vignette|Fête de la Fédération de Lyon, aux Brotteaux. Musée Gadagne. Lyon, sous la Révolution française, connait l'ensemble des évolutions qui parcourent la destinée du pays, exaltation des débuts, transformations politiques, déchirement sous la Terreur avec un siège décidé par les Montagnards et une fin de période ponctuée de vengeances et de tentatives de relèvements.
Lyon entre dans la Révolution comme une cité aux structures urbaines et politiques très datées. La ville est à l'étroit dans ses antiques murailles et le consulat dirige autoritairement aux destinées de la cité. Lyon est également riche d'une industrie soyeuse renommée, qui a créé une typologie sociale particulière, la Fabrique.
Lyon entre dans la Révolution avec de lourds problèmes financiers, à l'égal de l'État, l'administration municipale étant bloquée par un système d'entrée d'argent, les octrois, qui renchérissent le coût de la vie pour les masses populaires. Ces octrois sont le point de tensions du peuple lyonnais, la cause des débordements révolutionnaires et de la radicalisation progressive d'une partie de la population. Celle-ci accueille avec espoir durant les premières années les nombreuses transformations politiques et institutionnelles, découvrant la vie politique libre et le pouvoir de l'élection.
La nouvelle municipalité, aux idées progressistes, est confrontée entre 1790 et 1792 à de nombreuses difficultés. Ses problèmes financiers constants lui imposent de défendre les impopulaires octrois, la discréditant progressivement aux yeux des masses populaires. Par ailleurs, son action est entravée par une lutte d'influence menée avec l'assemblée du département, tenue par des conservateurs. Enfin, Lyon voit à cette période s'installer le conflit religieux, très présent dans la cité et un premier complot monarchiste visant à détruire les avancées révolutionnaires.
L'année 1793 voit Lyon s'engager dans le conflit entre Montagnards et Girondins, avec en point d'orgue l'insurrection girondine du 29 mai qui défait la municipalité montagnarde menée par Joseph Chalier. Arrivant juste avant la victoire des Robespierristes à la Convention, la ville est accusée d'être contre-révolutionnaire et l'armée est dépêchée pour la réduire. Le siège de Lyon, et surtout la répression terrible qui s'ensuit traumatise la population.
La chute de Robespierre en provoque localement le renversement de la municipalité et le déclenchement d'un cycle de violence contre les persécuteurs. Lyon connait alors quatre années troublées, entre tentative de redressement économique et urbain et conflits larvés entre Jacobins, républicains modérés et monarchistes. La cité accueille sans réagir le coup d'État du 18 brumaire.
Les prémices de la Révolution à Lyon
À l'orée de la Révolution, la cité lyonnaise est une ville ambivalente. Ses forces économiques, surtout basées sur le travail de la soie, sont prospères, fières d'elles-mêmes. Mais les grands négociants font face à des revendications ouvrières qui ont récemment secoué la tranquillité publique, qui est mise à mal par des disettes et une pauvreté accrue en 1788 et 1789.
Les élites intellectuelles sont divisées quant au devenir de la nation au travers des États généraux, une partie optant pour des idées nouvelles, voire radicales, et d'autres empreintes de conservatisme.
Un urbanisme étriqué vignette|droite|redresse|alt=Plan ancien d'une ville traversée par deux cours d'eau majeurs.|Plan de Lyon en 1789. Bibliothèque nationale de France.
Lyon, à la veille de la Révolution, est une cité coincée par ses fleuves, ses collines et ses remparts. Elle continue à faire vivre ses habitants dans l'espace compris entre le bas de la colline de Fourvière à l'ouest, le Rhône à l'est, les Terreaux au nord et la place Bellecour au sud. Depuis plusieurs décennies, les ingénieurs et le consulat cherchent des moyens de désengorger la cité et deux tentatives sont en cours en 1789. Vers l'est, un pont construit par Jean-Antoine Morand en 1774 depuis le quartier Saint-Clair vers celui des Brotteaux tente de pousser les Lyonnais à investir ce nouvel espace. Mais en 1789, ce sont essentiellement des auberges qui s'y tiennent, montrant que ce lieu est avant tout un lieu de promenade et de détente. Vers le sud, Antoine Michel Perrache a entamé les travaux destinés à exploiter la confluence en rattachant au quartier d'Ainay l'île Moigniat.
La ville est toujours médiévale dans son urbanisme avec des rues étroites, des immeubles hauts et un fort encombrement, rendus importants aux entrées de la cité par le faible nombre de ponts. Il n'en existe alors que cinq sur la Saône, le pont de Serin, le pont Saint-Vincent, le pont de pierre, le pont de l'Archevêché et le pont d'Ainay ; et deux sur le Rhône, le pont Morand et le pont de la Guillotière.
En comptant les faubourgs de Vaise, de Serin, de Saint-Irénée, de la Croix-Rousse et de la Guillotière, la population est estimée à .
Une cité prospère À la veille de la Révolution, Lyon est une ville très peuplée et prospère. Avec environ , elle est la seconde ville du royaume devant Marseille et Bordeaux. La ville est toujours une cité bancaire et commerciale de premier plan entre l'Europe du Nord et l'espace méditerranéen ; de nombreux voyageurs en font d'ailleurs la remarque tel Grimod de la Reynière pour qui . Lyon est toujours une ville industrieuse, dominée par le travail de la soie qui n'a pas été affecté par le traité de libre-échange de 1786 avec le Royaume-Uni. En effet, ses fabricants sont soutenus par la Cour qui leur commande toujours de fastueux tissus. Cette industrie subit toutefois des difficultés en 1787 en raison d'une hausse forte du prix de la matière première à cause de mauvaise récolte en Piémont, lieu d'origine de la soie brute.
