Le Comité d'action de la Résistance (CAR) est une ancienne association française, qui a agi de 1948 à 2015 pour maintenir, propager et exalter l’esprit de la Résistance.
Le CAR a décerné à partir de 1953 le prix littéraire de la Résistance et a contribué à créer, en 1992, la Fondation de la Résistance.
Missions Le CAR a pour objetPlus de soixante ans d'Histoire du Comité d'Action de la Résistance (1948-2011), . : le rappel et le maintien de l’esprit de la Résistance, dont les fins principales étaient, avec la libération du territoire national, la lutte contre toutes les formes de totalitarisme et de discrimination raciale, la reconnaissance universelle des droits de l’homme et le rétablissement de la démocratie ; la commémoration de ses morts et de ses combats ainsi que, d’une façon générale, toutes actions tendant à assurer la pérennité et la mise en œuvre des idéaux de la Résistance dans leur finalité ; la lutte contre les survivances du nazisme et de l’esprit de collaboration et le despotisme ; la solidarité des résistants et la défense de leurs intérêts moraux et matériels ; Le CAR a également pour fin de susciter des études, des récits, des écrits de toute nature, des films et des montages par tous moyens visuels, audiovisuels ou autres afin d’assumer, directement ou indirectement, l’objet ci-dessus, et notamment de procéder à l’attribution du prix littéraire de la Résistance.
Organisation Composantes du CAR Le CAR est administré par : une assemblée générale ; elle se réunit annuellement sur convocation du bureau ; un comité directeur ; il est élu pour quatre ans par l'assemblée générale ; un bureau ; ses membres, choisis par le comité directeur parmi ses propres membres, sont nommés pour quatre ans : un président, des vice-présidents, un secrétaire général, des secrétaires généraux adjoints, un trésorier, un trésorier adjoint.
Membres Le CAR regroupe la plupart des associations et mouvements de la RésistancePlus de soixante ans d'Histoire du Comité d'Action de la Résistance (1948-2011), ., à l'exception des organisations proches des communistes. Mouvements Ceux de la Libération (CDLL) Ceux de la Résistance (CDLR) Combat Défense de la France Forces unies de la jeunesse Jeunes chrétiens combattants Franc-Tireur Les Ardents Libération-Nord (Libé-Nord) Libération-Sud (Libé-Sud) Liberté Mouvement de libération nationale (MLN) Organisation civile et militaire (OCM) Organisation civile et militaire Jeunes (OCMJ) Organisation de résistance de l'Armée (ORA) Résistance Résistance-Fer Témoignage chrétien Union Résistance « Voix du Nord » Volontaires de la Liberté Association des Français libres Fédérations de réseaux Amicale des réseaux action de la France combattante (réseau ACTION) Fédération des amicales des réseaux Renseignement et évasion de la France combattante (FARREFC) Fédération Nationale Libre Résistance —Amicale Buckmaster Fédération des réseaux de Résistance en Indochine (FRRIC) Réseaux à titre individuel : Acolyte, Alibi, Alliance, Andalouise, Béarn, Brutus-Boyer, Centurie, Cohors-Asturies, Éleuthère, Fred Scamaroni, Fyr, Henri d’Astier, Hunter-Azur-Corvette-Jonque, Indochine, Jove, Marco-Polo, Navarre, (S.R. "B"), Noyautage des administrations publiques, Orion, Plan Sussex 1943-1944, Publican, Réseau F2, Valmy, Vauderive, Yves F.Y.R., Vélite-Thermopyles Fédérations de déportés Association nationale des déportés et internés de la Résistance (ADIR) Association nationale des familles de résistants et d’otages morts pour la France (ANFROMF) Confédération nationale des déportés internés ayants droit de la Résistance française (CNDIADR) Fédération nationale des déportés et internés résistants (FNDIR) Union nationale des associations de déportés, internés et familles de disparus (UNADIF) Union nationale des déportés et internés et victimes de guerre (UNDIVG) Amicales individuelles de déportés : Bergen-Belsen Ceux de Rawa-Ruska Les Anciens de Mauthausen Neuengamme Unités combattantes Associations post Libération Associations régionales Associations départementales
