vignette|Relief sous-marin de la mer d'Irlande
La fosse de Beaufort ou canal du Nord part du nord des îles irlandaises et rejoint le canal Saint-Georges plus au Sud en passant par la mer d'Irlande (les grands ports sont représentés par des points rouges. Les autres sont représentés par des points bleus). La fosse de Beaufort (ou Beaufort's Dyke pour les anglophones) est une fosse marine séparant les îles d'Irlande (notamment Irlande du Nord) de celle de Grande-Bretagne (plus exactement de l'Écosse).
C'est la partie la plus profonde du canal du Nord.
Cette fosse est aussi connue comme l'un des plus grands sites sous-marins ayant été utilisés en Europe comme décharge pour des munitions immergées (conventionnelles et chimiques) Question écrite /97 de Allan Macartney à la Commission. Déversement de déchets radioactifs au large des côtes écossaises, en particulier dans la zone dénommée Beaufort's Dyke, Journal officiel n°C310 du 09/10/1998 ; Ref : 91997E4005. et matériels de guerre (dizaines de sous-marins U-Boot allemands notamment). Elle a aussi reçu des déchets radioactifs.
Géologie, géomorphologie, bathymétrie Cette dépression forme une tranchée sous-marine longue de et large d'environ . Elle est profonde de 43,8 à 312,0 m.
Depuis peu, on connaît mieux la forme et la profondeur de cette fosse grâce à la possibilité de croiser les renseignements apportés par : une cartographie bathymétrique faite en 2007 par sondeur bathymétrique (échosondeur) ; des échantillonnages de fond (2007) ; une étude par vidéo in situ (2007)2007, Agri-Food and Biosciences institute of Northern Ireland (AFBINI) ; First multibeam echosounder (MBES) survey of Beaufort’s Dyke, avec échantillonnsages et données vidéo ([source : http://www.geohab.org/agenda2009.html#callaway2], consultée 2012-04-27)., une étude par la sismique (2008)British Geological Survey (BGS) ; sparker seismic survey (Plasma sound source) of the Dyke to interrogate subsurface characteristics and seabed features highlighted by the MBES () data. ([Source : http://www.geohab.org/agenda2009.html#callaway2], consultée 2012-04-27). ; des données hydrographiques (rassemblées par le British Oceanographic Data Centre ou BODC).
Selon l'analyse croisée (holistique) de toutes ces données, cette fosse semble récente. Elle serait essentiellement issue de « processus péri- et sous-glaciaires composites » dominées par l'action des eaux de fonte sous-glaciaire et datés du Weichsélien (Devensien)A. Callaway, , C. Brown, R. Quinn, M. Service, D. Long Voir chapitre "The geology of Beaufort’s Dyke: uniquely common" in GeoHab (Marine Geological and Biological Habitat Mapping) 2009 ; Agenda and Abstracts, Journal of Quaternary Science Journal of Quaternary Science Volume 26, Issue 4, pages 362–373, May 2011 ; DOI: 10.1002/jqs.1460 (résumé).Plus précisément, elle serait une ancienne « vallée tunnel » (« tunnel valley ») creusée dans le plateau continental par la fonte de grandes masses de glace durant une ou plusieurs glaciations récentes. L'isolement régional et la spécificité de cette fosse pourraient être expliqués par le couplage de 4 éléments : une faiblesse structurelle due à un plan de faille), la présence et forme des grandes masses rocheuses d'Irlande et d’Écosse qui orientent le flux), la présence de halite (minéral essentiellement composé de chlorure de sodium dans le substrat érodé) ; Ce minéral a pu renforcer le potentiel d'érosion du glacier le recouvrant. Normalement, dans le contexte de turbidité importante propre à cette région, une telle fosse aurait déjà du être en grande partie comblée par des sédiments jeunes (déposés depuis la dernière glaciation). Elle semble au contraire avoir été maintenue ouverte, probablement par les courants de marée très rectilignes ayant un effet de chasse sur les sédiments.
L'observation des grandes formes de dunes sous-marines et des micro-reliefs des sédiments meubles peuvent donner des indications sur les phénomènes de dynamiques hydrosédimentologiques et de transport de sédiment à l'œuvreMichael Z. Li, Carl L. Amos, Field observations of bedforms and sediment transport thresholds of fine sand under combined waves and currents ; Marine Geology, Volume 158, Issues 1–4, June 1999, Pages 147–160 Corresponding (Résumé).. Ici, la morphologie des ondes qui caractérisent la surface du sédiment (formes semi-lunaires) et les formes largement paraboliques du lit de la fosse au sud contredisent le courant dominant moyen observé S-N se jetant dans le « North Channel », écoulement hydrodynamique enregistré dans le chenal du Nord. Ceci suggère un « régime hydrodynamique de remplacement », soit encore à l'œuvre à l'intérieur de la fosse, soit datant de la création des formes de relief.
Si c'est bien le cas, les polluants libérés par les déchets militaires qui y ont été enfouis ne pourront y être piégés.
Histoire Depuis la fin du , plusieurs projets ont concerné la création d’un tunnel ferroviaire reliant l’Irlande et l’Écosse (« Irish Sea tunnel ») tous repoussés pour des problèmes techniques ou de coûts liés à la présence de la fosse de Beaufort.
