Eleazar López Contreras (Queniquea, Táchira, 1883 – Caracas, 1973) était un militaire et homme d'État vénézuélien, qui fut président du Venezuela entre 1935 et 1941. Interrompant ses études de médecine, il rejoignit la Révolution libérale de Restauration dirigée par Cipriano Castro et Juan Vicente Gómez. Il participa dès lors à de nombreux combats et fut blessé lors de la bataille décisive de Tocuyito de 1899, qui assura le triomphe de la révolution. Ayant succédé en 1935 à Juan Vicente Gómez à la présidence de la république, il s’attacha à tempérer l’autoritarisme de son prédécesseur et à démocratiser le pays, tout d’abord en signant un décret de libération des prisonniers politiques, puis en promulguant la Constitution de 1936. Il eut à affronter la première grève dans l’industrie du pétrole du Venezuela. À son instigation furent créées la Garde nationale vénézuélienne (pour combler un vide dans le cadre institutionnel de l’État) et la Banque centrale du Venezuela (afin de moderniser le pays et gérer d’une manière plus efficace les considérables ressources apportées par le pétrole). Des experts techniciens étrangers en matière de santé publique furent recrutés et une Division d’hygiène rurale fut instituée. Recueillant les juifs en mal de terre d’asile errant sur les paquebots Caribia et Königstein, il sera pour une grande part à l’origine de l’actuelle communauté juive du Venezuela. Jeunesse López Contreras vit le jour en 1883, année où eurent lieu les festivités pour le centenaire de la naissance du « libertador » Simón Bolívar, mais aussi année où Antonio Guzmán Blanco se trouvait à l’apogée de son pouvoir. Il fut le fils unique du général Manuel María López et de María Catalina Contreras et eut pour tuteur le prêtre Fernando María Contreras. Trois mois après sa naissance, son père mourut à Cúcuta (Colombie), de la fièvre jaune, à la suite de quoi son oncle, l’ecclésiastique Fernando Contreras, prit la famille à sa charge. Il obtint à quinze ans le titre de bachelier en philosophie et lettres du collège du Sacré-Cœur-de-Jesus dans la ville de La Grita (État de Táchira). Initialement, le jeune Eleazar se destinait à étudier la médecine à l’université de Mérida, l’actuelle Université des Andes, mais prit le parti, alors qu’il n’était âgé que de seize ans, d’adhérer à la « révolution libérale de restauration » (en esp. Revolución Liberal Restauradora), également dénommée « révolution des soixante », dirigée par Cipriano Castro et Juan Vicente Gómez. Persécuté par le régime de Guzmán, il se réfugia dans les montagnes du Río Bobo. Peu après, aidé de son oncle Contreras, et avec le concours de quelques amis prêtres, il se porta vers la ville colombienne de Cúcuta, où il prit part à de nombreuses batailles, et fut élevé au grade de capitaine en second du bataillon Libertador en 1899. Lors de la bataille de Tocuyito du , qui marqua le triomphe de la révolution, López Contreras fut blessé au bras gauche par une balle de fusil, qui le mit hors de combat et le força à se soumettre à des soins médicaux prolongés ; c’est le général Gómez qui veilla alors sur lui et le transporta à Caracas, aux soins d’une famille amie. Carrière militaire Après avoir été fait lieutenant-colonel en 1900, il fut nommé aide de camp de Cipriano Castro, devenu président de la république, mais n’exerça cette fonction que durant un mois et demi. Plus tard, en 1902, il fut désigné commandant en second de l’état-major du bataillon Carabobo, et prit part à la bataille de La Victoria (près de la ville vénézuélienne du même nom) en , laquelle, gagnée par les castristes, marque un tournant dans la guerre civile de 1901-1903 en faveur du gouvernement de Restauration en place. L’insurrection définitivement vaincue l’année suivante, López Contreras fut nommé commandant en second du Castillo Libertador à Puerto Cabello. Dans cette ville s’était constitué un mouvement qui méditait un coup