David Justus Ludwig Hansemann (né le à , près de Hambourg, et mort le à Schlangenbad) est un marchand et banquier. Au départ dans le commerce de la laine, il promeut la construction de chemin de fer et fonde des assurances et des banques, dont la société Disconto, l'un des plus importants établissements de crédit allemands du et du début du . Hansemann est l'un des hommes politiques libéraux les plus connus en province de Rhénanie et initie entre autres la réunion d'Heppenheim. En 1848 il est, en tant que ministre des Finances, l'un des hommes politiques de premier plan du gouvernement de mars prussien.

Famille, éducation et ascension sociale thumb|Première police de la société d'assurance incendie d'Aix-la-Chapelle, 1825. David Hansemann est le plus jeune des onze enfants du pasteur évangélique Eberhard Ludwig Hansemann et de la seconde femme de ce dernier, Amalie. Probablement car ses parents ne peuvent pas financer les études de tous leurs fils, il commence en 1805 un apprentissage commercial dans l'entreprise de Ferdinand et Johann Daniel Schwenger, à Rheda. Sous la domination française, Ferdinand Schwenger est maire de la ville et emploie le jeune Hansemann comme secrétaire, qui engrange ainsi de premières connaissances en politique et en administration. Cinq ans plus tard, Hansemann s'établit en Rhénanie et travaille en tant que représentant pour des fabricants de tissu à Montjoie et à Elberfeld jusqu'en 1817, où il fonde sa propre entreprise de commerce de laine à Aix-la-Chapelle avec un capital de départ prêté par sa famille.

Son activité de marchand de laine mène Hansemann à l'aisance en l'espace de quelques années : dès 1822 il dispose d'une fortune de francs français. Cette rapide ascension lui permet d'épouser en 1821 Fanny Fremerey (1801–1876), originaire d'une famille huguenote française aisée établie à Eupen, également dans le commerce de laine. Le couple a quatre filles et deux fils.

Dans les années qui suivent, Hansemann fonde différentes entreprises à Aix-la-Chapelle, dont la société d'utilité publique d'assurance incendie d'Aix-la-Chapelle en 1824. La moitié des gains annuels de l'assurance est utilisée dans un but social par le biais de l'association d'Aix-la-Chapelle pour la promotion de l'activité, qu'il crée en 1834. Par l'intermédiaire de banques d'épargne appartenant à l'association, il soutient surtout des écoles maternelles et primaires, des organisations d'entraide pour nécessiteux, ainsi que la construction d'orphelinats et de logements sociaux. Ces établissements appartiennent aux premières réalisations concrètes des idées de réforme sociale bourgeoises. Cependant, leur influence reste limitée à la région d'Aix-la-Chapelle. À Aix-la-Chapelle, il appartient en 1836 à la table des habitués rassemblée autour du nouvelliste de l'établissement "La Couronne impériale".

Homme politique Point de départ : la politique économique régionale thumb| - Hansemann vers 1830.|alt=Portrait d'Hansemann avec la citation manuscrite en dessous. Il regarde à droite et a de longs cheveux blonds ou blancs. En 1825, Hansemann devient membre du tribunal de commerce d'Aix-la-Chapelle. Deux ans plus tard, il est admis à la chambre de commerce, et en 1828 il devient membre du conseil municipal d'Aix-la-Chapelle. Il s'engage fortement en faveur de la construction de chemins de fer en Rhénanie, notamment au travers de mémoires, et il entre ainsi très tôt en contact avec ses futurs compagnons de route politiques : Gustav Mevissen et Ludolf Camphausen. En outre, il est actionnaire de la société de chemins de fer rhénane, ainsi que son vice-président entre 1837 et 1844. Après qu'il est élu président de la chambre de commerce d'Aix-la-Chapelle en 1836 malgré sa confession protestante, son intervention est déterminante pour que le tracé de la ligne de chemin de fer reliant Cologne à Anvers (appelé à l'époque le "Rhin de fer") passe par Aix-la-Chapelle.

