Le SMS est un croiseur léger de classe Graudenz mis à l'eau en 1914 pour la . Sa construction commence en 1912 au chantier naval AG Weser à Brême. Lancé le , il intègre la en janvier 1915. Nommé d'après la ville de Ratisbonne (en allemand, Regensburg), en Bavière, il est armé de douze canons de et possède une vitesse maximale de . En 1917, il est réarmé avec sept canons de .

Le participe avec la à la bataille du Jutland les et , où il mène la flottille de torpilleurs de reconnaissance du de reconnaissance commandé par Franz von Hipper. Après la Première Guerre mondiale, il est cédé à la France au titre d'indemnité de guerre et renommé Strasbourg. Il participe en 1925 à la guerre du Rif. En 1928, il prend part en Arctique aux opérations de sauvetage du dirigeable . Retiré du service en 1936, il est utilisé comme barge à Lorient jusqu'en 1940, où il est capturé par les Allemands. Placé devant la base sous-marine de Lorient en 1944, il sert alors d'obstacle aux attaques de torpilles. Il est sabordé au même endroit peu avant la libération de la ville en 1945.

Conception Caractéristiques Le est commandé sous le nom de code « Ersatz Irene » et sa construction commence en 1912 au chantier naval AG Weser à Brême, avant qu'il ne soit lancé le . Le maire de , Hofrat Josef Bleyer, baptise alors le navire, qui entre en service dans la le . Le navire possède une longueur hors-tout de , un maître-bau de et un tirant d'eau de . Son port en lourd est de . Son système de propulsion consiste en deux turbines à vapeur délivrant une puissance de à deux hélices de . Alimentées par dix chaudières à charbon et deux à mazout (le mazout étant plus efficace, mais plus difficile à importer), elles permettent au navire de filer jusqu'à . Le peut transporter jusqu'à de charbon et de fioul qui lui permettent d'avoir un rayon d'action d'environ à une vitesse de . L'équipage est composé de 21 officiers et de 364 marins.

Armement Le est armé de douze canons de SK L/45 montés sur tourelle simple. Deux sont placés côte à côte devant le gaillard d'avant, huit au milieu, et deux à l'arrière en position de tir superposé. Ces canons ont une élévation maximum de , ce qui leur permet d'engager des cibles jusqu'à une distance de , et une élévation minimum de , permettant au de se défendre en combat rapproché. Ils seront remplacés en 1915 par sept canons de SK L/45 et deux canons de SK L/45 antiaériens. Il est aussi équipé d'une paire de tubes lance-torpilles de d'une capacité de cinq torpilles, chacun étant immergé de chaque côté de la coque du navire. Plus tard, quatre lanceurs sont rajoutés sur le pont et les lanceurs immergés sont retirés. Le peut aussi transporter 120 mines marines. Il est protégé par une ceinture de blindage de située au niveau de la ligne de flottaison, le château possède un blindage de , et le pont en est couvert de .

Service pour l'Allemagne Premières opérations

Le finit ses essais le , puis est assigné au de reconnaissance. Onze jours plus tard, il bombarde les positions russes près de Palanga avec l'aide des croiseurs SMS et SMS . L'opération dure jusqu'au . Le capitaine Hans Zenker propose alors que le et le paquebot SS Cap Polonio (qui doit être pourvu de canons de ) soient envoyés dans l'Atlantique pour harceler les navires de commerce, en remplacement des croiseurs détruits quelques mois plus tôt. Le commandant de la flotte, l'amiral Friedrich von Ingenohl, rétorque que les navires seront coulés tout comme leurs prédécesseurs, et que le peu de succès rencontré ne contrebalancera pas la perte d'un croiseur léger moderne et d'un paquebot lourd. L'idée est alors abandonnée. Les 17 et , le prend part à une opération de mouillage de mines au large du . Le , il retourne dans la Baltique pour pilonner des positions russes, cette fois sur l'île de Hiiumaa : le phare de Saint-Andréasberg et la station du cap Ristna. En septembre, il prend part au nettoyage des mines britanniques dans le Skagerrak et le Kattegat, et continue début 1916 jusque dans la mer du Nord. Les 23 et , il participe au bombardement de Yarmouth et de Lowestoft mené par les croiseurs du de reconnaissance de l'amiral von Hipper, alors remplacé par l'amiral Scheer.