de force à l’effet d’éloigner du gouvernement Juan Vicente Gómez, alors vice-président de la république, de sorte à ne garder que Cipriano Castro comme Chef unique. López se garda de tremper dans ledit mouvement, lequel du reste fut bientôt découvert, et démissionna de sa fonction ; cependant, Cipriano Castro autant que Gómez se méfiaient de lui, chacun en effet le croyant dans le camp adverse. Il s’ensuivit qu'il ne se vit plus confier entre 1903 et 1914 que des postes à caractère civil : commandant des garde-frontière de Puerto Cristóbal Colón à Macuro, de La Vela de Coro, de Río Caribe et de Carúpano, contrôleur des douanes à Puerto Sucre, chef civil de Río Chico, et administrateur des marais salants d’Araya. Actions sous la présidence de Juan Vicente Gómez thumb|Juan Vicente Gómez et Eleazar López Contreras à Maracay en 1934. En 1914, la constellation politique vénézuélienne était changée : Gómez exerçait la présidence depuis 1908, à la suite d’un coup d'État exécuté sans coup férir, tandis que Cipriano Castro avait été contraint à l’exil. Il advint alors un accident fortuit qui persuada Gómez que López Contreras n’était pas un partisan de Castro : en effet, une lettre de Carmelo Castro, frère de l’ancien président, qui l’invitait à se joindre à une rébellion, fut interceptée. Ce que constatant, Gómez réhabilita López, l’éleva au grade de colonel et le nomma commandant par intérim du bataillon Rivas ; un an après, il fut désigné commandant du régiment Piar . En 1919, il fut nommé Directeur de la Guerre du ministère de la Guerre et de la Marine, fonction dans laquelle il fit preuve de notables qualités administratives et d’organisateur. En 1923, il fut élevé au rang de général de brigade et promu chef de la garnison de Caracas. En 1924, à la tête de la délégation militaire et diplomatique représentant le Venezuela lors des célébrations du centenaire de la bataille d’Ayacucho, il visita le champ de bataille, y exhuma le corps d’un soldat inconnu et en fit transporter les restes au Venezuela, pour les réinhumer sur le champ de bataille de Carabobo. Attendu que López Contreras était l’homme qui, à l’époque, apparaissait le plus ferré sur Sucre et Bolívar, c’est tout naturellement sur lui que se porta le choix du président Gómez pour remplir cette mission. Au reste, le premier ouvrage qu’écrivit López Contreras, El Callao histórico, traitait de la capitulation du fort de Callao en 1826, haut fait des guerres d’indépendance ; l’ouvrage, qui parut en 1926, fut bien accueilli par la critique. En 1928, étant chef de garnison, il lui incomba d'affronter une insurrection fomentée par un groupe de jeunes officiers, d’étudiants d’université et de militants politiques ; il sut la juguler avec fermeté, mais se retrouva dans une situation difficile quand il découvrit que parmi les conspirateurs figurait son propre fils aîné, Eleazar López Wolkmar. Gómez lui-même offrit à López la liberté pour son fils, mais López Wolkmar, de façon surprenante, repoussa cette offre. Dans la suite, Gómez prit une série de décisions militaires et politiques, entre lesquelles la mutation de López Contreras vers l’État de Táchira en tant que chef de garnison, puis en qualité de commandant de la Brigade de l’armée à Capacho, après qu’il eut mené dans cette ville une contre-attaque en 1928 contre la caserne San Carlos, foyer d’un soulèvement visant à renverser Gómez par un coup d’État. Revenu à Caracas en 1930, López fut nommé par Gómez chef d’état-major général par intérim, à l’occasion du défilé commémoratif du centenaire de la mort de Simón Bolívar en 1930. Cette même année, il fit paraître deux ouvrages : Síntesis de la vida militar de Sucre et Bolívar conductor de tropas. En 1931, Gómez le désigna ministre de la Guerre et de la Marine, faisant du coup de lui le militaire de carrière le plus influent du pays. Accession au pouvoir À la mort de Gómez le , López fut désigné