Eugénie Foa, née Rebecca-Eugénie Rodrigues-Henriques le ou le 14 Juin 1796 (23 ou 26 prairial an IV) à Bordeaux et morte le à Paris, est une femme de lettres française principalement connue pour ses livres pour enfants.

Pour certains historiens de la littérature, elle serait la première femme juive à avoir accédé à la carrière d'écrivaine professionnelle en France. Certains vont jusqu'à estimer qu'elle serait « le premier écrivain juif tout sexe confondu à écrire de la littérature en français » et « l'une des premières femmes juives à avoir écrit de la fiction en quelque langue que ce soit ».

Biographie Née en 1796 ou 1798 à Bordeaux, Eugénie Rodrigues-Henriques est la fille du banquier Alexandre Isaac Rodrigues-Henriques (1765-1834) et d'Esther Gradis (1780-1859), elle-même issue d'une grande famille d'armateurs de Bordeaux. Élevée dans la religion juive, elle est la sœur de l'historien, philosophe et dramaturge Hippolyte Rodrigues et de la sculptrice Léonie Halévy, ainsi que la cousine du mathématicien Olinde Rodrigues. Sa nièce, Geneviève Straus, tiendra l'un des salons les plus prestigieux de la capitale à la fin du siècle et sera très engagée dans l'affaire Dreyfus.

Elle est mariée au négociant marseillais Joseph Foa (oncle d'Édouard Foa). Elle l'épouse le à Bordeaux Mariage Bordeaux 1814 cote 4E951 p34/256 acte N°45. Elle a de lui neuf enfants : Emmanuel Isaac Foa, Louis Elisée Foa, Laure (Laurette) Foa, Benjamin Edouard Eugène Foa, Ernest Foa, Adolphe Isaac Foa, Esther Eliza Forunée Foa, Sara Clotilde Foa, Esther Ida Fissé (Foa). Quatre de ses enfants meurent en bas âge, et son mariage se déroule très mal. Il n'y a que peu d'informations concrètes sur ce qu'il s'est passé entre Eugénie Foa et son mari, mais elle prend la décision, rare à l'époque, de quitter son mari et ses enfants.

Séparée de son mari, elle retourne vivre chez ses parents, depuis installés à Paris rue de la Chaussée-d'Antin. C'est alors que commence sa carrière d'écrivaine. Nécessité matérielle d'accroitre ses ressources ou vocation littéraire, elle écrit sous son nom d'épouse ou sous les pseudonymes Miss Maria Fitz-Clarens et Edmond de Fontanes.

Sa vie personnelle est alors marquée par des relations tendues avec sa famille. Après le décès de son père en 1834, elle ne déménage pas avec le reste de sa famille rue de Montholon. Sa relation avec sa mère semble devenir plus distante, jusqu'à la rupture en 1841. La même année, Eugénie se convertit au catholicisme. Elle occupera durant les quinze dernière années de sa vie de multiples six logements différents, retraçables grâce à sa corresponce.

Son ex-mari et elle s'affrontent pendant plusieurs années autour de la question de la garde de leur fils Édouard. La législation de l'époque accordait alors peu de droit aux mères et aux femmes abandonnées par leurs époux, et Édouard a été confié par défaut à la garde de son père. En 1834, il est arrêté pour vagabondage alors qu'il fuyait du domicile de son père pour rejoindre sa mère à Paris. Ce n'est qu'après cet épisode qu'Eugénie obtient le droit de faire venir son fils à Paris, et ce notamment grâce à l'aide de son oncle, Benjamin Gradis, et de son ami avocat, Adolphe Crémieux.

Sa fin de vie est difficile: atteinte d'une cécité complète, elle a du mal à écrire, ce qui est pourtant son revenu principal.

Elle meurt à Paris en 1852.

Œuvre littéraire Ses premiers romans, emprunts de l'esthétique romantique de l'époque, mettent le plus souvent en scène une héroïne en quête d'indépendance. Ils laissent également une place importante à la culture juive, qu'ils participent à faire connaitre au lectorat catholique de l'époque (Le Kidouschim, 1830, Philippe, 1831, Rachel ou L'Héritage, 1833, La Juive. Histoire du temps de la Régence, 1835).

