() est un film soviétique réalisé par Andreï Tarkovski et sorti en 1979. Il combine des éléments de science-fiction et de fantastique avec des thèmes philosophiques, psychologiques et théologiques. Le scénario du film a été écrit par Arcadi et Boris Strougatski, librement inspiré de leur propre roman Stalker : Pique-nique au bord du chemin, paru en 1972.
Le film raconte l'histoire d'une expédition menée par un personnage connu sous le nom de « Stalker » (Alexandre Kaïdanovski), qui guide ses deux clients à travers un terrain vague dangereux jusqu'à un mystérieux site interdit connu simplement sous le nom de « Zone », où il existerait une pièce qui exauce les désirs les plus secrets des visiteurs. Le titre original vient d'un terme anglais qui désigne un chasseur furtif et silencieux, mais aussi un rôdeur ou harceleur monomaniaque.
Le tournage du film a été ponctué de nombreux problèmes, notamment en raison du tremblement de terre du près d'Isfara en RSS du Tadjikistan. Il a ensuite fallu trouver un nouveau lieu de tournage, alors que le scénario a été réécrit à de nombreuses reprises et que l'équipe a été en partie renouvelée. Après une longue recherche en , le directeur de la photographie Gueorgui Rerberg a trouvé un nouvel emplacement en RSS d'Estonie, dans la zone de l'ancienne centrale électrique de Tallinn en ruine sur la rivière Jägala. Le tournage s'est achevé le . Le budget du film a été dépassé de 300 000 roubles et a atteint plus d'un million de roubles.
Après avoir été projeté en avant-première en à Tomsk, le film est présenté hors compétition au Festival de Cannes 1980. Finalement, le film est distribué à partir du dans 196 copies en Union soviétique, où il enregistre 4,2 millions d'entrées. Le film est considéré comme l'un des plus importants de la science-fiction soviétique, et il figure régulièrement dans les listes des meilleurs films de tous les temps.
Synopsis Dans un futur lointain, le protagoniste (Alexandre Kaïdanovski) travaille en tant que « stalker », une sorte de passeur pouvant guider les visiteurs à travers la zone, un lieu en ruine où les lois de la réalité ne s'appliquent pas et dont personne ne connaît la nature. En son cœur, on dit qu'il existe un lieu, « la chambre », où tous les souhaits peuvent être réalisés. Les environs de la Zone ont été scellés par le gouvernement et des militaires les quadrillent.
Le film commence sur le Stalker qui se réveille auprès de sa femme et de sa fille. Sa femme (Alissa Freindlich) le supplie de ne pas retourner à l'intérieur de la Zone, mais il rejette sa prière. Dans un bar miteux, le Stalker rencontre les deux clients qu'il doit guider à travers la zone, l'Écrivain (Anatoli Solonitsyne) et le Professeur (Nikolaï Grinko).
Leur voyage commence lorsqu'ils contournent le barrage des gardes de la Zone en suivant un train jusqu'à l'intérieur des portes puis en empruntant une draisine. Après quelque temps, le Stalker arrête la machine, les voyageurs étant entrés dans la Zone (et le film passe du noir et blanc à la couleur). Le Stalker avertit ses clients qu'ils devront le suivre à la lettre s'ils veulent survivre aux dangers que l'on trouve dans la Zone, celle-ci suivant ses propres règles, dont seul le Stalker peut comprendre le sens. Il évoque aussi son maître, puis un Stalker surnommé « Porc-épic » qui a fini par trouver la Chambre pour y gagner énormément d'argent, le conduisant au suicide.
Le Stalker déjoue les différents pièges qu'il actionne en envoyant des leurres à partir d'écrous propulsés par une fronde en bas de laine. Si l'Écrivain se montre sceptique quant aux dangers, le Professeur lui, choisit de suivre les conseils du Stalker. Il réprimande l'Écrivain lorsque celui-ci touche une plante et finit par expliquer que la Zone modélise son chemin en fonction de leur état d'esprit : ceux qui trouvent la Chambre étant ceux qui n'ont plus rien à perdre dans leur vie.
