Le prieuré Saint-Gabriel est un ancien monastère bénédictin, fondé en 1058, qui se dresse sur le territoire de l'ancienne commune française de Saint-Gabriel-Brécy, dans le département du Calvados, en région Normandie.
Les restes du prieuré sont classés au titre des monuments historiques.
Localisation Le prieuré, ancien établissement monastique bénédictin, est situé à au nord de l'église Saint-Thomas-de-Cantorbery de Saint-Gabriel-Brécy, commune déléguée de la commune nouvelle de Creully sur Seulles, dans le département du Calvados. La Seulles, fleuve côtier qui a son embouchure à Courseulles-sur-Mer, longe le prieuré situé en cuvette.
Historique
Son implantation est lié au contexte historique et à la volonté de Guillaume le Bâtard de pacifier durablement l'ouest de la Normandie à la suite de la bataille de Val-ès-Dunes (1047), ce à quoi contribue la construction du prieuré aux portes de Creully, au même titre que les deux abbayes caennaises. La date de sa fondation ne nous est pas connue ; la pancarte de fondation sous le titre , n'est pas datée. Il est toutefois précisé que : . Le professeur Lucien Musset retient la date de 1058, ce qui est vraisemblable.
Quarante personnes signent la charte donnant naissance au prieuré Saint-Gabriel. Parmi eux Jean de Ravenne, abbé de Fécamp, le duc de Normandie, le futur « Conquérant », et son épouse Mathilde. Les dons pour cette fondation s'élevant à trois cent douze livres et deux sous, ainsi que deux chevaux et vingt-quatre moutons. Le prieuré est doté de terres et de prés dans plus de vingt-quatre paroisses de Ouistreham à Port-en-Bessin, plusieurs moulins dont deux à Saint-Gabriel même, deux pêcheries dont une à Saint-GabrielActes du Colloque historique du publiés en 2011..
Jean de Ravenne, l'abbé bénédictin de Fécamp envoie trois moines à Saint-Gabriel, à la demande de Richard (Ricardus de Croilei), connu sous le nom de Richard Goz, baron de la Haye-du-Puits, vicomte d'Avranches en 1055, pour y fonder un prieuré... Ces trois moines sont Albold, Osbert et Turquetil qui prennent donc le titre de prieur.
Richard Goz, apparenté par son mariage aux familles Grandmesnil et Giroie, était le fils de Turstin Goz, vicomte d'Exmes, et père d'un autre Turstin associé dans le texte de la fondation du prieuré. Il avait été désigné par Guillaume, vicomte de Creully, en lieu et place de Robert FitzHamon, fils mineur du baron de Creully, Hamon le Dentu, seigneur rebelle, tué au Val-ès-Dunes. Richard et Turstin, en présence de Guillaume le Conquérant, confirment en 1080 la fondation du prieuré. Robert FitzHamon récupérera son château et son fief et deviendra le de Creully.
Le prieuré suit la règle de saint Benoît ora et labora (prière et travail). Le prieur veille à la distribution d'une livre de pain à la porterie pour les pauvres, chaque jeudi de la Saint-Luc () à la Saint-Clair (). Il préside la tenue de la foire le jour de la Saint-Gabriel (). Ce jour-là commencent les séances au cours desquelles il rend la justice tant pour les causes criminelles (il a le droit de vie et de mort) que pour les autres causes. Le prieuré dispose également d'un champ du gibet Au le prieuré est alors à son apogée, bien qu'il n'atteigne probablement pas une quinzaine de moines.
La guerre de Cent Ans provoque la destruction de bâtiments qui seront ensuite réparés. Puis le roi d'Angleterre, , maintient le prieuré dans ses droits temporels. Cependant à la fin du Moyen Âge les moines abandonnent la vie commune, vivant dans des logis séparés tout en maintenant la vie liturgique et de prière.
Les guerres de Religion et le régime de la commende donnent naissance à une nouvelle organisation du prieuré à partir de 1674 : les moines retournent à Fécamp tandis que les terres sont confiées à la gestion d'un fermier général. La messe, elle, est célébrée le dimanche par des moines venus de l'abbaye de Saint-Vigor de Bayeux.