Mais c'est avec ses livres pour enfants, genre alors déprécié et qu'elle participe à promouvoir, qu'elle remporte un réel succès. L'une de ses grandes inspirations est Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, l'une des pionnière du conte pour enfant. Elle deviendra à son tour une figure importante de ce genre littéraire, elle est régulièrement rééditée et traduite en diverses langues étrangères.

Son succès auprès des enfants comme des parents tient au fait qu'elle souhaite lier divertissement et enseignement: «Amuser est mon but ; instruire en doit être le résultat ». Cela se démarque d’œuvres telles que Les Aventures de Télémaque, qui bien que destinées aux enfants étaient avant tout didactique.

Son roman le plus connu, Le Petit Robinson de Paris ou Le Triomphe de l'industrie (1840), connait de nombreuses rééditions (dont la dernière en 1945) et une traduction en anglais. Elle y participe à l'écriture des robinsonnades, genre populaire à l'époque et qu'elle réemploie dans des œuvres comme Le Robinson des bois ou Les Nouveaux Robinsons, aventures de deux enfants qui cherchent leur mère. Outre ses romans, elle écrit également des contes qu'elle publie dans diverses revues, dont certaines qu'elle a contribué à fonder, telles que Le Journal des Demoiselles, La Gazette de la jeunesse ou Le journal des enfants. Certains ont été rassemblés en recueils, souvent classés par catégorie de sujet (Les Petits savants, Les Petits guerriers, Les Petits musiciens, etc) ou regroupés sous le titre de Contes Historiques. Eugénie Foa se spécialise en effet dans la mise en scène de l'enfance de personnages connus de l'histoire de France. Certains de ces contes connaissent de nombreuses rééditions tout au long du XIXe siècle et pendant une partie du .

On lui attribue également la fondation du Journal des enfants, premier périodique explicitement destiné à la jeunesse.

Engagement politique La famille d'Eugénie Foa était fortement impliquée dans le monde politique. Du côté de sa mère, la famille Gradis est à cette époque une famille incontournable de la haute société juive: armateurs, ils ont une fortune considérable et une réputation immense. Son père, quant à lui, était le représentant des juifs bordelais à l'Assemblée des notables juifs convoquée par Napoléon pour préparer le grand Sanhédrin. Elle a également deux cousins, Olinde et Edouard Rodrigues, qui deviennent moteurs du saint-simonisme.

Il n'est donc pas étonnant qu'Eugénie s'engage a son tour dans le monde politique: parallèlement à sa carrière littéraire, elle prend position sur divers sujets d'actualité. Elle milite pour l'abolition de l'esclavage, l'amélioration de l'éducation des filles et l'égal accès à la reconnaissance littéraire pour les femmes de lettres. Engagée dans le mouvement féministe qui émerge à l'époque, elle participe en 1848, aux côtés d'Eugénie Niboyet, à la fondation de la revue La Voix des femmes. Elle marque également ses engagements en participant à d'autres revues telles que Le Journal des Demoiselles, La Chronique de Paris ou Le Siècle, ainsi que dans ses œuvres de fiction, en ce qu'elles mettent régulièrement en scène des personnages victimes d'oppressions, tels que des femmes, des esclaves ou des aveugles.

En 1838, elle fait partie des membres fondateurs de la Société des Gens de Lettres, association qui ne comptait que 10 femmes à sa création. Elle est également membre de l'Académie des femmes, un collectif fondé en 1843 et qui a également vocation à protéger les artistes et leurs droits d'auteur, avec cependant un intérêt plus marqué pour la protection des intérêts des écrivaines.

Elle s'engage en 1850 dans la cause des femmes ouvrières en créant une société charitable, l’Œuvre de bon secours, qui a pour but de fournir du travail aux chômeuses."En contrat avec un détaillant en vêtements, l’œuvre de bienfaisance dirigée par Foa employait 150 couturières dans une boutique de la rue de Rivoli, où Foa leur lisait de la littérature édifiante pendant qu’elles cousaient. « Je veillais à ce que leur ouvrage soit bien fait mais je m’occupais en même temps de les moraliser », déclare fièrement Foa dans une demande de soutien financier adressée au ministre de l’Instruction publique et des cultes en décembre 1848."

