Philippe Boegner ( à Aouste-sur-Sye - à Boulogne-BillancourtRelevé des fichiers de l'Insee) est un journaliste, patron de presse et écrivain français, qui participa à la Résistance. Il fut successivement à la direction de Marie Claire, Paris Soir et de Paris Match.

Biographie Famille et débuts Fils du pasteur Marc Boegner, l'une des grandes figures du protestantisme français et de la Résistance au nazisme, membre de l'Académie française. Après des études à l'École libre des sciences politiques de Paris, le jeune Philippe, licencié ès-lettres, fait ses premières armes dans l’édition, en étant l'auteur de Et puis après ?, première traduction française, en 1933 Notice bibliographique de la Bibliothèque nationale de France., d’un roman de l’écrivain allemand Hans Fallada, de 1932, intitulé : Kleiner Mann, Was nun ?, dont les protagonistes sont un jeune couple victime de la crise économique et de l'inflation qui frappent l'Allemagne dans les années 1920.

L'entre deux-guerres Comme de nombreux journalistes, il participe à la rédaction du journal La Lutte des jeunes, lancé deux semaines après les émeutes du 6 février 1934, avec Pierre Drieu la Rochelle, Pierre Frédérix, Bertrand de Jouvenel, Henri Lefort, Pierre Norgueuv, Georges Roditi, Guy Zucarelli et Pierre Mouton (journaliste)"Henry, Robert et Bertrand de Jouvenel: Crise et métamorphoses de l'État démocratique, 1900-1935. Colloque du 26 janvier 2001", par Gilles Le Béguec, Christine Manigand - 2004 - . En , il est appelé par Lucien Vogel, directeur depuis 1928 de Vu (magazine) pour en devenir le rédacteur en chef"Oui patron. La fabuleuse histoire de Jean Prouvost, qui de France-Soir à Paris-Match a créé le premier empire de presse français", en 1976 aux éditions Julliard , poste qu'il quitte au printemps 1937 pour devenir rédacteur en chef de Marie Claire que vient de fonder l'industriel du textile nordiste Jean Prouvost.

La Seconde Guerre mondiale En mai et , il dirige le service photographique des armées. Sous l'Occupation, resté proche de Jean Prouvost, il est journaliste et secrétaire général de Paris Soir, qui tirait à deux millions d'exemplaires avant 1939. L'équipe comporte aussi André Roux et Raymond Cartier"France and the Mass Media" par Nicholas Hewitt et Brian Rigby, aux Editions Springer en 1991, page 114 . Le premier a pour mission de veiller pour le compte de Jean Prouvost sur la sortie quotidienne du journal, qui s'est installé à Lyon.

Dans cette ville, Philippe Boegner tente de s'opposer à la et à au point de . Il participe le , à une opération-surprise : un faux numéro du journal Le Nouvelliste, tiré à , distribué dans les kiosques et chez les marchands de journaux lyonnais par la Résistance lyonnaise« La Résistance à Lyon » sur Culture libre.

Le soutien à Jean Prouvost après-guerre Après la guerre, son ex-employeur Jean Prouvost, qui fut en 1940 l'éphémère ministre de l’Information du gouvernement de Paul Reynaud, est exproprié de Paris Soir, ce qu'il vit très mal. Son équipe de direction est soumise à des tracasseries et violences puis lui-même est menacé d’un procès pour collaboration. Pendant près de trois ans, il préfère se cacher dans différents endroits que lui trouve Philippe Boegner, d'abord en Vendée, dans le Château de la Chardière de la Comtesse de Suzannet, dont le fils est tué sur le front de la Guerre d'Indochine"Citizen Prouvost: le portrait incontournable d'un grand patron de la presse française", par Marcel Hedrich, Filipacchi Editions en 1994 , puis dans l'une des maisons"Un prince des affaires" par Anne de Caumont, Editions Grasset, 2014 - du domaine de la belle-famille de son ami et bras droit André Roux, à Poncelles, où Philippe Boegner l'aide à démontrer, comme le dira un arrêt de la Chambre d’accusation de la Haute Cour de Justice en 1947, qu'il s’est .