Liste des présidents 1948-1952 — général Gabriel Cochet, élu en ; 1952-1954 — Georges Bidault, élu en ; 1954-1956 — Daniel Mayer, élu en ; 1957-1962 — Charles Laurent, élu en 1962-1989 — Marie-Madeleine Fourcade, élue en ; 1989-1994 — Charles VernyNé en 1922, étudiant en droit en 1940, à Aix-en-Provence où il commence à résister puis à Paris, secrétaire général de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) dans l'Académie de Paris, il intègre l'Organisation civile et militaire (OCM), fonde en zone Nord, en 1942 ou 1943 selon les sources l'OCM jeunes. Il rencontre Jean Moulin en 1943 qui le charge d'unifier les mouvements de jeunesse (Forces unies de la jeunesse patriotique). Il est arrêté le 4 avril 1944 et déporté par le convoi du 17 août 1944 à Buchenwald et Neu-Stassfurt. Membre de l'Assemblée consultative provisoire en 1945, il est avocat au barreau de Paris après la guerre et épouse Françoise Verny en 1955. Il divorce en 1960. Cf. Notice biographique, « Les déportés du convoi du 17 août 1944 au départ de Compiègne » sur le site resistance60.fr/1944-08-17, Cécile Hamsy, Georges Montaron, le roman d'une vie, Ramsay (date de 1942 pour l'OCMJ), Arthur Calmette, L'OCM Organisation civile et militaire , Histoire d'un mouvement de résistance de 1940 à 1946, PUF, 1961 (Lire en ligne le chap. VI sur l'OCMJ (juillet 1943 pour la date de création de l'OCMJ)., élu en ; 1994-1995 — général Pierre AlibertNotice biographique sur le site servicehistorique.sga.defense.gouv.fr, élu en ; 1995-2004 — Jean-Bernard Badaire, élu en ; 2004-2015 — Pierre Morel, élu en .
Historique
Contexte de la fondation L'Allemagne nazie capitule en ; c'est la fin de la Deuxième Guerre mondiale en Europe. La Libération de la France voit la fin de l'occupation allemande et du régime de Vichy du maréchal Pétain, qui s'est effondré en . Des Français ayant collaboré avec les Allemands ou/et ayant été pétainistes sont arrêtés et jugés : c'est l'épuration. Philippe Pétain est ainsi arrêté, jugé et condamné à mort à l'été 1945 mais sa peine est commuée en prison à vie.
Une première loi d'amnistie est votée en 1947 tandis que quelques périodiques comme les Écrits de Paris regroupent des « épurés » libérés et des partisans de Pétain ayant échappé à l'épuration, militent pour l'amnistie et dénoncent le résistantialisme qui désigne à la fois les exactions censément commises au nom de la Résistance et l'exploitation de la Résistance au profit de certains partis politiques après la LibérationJérôme Cotillon, Ce qu'il reste de Vichy, Ed. Armand Colin, 2003. Le chanoine Jean-Marie Desgranges, ancien député, publie ainsi en 1948 un livre intitulé Les Crimes masqués du résistantialisme. Des procès d’anciens résistants accusés d’exactions ont lieu dès 1945. À partir de 1947, qui marque le début de la guerre froide, le Parti communiste français (PCF) est le plus actif pour dénoncer les procès faits à d’anciens maquisards. Au début de l'année 1948, plusieurs procès donnent le sentiment « d’une véritable offensive […] contre d’anciens combattants de la Résistance », comme l’écrit en janvier dans Le Monde le journaliste Rémy Roure, ancien résistant, ancien déporté et future personnalité du CARFabrice Grenard, « La Résistance en accusation. Les procès d’anciens FFI et FTP en France dans les années d’après-guerre », dans Vingtième siècle. revue d'histoire, 2016/2, n° 130 (Lire en ligne).
