Un ghulum (préposé aux bains) du varna shudra s'occupant d'un client dans une maison de bains d'inspiration moghole|250x250px|vignette|droite

Les Shudra, çûdras, çudras ou sudras (en sanskrit : , , « serviteur ») sont, dans le système des castes indiennes, un des quatre varnas. Ils exercent principalement des activités agricoles et artisanales, et se situent hiérarchiquement en dessous des trois autres varnas, qui constituent les deux fois nés (dvija).. Ils s'apparentent aux serfs européens du Moyen ÂgeThe A to Z of Hinduism par B.M. Sullivan publié par Vision Books, pages 212 et 213, ..

Selon Louis Dumont, les trois premières castes apparaissent dans les premiers livres du Rig-Véda mais les shudra seulement dans un hymne tardif ; ils pourraient être des aborigènes intégrés dans la société sous forme de servitude.

Les enfants de brâhmanes sont considérés comme Shudra tant qu'ils n'ont pas assimilé les textes sacrés, reçu l'initiation védique, qui permet d'être dvija, « deux fois né »Madeleine Biardeau, L'hindouisme, anthropologie d'une civilisation, Flammarion.

Selon la tradition hindoue, la qualité principale du Shudra est le dévouementLa légende immémoriale du Dieu Shiva, Le Shiva-purâna, traduit du sanskrit et annoté par Tara Michaël, éditions Gallimard, connaissance de l'Orient .

Étymologie et origine Le terme shudra est issu du sanskrit shud signifiant « pur ». Très employé, il peut désigner une personne ayant n'importe quelle jati. Vāyu-purāṇa 70.68 mentionne que Shudra est le nom d'une des dix épouses de Rishi Atri et est également le nom de la fille de Bhadrāśva et Gḥṛtācī selon Brahmāṇḍa-purāṇa III. 8.75. D'après Harivamsa, Shudrā est également le nom d'une des dix filles de Raudrāśva.

Les lois de Manu codifient et rigidifient le système de castes ; la notion de jati se superpose à celle de varna.

Comparatif avec les autres castes

Tout comme celle des brâhmanes, des kshatriyas, et des vaishyas, la classe des shudras, est considérée comme « noble » (ârya). Les quatre doivent aussi respecter l'Ahimsâ (« non-violence ») pour prouver leur noblesse « dharmique » (il s'agit là d'impératif théorique, d'un âge d'or) ; les shudra sont donc aussi des représentants du dharma, du « devoir » de non-violence par leur service rétribué incarnant le minimum social, mais sans avoir la volonté d'acquérir une connaissance sacrée (auquel cas, il serait comme Vyasa, le compilateur des Védas, un brâhmane né d'une mère hors-caste). Les Dalits, Intouchables, nommés en sanskrit chandalas, « mangeurs de chien », sont les hors-castes, d'une condition associant celle du chasseur, du pêcheur, du bourreau, du circonciseur et de l'exciseur, tout ce qui a un lien avec la violence (selon les Lois de Manu).

Dans les textes Dans les textes védiques Le terme Shudra apparaît dans le Rigveda, dans un verset du (l'un des 1028 hymnes).

Le Rigveda date probablement de 1500 avant notre ère. Cependant, en 1868, John Muir suggère que le verset traitant des varnas a . Il est admis que le verset du Purusha Sukta fut inséré à une date ultérieure dans le texte védique.

Selon Stephanie Jamison et Joel Brereton, professeur de sanskrit et d'études religieuses, , et . D'après l'historien R.S.Sharma, .

Selon Romila Thapar, la mention des Shudras et d'autres varnas dans le texte védique est à l'origine de ce phénomène, et que et qu'il est .

Dans la mythologie hindoue, le terme pusan renvoie au conducteur du soleil, qui connaît les chemins, apportant ainsi la lumière, la connaissance et la vie à tout le monde. Or, dans une Upanishad de l'ère védique, le pusan est associé aux shoudras, alors qu'un autre texte l'associe aux autres varnas, de Brahmane à Vaishya.

Sharma écrit que, dans les textes védiques, mention n'est jamais faite de restrictions alimentaires ou liées au mariage, que ce soit entre Shudras et autres varnas ou entre Dasa et aryens (nobles). De plus, à la fin de l'Atharva Veda, .