Postérité Eugénie Foa est resté très présente dans le milieu de la littérature après sa mort, comme en témoignent les nombreuses publications et rééditions posthumes de ses œuvres. Nombre d'entre elles ont également été traduites en plusieurs langues, notamment en anglais, en allemand et en polonais. The name of Madame Eugenie Foa has been a familiar one in French homes for more than a generation. Forty years ago she was the most popular writer of historical stories and sketches, especially designed for the boys and girls of France. Her tone is pure, her morals are high, her teachings are direct and effective. She has, besides, historical accuracy and dramatic action; and her twenty books for children have found welcome and entrance into the most exclusive of French homes.

Preface de Boy life of Napoleon, 1895Eugénie Foa est aujourd'hui largement oubliée en France, mais on retrouve plusieurs articles sur elle à l'étranger, et notamment dans le cadre des jewish studies aux États-Unis: elle est reconnue comme la première femme juive à avoir vécu de son écriture. Ainsi, des chercheurs tels que Maurice Samuels, Emily Bilski et Emily Braun ont étudié Eugénie Foa sous cet angle.

Publications Publication chez un éditeur

Ouvrages indépendants

Le Kidouschim ou L'Anneau nuptial des Hébreux, 4 volumes, A. Boelland, 1830. Philippe, Levasseur, 1831. Les Blancs et les Bleus, Ch. Vimont, 1832. La Laide, Ch. Vimont, 1832. La Fiancée de l'exilé, Ch. Vimont, 1833. Rachel ou L'Héritage, Henri Dupuy, 1833. Contient : Rachel, Petite Madame, Le Rachat du premier-né, Tirtza, Maclou, Le Goel, Le Masque de Poix, La Kalissa, La Jarretière espagnole

La Femme à la mode, Delongchamps, 1834. La Juive, histoire du temps de la Régence, 2 volumes, Arthus Bertrand, 1835. Mémoires d'un polichinelle, Magnin, Blanchard et Cie, 1837. Six histoires de jeunes filles, L. Janet, 1837. Contient : "Mademoiselle Cazotte", "La Sorcière des trois Islets, ou Joséphine Tascher de la Pagerie", "Mlle de Lajolais, ou la Courageuse enfant", "Les petits Gâteaux, ou sœur Marthe la paysanne de Thoraine", "Les Orphelins de Saint-Gratien, ou Fanchette Brulard", "Elisa Mercœur, ou La petite institutrice". Contes à ma sœur Léonie. Heures de Récréation, L. Janet, 1838. Contient : "Alix la Burgotte", "La Quenouille de la Vaudrière", "Dame Clémence Isaure", "Mademoiselle de Rambouillet", "Clélie". Les Petits marins, recueil, L. Janet, 1838. Contient : "Christophe Colomb", "L'orphelin de Saint-Malo", "L'enfant abandonné dans une île déserte", "Le mousse", "Michel Ruyter" Mémoires d'une jeune fille devenue grande, L. Janet, 1838 ? / 1840. Les contes de ma bonne, Louis Janet, s.d [1840/1841?]. Contient : Le Castel du diable, Les enfants mystérieux, Les cinq infortunes des sabots de Ramouniche Le Vieux Paris, contes historiques, par Mme Eugénie Foa, Louis Janet, s.d 1840 (?) Contient : "Le Clos de Lias", "Gizelle la sage", "La Disgraciée", "La Fille du sorcier"

Le Petit Robinson de Paris ou Le Triomphe de l'industrie, Ebrard, 1840. Le Petit Robinson des bois, 1840. Les Soirées du dimanche, par Mme Eugénie Foa, Challamel, 1841. Contient : trois contes consacrés à sainte Geneviève, la Vierge Marie et Louise de Lorraine. Ludwig Van Beethoven, ou le Petit maître de chapelle, Aubert et Cie, 1841. La Paysanne de Domrémy, ou Jeanne d'Arc, Aubert et Cie, 1841. Le Petit Général des chiens du chenil de Louis XV, Aubert et Cie, 1841. Le Petit Pasteur du Ban de La Roche, Aubert et Cie, 1841. Le Petit Pâtissier, ou Claude Gelée dit le Lorrain, Aubert et Cie, 1841. La Petite Maman, ou Marie de Rabutin Chantal, Aubert et Cie, 1841.

Mémoires de Croquemitaine recueillis et mis en ordre, par Mme Eugénie Foa, Louis Janet, s.d. [1841?]. Les petits musiciens, Louis Janet, s.d. [1841?] Contient : "Palestrina", "Tartini", "Haydn", "Naumann", "Mozart"

Les Saintes, par Mme Eugénie Foa, chez l'auteur, 1841