Bataille du Jutland vignette|alt=Carte des manœuvres Britanniques fin mai 1916, lors de la bataille du Jutland.|Cartes montrant les manœuvres des Britanniques (en bleu) et des Allemands (en rouge) les 30 et 31 mai 1916.

En , l'amiral Reinhard Scheer, commandant de la flotte, décide d'attirer une partie de la flotte britannique hors de ses bases afin de la détruire avec l'aide de la totalité de sa flotte de haute mer. Pour cette opération, le Regensburg, commandé par le commodore Paul Heinrich, a pour rôle de mener les flottilles de torpilleurs qui protègent les croiseurs de bataille du de reconnaissance. L'escadre quitte la rade de la Jade le vers du matin, en direction des eaux du Skagerrak. Le gros de la flotte les suit à une heure et demie d'écart. Aux alentours de , le croiseur rencontre la de croiseurs de bataille britannique, et engage le combat. Le est hors de portée et met la vapeur pour rejoindre la tête de la ligne de bataille. Alors que le navire n'a pas encore rejoint son poste, les navires britanniques ouvrent le feu sur les croiseurs allemands. Ceux-ci sont alors situés entre les Britanniques et le , qui se trouve à environ en arrière. L'équipage se rend alors compte que les obus ennemis passent bien au-dessus de leur cible, rendant leur situation bien plus inconfortable que celles des croiseurs que les Anglais visent pourtant. Vers , le rejoint son poste, et le tire alors quelques salves sur lui, le prenant pour un croiseur lourd.

Alors que les escadres de croiseurs se rapprochent, le ordonne aux torpilleurs de lancer une offensive générale sur la flotte britannique. Les Britanniques font de même avec leurs destroyers, ce qui engendre une bataille rangée entre les deux escadres de destroyers, soutenues par leurs croiseurs légers et l'artillerie secondaire des croiseurs de bataille. Peu après , le mène une attaque sur le croiseur et quatre destroyers. Il met hors d'état de nuire le , qui est coulé peu après par une torpille allemande, avant de concentrer son feu sur le , qui bat en retraite dans la brume. À , les deux flottes principales étant engagées dans la bataille et Scheer cherche à battre en retraite. Il ordonne alors au de reconnaissance de charger la ligne britannique, pendant que le reste de l'escadre se retire. Cette retraite est de plus couverte par une attaque massive des torpilleurs, qui force les Britanniques à se retirer eux aussi. Le et son groupe reçoivent alors l'ordre de passer à l'attaque, mais le de reconnaissance leur est passé devant et ils réalisent que les Britanniques ont battu en retraite, hors de portée de leurs torpilles.

Après le succès de sa retraite, Scheer ordonne au d'organiser trois groupes de torpilleurs afin d'attaquer la flotte britannique durant la nuit. Vers , Heinrich dépêche la et la demi-flottille depuis l'arrière-garde allemande afin d'attaquer la formation britannique. Durant la nuit, la réussit à contourner la flotte ennemie et atteint Horns Rev le vers . À , le et trois torpilleurs font demi-tour afin de rejoindre les torpilleurs transportant l'équipage du , sabordé à la fin de la bataille. Seuls trois croiseurs rapides survivent à cette bataille, le , le et le . Celui-ci sort totalement indemne de l'affrontement, en ayant tiré 372 obus de .