Directeur de Paris-Match Philippe Boegner prépare ensuite un nouveau journal qu'il va diriger jusqu'en , qui permet à l'industriel Jean Prouvost de revenir dans la presse : c'est Paris Match qu'il cofonde en avec Paul Gordeaux André Roux et Hervé Mille, rejoints par Gaston BonheurPhilippe Boegner, Presse, argent, liberté, Fayard, 1969 ,ex-rédacteur en chef de Paris-Presse, et sa bande, dont Roger ThérondParis Match: le magazine « institution nationale », par Marc Mentré, sur le Blog Média trends. André Roux, après un passage dans l'administration des Finances"LE PARTI DES PATRONS. LE CNPF (1946-1986)" par Henri Weber aux ÉDITIONS DU SEUIL en 1986 , en est le secrétaire généralLe roman de l'argent par Stéphane Denis 1988, page 84 , qui signe aussi des articlesArticle dans Paris-Match du 28 février 1955 par André Roux , puis l'administrateur"Le Jeune homme en culotte de golf" par Jean Diwo Flammarion. Jean Prouvost invite dans sa propriété en Sologne Philippe Boegner. Achat des photos de Maurice Herzog à l'Annapurna Nommé directeur de Paris Match dès son arrivée, il réussit l’un des premiers « coups » de l’hebdomadaire, en signant un chèque de francs pour racheter une série de photos montrant l’exploit de l’alpiniste Maurice Herzog, victorieux de l’Annapurna. Soutien à la Guerre d'Indochine Soutien de la Guerre d'Indochine, Philippe Boegner déplore que les Français ne s'y intéressent pas plus et Paris Match s'investit massivement dans les reportages texte et photos la couvrant.

Comme L'Aurore, le magazine participe à l'orchestration de campagnes d'opinion martelant un ferme anticommunisme voulant que la France défende en Extrême-Orient la liberté"L'armée française dans la guerre d'Indochine (1946-1954): adaptation ou inadaptation?" par Maurice Vaïsse, aux Editions Complexe, en 2000 , lançant des cris d'alarme du lobbying civil, financier et militaire en faveur d'un renforcement de l'effort de guerre.

Reproches de Jean-Prouvost après les reportages de Philippe de Baleine et Willy Rizzo À Noël 1951, il est encore invité en Sologne par Jean Prouvost, mais ce dernier souhaite s'impliquer beaucoup plus dans le journal après le succès du numéro en photos sur le Couronnement d'Élisabeth II en Angleterre en , qui culmine à un tirage de 1,35 million d'exemplaires.

Le , Jean Prouvost lui fait remettre par son homme de confiance André Roux une note l'informant qu'il n'a plus le pouvoir de diriger la rédaction comme il l'entend, notamment pour les engagements de frais. Souhaitant renouveler le style de reportage, Philippe Boegner venait d'envoyer en Indochine les reporters Philippe de Baleine et Willy Rizzo pour un reportage remarqué par le public, et critiqué par l'armée, lors des épisodes les plus difficiles pour la presseFrancis Latour, « Le général gambiez et les catholiques vietnamiens pendant la guerre d'Indochine » dans la revue Guerres mondiales et conflits contemporains, 2010 : Philippe de Baleine et Willy Rizzo, « Dans Na-Sam assiégée », Paris Match, no 194, 29 novembre-6 décembre 1952. , pendant la Guerre d'Indochine. Le duo a inspiré par la suite les personnages de Walter Rizotto et Jean-Loup de la Batellerie dans Les Bijoux de la Castafiore en 1962. Recrutement du capitaine Joël Le Tac Pour couvrir la guerre, il recrute en 1953 comme pigiste puis comme permanent à Paris-Match, un grand résistant, Joël Le Tac, qui avait servi comme capitaine en Indochine avant d'intégrer en le bataillon français de l'ONU, combattant dans les batailles de Kumwha, du triangle de Fer et de T Bone de la Guerre de Corée.

À Diên Biên Phu en 1954, Joël Le Tac et Michel Descamps, rapportèrent des clichés de grande valeur"Les 70 ans de Paris-Match , très attendus en Métropole, et l'information que pour les soldats français, "Bataillon Bigeard : Indochine, 1952-1954, Algérie, 1955-1957" par Erwan Bergot, en 1977 . , le journal s'en désintéresse cependant après la défaite"La guerre d'Indochine - De l'Indochine française aux adieux à Saigon 1940-1956" par Ivan Cadeau, en 2015 aux Editions Tallandier .

