Suzanne Belperron, née le à Saint-Claude (Jura) et morte le à Paris , est une joaillière et résistante française.

Belperron passe ses études à l'École des Beaux-Arts de Besançon ; repérée puis engagée par la maison Boivin en 1919 avant d'être nommée codirectrice en 1924, elle la quitte en 1932 par souci de liberté et d'identité. Elle s'installe alors définitivement à la maison Herz, qui lui permet de signer ses œuvres. Avant-gardiste, elle est une artiste très prisée et très mise en avant par les revues de mode les plus prestigieuses. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la maison Herz entre dans la tourmente avec la déportation de son fondateur, poussant alors Belperron à rejoindre la Résistance. Belperron continue à produire jusqu'à sa mort.

Tombant un temps dans l'oubli suite à sa mort, Belperron redevient célèbre par des travaux d'historien et par la vente aux enchères de ses bijoux.

Biographie Enfance Madeleine Suzanne Vuillerme est la fille de Jules Alix Vuillerme (1861-1913), négociant, et de Marie Clarisse Faustine Bailly-Maître (1866-1931).

Issue du massif du Jura près des Monts Chabot et Bayard, elle grandit baignée par les traditions locales, y compris l'art de la taille des pierres. Sa ville natale de Saint-Claude est notamment devenue, entre 1885 et 1929, un important centre mondial de la taille des diamants.

Consciente de son affinité précoce pour le dessin, sa mère l’encourage et l’inscrit à l'École des Beaux-Arts de Besançon. Cette école jouxte le Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon qui accueille un cabinet de dessin ainsi qu'une collection d'art égyptien.

Suzanne Vuillerme y obtient le premier prix du concours des Arts Décoratifs de l’année 1917-1918, grâce à son travail d'horlogerie décrit comme .

Une artiste d’avant-garde au sein de la maison Boivin

En , Suzanne Vuillerme est repérée et engagée à Paris en tant que modéliste-dessinatrice de la Maison Boivin, fondée en par René Boivin. Engagée par Jeanne Boivin, veuve du fondateur et sœur de Paul Poiret, elle prend ainsi la suite du fondateur, dessinateur et graveur René Boivin, décédé en 1917.

Suzanne Vuillerme, que Jeanne Boivin a toujours considérée , tient rapidement . À cette époque, les volumes et volutes de ses dessins vont à contre-courant du mouvement Art déco, période durant laquelle le bijou se veut épuré, géométrique et structuré. Elle contribue ainsi à lancer la maison Boivin dans l'avant-gardisme.

Début 1924, à l’âge de 23 ans, elle est nommée codirectrice de la maison René Boivin. Elle épouse Jean Belperron, ingénieur de profession et originaire comme elle de Besançon, le . Ils n'auront pas d'enfants. Le couple s’installe sur la butte Montmartre, au 49 de la rue Lamarck. C’est d’ailleurs dans le studio du peintre expressionniste Gen Paul à Montmartre que Suzanne Belperron rencontre Louis-Ferdinand Céline, les acteurs Arletty et Robert Le Vigan, ainsi que le dramaturge René Fauchois.

Suzanne Belperron est reconnue comme une artiste à part entière. Cependant, au bout de 13 ans, elle reste dans l'ombre du fait de l’anonymat de ses dessins à l’origine des créations. Cet anonymat est la règle édictée depuis toujours par les joailliers aux dessinateurs et aux créateurs, ce qui pousse la joaillière à quitter la maison en .

Années 1930 : propulsée en pleine lumière au sein de la maison Herz

En , elle décide de travailler avec Bernard Herz, et devient de la maison Herz. Tous deux se connaissent depuis des années puisque ce négociant parisien, réputé en perles et pierres précieuses, et affilié à la famille de Rothschild, est l’un des fournisseurs de la maison René Boivin. Installée dans ses salons privés situés au 59 de la rue de Châteaudun à Paris, elle s’attache alors la collaboration du lapidaire Adrien Louart (1890-1989), et l’atelier Groëné et Darde devient son fabricant exclusif.