En 1788, le consulat entame la construction du nouveau pont de l'archevêché sur la Saône.
Cette prospérité est mise en scène lors du passage des ambassadeurs de Tipû Sâhib, le sultan de Mysore pour Versailles, en ; le consulat déploie de grands richesses pour magnifier le prestige de la cité.
Des revendications populaires - la révolte des deux sous et ses suites À Lyon, la révolte des de 1786 dénommée la Révolte des deux sous a préparé de manière particulière les soubresauts révolutionnaires. Brutalement réprimée, elle a permis aux ouvriers en soie de se structurer, et surtout imposé de le faire en secret. En effet, la répression arrête de nombreux meneurs et en pend trois pour l'exemple. Mais la population ouvrière prend alors conscience de sa situation et de la légitimité de sa lutte contre l’assujettissement économique.
Des éléments populaires se regroupent, éditent des tracts pour mobiliser la population, font circuler des pétitions. À ce climat agité au sein des masses travailleuses se surimpose une très mauvaise année agricole en 1788, faisant grimper les prix et exacerbant les tensions. Lyon entre dans la période révolutionnaire en crise. Les années 1787-1788 sont difficiles pour l'industrie soyeuse, la production étant globalement divisée par deux.
Enfin, la population la plus fragile est également atteinte par le relèvement de plusieurs droits seigneuriaux autour de Lyon, faisant encore monter les prix des denrées alimentaires. Une assemblée provinciale est constituée en pour soulever le problème mais les populations pauvres ne parviennent pas à y faire entendre leur voix, et elle n'apporte pas de solution.
La cité lyonnaise est dirigée par une élite solide composée des marchands-fabricants et de la noblesse de robe qui parviennent à ferler leur oligarchie et à conserver leur pouvoir sur les institutions. En parallèle, les élites lyonnaises sont éveillées à la politique, dans un climat intellectuel propice aux réformes. De nombreuses personnalités ou sociétés évoquent et débattent des projets de Turgot, Maupeou ou Loménie de Brienne. Dans le même temps, des fissures s'opèrent juste avant la révolution dans le bloc des élites. Durant l'assemblée provinciale de 1787, si aucune décision contre les privilèges des élites n'est établie, de nouvelles personnalités en profitent pour s'imposer et commencer à prendre part à la politique locale.
Par ailleurs, une division plus historique se réactive durant l'année 1786 et la révolte des deux sous. Les chanoines-comtes se placent du côté du peuple, tentant de reconquérir une influence sociale perdue.
Situation religieuse En 1788, à la mort de Malvin de Montazet, le roi nomme Yves Alexandre de Marbeuf. Ce dernier mène immédiatement une purge contre les jansénistes et place à la tête du clergé lyonnais des vicaires généraux particulièrement intransigeant. Retenu à Versailles en raison de postes ministériels, il donne à ses agents des consignes autoritaires. Cette action fait suite à la dispersion d'un groupe convulsionnaire du village de Fareins menés par François BonjourSerge Maury, « Une communauté convulsionnaire dans l’attente du millénium : les « Fareinistes » (1783-1805) », Siècles, 49, 2020. URL : http://journals.openedition.org/siecles/7333 ; DOI : https://doi.org/10.4000/siecles.7333., prêtre formé à Lyon dans un séminaire janséniste, par son prédécesseur MontazetJean-Pierre Chantin, Le jansénisme: entre hérésie imaginaire et résistance catholique (), 1996, Paris: Cerf. ..
Les premiers temps révolutionnaires : 1788 - avril 1790
Lyon entre dans la Révolution avec de lourds problèmes financiers, à l'égal de l'État, l'administration municipale étant bloquée par un système d'entrée d'argent, les octrois, qui renchérissent le coût de la vie pour les masses populaires. Ces octrois sont le points de tensions du peuple lyonnais, la cause des débordements révolutionnaires et de la radicalisation progressive d'une partie de la population. Celle-ci accueille avec espoir durant les premières années les nombreuses transformations politiques et institutionnelles, découvrant la vie politique libre et le pouvoir de l'élection.
Difficultés économiques et misère populaire Les années 1788 et 1789 voient une partie du peuple au chômage et dans de grandes difficultés pour se nourrir. Une grande partie vit du travail de la soie, et depuis la crise de 1787, le travail manque, provoquant la misère de la partie la plus fragile des travailleurs. Une moitié des canuts sont sans emploi une bonne partie de l'année, multipliant la mendicité et l'exode vers les campagnes ou la Savoie.
Les pauvres accusent essentiellement les octrois, taxes sur les produits entrant en ville d'alourdir leur misère, et cette institution subit régulièrement attaques symboliques ou plus violentes. Ils sont d'autant plus mal vus que les privilégiés sont exemptés de l'octroi. Les autorités municipales sont quant à elles déterminées à conserver cette taxe, qui constitue une grande part de leurs revenus.
Le , le roi Louis XVI demande au consulat d'avancer pour soutenir les ouvriers sans travail, et lui accorde en compensation la suspension pour 20 ans des droits qu'il perçoit sur les aspirants à la maîtrise.
L'hiver 1788-1789 est très rigoureux, le consulat multiplie les distributions de nourriture. Les débâcles de glace ont lieu sur le Rhône et la Saône, emportant le pont de Serin.
Les États généraux - juillet 1788 - mai 1789 À Lyon, l'annonce des États généraux provoquent un immense espoir. L'élection des députés chargés de les rédiger comme le résultat final montrent la marque d'un changement d'époque. Les ordres anciens, les anciennes hiérarchies sont balayées et les idées nouvelles s'imposent.
Annonce des préparations vignette|Tolozan de Montfort, prévôt des marchands attaché aux hiérarchies traditionnelles. Archives municipales de Lyon.