Parallèlement, il prend part à la fondation d'autres sociétés de chemin de fer, comme la ligne entre Cologne et Minden. Une expertise d'Hansemann fait pencher la balance pour une ligne entre Cologne et Dortmund via Düsseldorf, Duisbourg et l'actuelle région de la Ruhr plutôt qu'à travers le Pays de Berg et la vallée de la Wupper. Mais la société de chemins de fer Bergisch-Märkisch, qui se forme par la suite pour réaliser le second tracé de la ligne, s'appuie également sur son expertise : Hansemann considère ce tracé comme plus important en ce qui concerne l'économie nationale, mais a donné la préférence à l'autre pour des raisons de coûts.

Hansemann, qui se prononce habituellement presque toujours pour des solutions du secteur privé, préconise la construction de chemins de fer nationaux, car leur bénéfice pour l'économie nationale serait énorme. le cas échéant, l'État pourrait transmettre l'exploitation des chemins de fer à une entreprise. Mais, l'État prussien ne manifestant encore aucun intérêt pour les chemins de fer dans les années 1830, Hansemann traite également dans ses écrits d'autres possibilités et fait des propositions d'amélioration pour les modèles d'exploitation courants de l'époque cité dans .

Malgré sa critique de la représentation des ordres, il postule dès 1832 pour être député suppléant d'Aix-la-Chapelle au parlement provincial de Rhénanie. Son élection n'est cependant pas reconnue, car il ne remplit pas la condition d'être propriétaire foncier à Aix-la-Chapelle depuis au moins dix ans, et on ne lui accorde pas d'exemption. En 1839, alors qu'il postule de nouveau pour être député suppléant au parlement provincial, il perd face au représentant du catholicisme, Jakob Springsfeld. Hansemann, qui adhère en privé à un déisme modéré avec de hautes prétentions morales, avait déjà éprouvé auparavant des résistances dans la ville catholique qu'est Aix-la-Chapelle à cause de sa confession protestante. Déçu, il démissionne alors de son poste de président de la chambre de commerce et s'en retire, car il a le sentiment que ses concitoyens ne lui manifeste pas la confiance nécessaire. Ce n'est qu'en 1843, alors qu'il remporte enfin l'élection au parlement, qu'il rentre de nouveau à la chambre de commerce dont il est derechef élu président.

Précurseur du libéralisme rhénan À partir des années 1830, Hansemann s'engage de plus en plus dans la politique nationale. Ses thèmes principaux sont en l'occurrence surtout la stimulation de l'activité économique, le renforcement des infrastructures, le combat contre la pauvreté et le droit d'intervention des bourgeois sur la chose publique. Son mémoire De la situation et de la politique de la Prusse à la fin de l'année 1830D'abord imprimé en 1845 à Aix-la-Chapelle. Réimprimé dans ., adressé à Frédéric-Guillaume III de Prusse est l'un des plus importants documents du libéralisme rhénan. Il se pose très tôt comme critique assuré du système féodal et se bat pour les droits de la bourgeoisie, ainsi que contre les structures de la société qu'il considère comme dépassées. Hansemann est à l'origine de la revendication d'une plus grande représentation de la bourgeoisie notamment en mettant en évidence le déséquilibre entre le droit d'intervention politique des bourgeois et leur participation au financement de l'État. Avec son regard sur la Révolution de Juillet, il réclame aussi des réformes globales constitutionnelles et socio-politiques, afin de remédier assez tôt au danger de bouleversements révolutionnaires. Il considère qu'un développement révolutionnaire est également vraisemblable en Prusse si elle ne met pas en place un . Seule une réelle participation aux affaires publiques pourrait créer un lien solide entre l'État et la bourgeoisie. Comme l'ensemble des pré-libéraux, Hansemann ne se prononce pas en faveur d'une participation sur un pied d'égalité de toutes les classes sociales, mais adhère à l'idée d'une primauté des bourgeoisies marchande et intellectuelle. Ces deux bourgeoisies doivent constituer la . Les bourgeois auraient, comme les propriétaires fonciers . Ainsi, Hansemann plaide pour un parlement fort, mais aussi pour un suffrage censitaire très prononcéÜber Preußens Lage und Politik (chez Hansen p. 21), cit. de .