À la Révolution, le prieuré, vendu comme bien national, est transformé en ferme. La commune achète la tour. L'État devient propriétaire de l'église en 1844 après l'avoir classé monument historique dans sa première liste en 1840.
En , monsieur et madame Emmanuel Fauchier Delavigne achètent le prieuré. Après de très gros travaux, ils y ouvrent, en 1929, le premier Centre d'apprentissage horticole privé. Le prieuré fut libéré au soir du par les soldats du régiment Tyne and Tee et il abrita des réfugiés caennais durant la bataille de Caen. Le lycée agricole a fermé ses portes en 2018. Depuis le Prieuré se prépare à rouvrir pour accueillir un Tiers-lieu.
En 2003 une Association culturelle du prieuré Saint-Gabriel est créée pour animer le site. Le , l'État rétrocède la propriété de la chapelle au département du Calvados.
Aujourd'hui l'ancien domaine bénédictin, hérité du Moyen Âge, a amorcé une reconversion. Après avoir abrité une école d'horticulture, le prieuré devient tiers-lieu, axé vers le tourisme pour tousSite du prieuré.. Les espaces agricoles accueillent des porteurs de projets en test. Un centre d'hébergement de reçoit des scolaires en classes vertes et classes découvertes. Depuis 2025 le centre est référencé gites de groupes sur le réseau Gites de France.
Armoiries Les armoiries de Saint-Gabriel et de Fécamp sont sculptées sur les pierres du prieuré Saint-Gabriel.
vignette|Armoiries de Saint-Gabriel. vignette|Armoiries de Fécamp.
Description L'église prieurale Vers 1140 est construite l'église prieurale, dans le même temps que l'église du village. Les deux églises seront consacrées en par un évêque dénommé Pierre, on ignore de quel diocèse il était originaire. L'autel majeur est dédié à la Sainte Trinité et à saint Michel, tandis que l'église du village l'est à saint Thomas Becket. L’église est un élégant témoignage de l’art roman normand construit comme l'ensemble du prieuré en calcaire d'Orival. Il ne reste aujourd’hui que le chevet depuis la destruction de la nef et du transept en 1750. Ce dernier mesurait de large avec ses chapelles dédiées à sainte Catherine et à saint Benoît, surmonté de sa tour de croisée. Les chapiteaux du transept nord arborent un décor historié : masque crachant des végétaux, et sirène. Son plan a été marqué au sol à l'occasion de travaux. La nef mesurait une quarantaine de mètres et était fermée en façade par au moins une tour.
Le chœur, d'une hauteur de se compose de deux travées, une nef centrale prolongée par une abside semi-circulaire. Son élévation est de trois niveaux : au rez-de-chaussée de grandes arcades à double rouleau, des fausses tribunes au premier étage qui donnent par d'étroites baies sur les combles des collatéraux, et au second une claire-voie avec coursière, qui éclaire la nef du chœur. Ce dernier est couvert par une voûte quadripartite sur croisée d'ogives, transformée en voûte sexpartite par l'ajout d'un arc diaphragme transversal. Cet arc s'appuie sur les colonnes engagées pour renforcer les croisées en déterminant six voûtains.
Les collatéraux voûtés d'arêtes sont prolongés par des absidioles que soulignent des dents de scie. L'abside, coiffée d'une calotte en cul-de-four et qui possédait à l'origine deux niveaux de cinq arcatures avec au second une coursière a été modifiée au avec l'ajout d'une fenêtre en lancette au centre.
Les fenêtres du bas-côté nord sont décorées de têtes d'oiseaux à becs courbés appelées têtes plates qui mordent le tore sur lequel elles reposent . Le gisant anonyme d’un ancien prieur du témoigne de la période bénédictine. L’abside est éclairée par un fenestrage gothique (ajout du ) tandis que la voûte est ornée d’une Annonciation, vers 1500.
Tour-porterie La tour-porterie est un élégant bâtiment du , haut de , encadré de contreforts plats. Le passage avec ses arches surbaissées est voûté sur croisée d'ogives retombant aux quatre angles sur de fines colonnes à chapiteaux sculptés de crochets, rinceaux et feuilles d'eau.. A l'étage se trouve une petite pièce qui pouvait être une chambre de veille. Une hôtellerie, aujourd’hui disparue, lui était accolée. La corniche sous le toit est sculptée de petits arcs en tiers-point. L'ensemble présente un aspect défensif contemporain du mur d'enceinte qui ceinturait le domaine monastique.