Opérations ultérieures En 1917, le se voit assigner au de reconnaissance, en compagnie du et du . Fin octobre, le de reconnaissance vogue vers Pillau, arrivant le 30. En compagnie des cuirassés de la escadre, ils doivent remplacer les navires lourds de la flotte venant de participer à l'opération Albion, qui consistait en la reconquête des îles du golfe de Riga. Cependant, une récente tempête ayant pu accidentellement libérer des mines force le haut commandement à annuler la mission. Le , celui-ci ordonne alors au et au reste du de reconnaissance de retourner en mer du Nord.

En , le Regensburg est le navire amiral du commodore Johannes von Karpf, commandant du de reconnaissance. Celui-ci se prépare alors à une attaque cruciale avec la . Les amiraux Reinhard Scheer et Hipper ont l'intention d'infliger autant de dommages que possible à la , afin d'être en meilleure position lors d'une éventuelle reddition, et ce quel que soit le coût humain et matériel à payer. Le matin du , quelques jours avant le début de l'opération, Karpf ordonne à l'équipage du de procéder à l'approvisionnement du bateau en charbon et en pétrole. Une division entière de marins refuse alors d'exécuter les ordres, ainsi qu'un quart entier du personnel de la salle des machines, qui met son habit de sortie et refuse d'obéir. Le premier lieutenant arrête alors le meneur de la mutinerie, après quoi l'équipage retourne à son travail. Le matin du , l'ordre est donné de partir de Wilhelmshaven. Durant la nuit suivante, des marins du et de nombreux autres navires se mutinent. Ces troubles obligent Hipper et Scheer à annuler l'opération.

Alors que la mutinerie prend de l'ampleur, le est envoyé à , où il arrive le . Cette nuit-là, de faux rapports parviennent à Karpf concernant des torpilleurs aux mains de révolutionnaires communistes prêts à attaquer la flotte allemande. Il ordonne aux marins de désarmer leurs navires ; les documents confidentiels sont détruits et les salles des munitions sont inondées. Quand le commandant de la flotte apprend la nouvelle, il relève Karpf de ses fonctions et le remplace par le commodore Rohardt, qui prépare le renflouement des navires. Durant cette opération, le de reconnaissance rejoint . Cependant, l'abdication de Guillaume , le , empêche Rohardt de faire flotter le pavillon impérial sur ses navires. Par conséquent, il retire du service le et le . Un nouvel officier arrive alors à Stettin afin de prendre le commandement du mais il a peu d'officiers sous ses ordres et aucun équipage. En , le escorte le cuirassé britannique qui transporte la Commission alliée à Kiel.

Service pour la France Récupération comme dommage de guerre et débuts

Après la fin de la guerre, le Regensburg sert dans la toute jeune , jusqu'au début de 1920. Il est rayé des listes le et retiré du service le . En application du traité de Versailles, et au titre de dommages de guerre, la France se voit attribuer par tirage au sort le navire dans un lot de cinq croiseurs légers et de dix contre-torpilleurs parmi les navires livrés par l'Allemagne aux Alliés.

Le , le navire est remis aux Alliés dans le port de Cherbourg et transféré sous le nom de J dans la Marine nationale française. Il est alors renommé Strasbourg et mis en service. Il est envoyé à Brest où il arrive le pour y être armé.

Son port d'attache est dans un premier temps Brest jusqu'en 1922, puis il est affecté à Toulon de 1923 à 1926, avant d'être réaffecté à Brest jusqu'à la fin de son service actif. En 1925, il est entièrement refait et atteint les lors des essais.

Il participe lors de ses premières années de service pour la marine française à différentes opérations. Il est ainsi impliqué dans la guerre du Rif : le , avec le cuirassé et le croiseur Metz, il apporte un appui-feu important au débarquement de troupes françaises en Afrique du Nord. Il est aussi envoyé en Grèce après le séisme de 1928 de Corinthe afin de porter assistance à la population. Une opération internationale est montée pour venir en aide aux , et la France envoie ce navire ainsi que le torpilleur Mistral. Il revient le de la même année à Quiberon mais est envoyé d'urgence à Brest pour une opération de longue durée.

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