Au cours de leur voyage les personnages expliquent pourquoi ils souhaitent trouver la Chambre : L'Écrivain est anxieux à l'idée de perdre l'inspiration et pense que la Chambre pourrait lui en donner. Le Professeur, qui trimballe un sac avec lui, espère avoir le prix Nobel pour ses découvertes sur la Chambre. Le Stalker avoue n'être là que pour les guider. Tous trois sont régulièrement suivis par un chien noir.
Après une sieste durant laquelle le Stalker est visité en rêve par une vision, tous reprennent la route. Ils doivent traverser un tunnel estimé dangereux et le Stalker insiste pour que l'Écrivain passe devant. Après avoir atteint leur destination, un bâtiment industriel décrépit à l'intérieur duquel se trouvent d'étranges dunes blanches, le Stalker avoue à l'Écrivain que le passage par les tunnels est dangereux et que le frère de Porc-épic lui-même y a perdu la vie.
Alors qu'ils se reposent dans une antichambre, un téléphone sonne : c'est un faux numéro. Le Professeur utilise alors le téléphone afin d'appeler un collègue et lui révèle sa position. Arrivés au seuil de la chambre, le Stalker demande que chacun entre, toutefois l'Écrivain hésite et le Professeur veut détruire la zone par crainte qu'elle ne tombe en de mauvaises mains, son sac contenant une bombe de vingt kilotonnes. Le Stalker tente de l'en empêcher, expliquant que guider les visiteurs vers la Chambre est ce qui le motive à vivre ; l'Écrivain s'interpose et estime que le Stalker est probablement un escroc. Questionnant la motivation des stalkers, l'Écrivain s'interroge sur la raison pour laquelle Porc-épic n'aurait pas ressuscité son frère dans la Chambre et découvre que celle-ci n'exauce que les désirs cachés : ayant pris conscience que la Chambre avait préféré lui donner de l'argent plutôt que de ressusciter son frère, celui-ci a fini par se suicider par culpabilité. Le Professeur préfère détruire sa propre bombe qui finit au fond d'une flaque d'eau. Aucun d'entre eux n'entre dans la Chambre.
Sortis de la Zone, le film repasse en noir et blanc, et tous reviennent dans le bar où ils se sont rencontrés, accompagnés du chien noir. Le Stalker rentre avec sa femme et sa fille ainsi que le chien qu'ils semblent adopter, ce qui est une marque d'humanité selon sa femme. À la maison, le Stalker est en proie à une crise : l'humanité va perdre la foi en la Chambre et en l'espoir d'une vie meilleure. La femme du Stalker entre dans un monologue face caméra dans laquelle elle raconte comment elle l'a rencontré. Le dernier plan du film, en couleur, s'arrête sur la fille du Stalker : après avoir récité un poème de Fiodor Tiouttchev celle-ci utilise des pouvoirs télékinétiques afin de faire bouger des verres sur la table. La salle finit par trembler au son d'un tramway passant non loin.