Tour de justice Donjon carré à l'angle intérieur des bâtiments conventuels, dont les éléments datables remontent aux , avec une haute échauguette sur culot. qui servait de siège à la justice priorale. et de prison. De souche carrée, les murs sont encadrés de contreforts plats. Elle comprend trois niveaux. Un rez-de-chaussée aveugle à l'origine voûté d'ogives avec des murs de , qui servait de prison. L'accès se faisait par une porte haute au niveau de la salle du premier étage, voûtée d'ogives également et elle aussi percée d'étroites archères et dotée de latrines en encorbellement. L'escalier à vis menait au second étage. Ce niveau était pourvu d'une cheminée et de baies avec niches à coussièges. L'ensemble était coiffé, sous des combles charpentés, d'un toit en bâtière, de nos jours ruiné. On a retrouvé dans cette tour de nombreux graffitis.
Corps de Logis Le manoir prieural, se compose d'une ancienne salle basse, orientée nord-sud, nommée le « cellier », mais probablement cuisine et réfectoire, comme le laisse supposer la présence d'un lavabo dans le mur nord. Elle arbore quatre travées voûtées d'ogives qui retombent à pénétration sur les colonnes, que délimitent trois piles circulaires. Deux travées appelées « passage du cloître », car il communiquait avec lui au nord de l'église, prolongent cette salle à l'extérieur . Les contreforts, placés dans l'alignement des piles intérieures, s’élèvent jusqu'à l'unique étage qui abrite la salle capitulaire dite « salle de justice ». Construite vers la fin du , cette salle de style Renaissance comporte des fenêtres à meneaux et une grande cheminée où l’on distingue des graffitis de bateaux. Michel Daeffler a proposé des identifications avec des navires du en les rapprochant à la Guerre d'indépendance en Amérique du Nord. Dans le village voisin, à Creully, on trouve des graffitis de navires très similaires sur le mur extérieur sud de l'église Saint-Martin.
À l'angle du logis, un porche voûté permet d'accéder à la tour du prieur du . Cette tour étroite de plan carré est flanquée d'une tourelle d'angle à toit conique, et son troisième niveau est souligné par des faux mâchicoulis. Sous des combles charpentés, la chambre du prieur de est dotée d'une cheminée.
À l'ouest de cet ensemble, se dresse un autre porche qui dessert un solide bâtiment médiéval, doté d'une fenêtre à meneaux du , pourvu d'imposants contreforts d'angle, et décoré en pignon d'une statue logée dans une niche.
Colombier Le colombier a aujourd’hui disparu. Son emplacement était proche du pédiluve.
Protection L'église ; la tour sur plan carré ; la porterie ; le cellier formé par un bâtiment à deux nefs de cinq travées et les petits corps de logis en retour d'équerre sont classés au titre des monuments historiques par liste de 1840, délimité par arrêté du ..
Liste des prieurs 1058 ?-1069 : Turquetil En 1106 : Nicolas 1188-1219 : Roger 1188-1219 : Julien, présent sous l’abbé de Fécamp, Raoul En 1231 : Geoffroy de Caen En 1255 : Gervais de Norrey 1286-1288 : Richard de Plumetot En 1317 : Guillaume Champion 1331-1346 : Geoffroy de La Paluer En 1362 : Henri Goribout, sous–prieur En 1370 : Pierre de Joinville En 1374 : Guillaume de Blangy En 1392 : Raoul Flament 1423-1424 : Thomas Langlois, prieur et Robert de Franqueville, sous-prieur 1425-1430 : Philippe de Plumetot En 1430 : Robert de Franqueville, sous-prieur 1438-1459 : Guillaume Étienne En 1462 : Radulphe Coreul 1468-1480 : Robert Desmarets 1483-1489 : Pierre Duchâtelet
Personnalités Guillaume le Conquérant et Mathilde, duc et duchesse de Normandie signent non seulement la charte de fondation en 1058 mais également la charte complémentaire de 1069 et avec leur fils Robert la charte de confirmation de 1080.