Pendant les années trente, les créations originales de Suzanne Belperron assurent à la maison Bernard Herz une réputation internationale croissante en lui permettant de signer ses créations . Suzanne Belperron, qui bénéficie désormais d'une totale liberté créatrice, s’impose et devient une figure brillante du monde artistique, en France et à l’étranger. Elle réalise des bijoux d’avant-garde que s’arrache le gotha. Presque chaque mois, ses créations sont reproduites dans les pages des plus grandes revues de mode luxueuses telles que Vogue et Harper's Bazaar, avec la collaboration régulière de photographes comme George Hoyningen-Huene et Horst Horst. Son amie Diana Vreeland, rédactrice en chef de la mode de 1937 à 1962 de Harper's Bazaar puis rédactrice en chef du Vogue américain de 1962 à 1972, appréciait particulièrement le style de la créatrice.

En , les bijoux de Suzanne Belperron sont en couverture de l'édition américaine de Vogue avec comme citation .

Les bijoux de Suzanne Belperron deviennent une touche luxueuse indispensable aux tenues des grands couturiers : Coco Chanel, Elsa Schiaparelli, Lucien Lelong, Louise Boulanger ou Augusta Bernard. Ses créations ont d'ailleurs une .

Suzanne Belperron faisait partie de ce qu'on appelle dans le jargon les dont les œuvres rivalisaient avec celles des grandes maisons de joaillerie française. À l’époque, Van Cleef & Arpels lui propose de lui tripler son salaire ; Tiffany & Co viendra la chercher trois fois au cours de sa carrière ; le joaillier new-yorkais, Paul Flato, la sollicite en pour une collaboration artistique ; elle décline à chaque fois les offres.

« Mon style est ma signature »

Coloriste hors pair, la faculté de Suzanne Belperron à jouer avec les influences esthétiques de toutes origines et avec les motifs inspirés de la nature constitue l’essence de son œuvre.

Elle est passionnée par les arts et les cultures lointaines : l’Orient (la civilisation assyrienne notamment), l’Inde, l’Extrême-Orient (Chine, Japon), l’Afrique et l’Océanie. Suzanne Belperron effectuera d'ailleurs son voyage de fiançailles en Égypte à l'automne 1923.

La nature avec ses variations florales et le monde marin constituent pour elle des sources d’inspiration multiples. Elle en fait d’infinies variations en associant couleurs et matières différentes. À partir de pierres de couleurs qu’elle choisit, elle va à contre-courant des créations de son époque, variations la plupart du temps anguleuses, et souvent en platine serti de diamants. Créatrice avant-gardiste qui se voulait parfois provocante, l’artiste créa des bijoux novateurs intégrant des matières jusqu’alors peu exploitées telles que le cristal de roche, la calcédoine, la cornaline et un or qui se veut « jaune d’or » fort en titre (22 carats), dépoli ou martelé qu’elle qualifiait « d’or vierge ».

« Mon style est ma signature » est le leitmotiv énoncé par Suzanne Belperron tout au long de sa carrière La Gazette Drouot du 15 mai 2009 - - Suzanne Belperron ne signait pas, affirmant : «Mon style est ma signature.». Elle considère que leur originalité les rend aisément identifiables et qu’il est donc superflu de les signer.

Seconde Guerre mondiale : la maison Herz prise dans la tourmente

Au début de l’Occupation, Bernard Herz, d’origine juive, est interrogé à plusieurs reprises. Une première fois, grâce à l’intervention de sa grande amie Rika Radifé, l’épouse de l’acteur Harry Baur, Suzanne Belperron parvient à le sauver de la Gestapo.

À la suite des lois antisémites prises par le régime de Vichy, afin d’en assurer la pérennité, elle prend les rênes de la maison Bernard Herz, promesse faite à son fondateur, à partir de .

À la demande de Bernard Herz, à la suite de sa première arrestation, Suzanne Belperron fait enregistrer le au registre du commerce une société à responsabilité limitée, sous l’enseigne Suzanne Belperron SARL, au capital est de . Elle a un associé, Henri Guiberteau. Son ami Marcel Coard l’aide et lui prête les fonds nécessaires pour la transaction. Sachant que l’avenir de la maison repose exclusivement sur ses épaules, Suzanne Belperron ne cesse de créer durant la guerre, en dépit des difficultés d’approvisionnement des matières nécessaires à la réalisation de ses bijoux.

