Jean Bart, en flamand Jan BartPrononciation : Yane Barte ou Jan Baert., né le à Dunkerque (comté de Flandre) et mort le dans cette même ville (Flandre française), est un corsaire célèbre pour ses exploits au service de la France durant les guerres de Louis XIV.
Il commence à naviguer à quinze ans sous les ordres de Michiel de Ruyter et participe en 1667 au raid hollandais sur la Tamise. Pendant la guerre de Hollande, il est corsaire pour le compte de la France sous ce règne et accumule les prises (plus de cinquante entre 1674 et 1678). Admis dans la Marine royale avec le grade de lieutenant de vaisseau en , il croise en Méditerranée contre les Barbaresques, et est promu capitaine de frégate en . En 1689, il est chargé, en compagnie de Claude de Forbin, de conduire un convoi de Dunkerque à Brest ; il est fait prisonnier par les Anglais, s'évade et revient à Saint-Malo en traversant la Manche à la rame. Promu capitaine de vaisseau en , il met au point une tactique de guerre fondée sur l'utilisation de divisions de frégates rapides et maniables,
En 1690, il commande L'Alcyon à la bataille du cap Béveziers, puis il escorte les convois en mer du Nord après avoir brisé le blocus imposé à Dunkerque. En 1692, il détruit une flottille de quatre-vingts navires de pêche hollandais. Son exploit, sans doute le plus célèbre, qui lui vaut des lettres de noblesse, est la reprise sur les Hollandais devant l'île du Texel d'un énorme convoi de cent-dix navires chargés de blé que la France avait acheté à la Norvège (). En , il livre sur le Dogger Bank un violent combat à une escadre hollandaise, détruisant plus de quatre-vingts navires, et rentre à Dunkerque en déjouant la surveillance anglaise. Promu chef d'escadre en , il conduit le prince de Conti en Pologne, puis commande la marine à Dunkerque où il meurt le .
Biographie Naissance dans une famille de marins et de corsaires Jean Bart naît dans une famille de marins, de militaires et de corsaires dunkerquois. Il est le second des huit enfants de Jean-Cornil Bart (v. 1619-1668), qui combat pour le compte des Provinces-Unies et meurt au combat contre les Anglais, et de Catherine Bart (1625-1682, née Jansen Rodrigues), fille du corsaire Henri Jansen et d'Elisabeth Rodrigues, fille de négociants originaire d'Espagne. Sa langue maternelle est le flamand..
Avant lui, son aïeul, Cornil Weus, vice-amiral, combat les Hollandais, pour le compte de l'Espagne, au début de la guerre de Quatre-Vingts Ans. Son arrière-grand-père, Michel Jacobsen (1560-1632) se distingue au service de la couronne d'Espagne, en ramenant l'Invincible Armada après sa tentative ratée d'invasion de l'Angleterre en 1588. Il est nommé vice-amiral par Philippe IV d'Espagne. En 1622, son grand-oncle, Jan Jacobsen, lui aussi au service de l'Espagne, se fait sauter avec son navire, le Saint-Vincent, plutôt que de se rendre. Son fils, Gaspard Bart, oncle de Jean Bart, est mousse à bord du Saint-Vincent, il survit au sabordage du navire, mais il mourra plus tard au combat. Michel Bart, un autre fils de Gaspard Bart, corsaire, meurt au combat contre les Hollandais. Ses aïeux sont capitaines de navire corsaire mais son père Jean-Cornil n'est que second. La légende d'un Jean Bart fils de pêcheur, sans éducation et grossier est contredite par les faits : il est issu d'une famille d'excellents officiers ayant servi la marine espagnole et dunkerquoise.
Après lui, la tradition familiale se perpétue puisque ses frères Cornil, Gaspard, et Jacques Bart, seront tous les trois corsaires. Son fils François-Cornil Bart servira lui dans la Marine royale et sera nommé vice-amiral du Ponant par Louis XIV. Enfin, le , à bord de la Danaé, son neveu Pierre-Jean Bart et son fils Benjamin, mourront au service de la France en tentant de forcer un blocus anglais près des côtes de la Manche afin de ravitailler la ville de Québec alors sur le point d'être assiégée.
