La Poterie de la montagne est une entreprise industrielle française du située à Saint-Honoré-les-Bains (Nièvre). Elle fut construite dans sa configuration actuelle à la demande du marquis Antoine Théodore Viel de Lunas d'Espeuilles de 1844 à 1847. En 1834, une première poterie fut créée par le même marquis qui avait fait venir les frères Meyer de Suisse. Ayant pour activité la fabrication de céramiques très diverses, elle cesse son activité en 1926.

Elle est inscrite puis classée au titre des monuments historiques en 1995 et 1997..

Historique Les origines Le nom du village de Saint-Honoré-les-Bains évoque le thermalisme, qui ne saurait faire oublier l'artisanat de la céramique qui remonte ici à la plus haute antiquité.

Les Romains installés dans la région construisent les thermes. Pour cela, ils construisent deux bassins de réceptions des sources, adossés à la butte des Garennes. Le bassin supérieur recevant les eaux de la Crevasse, et le bassin inférieur recevant les eaux des Romains et de la Marquise. Revêtus de marbreProvenant probablement de la commune voisine de Chiddes, au lieu-dit Champ Robert., et équipés de colonnettes d'hypocaustes dans le sous-sol des thermes romains. En aval, un bassin plus petit était revêtu de mosaïque (scaïole) et un impluvium protégeait les bassins des eaux froides ruisselant du rocher.

Les monnaies qui furent retrouvées sur place, lors des fouilles du , permettent de dire que les thermes étaient fréquentés à l'époque de Tibère à Valentinien , soit de 14 av.J-C à 375 de notre ère.

La construction de thermes nécessitant des tuiles, des briques, et des conduits, il est plus que probable qu'il y avait un four dans la proximité immédiate des thermes. Une quantité de tessons de terre cuite, grès, sigillées, ainsi qu'un moule d'époque gallo-romaine, confirme cette présence, bien que le four ne soit pas localisé à ce jourTravaux de terrassement de 1959.. Une terre cuite, dite La Toilette de Vénus, y fut découverte à cette occasionD'une hauteur de sur une largeur de , elle est conservée au musée d'archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye.. Un four gallo-romain fut découvert au lieu-dit Champ-Robert.

Choix du lieu Pour réaliser de la poterie, il est nécessaire d'avoir : eau, terre, feu (bois), des voies de communication, pour la commercialisation. Ici, tous ces éléments se trouvent réunis : le ruisseau du Désert fut canalisé par une rigole, à partir du pont du Désert où arrivent deux ruisseaux venant de la Queuldre et du Carry. Un système de vannes permettait de laisser libre cours à l'eau vers l'étang de Seu ou de la diriger par la rigole vers la poterie.

Les sous-sol de la région produisent de l'argile : l'étang Chaillot, le Vigneron, et l'on faisait venir de Montambert, à proximité de Fours, à 20 kilomètres au Sud-Ouest, de l'argile blanche réfractaire : Buisson du Pré, Trou du Bois, Bois Guillaume, le Pré de l'ÉcluseLa municipalité de cette ville demanda une taxe de 10fr 24, pour le passage des véhicules en 1860 à cause de la détérioration des chemins l'année précédente. Au mois de mai 1862, Claude Bertin transporta douze tombereaux de terre de Vigneron ; trois du Trou du Bois; quatre du Bois Guillaume et huit du Buisson des Prés, pour une somme de 46fr 20(facture manuelle rédigée par Claude Bertin, reproduite p. 10 dans La Camosine, )..

Les propriétaires possédant d'immenses forêts, l'approvisionnement en bois ne posait aucune difficulté pour fournir bois de moulée, charbonnette et fagots.

Les Mayer font les premiers essais de grès en 1820, des poteries utilitaires en recourant à l'émail brun.

L'ouverture du canal du Nivernais en 1843, et de la ligne de chemin de fer le sur Vandenesse, et plus tard avec des prolongements en 1884 et 1889, ainsi qu'un service de voitures directes entre les deux guerres, permirent à la poterie de recevoir les matières premières et de procéder aux expéditions de façon plus rapideAvant, il fallait faire la navette jusqu'à Vandenesse, à , par des chariots tirés par des bœufs..

La poterie connaîtra son plein essor entre 1860 et 1914.

Description des bâtiments Les bâtiments encore visiblesCadastrés : D.116 font l'objet d'un classement par arrêté du . Ils datent de 1844 à 1854 et furent réalisés pour un coût de . Situés en contrebas du château de la Montagne, ils bordent la route D 985, allant de Saint-Honoré en direction de Luzy.

Le bâtiment principal En forme de fanum, il comporte quatre étages et renferme deux fours dont un s'élevant sur deux niveaux pour la cuisson des grès et les terres cuites, le second pour les grès au sel (ils ont un volume d'environ cubes chacun). Un autre four, couché celui-ci, d'environ trente mètres cubes, se trouve presque à l'entrée du bâtiment principal. C'est une réalisation de l'architecte Félix Duban.

Sur tous les étages, autour des fours, se trouvent les différents ateliers, avec tout en haut un espace destiné au séchage. Les magasins sont situés au rez-de-chaussée, et les salles de travail des potiers au premier étage. Les tours étaient reliés par des systèmes de poulies et de courroies à une grande roue actionnée par des enfants.

Les ateliers de tournage Situés de chaque côté des fours, au premier étage de ce bâtiment principal, se trouvaient deux ateliers de tournage. Les tours étaient installés devant les fenêtres, dans deux grandes pièces équipées d'un grand poêle en fonte. Pour battre la pâte, les tables entre les tours sont scellées au mur.