Sa profondeur et sa proximité du port militaire de Cairnryan ont fait qu’elle est devenue une décharge sous-marine probablement dès les années 1920 et la plus grande décharge militaire du Royaume-Uni. À partir de 1945, une zone précise est réservée aux immersion de munitions et d'autres déchets dangereux, précisée par une notice aux marinsNotice to Mariners , issued in 1945, citée par Section A, Beaufort's Dyke Dumping ground, pages 5/11., mais auparavant, les rejets en mer pouvaient se faire n'importe où. Une carte récente a été publiée par le ministère de la défense, montrant qu'un projet de pose de câblage électrique passe dans une zone critiqueCarte des dépôts connus d'explosifs dans le Beaufort’s Dyke (Explosives Disposal Site Map), PDF, 104.3KB, consulté 2012-04-28.. L'activité militaire du port de Cairnryan, principal responsable des rejets de munitions a peu à peu cessé (dans les années 1960 à 1970 (après que l'armée ait progressivement démantelé la plupart de ses installations). Mais les problèmes posés par les munitions immergées dans la fosse persistent et risquent de s'aggraver avec le temps. Selon les archives, au sud de la mer d'Irlande existent aussi trois autres anciennes zones d'immersion de déchets, plus petites, situées au sud ouest de la côte du pays de Galles, près de Milford Haven (port pétrolier disposant de raffineries).
Décharge militaire sous-marine
vignette|52 des U-boats de la flotte atlantique de la Kriegsmarine, amarrés à Lisahally (Irlande du Nord) ici en juin 1945 après la reddition de la flotte aux alliés. Presque tous seront sabordés par les alliés dans la fosse de Beaufort
Après la Première Guerre mondiale, plusieurs pays se sont servis de la mer pour se débarrasser des munitions devenues dangereuses ou encombrantes, dont au large des côtes de l'Europe de l'OuestLa mer, cette poubelle à vieux obus, Article du journal Le Marin, vendredi .. Les rejets de déchets en mer (« deposits at sea ») ont longtemps été admis voire recommandés au Royaume-Uni.
Au Royaume-Uni, les archives militaires d'avant 1945 sur les rejets dans la fosse de Beaufort ne sont pas disponibles (perdues ou encore classifiées). Des archives plus récentes, Voir Section B ; Beaufort's Dyke - Seau-Dumping of munitions. confirment qu'après la Première Guerre mondiale, le rejet en mer de munitions dangereuse a encore été couramment pratiqué, en particulier pour les armes chimiques. Ces documents indiquent que le choix des sites d'immersion a été fait en concertation avec des représentants des secteurs de la pêche et de la navigation pour s'assurer que les sites choisis ne poseraient pas de problèmes de sécurité. Les facteurs pris en considération ont été la sécurité du public, celle du personnel transportant ces munitions, ainsi que les coûts des alternatives (stockage ou d'élimination par différents moyens). Ces alternatives étaient le démontage et recyclage de certains éléments pouvant l'être en toute sécurité, la destruction ou l'incinération d'éléments pouvant l'être en toute sécurité, la décharge en mer quand le risque ou les coûts étaient importants. Au Royaume-Uni toujours, fin 1945, il restait de tonnes de munitions non utilisées, dont de tonnes en surplus. La RAF avait à faire face à un problème identique avec de bombes. la décision du rejet en mer a été prise lors des discussions sur la réduction des stocks d'armements durant la période 1945-1947. Les questions et débats parlementaires britanniques des années 1945-1950 sur ce sujet ont presque toutes porté sur les moyens d'éliminer plus vite encore les stocks de munition. En réponse à une question sur les risques pour les pêcheurs ou usagers des plages écossaises, le sous-secrétaire d’État à la guerre a répondu Hansard, Cols 973-974 en date du mai 1951 - Annexe A) ; Steps are taken to ensure that all packages sink within 3 seconds to entry into the water and they are dumped in a depression in the seabed sepcially selected for this purpose. The area provides the maximum precaution against the subsequent movement of ammunition due to tidal currents and the poissibility fo any packages being trhrown up on the beaches... It is only dumped [at sea] when we are satisfied that it is non-acceptable for breaking down. That would be because it was uneconomical to do so or unsafe... ; Hansard, Cols 973 to 974 dated 1 may 1951 - Annexe A), cité par Licensing Arrangements for Dumping Wastes at sea, Section A, Beaufrot's Dyke dumping ground..
Les forces armées britanniques, en accord avec le Ministère de la Défense du Royaume-Uni se serait ainsi débarrassée (des années 1920 aux années 1960) de plus d'un million de tonnes de munitions (dont armes chimiques) dans cette zone. Ce chiffre révélé au public le en vertu de la loi sur la transparence Freedom of Information Act a notamment choqué les écologues et écologistes anglaisTom Peterkin, MoD dumped munitions in the Irish Sea ; BST 2005-04-22.. Une part importante de la côte Ouest de l’Écosse (où existent de nombreux projets d'éoliennes offshore et d'utilisation de l'énergie des vagues) est potentiellement touchéeGouvernement de l’Écosse Carte officielle des zones touchées ou potentiellement touchées par des munitions immergées, Scottish Executive Marine Renewables Strategic Environmental Assessment ; 2007-01-01..
Avant et après la Seconde Guerre mondiale, l'armée anglaise s'est débarrassée dans cette fosse d'une quantité importante de munitions dites conventionnelles (obus, mines, grenades, bombes, balles, obus anti-aériens et détonateurs) et d’armes chimiques et engins incendiaires.