Jeunesse et débuts dans la flotte des Provinces-Unies (1650-1672) Jean Bart naît le , et est baptisé le lendemain Son acte de naissance est écrit en latin « Die 22 8bris baptizati Joannem filium Cornelii Baert et Catharinae Janssens conjugum, natum pridie Susceperunt Joannes Baert et Maria Wilsens - (signat. Chocquet) » (Archives de la ville de Dunkerque). Pendant ses premières années, sa ville natale, Dunkerque est l'objet de plusieurs affrontements entre les grandes puissances européennes de l'époque. Le , Dunkerque passe entre les mains de l'Espagne. L'armée de Turenne reprend la ville après la bataille des Dunes le . Le soir même, Louis XIV remet la ville aux Anglais, alors alliés à la France. Peu après la ville redevient française, Louis XIV l'ayant rachetée à Charles II d'Angleterre. Il y fait son entrée le .
thumb|right|280px|Raid sur la Medway (Tocht naar Chatham), tableau de Pieter Cornelisz van Soest, peint vers 1667. En 1662, Jean Bart a onze ans et huit mois lorsqu'il s'engage comme mousse sur un navire de contrebande. Le capitaine de ce navire, Jérôme Valbué, pilote hauturier des bâtiments du roi, est un homme assez instruit, y compris en astronomie, et c'est en sa compagnie que le jeune Jean Bart effectue ses premières sorties en merPaul de Joriaud, op. cité, .
En 1666, la France s'allie avec les Provinces-Unies contre l'Angleterre. Le père de Jean Bart trouve la mort au service des Hollandais dans l'attaque d'un vaisseau anglais. Durant l'été, il s'engage comme matelot sur le Sept Provinces, navire amiral hollandais, sous les ordres de l'amiral Michiel de Ruyter. En , la flotte hollandaise remonte la Tamise et la Medway et assiège Londres, puis les Anglais et les Hollandais signent le traité de Breda. De Ruyter confie à Jean Bart le commandement d'un brigantin : Le Canard DoréPaul de Joriaud, op. cité, .
Corsaire au service du roi de France, pendant la guerre de Hollande (1672-1678)
Lorsque Louis XIV entre en guerre contre la Hollande (Guerre de Hollande) en 1672, Jean Bart servait alors en qualité de second lieutenant sur un bâtiment flessingois. Il regagne la France en compagnie de son ami Charles Keyser. En 1673, il embarque comme second à bord de l'Alexandre sous les ordres du câpre Willem Dorne, pour pratiquer la guerre de course. L'année suivante, il commande Le Roi David, galiote armée de deux canons. Le , il s'empare de sa première prise : un dogre hollandais "L'homme sauvage" et fait 7 prises pour 260 000 livres tournoisPatrick Villiers, Les combats de Jean Bart, Ancre, Nice, 2017. Le , l'Angleterre signe la paix avec les Provinces-Unies déjà alliées de l'Espagne. Le , Bart s'empare d'une pinasse anglaise, le d'un dogre. Cette année-là, huit autres prises complètent le tableau. En , il embarque sur La Royale, armée de huit canons, avec laquelle il s'empare de quatre bateaux de pêche. Puis à bord du Grand Louis il capture vingt-huit vaisseaux. En septembre, la France déclare la guerre à la Ligue hanséatique. À Hambourg La Royale est saisie. Le corsaire peut toutefois regagner Dunkerque : « La carrière de Jean Bart fut marquée par une série non interrompue de coups hardis, d'entreprises prodigieuses, d'exploits presque incroyables. Tantôt seul, tantôt de conserve avec Keyser et d'autres corsaires dunkerquois, Jean Bart encore fort jeune, et cependant déjà en possession d'une certaine célébrité dans sa ville natale, fit maintes captures sur les Espagnols et les Hollandais. ».
Le , à l'âge de vingt-quatre ans, il épouse Nicole Goutier ou Gontier (1659-1682, fille d'un riche aubergiste, elle lui apporte une dot respectable de ), âgée de seize ans, à qui il offre, en guise de cadeau de mariage, L'Espérance, une frégate légère de , dont il s'était emparé aux dépens des Provinces-Unies. L'année même de son mariage, il capture vingt bâtiments.