Fiche technique Titre original : , Titre français : Réalisation : Andreï Tarkovski Scénario : Arcadi et Boris Strougatski, d'après leur roman Stalker : pique-nique au bord du chemin Photographie : Aleksandr Kniajinski et Montage : Lioudmila Feïguinova Musique : Edouard Artemiev Direction de l'Orchestre symphonique d'État de l'URSS pour l'art cinématographique : Emin Khatchatourian Décors : et Andreï Tarkovski Scénographie : Rachit Safioulline. Costumes : Elena Fomina Production : Aleksandra Demidova Société de distribution : Mosfilm Pays de production : Langue originale : russe Format : couleurs - 1,37:1 - 35 mm - mono Genre : science-fiction et fantastique Durée : 163 minutes Dates de sortie : Union soviétique : (projection privée aux studios Mosfilm) ; (Tomsk) ; (Moscou) France : (festival de Cannes 1980) ; (sortie nationale)
Distribution Alexandre Kaïdanovski : le Stalker Alissa Freindlich : la femme du Stalker Anatoli Solonitsyne : l'écrivain Nikolaï Grinko : le professeur Natacha Abramova : Martha, dite « Ouistiti » la fille de Stalker Faime Jurno : la dame au volant de la décapotable Evgueni Kostine : Luger, le gérant du café Raimo Rendi : l'officier de patrouille Vladimir Zamanski : voix au téléphone (non crédité)
Production Genèse et développement En 1973, alors qu'il travaille encore sur Le Miroir, Andreï Tarkovski écrit dans son journal qu'il est intéressé par le nouveau roman des frères Strougatski, Pique-nique au bord du chemin. Il le recommande au réalisateur Gueorgui Kalatozichvili, qui abandonne finalement lorsqu'il n'obtient pas les droits du roman .. En 1974, Tarkovski contacte directement les deux frères et leur dit qu'il aimerait le porter à l'écranLe roman Stalker : pique-nique au bord du chemin a lui-même connu un destin difficile. En 1972, l'histoire a été imprimée dans une version magazine, et une édition séparée a été publiée en 1980, considérablement révisée par la censure soviétique.. À cette époque, Tarkovski envisage également de porter à l'écran Dostoïevski (L'Idiot) et Tolstoï (La Mort d'Ivan Ilitch), et entreprend d'écrire un scénario inspiré du roman Ariel d'Alexandre Beliaev. Cependant, à la fin de l'année 1975, il décide finalement de travailler avec les Strougatski sur une adaptation de leur roman. Il veut en faire quelque chose de très différent de l'ouvrage original et conforme à sa vision du monde et dans lequel il ne garde que les concepts de Stalker et de Zone. Il cherche à lui faire garder la règle des trois unités : une seule action (la recherche de la chambre) un seul endroit (la Zone) un seul temps (Tarkovski voulant à l'origine que le film se déroule sur 24 heures). L'idée est de faire de la Zone un instrument dramatique permettant de faire ressortir la personnalité des trois protagonistes, notamment ce qui arrive aux idéalistes lorsqu'ils n'arrivent pas à faire le bonheur d'autrui.
En , Tarkovski reçoit officiellement l'autorisation de tournage de la part de , le président du Goskino, le comité soviétique pour le cinéma. Au même moment, les scénaristes terminent la deuxième version du scénario avec le titre de travail , Machina jelaniï ( « La Machine à rêves » ou « La Machine à désirs »), qui ne satisfait pas le réalisateur. Ces premières ébauches sont qualifiées par Tarkovski de trop « hétéroclites » et de trop « ennuyeuses ». Les scénaristes ont dû faire preuve de patience en remaniant sans cesse le futur scénario.
Bien que Tarkovski ne figure pas au générique en tant que scénariste, il est considéré comme l'un des trois co-scénaristes et son rôle consiste principalement à faire le tri entre ce qu'il décide d'incorporer au film ou pas. Boris Strougatski se souvient que, comparé au scénario de « La Machine à désirs », aucune autre œuvre n'a demandé autant d'efforts, et il qualifie ce travail d'interminablement épuisant. À cause de Stalker, la sortie de leur roman suivant Le Scarabée dans la fourmilière est reportée. Filipp Iermach prévient Tarkovski avant l'approbation finale que les romans des frères Strougatski ont la réputation d'être « infilmable », surtout après l'échec d'une précédente tentative d'adaptation à l'écran du roman Un gars de l'enfer. Cependant, Tarkovski tient bon.
Le lancement du tournage aurait pu être retardé encore plus longtemps, et Tarkovski a dû écrire une lettre au Congrès du Parti communiste de l'Union soviétique, une pratique assez courante à l'époque. En , les acteurs pour les rôles principaux sont sélectionnés et un lieu de tournage est choisi. L'équipe comprend plusieurs personnes qui ont déjà tourné plus d'un film avec Tarkovski : le chef opérateur Gueorgui Rerberg, le compositeur Edouard Artemiev, la monteuse Lioudmila Feïguinova, ainsi que les deux acteurs principaux Nikolaï Grinko et Anatoli Solonitsyne.
Tournage Le tournage devait commencer début 1977, mais un tremblement de terre dans la région d'Isfara a entraîné un nouveau retard et il a fallu trouver un nouveau lieu de tournage.