrain prodigieux, une furia toute française, une rapidité, une impertinence qui rendaient plus comiques les ahurissements de l’oncle Van Buck. Delaunay entraînait tout le monde dans son mouvement endiablé. Il brûlait les planches ; il menait la pièce tambour battant ; c’était un assaut, et chacun s’y surpassait. … Il possédait ce secret, qui semble aujourd’hui perdu, d’être gai sans trivialité, jeune sans outrecuidance et amoureux sans vieillesse. »

Théâtre Carrière à la Comédie-Française Entrée en 1848 Nommé sociétaire en 1850 Départ en 1886

1848 : Le roi attend de George Sand : La Grange 1848 : Tartuffe de Molière : Damis 1848 : La Rue Quincampoix de Jacques-François Ancelot : Dehorn 1848 : Les Portraits d'Adrien Decourcelle et Théodore Barrière : le chevalier 1848 : Le Bachelier de Ségovie de Casimir Bonjour : Don Louis 1848 : Le Vrai club des femmes de Joseph Méry : Albert 1848 : La Vieillesse de Richelieu d'Octave Feuillet et Paul Bocage : René 1849 : Tartuffe de Molière : Valère 1849 : La Double leçon de Jean-Baptiste-Rose-Bonaventure Violet d'Épagny : Prangé 1849 : Le Moineau de Lesbie d'Armand Barthet : Cornelius 1849 : Le Misanthrope de Molière : Clitandre 1849 : La Mère coupable de Beaumarchais : Léon 1849 : La Ligue des amants d'Alfred Langlois des Essarts : Arsenio 1849 : Les Plaideurs de Jean Racine : Léandre 1850 : Les Deux célibats d'Augustin-Jules de Wailly et Charles Duveyrier : Charles 1850 : Trois entr'actes pour l'Amour médecin d'Alexandre Dumas : l'abbé 1850 : L'Avoué par amour d'Edmond Cottinet : Albin 1850 : Charlotte Corday de François Ponsard : Louvet 1850 : La Queue du chien d'Alcibiade de Léon Gozlan : Ferrières 1850 : La Migraine de Jean-Pons-Guillaume Viennet : Courville 1850 : Le Misanthrope de Molière : Acaste 1850 : Le Chandelier d'Alfred de Musset : Fortunio 1850 : Les Contes de la reine de Navarre d'Eugène Scribe et Ernest Legouvé : Henri d'Albret 1851 : Les Caprices de Marianne d'Alfred de Musset : Coelio 1852 : Le Cœur et la dot de Félicien Mallefille : Henri Dumège 1852 : Le Bonhomme Jadis d'Henry Murger : Octave 1853 : Dom Juan ou le Festin de pierre de Molière : Don Carlos 1855 : L'Amour et son train d'Octave Lacroix : Gabriel de Lineuil 1858 : Le Bourgeois gentilhomme de Molière : Cléonte 1859 : Souvent homme varie d'Auguste Vacquerie : Beppo 1862 : Le Fils de Giboyer d'Émile Augier : Maximilien Gérard 1865 : Henriette Maréchal d'Edmond et Jules de Goncourt : Paul de Bréville 1866 : Le Lion amoureux de François Ponsard : Vicomte de Vaugris 1866 : Le Fils d'Auguste Vacquerie : Louis Berteau 1867 : Hernani de Victor Hugo : Hernani 1868 : Paul Forestier d'Émile Augier : Paul Forestier 1869 : Les Faux ménages d'Édouard Pailleron : Paul Armand 1869 : Lions et Renards d'Émile Augier : Pierre Champlion 1871 : Christiane d'Edmond Gondinet : Robert de Noja 1873 : Marion de Lorme de Victor Hugo : Saverny 1874 : Le Demi-monde d'Alexandre Dumas fils : Olivier de Jalin 1875 : Tartuffe de Molière : Valère 1875 : Mademoiselle de Belle-Isle d'Alexandre Dumas : cardinal de Saverny 1875 : Le Misanthrope de Molière : Acaste 1876 : La Cigale chez les fourmis d'Eugène Labiche et Ernest Legouvé : Paul de Vineuil : Dom Juan ou le Festin de pierre de Molière : Dom Juan 1877 : Le Joueur de Jean-François Regnard : Valère 1878 : Le Misanthrope de Molière : Alceste 1879 : L'École des maris de Molière : Valère : Le Mariage de Figaro de Beaumarchais : Almaviva 1880 : Daniel Rochat de Victorien Sardou : Daniel Rochat 1880 : L'Impromptu de Versailles de Molière : La Grange 1880 : Les Femmes savantes de Molière : Clitandre 1880 : Le Bourgeois gentilhomme de Molière : Cléonte 1881 : Le Monde où l'on s'ennuie d'Édouard Pailleron : Roger de Céran 1886 : L'Avare de Molière : Cléante Il ne faut jurer de rien d'Alfred de Musset

Sources Georges Moreau, Revue universelle : recueil documentaire universel et illustré, , Paris, Larousse, 1903, .

Mention dans la littérature Dans Du côté de chez Swann de Marcel Proust, le narrateur, jeune, classe naïvement par ordre de talent les acteurs les plus illustres : Got, Delaunay, Coquelin, Thiron, Febvre.

Notes et références

Liens externes

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