président suppléant de la république (en esp. Encargado de la Presidencia de la Républica) jusqu’au . Il réussit à étouffer un début de rébellion fomentée par la famille de Gómez. Il signa un décret de libération des prisonniers politiques et rétablit la liberté de la presse. Le de l’année suivante, il fut élu président constitutionnel de la république pour une durée de sept ans, à compter de 1936. Dans son ouvrage intitulé La Historia Militar de Venezuela, il relève en quoi il avait été en décalage par rapport au régime de Gómez, soulignant notamment, à propos des événements politiques de 1928 et 1929, qu’il n’avait jamais été favorable aux mesures répressives prises pour écraser la rébellion des étudiants d’université (appelés collectivement la « Génération de 1928 »), et expose ses arguments en faveur de l’application d’un ensemble de règles dans le maintien de l’ordre public sans recours à l’action militaire. Présidence thumb|Prise de fonction de López Contreras comme président du Venezuela devant le Congrès de l’Union en 1936. Il eut, dès le début de son mandat présidentiel, à faire face à deux crises majeures : d’abord le mouvement populaire du mardi gras 1936, lorsqu'une manifestation se rendit devant le palais de Miraflores pour revendiquer plus de libertés, ce à quoi López accéda en partie, et ensuite la grève déclenchée en juin de la même année par une opposition désireuse de le renverser, but qui ne fut pas atteint. Il réforma la constitution en , dans un sens qu’il voulut démocratique, ramenant notamment la durée du mandat présidentiel de 7 à 5 ans, règle à laquelle lui-même se fit un devoir de se soumettre. En même temps toutefois, des mesures autoritaires furent légalisées, telles que l’exil sur décret présidentiel, et l’interdiction des idéologies communiste et anarchiste, qui servit à justifier l’expulsion hors du pays de plusieurs personnalités politiques, parmi lesquelles Rómulo Betancourt. Sa présidence se distingua d’autre part par la création d’organismes publics de protection et d’assistance, tels que le ministère de la santé et de l’assistance sociale, créé par voie de décret du ; l’importance de l’hygiène publique était le motif invoqué. Nombre des innovations introduites par ce ministère étaient dues à Arnoldo Gabaldón, porteur des recommandations de la Conférence des directeurs de santé publique réunie à Washington DC en 1936. Des techniciens étrangers experts en santé publique furent recrutés pour aider à la création de la Division d’hygiène rurale, de l'Institut national de puériculture et de la Division de malariologie. Fut créé également le ministère de l’agriculture et de l’élevage, en accord avec l’importance attachée par la politique de López Contreras au développement agricole. Le Conseil de l’enfance (Consejo Venezolano del Niño) et le statut des mineurs d’âge (Estatuto de Menores) virent le jour le . Toutes ces initiatives institutionnelles furent activement appuyées par le président à travers tout le pays et dotées d’une organisation permanente au budget croissant, en particulier en faveur de la lutte contre les principales maladies et épidémies. En 1938 fut fondé l'Institut technique de l’immigration et de la colonisation (Instituto Técnico de Inmigración y Colonisation), par lequel le gouvernement se proposait d’organiser la distribution de terres arables aux agriculteurs vénézuéliens et étrangers, afin de repeupler les campagnes, d’élever la qualité de vie et d’améliorer ethniquement la population du pays. La constitution de 1936 stipulait notamment, en son article premier :

en son article deuxième :

et en son article 95 :

Œuvre politique thumb|L’ambassadeur des États-Unis Frank P. Corrigan et López Contreras au palais de Miraflores. thumb|Siège actuel de la Galería de Arte Nacional à Caracas, édifice inauguré en 1938 par López Contreras et destiné à faire office de siège du musée des Beaux-Arts de Caracas.