Suzanne rejoint la Résistance, ce qui lui vaudra la Légion d'honneur.

Le , Suzanne Belperron est arrêtée à son bureau par la Gestapo, à la suite d'une lettre de dénonciation anonyme indiquant que « la maison Belperron dissimule une affaire juive » Courrier manuscrit de Suzanne Belperron du adressé à la Brigade criminelle à Paris, reproduit dans le livre. Durant le trajet qui l'emmène avenue Foch à la Gestapo, Suzanne Belperron avale une à une les pages de son carnet d’adresses, où se trouvent consignées les coordonnées de ses clients juifs. Le même jour, Bernard Herz est arrêté à son domicile, avenue du Président-Wilson, interrogé avenue Foch à la Gestapo avec Suzanne Belperron et conduit aussitôt avec son fils Jean au camp de Drancy où il restera jusqu’au , date à laquelle il est déporté par le convoi 59 vers le camp d’extermination d'Auschwitz en Pologne. Quant à Suzanne Belperron, elle est sommée par la Gestapo de fournir des documents officiels, apportant la preuve qu'elle et toute sa famille étaient catholiques.

L’après-guerre, création de Herz-Belperron

Dans sa dernière lettre envoyée du camp de Drancy le , Bernard Herz (1877-1943, décédé en camp de concentration) confie à Suzanne Belperron son entreprise, son testament et les intérêts de ses enfants, Aline et Jean.

Le , Jean, le fils de Bernard Herz, prisonnier de guerre, est libéré et regagne Paris. Avec Belperron, ils créent une nouvelle société du nom Jean Herz-Suzanne Belperron SARL.

Suzanne Belperron quitte la butte Montmartre début 1945 pour s’installer dans un immeuble néoclassique, au 14 de la rue d'Aumale, toujours à Paris, à quelques pas des salons de réception de la maison Herz-Belperron.

Haute joaillerie pour une clientèle prestigieuse

Dans ses salons, situés au troisième étage de la rue de Châteaudun à Paris et décorés par son ami Marcel Coard, l'élégante Suzanne Belperron reçoit sa clientèle uniquement sur rendez-vous. Discrète, sans boutique ou devanture, son adresse se diffuse uniquement par le bouche-à-oreille d’une clientèle choisie et séduite par son style original, qui lui assure une notoriété croissante, en France comme aux quatre coins du monde.

Avant toute commande, Suzanne Belperron s’enquiert du style de vie de ses clients et observe la morphologie du visage, la teinte de la peau, la forme des mains. Elle souhaite que le bijou soit le reflet de la personnalité de celle qui le porte.

Suzanne Belperron suit l’exécution de toutes les étapes de la fabrication. Elle institue un rendez-vous quotidien au milieu de la journée avec le chef d’atelier de la société Groëne et Darde (devenue Darde et fils en 1955, puis Darde et Cie) de 1970 à 1974. Elle travaille avec le lapidaire Adrien Louart, reconnu par ses pairs comme le plus grand lapidaire de son temps.

Ses bijoux sont portés par une clientèle cosmopolite fortunée, allant des maharadjahs aux aristocrates européens, des magnats de l’industrie aux stars hollywoodiennes, des financiers aux artistes. Elle avait ainsi comme clients les principales cours d’Europe, les dynasties Aga Khan, Rothschild, Wildenstein, des célébrités du monde des arts et des personnages en vue comme Joséphine Baker, Gary Cooper, Christian Dior, Daisy Fellowes, Mona von Bismarck, l'actrice américaine Adele Astaire, l'actrice britannique Merle Oberon, Hélène Beaumont et l'architecte Robert Mallet-Stevens. Ainsi que des personnalités politiques comme Paul Reynaud, Léon Blum, Maurice Couve de Murville, Gaston Palewski ou madame Houphouët-Boigny, et ses amis Colette, Elsa Schiaparelli, Nina Ricci, Jeanne Lanvin ou Jean Cocteau.

Fin de carrière