vignette|John Lennon en 1968.
, habituellement surnommé Album blanc (White Album), ou quelquefois Double blanc, à cause de sa pochette extérieure entièrement blanche, est un double album des sorti le contenant trente chansons originales. C'est le neuvième album du groupe mais le premier sous leur propre label, . Les premières éditions sont numérotées individuellement.
L'album est un nouveau tournant musical dans la carrière des Beatles. Exploré en long et en large depuis Revolver jusqu'à Magical Mystery Tour, le psychédélisme laisse place à un retour vers le rock 'n' roll, des arrangements plus simples et des textes moins philosophiques. Les guitares acoustiques sont ainsi souvent préférées aux sonorités complexes de , puisque c'est sur cet instrument qu'ont été écrites la plupart des chansons, durant le séjour du groupe dans le nord de l'Inde, à Rishikesh dans l'ashram du Maharishi Mahesh Yogi.
Paul McCartney s'affiche en brillant touche-à-tout, abordant une large palette de genres musicaux, George Harrison affirme ses talents d'auteur-compositeur, Ringo Starr enregistre une première composition, alors que John Lennon va de plus en plus loin dans l'introspection, faisant parfois dans la dérision et se montre aussi iconoclaste ou mordant, et surtout, chante son amour pour sa nouvelle âme sœur, Yoko Ono. La présence de cette dernière dans les studios d'enregistrement est d'ailleurs un facteur de tensions.
Malgré de nombreuses difficultés dues à une mésentente croissante au sein du groupe durant sa réalisation, la formule de cet album double fonctionne, puisque le succès du disque est colossal. Ce sera la troisième meilleure vente d'album du groupe, après Sgt. Pepper et Abbey Road, et le plus vendu sur le territoire américain, avec plus de 20 millions d'exemplaires écoulés. Il reste ainsi en tête des hit-parades pendant huit semaines au Royaume-Uni et neuf aux États-Unis.
Composition
thumb|Les chambres de méditation abandonnées de l'āshram de Maharishi Mahesh Yogi. Dans leur quasi-totalité, les chansons qui figurent sur The Beatles sont conçues durant le séjour du groupe à Rishikesh, dans l’ashram du Maharishi Mahesh Yogi, à la fin de l’hiver et au printemps 1968. Là, dans le nord de l'Inde, ils reçoivent quotidiennement son enseignement sur la Méditation transcendantale, dans ce qui est censé être une véritable retraite, ponctuée de longues périodes de méditation, perçues par les membres du groupe comme un répit spirituel loin de la folie qui, depuis 1963, les entoure dans le monde entier. Une chance, dira , The Beatles Anthology, 2000, Seuil.. Mais rapidement, John et Paul reprennent leurs habitudes de compositeurs, se retrouvant pour travailler sur de nouvelles chansons.
Les Beatles quittent Rishikesh avant la fin du programme d’enseignement qu’ils devaient suivre. Ringo Starr et Paul McCartney sont les premiers à s’en aller. John Lennon et George Harrison désertent les lieux ensemble, un peu plus tard. John Lennon a raconté les circonstances de son départ : c’est en apprenant que le Maharishi aurait fait des avances sexuelles à l’actrice américaine Mia Farrow - présente avec sa sœur Prudence lors de ce séjour - qu’il se met en colère, considère dès lors que le « maître » est un imposteur et compose la chanson accusatrice Sexy Sadie. Prudence Farrow a aussi droit à sa chanson signée Lennon avec Dear Prudence. Il joue d'ailleurs ce titre en picking, selon une technique que lui a enseignée Donovan, une des autres personnalités présentes lors de ce séjour en Inde. vignette|Kinfauns, le domaine de George Harrison, au 16 Claremont Drive à Esher dans le Surrey.. Pas loin de quarante nouvelles chansons sont ainsi créées à Rishikesh. De retour en Angleterre, fin , les Beatles se retrouvent à , la propriété de à Esher dans le Surrey et enregistrent vingt-sept démos desquelles dix-neuf se retrouveront parmi les trente de leur prochain album; c’est le départ de la réalisation de l’« Album blanc ». Des chansons non-utilisées, certaines se retrouveront sur , d'autres sur les disques solos des membres du groupe. C'est le cas de Junk, publiée sur l'album McCartney en 1970, ou de Child of Nature de John Lennon, retravaillée pour devenir Jealous Guy sur l'album Imagine en 1971. La chanson de George Harrison, sera enregistrée par Jackie Lomax et sortie en single. Circles sera retravaillée en 1982 par Harrison pour paraître sur Gone Troppo, tandis que Not Guilty, une troisième chanson du guitariste, enregistrée parmi les démos puis en studio par le groupe, sortira finalement en 1979 en version différente sur son album homonyme. En 1996, la prise 102 sera incluse sur Anthology 3 de même que la composition de Lennon What's the New Mary Jane, elle aussi travaillée en studio mais mise de côté, et sept des démos. En 2018, tous les enregistrements effectués au domaine de Harrison seront réunis dans le disque bonus Esher Demos de la remastérisation du cinquantième anniversaire de l'album..