Le PCF fonde alors un groupement chargé de défendre les anciens résistants et la mémoire de la Résistance, les Combattants de la liberté, qui rassemble des résistants comme Yves Farge, son président, tandis que les partis de droite font de l’amnistie un élément central de leur combat politique à partir de 1948. Le , un « banquet des mille » rassemble d’anciens parlementaires de la République frappés d’inéligibilité, réclamant l’abolition des législations d’exception et l’abrogation de l’ostracisme qui les frappeOlivier Wieviorka, La mémoire désunie. Le souvenir politique des années sombres, de la Libération à nos jours, Le Seuil, 2010 (chap. II). L'Humanité, principal quotidien des communistes en France, présente le le manifeste des Combattants de la liberté et donne le lendemain la liste de ses signataires, parmi lesquels des communistes et des compagnons de route dominent. Ce manifeste n'évoque pas que la nécessité de défendre la République contre le retour du fascisme et mais évoque aussi la lutte pour l'indépendance nationale et contre les guerres coloniales. Farge présente les Combattants de la liberté comme un et sont désireux de défendre d'anciens résistants poursuivis par la justice et de mobiliser l'opinion contre le retour des anciens « collaborateurs »« Yves Farge, Jean Cassou et le colonel Manhès appellent les anciens résistants à se regrouper. Formez dans chaque commune un comité des Combattants de la liberté », L'Humanité, 13 mars 1948, « Benoit Frachon et André Tollet donnent leur adhésion aux Combattants de la liberté », L'Humanité, 14 mars 1948.
Fondation en 1948 C'est dans ce contexte que le Comité d'action de la résistance est fondé en Jean-Marc Dreyfus, « Les procès de Maurice Bardèche (1948-1954). Combats pour l’honneur de la Résistance ou premiers procès du négationnisme ? », dans 20 et 21, Revue d'histoire, 2022/3, n° 155. Des personnalités non-communistes aussi diverses que François Mauriac, le député de droite Louis Marin, Maurice Schumann, du Mouvement républicain populaire (MRP), Rémy Roure, René Courtin, les généraux FFI Pierre de Bénouville et Bertin-Chevance ou encore le R.P. Bruckerger donnent leur adhésion, à l'instar de la plupart des fédérations et unions du maquis regroupés dans le Conseil national des F.F.I. et dans le comité de liaison de la Résistance militaireFabrice Grenard, op. cit. (Il cite l'article du Monde suivant)« Le comité d’action de la Résistance s’adresse au pays », Le Monde, 10 avril 1948 : Lire en ligne. Ce sont surtout des résistants de sensibilité socialiste ou gaulliste qui forment le CAROlivier Lalieu, « Les résistants et l’invention du « devoir de mémoire », dans Gilles Vergnon et Michèle Battesti (dir.), Les Associations d'anciens résistants et la fabrique de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale, Cahiers du Centre d'études d'histoire de la défense, 2006, n° 28, : Lire en ligne. On peut ajouter des catholiques de sensibilité démocrate-chrétienne qui en 1945 ont refusé de rejoindre le MRP et ont tenté de fonder un éphémère Parti républicain, démocrate et socialiste (Cochet, Roure, JugeLe Monde, 5 octobre 1945).
Le CAR est fondé selon la presse communiste à la suite de la création des Combattants de la liberté« La résistance est un bloc », L'Humanité, 13 avril 1948, « La résistance n'est pas morte », Ibid., 13 avril 1948. En , le général Cochet, premier président du CAR, revendique l'apolitisme de son mouvement qu'il oppose à la politisation des Combattants de la liberté et affirme que le CAR est en gestation depuis deux ans et a en réalité précédé l'autre groupement dont la naissance a été précipitéeCombat, 17 avril 1948.
Le CAR est en tout cas déclaré à la préfecture de police le , avec un triple but : Journal officiel, 11 septembre 1948 : (Lire en ligne). Statutairement, le Comité lutte pour : Jean-Marc Dreyfus, « Les procès de Maurice Bardèche (1948-1954). Combats pour l’honneur de la Résistance ou premiers procès du négationnisme ? », dans 20 et 21, Revue d'histoire, 2022/3, n° 155.
Dirigeants en 1948 Le premier bureau du CAR, déclaré en préfecture le , en même temps que les statuts, est composé ainsi : Général Gabriel Cochet, président, vichysto-résistant rallié au général de Gaulle ;