La grotte de Cussac est une grotte ornée et du département français de la Dordogne, en région Nouvelle-Aquitaine, sur la commune du Buisson-de-Cadouin. Elle abrite plus de cent cinquante gravures paléolithiques attribuées au Gravettien ainsi que de nombreux restes humains, sans doute des sépultures, apparemment associés aux figures pariétales.
Localisation et historique Cette grotte est située en France, dans le département de la Dordogne et la région Nouvelle-Aquitaine, au cœur du Périgord, entre Bergerac et Sarlat-la-Canéda, sur la commune du Buisson-de-Cadouin dans la vallée de la Dordogne. Dans des fissures du massif karstique de Cussac, assise supérieure du Campanien (Crétacé supérieur), elle se développe sur de longueur sur la rive droite du Bélingou, affluent méridional de la Dordogne. L'entrée de cette « grotte des Amoureux » (toponyme dans la langue vernaculaire locale) se trouve sur une terrasse de travertin. Elle correspond à l'exsurgence de la partie active d'un réseau de rivières souterraines dont la galerie ornée forme le segment fossile.
Elle est fouillée en 1950 par le préhistorien Denis Peyrony, puis quelques années plus tard par son fils Elie, sur une dizaine de mètres, sans déboucher sur la grotte.. D'autres spéléologues prospectent cette zone vestibulaire, mais l'éboulis obstruant l'entrée et l'absence de courant d'air les font renoncer dans leur entreprise..
La grotte est inventée au cours d'une spéléologique le par les spéléologues Marc Delluc. (°1957 - †3 décembre 2017Membre du Spéléo-Club des Eyzies et de Périgueux.) et Fabrice Massoulier.. Après désobstruction du boyau d'entrée, Marc Delluc y retourne les samedis suivants, les et , d'abord seul, puis aidé de deux collègues spéléologues (Fabrice Massoulier et Hervé Durif) le pour forcer un passage difficile menacé d'éboulis (phénomène de cryoclastie qui débite le calcaire en plaquettes)..
Sur le plan réglementaire, la procédure de classement au titre des monuments historiques est très vite initiée, avec une instance de classement dès le , une inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques le et enfin un arrêté de classement définitif parmi les monuments historiques le . Consultée le 2 octobre 2010.. Traumatisés par les complications sur le plan juridique et l'imbroglio judiciaire qui a terni l'image de la grotte Chauvet et de Cosquer, les services de l'État (ministère de la Culture et de la Communication, SRA et CMRH Aquitaine, Centre national de la Préhistoire) mettent en œuvre une politique prudenteComme l'atteste l'annonce officielle de la découverte par le biais d'une conférence de presse qui a eu lieu non pas à Paris, mais à la préfecture de Dordogne, à Périgueux, le . De même, depuis la découverte, seulement 164 personnes (propriétaires qui ont un droit de visite, experts, scientifiques, responsables de la conservation et entreprises mandatées pour les travaux) ont visité la cavité en 2011.Cf. . et raisonnée d'acquisition à l'amiable des quatorze parcelles, de protection physique (double fermeture), juridique (classement au titre des monuments historiques, arrêté de zonage archéologique) et environnementale (protection pérenne du massif classé pour l'établissement d'un périmètre de protection au titre des sites à la suite d'un bilan climatique et d'une cartographie de l'aquifère karstique perché) et d'aménagement (stabilisation du conduit d'entrée, cheminement balisé, passerelles…) dans le cadre d'une gestion et valorisation du patrimoine archéologiqueDany Barraud, Nathalie Fourment, « Cussac : mise en perspective de la gestion conservatoire et patrimoniale d'une découverte exceptionnelle », Journée de conférences de la Société française de préhistoire, 2010.FOURMENT N. 2009. — « Archéologie et monde souterrain ». In : Colloque archéologie souterraine et spéléologie, Périgueux, mai 2006, congrès Fédération française de spéléologie, . (Spelunca mémoires ; n° 34)... L'exploration et l'étude de la cavité débutent en 2009 dans le cadre d'un projet collectif de recherche pluridisciplinaire.
La grotte, sous protection scientifique, est en cours d'étude. La présence épisodique de gaz carbonique rend difficile son accès et le travail souterrain ; elle ne sera probablement jamais ouverte au public, ce qui explique que le préhistorien et archéologue Jacques Jaubert la considère comme une « anti-Lascaux » de par le professionnalisme de son inventeur, la présence de restes humains contemporains des gravures, et l'absence d'aménagement pour une exploitation touristique, ce qui favorise la préservation du site, 2 octobre 2018, 55 secondes..
Deux reconstitutions du « panneau de la découverte » orné de nombreuses gravures et de la bauge où a été trouvé un squelette ont été réalisées par l'Atelier des fac-similés du Périgord et sont exposées au Buisson-de-CadouinBoris Rebeyrotte, « Préhistoire : la grotte de Cussac va enfin se dévoiler au grand public », Sud Ouest édition Dordogne, , .Thomas Jonckeau, « En Dordogne, le « Lascaux de la gravure » enfin révélé au public », Sud Ouest édition Dordogne, , ..