En 1676, il rencontre une flotte de bussesUne busse est un bâtiment à trois-mâts et à trois voiles carrées, utilisé pour la pêche au hareng en mer du Nord, escortée par une frégate légère de . Il l'attaque et se rend maître de trois des busses et de la frégate. Quatre jours plus tard, il capture dix autres busses et une frégate de . Chargé, par des armateurs particuliers, de commander une frégate de et de d'équipage, il découvre, en compagnie de quatre autres corsaires dunkerquois, une flotte marchande convoyée de trois frégates, la rejoint à hauteur d'Ostende et la bat, après un combat de trois heures. Le , il enlève seul une frégate hollandaise de qui escortait un grand nombre de busses. Pour l'année 1676, le nombre de prises effectuées par Jean Bart s'élève à dix-sept. Il commence à attirer l'attention du ministre de la Marine Colbert et du roi lui-même qui lui envoie une chaîne en or en guise de récompense..
À bord de La Palme, frégate de vingt-quatre canons, Jean Bart prend la mer à la tête d'une flottille de six navires en 1677, flottille qui s'empare d'une vingtaine de vaisseaux. À bord du Dauphin, frégate de quatorze canons, Jean Bart arraisonne un quatre-mâts hollandais. Au large de l'île du Texel, en , la petite escadre de quatre navires commandée par Jean Bart, s'attaque au Schiedam, une frégate de de la flotte hollandaise. Jean est gravement blessé aux mains et au visage par l'explosion d'une grenade, un boulet de canon emporte des lambeaux de chair de ses jambes« Il eut les mains et le visage brûlés, et les mollets entamés d'un boulet de canon; mais il en vint à son honneur ; la frégate fut prise après avoir perdu cinquante de ceux qui la montaient. » .. Le Schiedam est néanmoins remorqué jusqu'à Dunkerque. À bord du Mars, corsaire de vingt-six canons, il arraisonne encore quelques navires, lorsque le , la France et la Hollande signent le traité de Nimègue, mettant ainsi fin à la guerre de Hollande.
La paix avec l'Angleterre et la Hollande La paix signée, Jean Bart rejoint la Marine royale sur la recommandation du célèbre Vauban et, le , Louis XIV le nomme lieutenant de vaisseau.. La France, l'Angleterre et les Provinces-Unies sont en paix. Jean Bart est un temps désœuvré. En 1681, trois frégates quittent Dunkerque pour chasser les pirates barbaresques qui hantent le bassin méditerranéen.. Jean Bart commande La Vipère, frégate de douze canons. Il capture quelques bateaux pirates, mais bientôt ceux-ci signent une trêve avec la France. La mère de Jean Bart meurt, suivie quelques mois plus tard par sa fille, et en fin d'année par sa femme Nicole, alors âgée de vingt-trois ans.
En 1683, la France est en guerre contre l'Espagne. Jean Bart capture un vaisseau espagnol chargé de transporter de troupe et le ramène à Brest.. La même année, il embarque avec le 1er marquis d'Amblimont, sur Le Modéré, et contribue à la prise de deux vaisseaux espagnols dans le voisinage de Cadix.. Cependant, la marine espagnole étant bien plus faible que la marine française, Charles II d'Espagne signe vite une trêve. Le , il est nommé capitaine de frégate de la marine royale, et commande La Serpente, frégate de vingt-quatre canons.
Guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697)
thumb|La capture de Jean Bart et de Forbin près des côtes anglaises. En 1688, la France alliée au Danemark et à l'Empire ottoman, entre en guerre contre la ligue d'Augsbourg qui réunit l'Angleterre, l'Allemagne, l’Espagne, les Pays-Bas, la Savoie et la Suède.
Escorteur en Manche et captivité en Angleterre (1689) thumb|right|Claude de Forbin (1656-1733), avec qui Jean Bart partage sa captivité à Plymouth. thumb|Jean Bart et Forbin s'échappant d'Angleterre en 1689.