Philippe Boegner a entre-temps quitté la direction du journal en 1953, pour rejoindre le groupe Excelsior Publications, qui le nomme directeur de la rédaction de Science et vie«Le Monde» de Beuve-Méry ou le Métier d'Alceste", par Jean-Noël Jeanneney et Jacques Julliard, aux Éditions Le Seuil, en 1979«Le Monde» de Beuve-Méry ou le Métier d'Alceste", par Jean-Noël Jeanneney et Jacques Julliard, sommaire détaillé .

Directeur du Temps de Paris

Philippe Boegner est ensuite appelé à fonder un nouveau quotidien. En "Les grandes heures de la presse", Jean-Noël Jeanneney publié aux Editions Flammarion en 2019 , il est convoqué par Antoine Pinay, ex-président du conseil, énervé depuis que Le Monde publié le « rapport Fechteler » en 1952, Alfred Fabre-Luce ayant servi d'intermédiaire"Alfred Fabre-Luce: Un non-conformiste dans le tumulte du siècle" par Daniel Garbe, Philippe de Saint Robert et Francois-Xavier de Guibert, en 2017. Lors de deux entretiens, il lui demande de créer un concurrent, qui reprendra le nom du quotidien du matin Le Temps, titre de référence pour les questions diplomatiques et internationales, dont l'imprimerie, l'immeuble, la typographie et le format, avaient été attribués en 1944 au quotidien d'Hubert Beuve-Méry.

Les éditoriaux d'Hubert Beuve-Méry sur la Guerre d'Indochine et les questions coloniales irritaient une partie du patronat"Mort de Philippe Boegner" dans Le Monde du 17 octobre 1991 , qui veut le concurrencer efficacement par un "journal défenseur des valeurs chrétiennes et de la civilisation occidentale". Le nouveau quotidien s'appellera cette fois Le Temps de Paris, avec pour mission d'affaiblir Le Monde"Presse, radio et télévision en France de 1631 à nos jours" par Elisabeth Cazenave et Caroline Ulmann-Mauriat, aux éditions Hachette Éducation, en 1994 et défendra l'Atlantisme et l'Algérie française"1944-2004, Histoire du journal « Le Monde »" par l'historien Patrick Eveno, en 2004 aux Editions Albin Michel "Pinay l'indépendant" par Jean-Antoine Giansily, en 1995 aux Editions Denoël . Philippe Boegner rend un premier rapport le , une quasi-étude de marché proposant plutôt un quotidien du matin, alors que Pinay insistait pour le soir.

Pinay, devenu ministre des Affaires étrangères en déclare que ses financiers exigent un quotidien du soir, et décide d'obtenir le droit de l'appeler Le Temps. Jean Jardin, qui vit à Vevey, en Suisse"Alexandre Jardin : «Famille je te hais !»" par Eric Roussel, dans Le Figaro du 06/01/2011 , participe à l'élaboration du projet avec son voisin Paul Morand, qui se réjouit de la perspective de voir le futur quotidien pouvoir faire signer le prestigieux résistant et écrivain André Olivier dans les pages littératureLettre du 14 mars 1956 de Paul Morand à Jacques Chardonne, publiée dans "Correspondance (Tome 1) - 1949-1960" aux Editions Gallimard.

Rejoint aussi par André Guérin au poste de rédacteur en chef, Temps de Paris est finalement lancé en grâce à un budget très important "Pour l’automne Marcel Dassault s’offre un nouveau jouet : un journal", par Claude Angeli, dans L'Obs Du 21 juillet 1965 et un capital de 400 millions. Les annonces dans les cinémas et l'affichage public concentrent à eux seuls l'importante campagne de lancement car toute la presse refuse d'accueillir les publicités. Le quotidien sera finalement un échec, avec deux tiers d'invendus après une semaine, même s'il a de bons résultats en Algérie, où il s'en vend au mois de mai 4 fois plus que Paris-Presse, autant que Le Monde et Le Figaro réunis, presque autant que France-Soir. Après 66 numéros, il est arrêté en .

La crise de 1951 au Monde avait été surmontée via "l'unité de la rédaction autour de son directeur" et sa lige de "neutralisme" incarnée dans une série d'articles d'Etienne Gilson publiés en 1950 puis de "non aligné", préfigurant un mouvement intellectuel qui sera incarné plus tard par une "nouvelle gauche".