Dans l'Arthashastra Dans l'Arthashâstra, les aryens sont considérés comme libres et ne pouvant jamais être esclaves. Or, dans ce texte, les shudras sont pas considérés comme aryens. Cela ne signifie cependant pas que les shudras sont esclaves ou issus d'une caste fermée (cette dernière interprétation étant ultérieure au texte). Selon Rangarajan, les lois sur l'emploi présentées dans l'Arthashastra sont sujettes à diverses interprétations de traducteurs et commentateurs, et l'opinion admise est que .

Kautilya défend les droits de toute la population, y compris des Shudras, à participer aux guerres. Le politologue estime que cela relève de l'intérêt du dirigeant .

Dans les Lois de Manu Les Lois de Manu sont principalement consacrées aux classes des Brahmanes et des Kshatriyas, énonçant un code de conduite (règle du dharma). Les deux autres classes, Vaishyas et Shudras, sont évoquées dans une courte partie : les sections 9.326 - 9.335 des lois de Manu indiquent huit règles pour les Vaishyas et deux pour les Shudras.

Dans la section 10.43 - 10.44, le texte donne une liste de tribus Kshatriya qui, par négligence des prêtres et de leurs rites, sont tombées au statut de Shudras. Ce sont : Pundrakas, Codas, Dravidas, Kambojas, Yavanas, Sakas, Paradas, Pahlavas, Chinas, Kiratas et Daradas.

Dans le Yājñavalkya Smṛti et Kalpa D'après , professeure de religion spécialisée dans l'Inde antique, les droits des Shudras varient selon les textes antiques. Ainsi, il y a contradiction au sujet d'un rite de passage, l'upanayana : alors que la section 9.15 de l'Atharva-Véda l'autorise aux shudras, l'Apastamba Grhysutra le leur interdit, ainsi que l'éducation religieuse (apprentissage des Védas). Le , en revanche, mentionne des étudiants shudras, et le Mahabharata indique que les quatre varnas (et donc les shudras) peuvent entendre les védas. D'autres textes hindous vont plus loin, affirmant que les Brahmanes, Kshatriyas et Vaishyas peuvent recevoir un enseignement d'un shudra et que le Yajña peut être accompli par un shudra. Ces droits et cette mobilité sociale ont pu naître à une époque de prospérité économique, qui voit également une amélioration du droit des femmes.

Dans les upanishads médiévaux Des upanishads de l'époque médiévale, tels le , traitent des varna et le terme shudra y est mentionnéMariola Offredi (1997), The banyan tree: essays on early literature in new Indo-Aryan languages, Volume 2, Manohar Publishers, , , page 442M.V. Nadkarni (2005), Review Articles: Perspectives on Dalit Problems and Solutions, Journal of Social and Economic Development, Vol. 7, No. 1, page 99. Selon Ashwani Peetush, professeur de philosophie à l'université Wilfrid Laurier, le Vajrasuchi Upanishad est un texte significatif car il affirme que tout être humain, quel que soit son milieu social, peut atteindre l'état spirituel le plus élevé de l'existenceAshwani Peetush (2011), Justice and Religion: Hinduism, in Encyclopedia of Global Justice, Springer Netherlands, , pages 596–600.

Dans les textes non-hindous Outre les contradictions des textes hindous, les textes non-hindous donnent une image différente des shudras : par exemple, un texte bouddhiste mentionne des shudras connaissant les Vedas, la grammaire, la Mimamsa, le Sâmkhya, le Vaisheshika et le lagna.

Selon Johannes Bronkhorst, professeur d'indologie spécialisé dans les débuts du bouddhisme et de l'hindouisme, les anciens textes bouddhistes traitent peu de varna. A la place, ils évoquent des ménages (en pali : gahapati), sans distinction interne. Même les brahmanes sont nommés ainsi (Brāhmaṇa-gahapati). Dans les textes bouddhistes, le terme "varna" est employé dans une perspective théorique, mais peu en rapport avec la pratique réelle.