Sur le mur opposé et sur toute la longueur de l'atelier sont fixées des étagères. Une porte à double battant séparait l'atelier du premier étage du four globe où étaient cuits les biscuits de faïence. En 1861, il y avait huit tours et huit tourneurs. Le musée du Costume de Château-Chinon présente un atelier de potier reconstitué avec un tour provenant de la Poterie de La Montagne.

Les fours Tous les fours étaient alimentés au bois. Le four rond à grès Il est à flammes directes avec globe voûté. C'est un four intermittent, composé de quatre parties essentielles : les alandiers, le laboratoire, le globe et la cheminée. Le diamètre intérieur du four est de pour une hauteur de .

les alandiers : au nombre de quatre, ce sont des coffres réalisés en briques réfractaires, avec fosse et dessus une grille recevant le bois destiné à chauffer le four. Les flammes et les fumées sortent des alandiers par une ouverture en direction de la voûte du laboratoire, puis par les conduits rejoignent le globe et montent en direction de la cheminée ;

le laboratoire : à l'intérieur des « gazettes » (boîtes cylindriques en terre réfractaire qui protègent les pièces des flammes directes) empilées se trouvent les pièces à cuire. L'entrée du four est ensuite murée, puis démolie en fin de cuisson, lors du « décastage » (défournement). La température s'élève dans cet endroit à environ ;

le globe : c'est un second four superposé au premier. La cuisson s'effectue par la récupération de la chaleur perdue du laboratoire, la température s'y élève à environ. On y réalise la cuisson du biscuit de faïence et dégourdi de grès ;

la cheminée : plantée à l'extrémité du globe, elle s'élève assez haut au-dessus du toit. Cette partie est tombée dans le four.

Le four rond à sel C'est un four à flamme directe et à globe perdu, avec quatre alandiers hauts. Des plaques sont calées à l'intérieur du globe salé. On jette le sel dans les alandiers, en fin de cuisson, quand la température atteint environ . Le refroidissement dure plusieurs jours avant le décastage.

La cuisson On distingue trois périodes : l'allumage du four : oxydation ; le four atteint 1000 degrés : réduction ; le refroidissement du four pendant plusieurs jours.

La maison des directeurs Située au sud du bâtiment principal, ce bâtiment fut démoli vers 1960. Il fut occupé par Madame Jollivet de 1908 à 1921, y compris pendant la fermeture de l'usine entre 1915 et 1921.

Le four couché Situé à l'ouest de la maison des directeurs dans l'axe de l'entrée du bâtiment principal, il a une capacité de . Toujours existant, il est en mauvais état avec des éboulements à chaque extrémité. La toiture en tuiles voit pousser des arbres qui atteignent les , sur une voûte de d'épaisseur et une pente à 16 %. Ce type de four fut abandonnéLe Centre national d'initiation et perfectionnement de la poterie et du grès à Saint-Amand-en-Puisaye en possède un en état de fonctionnement, trois autres existent à Treigny, dans l'Yonne, à la Maison des chanoines, et servent de lieu d'exposition..

Le hangar à bois Il est situé à l'ouest du bâtiment principal.

L'ancien lavoir Il se trouve à côté du hangar à bois.

Le magasin de vente des grosses pièces Ce bâtiment est aujourd'hui démoli. Il était situé à l'ouest du bâtiment principal, dans le prolongement de l'ancien lavoir et de l'ancien bâtiment conventuel. Il y avait, séparée, une boutique pour la vente de détail aux particuliers.

L'aire de stockage des terres Au nord du bâtiment principal, derrière le bâtiment conventuel, se trouvait une grande surface ou étaient déposées les terres. Cette partie est toujours visible.

La citerne Elle est placée dans le prolongement de l'aire de stockage des terres qu'elle séparait des bacs servant pour la préparation des terres.

Le malaxeur Situé entre la citerne et les bacs de préparation, dans le prolongement de ceux-ci en direction de l'est, le malaxeur est abrité par un petit hangar aux proportions harmonieuses. Il était actionné par deux hommes.

Les bacs à terre Jouxtant le malaxeur, cinq bassins de décantations recevant les mélanges de terre sont répartis sur deux rangées, la première de trois bacs au bord du malaxeur et, dans la seconde, deux bassins. De longs rayonnages extérieurs, aujourd'hui disparus, recevaient les coques de plâtre remplies de barbotine pour raffermissement (phénomène de filtration). Puis la pâte était entreposée en cave pour le processus de vieillissement (environ de pâte d'avance).

Les séchoirs Une partie des séchoirs était située dans le prolongement des bacs à terre en direction de l'est, au-delà de l'ancien chemin menant à la poterie (aujourd'hui disparus). Les autres séchoirs étaient plus au sud, au-dessus de la cave à terre. La pâte était finalement homogénéisée et désaérée par un battage sur une petite table scellée au mur à côté de chaque tour de potier.

La cave à terre Dans le prolongement des bacs à terre, en direction du sud, la cave à terre était recouverte d'un toit qui permettait également le séchage dans la partie haute. À son extrémité est, ce bâtiment avait un retour d'angle remontant vers le nord qui abritait le puits de pompage de l'arrivée souterraine de la rigole du Désert.

La faïencerie La faïencerie date de 1908, elle est la décision de Louis Jollivet. Implantée à l'est et face au bâtiment principal de la poterie, elle comporte deux fours à moufles servant à la cuisson de la faïence stannifère et de la faïence en relief : sur cru en grand feu, sur émail cuit en grand feu et à la cuisson grand feu sur émail cuit. Le chemin de croix de l'église de Saint-Honoré réalisé ici laisse à penser qu'il s'agit d'un décor de grand feu, mais peint sur émail cuit.

Le parc Le parc ainsi que les terrasses, les murs, les bassins, la maison de poupée, les parterres et allées d'arbres, les façades et toitures de l'ancien bâtiment de la tuilerie sont inscrits au titre des monuments historiques depuis le .

La production