John Lennon donne ce qui, pour lui, constituera la tonalité générale des séances de l’Album blanc :
Enregistrement
Le disque est enregistré entre le et le , majoritairement aux studios EMI d’, avec quelques passages aux studios Trident de Londres. Bien que très productives, compte tenu du grand nombre de compositions ramenées du séjour en Inde, les séances d’enregistrement de ce disque sont aussi connues pour avoir été tendues, indisciplinées, fastidieuses, et même amères. La mésentente au sein du groupe, orphelin depuis un an de son mentor, guide et manager Brian Epstein, et perturbé par la présence constante de Yoko Ono dans le studio aux côtés de , naît véritablement durant ces quatre mois de l’année 1968 et ne disparaîtra plus. C’est aussi dans le même temps que les Beatles lancent leur compagnie « multimédia », Apple, qui sera elle aussi, une source de tensions pour le groupe.
Habitués à enregistrer seuls en compagnie de l’équipe technique de George Martin et seulement entourés de leurs assistants Neil Aspinall et Mal Evans, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr doivent désormais s’accommoder de la présence de Yoko Ono avec John et ils le vivent mal. Compte tenu aussi du départ temporaire de Ringo Starr, le groupe ne retrouve sa cohésion qu’épisodiquement au milieu d’une période de réalisation décousue qui se déroule dans une ambiance qui n'est pas toujours la meilleure. Dès le début des séances, quand John Lennon demande de refaire Revolution des dizaines de fois, Paul McCartney en fait de même avec Ob-La-Di, Ob-La-Da, jusqu'à l'écœurement. L'ingénieur du son habituel depuis Revolver, Geoff Emerick, claque la porte en plein milieu des séances. Il faudra continuer sans luiGeoff Emerick, Here, There and Everywhere, My Life Recording The Music of The Beatles, Gotham Books, 2006. Même George Martin profite opportunément d'un mois de vacances planifié de longue date, laissant temporairement son rôle à son jeune assistant, Chris Thomas, à moins que ce ne soit aux Beatles eux-mêmesMark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions, Hamlyn books, 1988.
L’album sera double, et chacun de ses membres compositeurs y place et y chante donc tout ce qu’il veut. Mais souvent sans plus guère s’occuper des autres. Ainsi, il n'est pas rare que chacun occupe simultanément un des trois studios du complexe EMI et n'utilise ensuite les autres que comme simples accompagnateurs. Il y a cependant quelques exceptions notables, comme lors des enregistrements des titres While My Guitar Gently Weeps, Birthday, Yer Blues, Helter Skelter, où le groupe retrouve toute sa cohésion et se déchaîne... À l’écart de toutes ces tensions, Ringo Starr joue de son mieux, lui qui seul de tous ne semble guère désireux de tirer la couverture à lui. Lassé par ces tensions, il déserte Abbey Road à son tour et part en vacances en Sardaigne en plein cœur des séances. Les Beatles continuent à enregistrer et Paul McCartney tient la batterie sur les titres Back in the U.S.S.R. et Dear Prudence.
Ringo finit par revenir pour découvrir sa batterie couverte de fleurs dans le studio 2 d'Abbey Road. Il sera d'ailleurs le seul à rester en bons termes avec les trois autres lors de la séparation, et il les fera tous participer à son album Ringo en 1973. Malgré cette accumulation de problèmes, cette mésentente croissante, la qualité des compositions de John Lennon, Paul McCartney et George Harrison (Ringo Starr y va aussi de son tout premier titre Don't Pass Me By), l’extraordinaire période créative qu’ils ont vécue entre février et à Rishikesh, permet aux Beatles de se maintenir à un niveau de qualité particulièrement élevé, pour publier un disque qui aura toute sa place dans leur légende... et dans l'histoire du rock.
C'est d'ailleurs pendant ces séances compliquées que les Beatles enregistrent — entre le 29 et le dans les studios Trident, qui disposent d'un 8-pistes — un de leurs plus gros tubes, des deux côtés de l'Atlantique et un peu partout dans le monde malgré une longueur exceptionnelle : 7 minutes. Il s'agit bien sûr de Hey Jude que écrit pour réconforter Julian Lennon, 5 ans, au moment où son père John et sa mère Cynthia se séparent... Hey Jude est publié en single le avec en face B une version du Revolution de différente de celle qui figurera sur l’Album blanc.
On prévoit de produire un concert télévisé de certaines chansons de cet album mais sa réalisation doit être repoussée. Le projet se transforme rapidement en séances de répétitions et d'enregistrement de nouvelles chansons qui seront publiées, un an plus tard, sur l'album Let It Be. Le film Let It Be, aussi sorti en 1970, et le documentaire The Beatles: Get Back, en 2021, seront tirés de ces nombreuses heures de tournage.
Analyse musicale
Cet album regroupe trente titres dont quatre compositions de , parmi lesquelles le célèbre avec un solo d'. L'album se compose de recherches éparses, un mélange de titres que chacun arrange dans son coin aux studios d'.
Une production avec des orchestres, des guitares acoustiques pour la moitié des chansons et des mixages élaborés, mais plus guère d’unité hormis quelques brèves références mutuelles des chansons entre elles. Même l’humour ( en référence au de , et plaçant l’expression « ») ne semble plus percuter. Cet album est presque aux antipodes du précédent. Inspiré des travaux d’Edgar Varèse, le montage expérimental de John et Yoko, déconcerte le public. George Martin trouvait que cette pièce n'était pas du « Beatles » et McCartney, hors du pays lors de cet enregistrement, a vainement tenté de la retirer de l'album Dave Rybaczewski, http://www.beatlesebooks.com/revolution-9, BEATLES MUSIC HISTORY, DKR Products Toledo, Ohio. Consulté le 31 juillet 2017.