Éducation D'après l'historien R.S. Sharma, les Dharmaśāstras ne permettent pas aux shudras d'accéder à une « éducation alphabétisée ». En revanche, ils sont éduqués à d'autres métiers, comme le dressage d'éléphants. Selon lui, la croyance selon laquelle agriculture et savoir religieux se gâteraient s'ils entraient en contact explique que les textes leur refusent l'éducation védique. Si les autres varnas présentaient des degrés variables d'alphabétisations, les shoudras étaient analphabètes. Mahatma Jyotirao Phule, intellectuel militant issu du varna shudra, attribue la détérioration de sa classe à l'analphabétisme et insiste sur l'éducation. Il déclare :

Activité thumb|De gauche à droite : un Gurkha, un Brahmane et un Shudra (1868). Traditionnellement, les Shudras sont paysans et artisans. Décrits comme des paysans dans les textes anciens, ils sont qualifiés de donneurs de blé et, d'après les textes, sont rémunérés « par la faucille et les épis de maïs ». Le précepte ancien, « les védas sont destructeurs de l'agriculture et l'agriculture est destructrice des védas », est présenté comme l'une des raisons pour lesquelles les Shudras n'étaient pas autorisés à apprendre les Védas. Au , Xuanzang, voyageur chinois, documente également le fait que les paysans sont shudras. De plus, un paria devenu agriculteur devient également shudra.

Pour l'auteur Marvin Davis, les Shudras n'ont pas l'obligation d'apprendre les Védas. Ils ne sont pas considérés comme deux fois nés (djiva), et, selon le système de castes, sont destinés au service (seda) des trois autres varnas; Thapar 2004 page 63. Pourtant, le terme "djiva" est absent de la littérature antique : il ne se trouve pas dans les Vedas, ni les Upanishad, ni les Shrauta-sutras ou les Grihya-sutras. Ainsi, le terme djiva indique que cette situation des shudras date du Moyen Âge.

Les métiers traditionnels des Shudras relèvent, selon Ghurye, de l'agriculture, de l'artisanat et du commerce. Cependant, cette classification varie dans la recherche. D'après Drekmeyer, Shudras et Vaishyas partagent de nombreuses occupations et se regroupent souvent.

Les Shudras sont artisans selon l'Arthashastra, mais pratiquent tous les arts selon le Vishnusmriti (). En revanche, le Parasarasmriti et d'autres textes affirment que les arts et l'artisanat relèvent du domaine professionnel des quatre varnas.

A l'inverse, d'autres sources montrent que les shudras effectuent d'autres activités, d'après le sociologue Naheem Jabar. Ainsi, des textes, dont des épopées, présentent des shudras rois ou ministres. Selon Ghurye, la notion d'hérédité dans le métier (qui contribue à fonder le système de caste) était fausse pour plusieurs régions indiennes. Selon les circonstances, les membres des quatre varnas exerçaient plusieurs types de métiers. Ghurye affirme :

À Bali, en Indonésie Parmi les communautés hindoues de Bali, en Indonésie, les shudras (appelés localement soedras), sont souvent prêtres de temple (bien que les prêtres de temple puissent appartenir à tout varna). Dans la plupart des régions, ce sont les Shudra qui font des offrandes aux dieux au nom des fidèles hindous, chantent des prières, récitent les meweda (Vedas) et fixent le déroulement des fêtes des temples balinaisJane Belo (1953), Bali: Temple Festival, Monograph 22, American Ethnological Society, University of Washington Press, pages 4-5.

Preuves historiques Des chercheurs, en quête de preuves historiques de l'existence de varna et jati dans l'Inde médiévale, en ont trouvé difficilement et de contradictoires.

L'Andhra Pradesh, qui date du Moyen Âge, mentionne rarement les varnas. Ainsi, Cynthia Talbot, professeure d'Histoire et d'études asiatiques, questionne l'importance des varnas dans la vie quotidienne dans l'époque. Jusqu'au , la mention de jati est encore plus rare. Deux rares registres de donateurs de temples provenant de familles de guerriers du prétendent être des Shudras. L'un déclare que les Shudras sont les plus courageux, l'autre affirme que les Shudras sont les plus purs.

Richard Eaton, professeur d'Histoire, écrit : Entre le , dans la population hindoue Kakatiya de la région du Deccan, les preuves montrent, selon Eaton, que les Shudras appartenaient à la noblesse, et beaucoup .