thumb|Députés du parlement uni prussien, de l'assemblée nationale prussienne et du parlement de Francfort. Rang du haut, deuxième en partant de la gauche : Hansemann.|alt=Une dizaine de députés sont représentés sur le dessin répartis en deux rangées. À Aix-la-Chapelle, si les approches qu'il mène au début sont surtout motivées par la morale, la philanthropie ou l'économie, après 1830 il met également en garde contre les mouvements révolutionnaires si la question sociale n'est pas abordée. En l'occurrence, son opinion est confortée par les troubles d'Aix-la-Chapelle de 1830, après qu'il a vécu dès 1821 la destruction de la maison de ses beaux-parents à Eupen par des tisserands protestataires. Comme cela avait déjà porté ses fruits dans les associations d'Aix-la-Chapelle, il voit l'aide aux efforts autonomes et l'éducation des couches sociales défavorisées à l'activité et à l'économie, ainsi que la stimulation de l'activité économique de manière générale comme le meilleur moyen d'action socio-politique. À la différence d'autres jeunes représentants du libéralisme rhénan, comme Mevissen, il est ouvertement sceptique vis-à-vis d'une politique sociale publique et considère que la réparation de la détresse économique est un devoir de l'économie elle-même. Son but à long terme est de faire se fondre les travailleurs sans biens et les petits artisans dans la bourgeoisie par le biais de l'accession à la propriété. Il ne perçoit cependant pas encore tout à fait le problème particulier qu'est la dépendance des classes laborieuses en raison de l'industrialisation cité dans .

Après l'accession au trône de Frédéric-Guillaume IV de Prusse en 1840, Hansemann partage l'espoir des libéraux de réformes allant dans leur sens. Cette même année, Hansemann commence à écrire un nouveau mémoire sur la situation et la politique de la Prusse, explicitement à l'attention du nouveau roi. Il y réclame une nouvelle fois une réforme du régime des fonctionnaires, mais surtout une représentation globale de l'État prussien en lieu et place des parlements provinciaux corporatifs. Toutefois, ce texte n'est jamais terminé ni envoyé au roi, car il devient bientôt évident que le nouveau roi n'effectuerait lui non plus de réformes étendues.

Discussion sur la Constitution pendant le Vormärz thumb|Première édition du Deutsche Zeitung du . vignette|Le lieu du congrès d'Heppenheim (auberge À la demi Lune ; gravure de 1840).|alt=Image en noir et blanc, vaste maison en arrière-fond droit, un mont en arrière-fond gauche, au premier plan une dizaine d'hommes et de femmes mangent dans le jardin En 1843, le député de longue date l'encourage à se présenter de nouveau au parlement provincial en tant que son suppléant, et Hansemann remporte enfin sa première victoire électorale. Cependant, Monheim assure son mandat lui-même. Il faut attendre 1845, avec une nouvelle victoire électorale, pour que Monheim cède sa place à Hansemann. Au parlement, Hansemann se fait surtout remarquer par assurance, son attitude parfois presque moralisatrice, son exceptionnelle préparation et son maniement habile du règlement. Il parvient souvent à influencer les débats dans son sens, non seulement grâce à une multitude de motions, mais également grâce à des propositions de compromis et des motions additionnelles à celles des autres. Rudolf Haym le décrit comme un et flexible, par opposition à Rudolf von Auerswald, , et à Camphausen et Hermann von Beckerath, ; citation de Rudolf Haym : , 1847..