Description Le site consiste en une longue galerie ornée au profil linéaire, avec une entrée médiane qui permet de distinguer deux branches : l'Aval de de longueur (appelé un temps Galerie des Châtaigniers) qui et l'Amont (un temps Galerie de la Truffière) d'environ qui
Art pariétal de Cussac vignette|Femme gravée à Cussac
Les gravures, souvent de très grandes dimensions (la plus imposante, un des bisons du Grand Panneau, mesure de long), sont réalisées soit à l'aide d'outils lithiques, osseux, ou en bois dur sur les parois de calcaire (traits blancs sous-jacents au calcin de couleur ocre), soit simplement avec les doigts sur l'argile des sols. L'utilisation de pigments se limite à quelques rares ponctuations rouges, des tracés charbonneux sont interprétés comme des mouchages de torches enduites de résine enflammée. Par l'importance de son art pariétal gravettien, elle est parfois qualifiée par la presse de « Lascaux de la gravure » selon l'expression attribuée au préhistorien Norbert Aujoulat..
Les représentations non figuratives comprennent des entrelacs, tracés digitaux, éléments d'animaux incomplets ou indéterminés.
Les représentations figuratives comprennent des figurations animalières classiques de l'art du Paléolithique supérieur et des figures énigmatiques. Quatre silhouettes féminines de profil ont été signalées (anthropomorphes microcéphales). Les représentations sexuelles sont surtout des vulves (triangles pubiens souvent associés aux mammouths). Toutes ces œuvres sont très proches par leur thème et leur style de celles connues au Gravettien dans les grottes du Quercy, en particulier à Pech MerleJacques Jaubert, 2010, , p. 27.. Leur âge est estimé à ans.
Restes humains Avec la grotte du Visage en Charente, également considérée comme gravettienne, la grotte de Cussac constitue l'un des très rares témoignages d'association d'œuvres pariétales et de sépultures humaines pour le Paléolithique européen. Au moins cinq individus, quatre adultes et un adolescent, ont été déposés dans des cavités formées par des dépressions et des bauges à ours : qualifiés initialement de dépôts mortuaires, ils ont fait l'objet de recherches mettant en évidence un rituel funéraire structuré et une inhumation en deux temps..
Plusieurs ossements ont été prélevés afin d'être datés par la méthode du carbone 14 et l'un d'eux a donné un résultat proche de ans avant notre ère. La contemporanéité des œuvres et des sépultures est donc probable, d'autant plus que l'entrée de la cavité aurait rapidement été obstruée après le passage des artistes préhistoriquesNotice anthropologique..
Notes et références
Annexes Bibliographie Norbert Aujoulat et al., « La grotte ornée de Cussac (Dordogne) — Observations liminaires », Paléo, , 2001 Jacques Jaubert, Valérie Feruglio et Nathalie Fourment, « Grotte de Cussac », Éditions Confluences, octobre 2020, Jacques Jaubert et l'équipe du PCR, « La grotte de Cussac, mise en place d'un projet scientifique », in Vincent Mistrot coord., De Néandertal à l'Homme moderne. L'Aquitaine préhistorique, vingt ans de découvertes (1990-2010), Bordeaux, Éditions Confluences, 2010 Jacques Jaubert, Catherine Ferrier, Valérie Feruglio, Nathalie Fourment, Camille Bourdier, Stéphane Konik et Sébastien Villotte, « La grotte de Cussac (Dordogne) », Les Nouvelles de l'archéologie, n° 154, , 2018. URL ; DOI Nathalie Fourment, La Grotte ornée de Cussac, , L'Aquitaine monumentale (hors série centenaire de la loi de 1913), Le Festin, Lysianna Ledoux, « L’ichnologie préhistorique et les traces d’activités au sein des cavités ornées : les grottes de Fontanet (Ariège) et de Cussac (Dordogne) », thèse sous la direction de Jacques Jaubert, Gilles Bérillon et de Nathalie Fourment soutenue le 25 janvier 2019, Bordeaux, dans le cadre de l'École doctorale Sciences et Environnements (Pessac, Gironde). Résumé en ligne sur theses.fr
Articles connexes Liste des monuments historiques de l'arrondissement de Bergerac Liste des cavités naturelles les plus longues de la Dordogne
Liens externes « Grotte de Cussac, gravée dans la roche », La Méthode scientifique, France Culture, 14 octobre 2021. La grotte de Cussac sur le site du ministère de la Culture. « La grotte de Cussac… 30 000 ans d’Histoire », Carbone 14, le magazine de l'archéologie, France Culture, . Cussac Cave - Grotte de Cussac, sur donsmaps.com.
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